L errance des jeunes adultes
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Description

Résultat d'un travail collectif de professionnels de l'action sociale agissant contre le phénomène de l'errance des jeunes adultes dans leur agglomération, voici une réflexion soucieuse de parvenir à plus d'efficience face à cette problématique et dans un contexte où les réalités sociétales sont particulièrement angoissantes comme l'accessibilité à un logement ou à un emploi.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2006
Nombre de lectures 325
EAN13 9782296141179
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Du même auteur
La voie du karaté, une technique éducative, Chartres, Imprimerie Durand, 1997 .
Le karaté de maître Kamohara, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 1998 .
Sur une voie de l’intégration des limites, Chartres, Comité Départemental de Karaté d’Eure-et-Loir, 1999 .
Le Karaté, sport de combat ou art martial, Chartres, Comité Départemental de Karaté d’Eure-et-Loir, 1999 .
Les jeunes, les drogues et leurs représentations, Paris, L’Harmattan, 2000 .
Le karatéka et sa tribu, mythes et réalités, Paris, L’Harmattan, 2001 .
Prévenir la violence, Paris, L’Harmattan, 2001 .
Dragues et société, Paris, L’Harmattan, 2001 .
La Prévention Spécialisée, outils, méthodes, pratiques de terrain, Paris, L’Harmattan, Collection Educateurs et Préventions, 2001 .
Paroles d’éducateurs de Prévention Spécialisée, les éducs de rue au quotidien (sous la direction de Pascal LE REST), Paris, L’Harmattan, Collection Educateurs et Préventions, 2002.
L’attraction des drogues, Paris, L’Harmattan, Collection Educateurs et Préventions, 2002 .
Le visible et l’invisible du karaté, ethnographie d’une pratique corporelle, Paris, L’Harmattan, 2002 .
Des rives du sexe, Paris , L’Harniattan, Collection Ethnographiques , 2003.
Méthodologie et pratiques éducatives en prévention spécialisée , Paris, L’Harmattan, Collection Educateurs et Préventions, 2004.
L'errance des jeunes adultes

Pascal Le Rest
Couverture : Cathy Betoux
www.librairieharmattan.com Harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
©- L’Harmattan, 2006
9782296000339
EAN : 9782296000339
Aux jeunes adultes, victimes de l’errance,
Et
Aux professionnels de l’action sociale de l’agglomération chelloise, pour leur courage et leur détermination. Les droits d’auteurs de cet ouvrage seront destinés à nourrir leurs efforts.
« La souffrance laisse place à la chance ; tant de désespérance, pour nous, « enfants de France ». En cet hiver glacé, le cœur serré, j’admire, je fixe ces gens désespérés, au regard glacé, froissé... Que la misère diffère pour laisser place à la joie, au moins rien qu’une fois : pour moi, comme pour toi ».
Hamza G .
Ce livre est le résultat du travail d’un groupe de professionnels, soucieux, dans le cadre de leur partenariat, de trouver des réponses efficientes, voire de les échafauder, au bénéfice des jeunes adultes en situation d’errance. Je rends hommage à ces professionnels exigeants et remercie tout particulièrement Joël Champenois, alors Chef de service à l’Unité d’Action Sociale de Chelles, Nadine Terranera du Centre Communal d’Action Sociale de Brou-sur-Chantereine, Nathalie Casano du Centre Communal d’Action Sociale de Vaires-sur-Marne, Pascal Claës, Chef de service du Centre d’Hébergement d’Urgence (115) de Brou-sur-Chantereine et du Samu Social (Maraude) de la Croix Rouge Française, la Maison du Pain, Mohamed Kachour, conseiller emploi/formation de la mission locale du bassin d’emploi chellois et plus particulièrement encore, Gérard Lantigny, éducateur de rue en prévention spécialisée et Martine Mortaize, chef de service de l’équipe de prévention spécialisée de Chelles/Vaires/Brou, au sein de l’Association Départementale de Sauvegarde de l’Enfant et de l’Adolescent de Seine-et-Marne, avec qui la complicité a été déterminante tout au long du parcours.
