Pour un enseignement efficace des langues aux autochtones
197 pages
Français

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Description

Pour un autochtone, apprendre une langue seconde ou étrangère dominante, comme l'anglais, le français, l'espagnol, le russe, l'arabe, le mandarin ou autre, peut constituer une menace identitaire. C'est pourquoi, bien qu'il existe divers courants en didactique des langues secondes et étrangères, comme les approches traditionnelles, directes, behavioristes, communicatives (incluant l'immersion) et radicales, l'approche qui convient le mieux s'inscrit dans le courant radical qui permet de respecter la culture et les valeurs de l'apprenant.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 404
EAN13 9782296701632
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Pour un enseignement efficace
des langues aux Autochtones
Pierre D EMERS


Pour un enseignement efficace
des langues aux Autochtones

Le paradigme radical en didactique
des langues secondes et étrangères ( L2 )


Préface de Ghislain Picard


L’H ARMATTAN
© L’H ARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12190-4
EAN : 9782296121904

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
À mes ancêtres amérindiens,
européens et asiatiques qui,
malgré les distances physique
et culturelle, se sont un jour
rencontrés et aimés, et à Sébastien,
Frédéric, Shanrika, Aydan et
Avigaïl, mes descendants…
REMERCIEMENTS
Je remercie tous les étudiants {1} à qui j’ai enseigné le français, l’anglais ou la didactique des langues un peu partout au Canada de même qu’en Chine.
Je remercie aussi mes étudiants autochtones et, plus spécifiquement, mesdames Christine Coonishish Mattawashish et Laurie Ann Mianscum Brien ainsi que messieurs Matthew Loon et John Wapachee, mes Bush People {2} de Mistissini {3} dont l’émerveillement et le désir d’apprendre m’ont forcé à tenter de répondre à leurs attentes souvent en renouvelant mes techniques d’enseignement.
Je remercie aussi les professeurs de L2 que j’ai contribué à former un peu partout au Canada et ailleurs, et dont les questions m’ont inspiré.
Je remercie également madame France Pelletier, conseillère pédagogique à la Commission scolaire crie, Chisasibi (Québec) et madame Alice Allain, professeure à la St Thomas University, Fredericton (Nouveau-Brunswick), de leurs lecture, écoute, suggestions, commentaires et corrections. Leur expertise dans le domaine et le fait qu’elles viennent toutes les deux de sociétés minoritaires, la première, une fière Brayonne {4} et la deuxième, une fière Acadienne, les rendaient particulièrement ouvertes aux réalités autochtones et au paradigme radical en didactique des langues.
Je remercie enfin monsieur Ghislain Picard, chef des Premières Nations du Québec et du Labrador, qui a bien voulu écrire la préface du livre.
PRÉFACE DE GHISLAIN PICARD
Il n’existe pas, je crois, de sujet plus important pour la survie identitaire de nos peuples que celui de l’enseignement de la langue. J’ai la chance d’appartenir à une nation (innue) dont la langue est toujours vivante. Elle est toutefois en déclin et, sans une transmission efficace à nos enfants et petits-enfants, la langue est vouée, comme bien d’autres, à disparaître. Notre peuple est donc actuellement engagé dans une lutte pour la survie de notre langue et de notre culture. C’est aussi le cas de la très grande majorité des Premières Nations vivant au Canada. Même si certaines langues ne sont plus couramment parlées, nos leaders mettent en place des politiques et des mesures visant à les faire revivre et en assurer leur enseignement aux nouvelles générations.
Les causes de l’effritement de nos langues et de leur transmission sont nombreuses, mais elles sont presque toutes associées à la colonisation européenne de l’Amérique. Au moment où débarque Christophe Colomb, toutes les nations vivant sur le territoire possèdent leur langue propre, des langues bien vivantes, dont la transmission est assurée par des règles précises d’enseignement. Pendant de nombreuses années, nous avons vécu une cohabitation pacifique entre les peuples, les Européens reconnaissant nos cultures et coutumes distinctes. Plusieurs vont d’ailleurs apprendre nos langues et adopter nos modes de vie.
La situation changera radicalement lorsque notre présence commence à représenter un obstacle à l’occupation territoriale des nouvelles colonies. Rapidement, et en vertu d’une idéologie raciste, les autorités coloniales (appuyées par les autorités religieuses) vont élaborer des politiques pour solutionner ce qu’ils appellent le « problème indien ». La pierre angulaire de cette politique d’assimilation a été la création des pensionnats indiens, dont l’objectif avoué était de « tuer l’Indien dans l’enfant ». Pour ce faire, le premier objectif sera de détruire les langues autochtones dont l’usage et l’enseignement seront interdits. Après quelques générations de mesures radicales visant l’assimilation de nos peuples, les politiques gouvernementales ont changé, mais les séquelles sont catastrophiques.
Tout cela a eu pour effet d’enlever progressivement à chacune des langues autochtones les fonctions sociales qui les rendaient utiles. Après que la langue eut perdu ses fonctions dans le commerce et le travail, on a cru pendant un certain temps pouvoir la conserver à la maison et à l’école. Mais les gouvernements ont voulu imposer l’instruction universelle obligatoire dans l’une ou l’autre des langues officielles. Ainsi, même sans le régime totalitaire des pensionnats, nous n’avions pas d’autre choix que d’apprendre l’anglais ou le français à l’école. Il n’est donc pas surprenant que la langue, comme bien d’autres, ne soit aujourd’hui parlée et enseignée qu’à la maison. Mais là aussi, la compétition est féroce avec la télévision, la radio et tous les divertissements qui nous forcent à écouter l’anglais ou le français. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont motivé à œuvrer au développement de la radio communautaire (SOCAM). Cet outil est un moyen puissant de maintenir vivante notre langue et de l’enrichir. Mais ce moyen n’est pas infaillible et a ses limites. Face à l’attrait normal des autres langues, comment faire pour survivre ?
L’autre question que plusieurs se posent est : est-il trop tard ? Face à ce qui semble être une fatalité, d’aucuns croient qu’il est impossible de faire vivre et revivre nos langues. Je ne suis pas de cet avis. Je suis conscient que le défi est important, mais il peut être surmonté grâce à de nouvelles techniques d’enseignement.
Il faudrait que la langue redevienne le parler de la jeune génération ; qu’en plus d’être la langue parlée à la maison, elle soit la langue de la scolarisation primaire et serve de véhicule également au secondaire, au moins pour certaines matières. C’est d’ailleurs ce que plusieurs communautés ont commencé à faire.
L’enseignement de la langue n’est toutefois pas qu’une question de principe. C’est surtout une question d’attitude, voire d’approche. À cet égard, on ne peut pas faire abstraction de l’évolution du temps. On doit certainement baser nos interventions sur nos connaissances ancestrales, mais nous devons aussi les alimenter par des approches modernes. À cet égard, nous devons faire preuve d’ouverture et considérer de nouvelles théories. En cela, la contribution de Pierre Demers est fort utile.
À l’aide de témoignages recueillis dans son enseignement des langues secondes et étrangères, Pierre Demers présente diverses approches utilisées de nos jours dans l’enseignement des langues, qui peuvent être efficaces auprès des Premières Nations. Je ne peux que me réjouir de l’intérêt que porte ce chercheur au sujet et espérer que nous saurons renverser la tendance pour la survie de nos langues.

