Les enseignants
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Description

Il existe aujourd'hui un malaise enseignant, la crise de l'autorité, la perte d'une référence partagée aux savoirs… sont autant de symptômes d'une transmission éducative désormais problématique. Authentiques cadres de la fonction publique, les enseignants restent à cet égard ignorés dans leurs compétences à assumer pleinement des responsabilités d'ingénierie et de pilotage pédagogique.L'urgence est donc à revaloriser un métier qui est de manière cruciale en perte de références.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de lectures 38
EAN13 9782336284958
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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es
JeanChristophe TORRES
LES ENSEIGNANTS Quelle reconnaissance pour un métier en crise ?
Questions contemporaines
Les enseignants Quelle reconnaissance pour un métier en crise ?
Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Gérard LEFEBVRE,Les chemins du silence, 2012. Hubert LEVY-LAMBERT et Laurent DANIEL (dir),Les douze travaux d’Hercule du nouveau Président, 2012. Tony FERRI,? Du châtiment àQu’est-ce que punir l’hypersurveillance, 2012. Abou-Bakr Abelard MASHIMANGO,La dimension sacrificielle de la guerre. Essai sur la martyrologie politique, 2012. Jordane ARLETTAZ, Séverine NICOT (dir.),Le cadre juridique de la campagne présidentielle, 2012. Alain BÉNÉTEAU, Louis MALLET, Michel CATLLA,Les régions françaises au milieu du gué, Plaidoyer pour accéder à l’autre rive, 2012. Jean BRILMAN,Réconcilier démocratie et gestion, 2012. André PRONE et Maurice RICHAUD,Pour sortir du capitalisme. Éco-partage ou communisme ?, 2012.Christophe du PAYRAT,Pourquoi avoir fait de Mayotte le e 101 département français ?,2012. Jean-Michel VINCENT,L’invention de la maîtrise d’œuvre urbaine.De la ville nouvelle aux ateliers, 2012. Simon DOLAN, Martine GUIDONI, Succès et valeurs. Les valeurs pour un mieux-être professionnel et personnel, 2012 François-Gabriel ROUSSEL,Les mondes virtuels. Panorama et perspectives, 2012.
JeanChristophe TORRES Les enseignants Quelle reconnaissance pour un métier en crise ?
Du même auteur : -L’évaluation dans les établissements scolaires : théories, objets et enjeux,L’Harmattan, janvier 2011 -L’éthique du capitalisme : la question de la vertu à l’ère du libéralisme, L’Harmattan, septembre 2011 -: individualisme et amour de soi à l’èreDu narcissisme postmoderne, L’Harmattan, février 2012
© L'Harmattan, 2012 57, rue de l'ÉcolePolytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782296993754 EAN:9782296993754
« La fonction d’enseigner suppose l’habitude et le goût d’une vie sédentaire et réglée. Elle exige dans le caractère de la douceur et de la fermeté, de la patience et du zèle, de la bonhomie et une sorte de dignité ; elle demande dans l’esprit de la justesse et de la finesse, de la souplesse et de la méthode […]. Enfin l’art d’instruire ne s’acquiert que par l’usage, ne se perfectionne que par l’expérience, et les premières années d’un enseignement sont toujours inférieures à celles qui les suivent. C’est donc une profession qui demande qu’un homme y dévoue sa vie entière ou une grande portion de sa vie. » Condorcet,De l’instruction commune pour les enfants.