Sommaire
Du même auteur Page de titre Page de Copyright Aux jeunes adultes, victimes de l’errance, Préface - Rétrospective d’une démarche engagée Propos liminaire Introduction - Le contexte géographique où s’exprime le phénomène de l’errance Première partie - Parcours et réalités de l’errance des jeunes adultes
Chapitre 1 - Une table ronde, avec des jeunes adultes, en situation d’errance Chapitre 2 - D’une analyse des entretiens des jeunes en errance Chapitre 3 - Les entretiens
Deuxième partie - Représentations et analyses des partenaires, acteurs dans l’intervention, pour prévenir l’errance des jeunes adultes
Chapitre 1 - Méthodologie de construction des entretiens pour les partenaires, acteurs de terrain Chapitre 2 - D’une analyse des entretiens réalisés auprès des partenaires Chapitre 3 - Les entretiens des professionnels de l’intervention
Troisième partie - Les causes de l’errance des jeunes adultes
Préalable Chapitre 1 - La mutation des formes de la famille Chapitre 2 - La transformation de la société Chapitre 3 - La métamorphose des comportements
COLLECTION EDUCATEURS ET PREVENTIONS - Dirigée par Pascal LE REST ENSEIGNEMENT / ÉDUCATION / PÉDAGOGIE
Préface
Rétrospective d’une démarche engagée
Il y a, nous dit-on, les gens d’en bas et par corrélation les gens d’en haut, et puis ceux qui sont plus bas que terre, même pas dans le caniveau, non ! Ceux qui à un moment de leur vie chaotique, de chemin de traverse en chemin de traverse se retrouvent à la rue ou dans la rue, des sans domicile fixe, des SDF comme l’on dit. Peut-être une catégorie sociale à considérer comme durable  ? La simple réalité d’un monde où la misère fait partie intégrante de l’environnement. Cette misère, pur produit d’une économie de marché, qui ne sait plus comment la recycler, si ce n’est au coût par coût de politiques d’urgence sociale. Elle s’installait hier au pied des églises, depuis une décennie ou plus, elle perturbe les rues piétonnes des centres villes à tel point qu’on l’expatrie en périphérie. Mais plus le marché va, plus elle s’installe cette mécréante ! De classes dangereuses, aujourd’hui désaffiliées, de chômeurs aux travailleurs pauvres, de sans papier aux sans abri, de sans qualification à sans famille, elle trace la route aux itinérants en quête de quotidien.
Des itinéraires de survie : mendicité, vol, violence, haine, alcool, squat, prostitution, risquer, quémander, se vendre, s’humilier, perdre toute estime de soi à en devenir plus bas que terre comme le dit l’une des personnes en errance que nous connaissons bien ; c’est avec ces personnes itinérantes, jeunes de surcroît, ayant comme unique bagage un sac à dos rempli d’histoires de vie dramatique, de parcours de rupture et de souffrance que nous travaillons. Au rythme de leur quotidienneté, nous tentons, au fil des rencontres, de trouver les potentiels pour des projets de vie possible : leur jeunesse comme atout, leur révolte comme force, leur histoire comme fondement. Cela fait environ cinq ans que nous accompagnons, dans le cadre d’une mission de Prévention Spécialisée, ces jeunes adultes en détresse. Libre adhésion, anonymat, absence de mandat nominatif sont les principes fondateurs de cette mission de service public. Aller vers, faire avec et agir ensemble sont les modes d’intervention de l’action éducative.
La problématique de l’errance est devenue d’année en année une caractéristique forte des actions éducatives conduites par l’équipe auprès de ces jeunes en grandes difficultés parce que cette population est de plus en plus jeune (entre 18 et 23 ans) et qu’elle se féminise. Certains de ces jeunes vers qui nous allons préfèrent la rue (squat) plutôt que les centres d’hébergements d’urgence par le 115, pour diverses raisons (inadaptation au collectif, image parfois violente que le collectif leur renvoie, etc.), mais la plupart y reste faute de place en centre d’hébergement d’urgence ou en centre d’hébergement et de réinsertion sociale, sans dire que pour eux l’accession aux logements sociaux est quasi impossible.
Si la Prévention Spécialisée se définit à partir de son éthique, de ses compétences, l’aspect de militance, de lutte contre toute exclusion est un lied motiv. Notre détermination à faire prévaloir nos accompagnements éducatifs auprès de ces jeunes en situation d’itinérance s’inscrit dans ce champ de militance. Ce phénomène s’est révélé d’une part par un travail de rue qui s’organise sur l’itinéraire observé de ces jeunes adultes, à proximité des gares et en centre ville, sur les territoires d’intervention de l’équipe (soit trois communes du Nord/Est Parisien : Chelles, Vaires-sur-Marne et Brou-sur-Chantereine) et d’autre part, par un accueil qui rend possible l’écoute de jeunes à la rue, orientés par les partenaires ou présentés par cooptation.