Tshe nishkametanau,

Ghislain Picard
Chef
Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador
Tu me dis j’oublie.
Tu m’enseignes, je me souviens.
Tu m’impliques, j’apprends.

Benjamin Franklin
INTRODUCTION
Je travaille depuis déjà plusieurs années dans le domaine de l’enseignement du français et de l’anglais à des Autochtones du Canada, tout particulièrement aux Cris du Québec. En outre, lors de ma carrière, j’ai souvent eu la chance d’enseigner à des Autochtones de diverses ethnies et j’ai souvent été à même de constater que plusieurs d’entre eux éprouvaient des difficultés dans leur apprentissage de la langue seconde ou étrangère (L2) en partie à cause du fait qu’ils sentaient que cette langue pouvait menacer leur langue maternelle (L1) {5} .
Je constate aussi que bon nombre de professeurs qui enseignent une L2 à des Autochtones éprouvent de nombreuses difficultés que ne semblent pas rencontrer des professeurs qui enseignent une L2 à une autre clientèle.
Les questions qui se posent sont donc de savoir pourquoi cette clientèle paraît présenter des difficultés insurmontables aux professeurs de L2 et comment il est possible d’enseigner de manière efficace une L2 aux élèves autochtones, car il est faux de penser que tous les paradigmes, toutes les méthodes et toutes les techniques se valent.
C’est afin de tenter de répondre à ces questions que j’ai résolu d’écrire ce livre. Or, l

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