Introduction Un métier en perte de références Il existe incontestablement aujourd’hui un malaise enseignant, latent ou manifeste à chaque discussion que l’on peut avoir avec eux, qui s’avère à l’évidence durablement installé dans l’état d’esprit d’une profession comme dans la perception de son identité. Et ce malaise est d’autant plus fort qu’il semble indépendant des aléas politiques ou des réformes proposées. Cette « humeur constante » d’une opposition au changement sur fond d’inquiétude, que certains dénoncent trop promptement comme l’effet d’une inertie corporatiste, est plus fondamentalement l’expression généralisée et diffuse d’une souffrance dont les causes sont nécessairement complexes. Car au-delà du préjugé dominant, il convient d’abord de constater que l’immobilité dénoncée du « mammouth » n’est qu’un point de vue partial qui résonne en écho d’une démagogie simpliste, sans véritable souci d’exactitude. En toute objectivité, aucune autre administration que celle de l’éducation nationale ne connaît en effet un tel rythme de réformes : tant il est vrai que chaque ministre souhaite marquer de son empreinte un passage éphémère dans une institution au magistère réputé difficile. Fait notable, ce malaise ne s’exprime pas principalement sous la forme de mouvements sociaux d’envergure ou d’actions expressives et revendicatrices. A la fois plus profond et informel, il signe d’une apathie sensible l’ambiance générale d’un milieu professionnel en perte globale de repères. Car c’est bien d’une crise qu’il s’agit : non pas simple réaction, ponctuelle et objectivement incarnée, à telle ou telle circonstance sociale ou politique, mais véritablement recherche de sens pour un exercice éducatif qui ne trouve plus d’ancrage culturel ni de relai d’autorité partagée. Le problème est donc de fond, il est celui d’une identité désormais incertaine pour un
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métier qui s’avère confronté dans son exercice à une crise culturelle majeure. Nous vivons en effet avec une certaine insouciance un changement de civilisation, marqué par la disparition irréversible et accélérée de l’ancienne référence aux savoirs et par la mise en commun de valeurs universelles. L’idée désormais acquise que la morale est affaire de points de vue, que la liberté du jugement personnel prime sur le partage de principes indiscutés, se conjugue avec la globalisation d’une information mondialisée et exhaustive, techniquement accessible, qui semble avoir relégué la question des savoirs - distincte de celle des informations - dans les marges d’une réalité culturelle dominée par le divertissement. La société communicante supplante alors, dans l’idéal régulateur des exigences culturelles, la société savante des philosophes des Lumières. Etre informé constitue le substitut, immédiat et facile d’accès, de la maîtrise de connaissances par ailleurs frappées d’improbabilité épistémologique par une science moderne 1 gagnée de pensées falsifiables et relativistes. Désormais tout se discute, de droit comme de fait, toute affirmation qui prétend à une universalité de principe se heurte au soupçon sans appel d’un autoritarisme inacceptable. Seul doit primer l’individu souverain, dans l’exercice sans limites d’un épanouissement personnel légitimé jusqu’en l’essentiel de ses débordements. Il n’y a donc plus que très difficilement de socle partagé possible pour une société qui fait de l’individu sa norme et sa finalité. Un progrès, majeur et inédit pour la liberté, développe ainsi des risques aux conséquences indéterminées pour l’édification d’un vivre-ensemble communautaire. La libération individualiste est donc en marche, elle recompose un espace social qui se dessine progressivement sous nos yeux : abolissant des frontières, faisant tomber des limites jusqu’alors invisibles, restructurant fondamentalement notre rapport aux autres et notre enracinement culturel. La crise de l’école est en grande partie liée à ces évolutions structurelles : crise des savoirs dans un monde régi par l’idéal de l’information, crise de l’autorité là où le respect s’impose de moins en moins comme une exigence absolue face au double impératif de l’égalitarisme et de la 1 Cf. Popper,La logique de la découverte scientifique.
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liberté. L’homme n’est plus totalement, comme l’indiquait la 2 formule de Kant , cet»« animal qui a besoin d’un maître : toute posture d’autorité lui est suspecte et constitue une violence potentielle vis-à-vis de son aspiration impérieuse à l’autonomie. La confusion entre autorité et autoritarisme semble définitivement actée : elle compromet conceptuellement la compréhension exacte d’un positionnement civique et moral désormais problématique de toute forme de pouvoir institué. Le statut de l’élève, mineur par nature, devient ainsi ambivalent et malaisé à définir avec exactitude. On invoque en effet l’idée - légitime mais confuse - d’une démocratie scolaire, la référence faite à l’élève-citoyen : oubliant un peu trop aisément l’essence même de son appellation qui consiste à voir en lui un citoyen en puissance plutôt qu’en actes, un individu qu’il convient justement « d’élever » hors de sa condition immédiate vers celui qu’il n’est pas encore et que les adultes ont pour devoir d’appeler en lui. L’élève est par définition en devenir, non directement autonome puisque c’est justement dans cet état de « perfectibilité » - pour reprendre la terminologie de Rousseau - que réside la caractéristique éminente de son éducation. La grandeur de l’acte éducatif repose sur la capacité des adultes à présenter le monde tel qu’il est aux enfants : cet acte de transmission construisant la réalité culturelle d’œuvres, d’actes et de pensées qu’il convient de préserver au-delà des générations. Notre autorité, celle de l’école comme de la société, vient d’abord de là : de cette tradition qui nous parle et nous éclaire de choses universellement belles, bonnes ou vraies qui construisent le socle indiscuté de notre existence partagée. C’est ce partage-là qui édifie notre monde commun, c’est lui que vise d’abord l’acte éducatif lorsqu’il « élève » les enfants vers l’autonomie des adultes. Or le lien s’est rompu. Ce qui unit les générations entre elles et construit le fondement de l’autorité ne fait plus désormais sens. Tournée résolument vers le futur plutôt que le passé, notre époque reste obsédée par le critère exclusif de « l’actualité » ; l’idéologie du progrès supplantant ainsi dans les esprits le souci 2 Kant,Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique.
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