D’année en année, les accompagnements éducatifs individualisés dévoilent la précarité des conditions de logement de ces jeunes, qu’ils soient à la rue, sans domicile fixe, dans des dispositifs d’urgence, en hébergement transitoire (CHRS, résidence sociale) ou en logement précaire hébergé dans la famille ou chez un tiers 1 . Dès 2000, deux profils de jeunes se dessinent :
- Les jeunes galériens 2 : jeunes en démarches d’insertion socioprofessionnelle, de faible niveau scolaire, sans qualification, le plus souvent en conflit avec leur environnement. Ces jeunes pour un certain nombre d’entre eux issus de l’immigration, nés en France, ne posent plus par leurs comportements (de repli, de solitude ou conflictuels) la question de l’intégration culturelle mais soulèvent celles de leurs incertitudes à entrevoir et à construire un projet de vie.
- Et les jeunes en errance, pour la plupart en rupture avec leur environnement social, culturel et familial. Si pour certains, l’errance s’organise autour d’un mode de vie atypique et marginal, pour la majorité des jeunes que nous rencontrons, les comportements d’errance résultent de carences affectives, d’une succession d’échecs et d’une répétition de situations qui se traduisent par un mode de vie où règne le vide : vide des journées, vide de relations à l’autre, vide de projets, même de rêves 3 . Pour ces jeunes, à la limite du sans toit ni loi, le risque d’une situation permanente de l’errance, d’une cristallisation de l’errance est latent.
Ces situations de jeunes en grande précarité nous alertent. Nous formalisons des constats en inscrivant l’errance comme problématique à traiter dans les objectifs généraux de notre plan d’actions annuel. Cet axe de travail spécifique, nommé Phénomène et problématique de l’errance, se concrétise en objectifs opérationnels et deux actions à conduire : une présence sociale hebdomadaire sur les lieux d’accueil de jour des sans abri ou sans domicile fixe, et la réalisation d’un diagnostic partagé sur ce phénomène. La volonté de réaliser un diagnostic partagé pour une efficience d’action se confirme à travers la pratique professionnelle de l’équipe qui implique un travail en réseau indispensable auprès des jeunes sans domicile fixe. Ce travail en réseau dévoile des


préoccupations communes de partenaires face aux situations à résoudre en terme de droits et d’accès au logement et d’accès aux droits communs (domiciliation, emploi, formation, santé, régulation de papiers).
De plus en 2003, le bilan annuel d’un protocole de collaboration entre la Mission Locale du bassin d’emploi chellois, l’Unité d’Action Sociale de Chelles et l’Equipe de Prévention Spécialisée fait le constat d’une augmentation des situations de jeunes sans abri et sans ressource, en précarité de logement et d’hébergement et les difficultés à aider ces personnes à accéder aux dispositifs de droits communs, faute de moyens (manque de place en centre d’hébergement, garantie de revenu insuffisante pour avoir accès au logement autonome, insécurité d’emploi, etc.). Face à ces constats et ces préoccupations partagées, qui nécessitent une observation plus fine du phénomène, l’équipe de Prévention invite les partenaires à participer à la réalisation du diagnostic. Un groupe de travail est constitué sur un principe de délégation de travailleurs sociaux, par institution. Ce groupe de travail sera piloté par notre équipe et animé par moi-même. Après validation des objectifs généraux du diagnostic partagé local, le groupe de travail élabore une démarche méthodologique. De quoi parle-t- on 4 ? Quels sont les enjeux et les intérêts de chacun 5  ? Quelles sont les caractéristiques de la démarche 6  ? D’emblée, le groupe de travail souhaite s’élargir à d’autres partenaires locaux concernés : aux Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS) de Chelles, Vaires, Brou, au Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale La Maison du pain et au Centre d’Hébergement d’Urgence de la Croix Rouge Française. Se dégage alors une volonté commune de constituer un comité de pilotage stratégique et technique qui sera garant de la démarche, un appui et un soutien logistique et financier, une force de communication sur l’avancée des travaux et de mobilisation sur les préconisations et pistes de travail qui émaneront du diagnostic partagé.
Les domaines de l’analyse vont porter sur la connaissance du public 7 , l’état des lieux des réponses existantes, les coopérations entre les structures 8 et l’aspect satisfaisant des réponses actuelles pour aboutir sur des pistes de travail ou des préconisations. L’une de nos premières préoccupations est de déterminer la notion de territoire local afin de cerner l’étendue et les limites de nos investigations. Nous ne pouvons pas nous baser essentiellement sur les parcours des jeunes adultes, en itinérance par définition, selon les aides qui leurs sont proposées ou qu’ils saisissent. C’est ainsi que nous priorisons un territoire géographique constitué de collectivités territoriales et qui concerne trois communes Chelles, Vaires, Brou (d’autant que deux d’entre elles sont traversées par une ligne de chemin de fer Paris/gare de l’Est et leurs gares afférentes : lieu de rencontres ou de transit pour les réseaux de solidarité des sans domicile fixe y compris le Samu Social) et le département de Seine-et-Marne. Le territoire d’intervention sociale comprend des institutions comme l’Unité d’Action Sociale du département, les centres d’action communale, la Mission Locale du bassin d’emploi chellois, la Prévention Spécialisée, le 115, les accueils de jour d’urgence, le Samu Social, les centres d’hébergement, etc. Ainsi borné, le diagnostic partagé devient une démarche partenariale de proximité : plus que partagé, il devient local.
Si l’errance revêt des champs multiples, les regards croisés bousculent les représentations. Mieux se connaître pour se reconnaître est déjà un effet visible de la démarche du diagnostic partagé au sein du groupe de travail. Les échanges entre partenaires permettent des ajustements d’intervention pour certaines situations de jeunes suivis en commun et facilitent la compréhension des missions. Le réseau est en action et certains jeunes adultes franchissent le caniveau .
Le recueil de données pour la connaissance du public se fait par des entretiens individuels semi directifs de jeunes adultes que nous connaissons ou que nous rencontrons selon nos interventions. Une grille d’entretien sur leurs histoires de vie, leurs rapports avec les structures, leurs situations actuelles et leurs projets à venir (comment ils perçoivent leur devenir ?) nous aide à mener les interviews. Nous sommes vigilants au “panel”: tranche d’âge, sexe, couple, famille, durée de l’errance. Afin d’obtenir des points de vue collectifs et provoquer des regards croisés entre travailleurs sociaux et jeunes adultes sur la question de l’errance, nous pensons à une table ronde avec des personnes accueillies en centre d’accueil de jour. Nous échangerons avec une dizaine de personnes sur les représentations qu’ils ont des dispositifs d’aide : quels circuits utilisent-ils pour avoir de l’aide ? Comment pourraient-ils être améliorés ? Comment sortir de l’urgence ou de la survie ?
Afin de cerner la pertinence des complémentarités d’intervention, de renforcer les coopérations entre les structures, d’améliorer l’existant et développer l’offre par des réponses plus adaptées aux situations, de manière à agir ensemble pour aider les jeunes adultes à sortir de l’errance, nous invitons des partenaires concernés à participer à deux types de table ronde.
La première table ronde porte sur ce qui existe localement et les moyens développés en matière de droits et d’accès au logement, les complémentarités et les cohérences d’intervention. La deuxième invite les participants à échanger autour des enjeux de la domiciliation. A chaque invitation, une trentaine au total, nous y joignons un questionnaire 9 afin de compléter les informations transmises lors des tables rondes.
L’élaboration de cette démarche, puis sa mise en œuvre, va nécessiter deux années de travail à raison d’une séance de trois heures par mois. Le temps d’expliquer, de s’ajuster, de convaincre, de mobiliser, de communiquer, d’intéresser : deux années parsemées de désinvestissement de partenaires, de turn over de personnels, de découragement du groupe de travail. Mais, ces deux années vont provoquer une dynamique de proximité qui, quelque soit la prise en compte politique et institutionnelle nécessaire à la mise en oeuvre des pistes de travail et des préconisations que révèle cette étude, a produit un réseau de travailleurs sociaux solidement ancrés dans l’idée qu’agir ensemble avec cohérence et complémentarité ne peut qu’être bénéfique pour aider les personnes à sortir de situations d’urgence et de grande précarité. Ainsi, en lien avec l’une des préconisations parmi d’autres exprimées lors des tables rondes, il est envisageable qu’un collectif local se crée. Constitué de personnes différentes par leurs statuts et leurs mandats, au-delà de tout enjeu stratégique et politique, ce collectif devrait agir dans le but de lutter contre ce phénomène social afin d’aider les plus bas que terre à sortir de situations dramatiques : Utopie penseront certains. Oui ! peut-être, mais créative.
Je ne peux pas conclure cet exercice rétrospectif sans préciser combien l’appui technique, méthodologique et analytique de notre service de Prévention Spécialisée, par le biais de notre conseiller technique, a été plus que bénéfique. A un moment où le groupe de travail perdait de son dynamisme, ses éclairages distanciés et son apport pour conforter notre démarche ont été plus que salutaires. Au-delà de nos préoccupations locales, aujourd’hui, nos travaux sont explicités et scientifiquement éclairés : cet ouvrage porte en lui le travail de fourmi des travailleurs sociaux mais surtout le faire valoir de leur éthique professionnelle où l’usager, le sans papier, le jeune à risque ou en danger, le SDF apparaissent avant tout comme des personnes qui se construisent tant bien que mal, à travers les fourches caudines de déterminants sociaux ou culturels.
Et puis, il y a mon équipe, cette équipe de Prévention Spécialisée, au sein de l’ADSEA de Seine-et-Marne, constituée de sept travailleurs sociaux dont je suis le chef de service. Sa force de travail a été déterminante pour mener à bien ce diagnostic sur les problématiques des jeunes adultes en situation d’errance : réalité d’un quotidien de travail social qui, parfois, laisse chacun de nous, non pas dans le désarroi, mais l’incertitude de l’utilité de nos actions. Chacun y a apporté sa professionnalité et des heures de militance. Ce diagnostic partagé n’aurait pas pu se réaliser sans leur engagement total, ni celui d’ailleurs des partenaires, qui, confrontés aux mêmes situations et à la complexité des dispositifs, se sont d’emblée mis à l’ouvrage, ni non plus celui des jeunes adultes qui, confiants dans nos engagements, se sont portés volontaires.
Un vieux proverbe africain nous dit sagement que « Ventre creux n’a pas d’oreille » . Pourrons-nous éviter qu’il se transforme, chez nous, en Occident, en un autre adage : « Ventre plein n’a pas d’oreille » . Gageons que cet ouvrage nourrira des appétits pour des pensées et des actions constructives communes.
Martine Mortaize Chef de service de l’équipe de prévention spécialisée de Chelles/Vaires/Brou ADSEA 77
Propos liminaire
L’origine de ce travail collectif sur l’errance, de ce diagnostic partagé sur l’agglomération de Chelles (pour les deux premières parties) reposait sur deux piliers fondamentaux : d’une part, le traitement de la question de l’errance était inscrit dans le contrat d’objectifs de l’équipe de prévention spécialisée de Chelles/Vaires/Brou et figurait, par conséquent, dans le plan d’action de l’équipe et d’autre part, l’existence d’un protocole d’action entre l’Unité d’Action Sociale, la Mission Locale du bassin d’emploi chellois et l’équipe de prévention spécialisée Chelles/Vaires/Brou de la Coordination des Equipes de Prévention Spécialisée de l’Association Départementale de Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence de Seine-et-Marne (CEPS/ADSEA77) légitimait de facto le partenariat. Ce travail s’est réalisé de septembre 2003 à février 2005.
Les problématiques des jeunes adultes en situation d’errance étaient visibles sur cette agglomération.
C’est la volonté des partenaires d’un territoire circonscrit, professionnels de l’action sociale, de parvenir à plus d’efficience dans le traitement d’une problématique actuelle lourde de souffrances, inflationniste, difficile à résoudre et qui confronte à des réalités sociétales particulièrement angoissantes, comme l’accessibilité à un logement ou à un emploi, qui a guidé l’esprit de ce travail.
- Cette problématique est celle de l‘errance 10 et concerne précisément les jeunes adultes en situation d’itinérance 11 .
- Le public, victime de cette problématique, mais bénéficiaire de l’action engagée, est âgé de 18 à 30 ans et est représenté par les deux sexes.
- Le territoire où se révèle l’ampleur de cette problématique est celui de l’agglomération de Chelles, intégrant les communes de Chelles, de Vaires-sur-Marne et de Brou-sur-Chantereine.
- Les partenaires, soucieux de trouver des réponses, voire de les échafauder, sont l’Unité d’Action Sociale, la Mission Locale du bassin d’emploi chellois, l’équipe de prévention spécialisée de l’ADSEA 77, les Centres Communaux d’Action Sociale des communes de Vaires-sur-Marne et de Brou-sur-Chantereine, la Croix Rouge Française et la Maison du Pain (un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale).
La volonté des partenaires était de comprendre le phénomène tel qu’il se manifestait sur leur territoire d’intervention. C’est la raison pour laquelle une table ronde était organisée avec de jeunes adultes en situation d’ itinérance pour comprendre leur réalité de vie, leurs difficultés mais également pour saisir les ressources et les potentiels afin de répondre efficacement à leur situation. Elle avait lieu le 31 mars 2004.
Cette table ronde inaugurait les premiers pas du diagnostic partagé et confirmait la nécessité de comprendre les parcours de vie des jeunes adultes dans cette problématique d’errance. C’est naturellement qu’une phase de rencontres et d’entretiens avec ces jeunes adultes se réalisait, comme envisagé dans la démarche méthodologique du diagnostic, pour mesurer l’ampleur du phénomène, ses invariants élémentaires et les conditions de production de la problématique. Les entretiens des jeunes adultes en situation d’itinérance se sont déroulés du printemps à la fin de l’été.
Afin de nourrir le diagnostic partagé, la phase d’entretiens des partenaires, programmée lors de la démarche méthodologique, de façon collégiale, devait favoriser le recueil des représentations sur la problématique de l’errance, les méthodes d’intervention au bénéfice du public, les manières de faire en matière de partenariat et enfin les idées pour améliorer les prises en charge, pour élaborer les solutions d’aide. Cette seconde série d’entretiens s’est échelonnée dans le courant de l’automne.
Une table ronde le 15 novembre 2004, réunissant les partenaires territoriaux et le réseau local, devait favoriser l’affinage du diagnostic partagé, à l’aide notamment d’un questionnaire construit par le groupe de travail, augmenté de la production des échanges durant les débats sur le thème : Droits et accès au logement des jeunes en grandes difficultés sociales : aspects satisfaisants ou freins des réponses actuelles, cohérences et complémentarités d’intervention et préconisations. Une autre table ronde sur le thème de la domiciliation avait lieu le 10 janvier 2005 afin de déterminer les enjeux de cette question.
Les partenaires étaient le Centre Communal d’Action Sociale de Chelles, les Urgences de l’hôpital de Lagny, le Collectif Chrétien d’Action Fraternelle, les Cœurs Parlent, Le Service Social en Faveur des Elèves, la Rose des Vents (115), le Relais Jeunes, Initiatives 77, le Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile, l’Office Public Départemental des HLM, l’Union des Foyers de Jeunes Travailleurs, le Foyer des Jeunes Travailleurs de Lagny, Emergence, la SNCF et les institutions telles que la DDASS 12 ou la Direction Générale Adjointe de l’Action Sociale du Conseil Général de Seine-et-Marne.
Introduction
Le contexte géographique où s’exprime le phénomène de l’errance
Pour comprendre le phénomène de l’errance sur l’agglomération chelloise, et au-delà, sur le département de Seine-et-Marne, il n’est pas inutile de se référer à certaine paramètres spécifiques 13

Constantes géographiques et démographie
Département situé à l’est de la région Île-de-France, il représente 49% de la superficie de la région avec 5975 km 2 . S’il est le plus rural des départements de cette région, avec respectivement 58% et 50% des surfaces agricoles et boisées régionales, les contrastes sont nombreux : à l’ouest, des zones urbaines récentes telles les villes nouvelles de Marne-la-Vallée et Sénart sont reliées à l’effervescence de l’agglomération parisienne, notamment par des moyens de transport routier, autoroutier et ferroviaire ; à l’est, en revanche, le monde rural domine dans un relatif isolement que des villes anciennes, comme Provins, ne parviennent pas à troubler.
De tous les départements de la région, c’est celui qui connaît les mutations les plus importantes, en matière démographique autant qu’économique. A titre d’exemple, dans les dix ans à venir, c’est-à-dire à l’horizon 2015, 350 000 habitants supplémentaires viendront s’implanter en Seine-et-Marne, qui compte, au recensement de 1999, 1 193 767 habitants. Quant aux perspectives économiques, les projections sont de l’ordre de 210 000 créations d’emploi sur la période.
En plein essor, ce département connaît la croissance la plus élevée du nombre d’habitants avec +10,4%, de 1990 à 1999, quand, dans la région, cette croissance n’est que de +2,7% et en France de +3,4%. Sa population est jeune puisque 28,8% des habitants ont moins de 19 ans contre 25,2% en région et 24,6% en France. A contrario, les plus de 60 ans ne sont que 14,6% contre 16,6% en région et 23,1 % en France.
La croissance démographique s’explique, pour une partie, dans les migrations de populations de l’agglomération parisienne, en difficulté pour se loger, qu’il s’agisse de locations ou d’accession à la propriété, vers les villes nouvelles de Seine-et-Marne en pleine expansion. Ces migrations concernent notamment les jeunes ménages et les célibataires, actifs ou en âge de l’être, avec enfants. Mais, élément majeur, si le département bénéficie de facteurs démographiques positifs, en revanche, il se caractérise par des revenus moyens plutôt modestes, au regard de la région. Ainsi, le revenu moyen annuel par foyer fiscal en 2000 y était de 16 991 euros tandis qu’il était de 18 880 euros en Île-de-France mais seulement de 14 635 euros en France.
En d’autres termes, les mouvements de population de l’agglomération parisienne en direction de la Seine-et-Marne témoignent, pour partie, de nécessités économiques, voire de contraintes. Cette idée est renforcée par le fait que près d’un tiers de la population active seine-et-marnaise travaille en dehors du département, en Île-de-France. Le taux d’activité est malgré tout comparable à celui des autres départements de la région, c’est-à-dire supérieur au taux national (61,8% contre 56,2%).

Réalités sociales et minima sociaux
Le taux de chômage en Seine-et-Marne est supérieur à la moyenne nationale dans des catégories spécifiques telles celles des jeunes adultes, des femmes, des ouvriers, des non diplômés et des salariés de plus de 50 ans.
Dans le domaine de la précarité, au 31 décembre 2003, 10 961 personnes percevaient le RMI 14 dans le département, soit 6% des allocataires de la région Île-de-France. Si la majorité des allocataires de la région est concentrée à Paris et dans la petite couronne, avec des taux respectifs de 30% et de 46%, la progression la plus forte observée en 2003 se réalise en Seine-et-Marne. La dégradation du marché de l’emploi en est la raison principale.
Au terme de cette année de référence, 1,8% de la population du département était couvert par le RMI. Dans 35% des cas, il s’agit d’hommes vivant seul. Dans plus de 15% des situations, il s’agit de personnes avec enfants.
9,5% des allocataires sont mal logés, c’est-à-dire ne bénéficient que d’un logement de fortune, ou sont sans logement. A Paris, ce chiffre est de 18%. Quand les personnes sont dans le dispositif depuis au moins trois années consécutives, leurs difficultés pour se loger sont d’autant plus grandes qu’elles sont seules ou vivant en couple, sans enfant. La réticence des bailleurs, couplée à l’inadaptation des logements, se cumule à d’autres problèmes, évoqués dans les entretiens conduits auprès des partenaires de terrain.
A la fin de l’année 2002, 2 602 personnes percevaient, dans le département, l’Allocation Parent Isolé, soit 11% des allocataires de la région. A la même période, 8 733 personnes étaient bénéficiaires de l’Allocation Adulte Handicapé, soit 10% de la région.
Cependant, dans un contexte socioéconomique où les personnes en difficulté de vie ne font pas nécessairement valoir leurs droits, pour des raisons fort diverses, il n’est pas suffisant de se limiter à une lecture liée aux minima sociaux pour saisir la réalité de la pauvreté. En effet, dès janvier 2000, la Couverture Maladie Universelle, qui bénéficiait aux personnes ayant un seuil de revenu fixé à 562 €, a permis de mettre en évidence des populations qui n’étaient pas connues par les services des Caisses Primaires d’Assurance Maladie et notamment les jeunes adultes.
De manière générale, au 31 décembre 2002, la Seine-et-Marne connaissait une légère augmentation des allocataires à bas revenus, de l’ordre de +0,6 %. Ces allocataires à bas revenus sont les ménages dont les ressources sont inférieures au seuil de pauvreté, fixé en 2002 à 698,22 €. Cette tendance dans le département se différencie de celle de l’Île-de-France, plutôt à la baisse, de l’ordre de 0,9%. En France métropolitaine, cette baisse est de 2%.
Concrètement, cela signifie qu’environ un million de personnes vit dans un ménage pauvre en Île-de-France, c’est-à-dire un francilien sur dix ou encore que plus d’un ménage francilien sur huit vit dans une situation de pauvreté monétaire.

La question du logement
Pour comprendre la difficulté du logement en Île-de-France en 2005, il faut se rappeler que, dans le cadre de l’élaboration du schéma directeur de la région en 1994, le besoin de nouvelles constructions était évalué à 53 000 logements par an pendant vingt ans, jusqu’en 2015. Or, à titre d’exemple, de 2000 à 2004, selon la Direction Régionale de l’Equipement, la moyenne des constructions annuelles se situait aux alentours de 38 000, soit un manque de 60 000 logements sur quatre ans.
Le problème en Seine-et-Marne est comparable à ce qui se manifeste dans la région. Or, la croissance démographique de ce département, la plus importante de la région, nécessiterait au contraire une augmentation proportionnelle des logements. A l’insuffisance du parc, il faut ajouter une inadéquation des logements et des besoins. En effet, le parc disponible révèle une sur-représentation de grands logements en accession à la propriété, alors que les attentes sont clairement exprimées dans le secteur locatif. Malgré ces attentes, la construction de logements sociaux n’a pas cessé de diminuer depuis 1995, accroissant les problèmes de fluidité du marché et d’accueil de nouvelles populations.
Ainsi, dans la région Île-de-France, 300 000 ménages attendent un logement social et la moitié d’entre eux depuis plus d’un an. C’est dans le département de la Seine-et-Marne, malgré la croissance démographique et l’arrivée de populations nouvelles confrontées à diverses difficultés, que la disponibilité en logements locatifs est la plus faible, avec seulement 7,7% du parc francilien.
En outre, malgré le prix des logements ou des loyers, inférieurs à ceux pratiqués dans Paris et la Petite Couronne, leur niveau est nettement supérieur à celui des grandes agglomérations de province.
La rareté des logements est par ailleurs exprimée dans un taux de vacance qui ne cesse de décroître tant dans le parc public que privé. Cette vacance, compte tenu de la demande, signifie souvent des situations d’insalubrité ou de dégradation ou encore, une faible attractivité géographique (par rapport à l’emploi, par exemple, ou aux transports urbains).
L’ensemble de ces différents paramètres provoque des conséquences immédiates. Les populations, confrontées à des difficultés sur le plan monétaire, dans l’impossibilité de se loger, compte tenu du contexte de réduction de l‘offre 15 , recourent à des solutions d’hébergement précaire. C’est ainsi que le développement de l’hébergement chez un tiers, des squats ou des logements de fortune en tout genres (dans une voiture, un camion, une caravane et parfois, bien moins) se réalise.
Les difficultés se laissent autrement saisir par le développement des situations de surendettement. En 2002, 3 278 dossiers ont été déposés en Seine-et-Marne (pour Paris, 3 542 dossiers et en Seine-Saint-Denis, 3 095 dossiers) et 22 113 en Île-de-France. 1 832 plans conventionnels ont été conclus dans le département de Seine-et-Marne. Les personnes, dans une telle situation dans le département, ont pu être contraintes à l’accession à la propriété, à défaut d’autre solution d’hébergement, compte tenu de l’insuffisance de l’offre locative. Leur fragilité économique est aggravée par des causes accidentelles comme le chômage, un accident, la maladie, le divorce ou la séparation, etc. Sur la région, à titre d’exemple, le surendettement frappe près de 30% de personnes séparées ou divorcées.
Des anticipations erronées sur les ressources et les diverses charges peuvent également être à l’origine de telles situations de surendettement.

Réalités chiffrées et fausses évidences
51% des personnes en situation d’errance sont sans ressources et ne sont pas inscrites au RMI, parce qu’elles ont moins de 25 ans ou parce qu’elles sont en voie de régularisation administrative, par exemple 16 .
Selon les données statistiques du Centre d’Hébergement d’Urgence de Brou-sur-Chantereine, la proportion des personnes âgées de 18 à 24 ans était de 38,1% en 2001, de 28,3% en 2002 et de 33,9% en 2003. Pour l’année 2003, cela représentait 83 personnes sur 242. Pour cette classe d’âge, la durée de séjour n’était d’une nuit que pour 27,7% des personnes quand 16,9% d’entre elles bénéficiaient déjà de plus de 45 nuits.
L’origine géographique de cette classe d’âge est instructive puisque 75,9% sont de Seine-et-Marne et que 13,25% viennent du département voisin de Seine-Saint-Denis. Si l’on cherche une précision encore plus fine alors on découvre que 45,8% de ces jeunes adultes sont originaires de l’agglomération chelloise. De manière générale, 78,3% de la classe d’âge sont de nationalité française.
En conséquence, ce phénomène de l’errance des jeunes adultes n’est pas directement lié à des questions de mobilité des publics mais bien plutôt à des questions de ressources sur des plans très divers, en termes matériels, monétaires, de diplômes, d’appuis familiaux, etc.
Contrairement à des idées répandues, 19,3% des jeunes adultes de 18 à 24 ans, en situation d’errance, sont pourtant en situation d’emploi, 12% sont étudiants ou en apprentissage, et 26,5% sont à la recherche d’un travail. Si 42,2% d’entre eux sont sans emploi, 61,5% sont sans revenus.
Afin de nourrir les représentations du lecteur, quelques éléments statistiques du 115 de Seine-et-Marne, relatifs à la période du 1 janvier au 31 août 2004, ne seront pas inutiles. Le nombre d’appels s’élève à 18 941 et se répartissent pour 11 890 en demandes d’hébergement et pour 7 051 en demandes de prestations. Les usagers connus sont au nombre de 7 888 et les nouveaux, ceux dont il s’agit du premier appel sont 1 976.
Sur l’ensemble des demandes d’hébergement, 7 956 ont donné lieu à des attributions (en structures pour 6 181 et à l’hôtel pour 1 775) et 3 934 n’ont pas abouti pour des raisons diverses (dont le refus de l’offre par la personne dans 3 541 cas et le refus de la structure dans 177 cas, à quoi il faut ajouter le manque de lits dans 216 situations).
Sur les 11 890 demandes d’hébergement, 8 084 proviennent de personnes seules (dont 6 918 hommes), 618 de couples sans enfants et 3 179 de familles (2 114 familles monoparentales et 1 065 couples avec enfants), ce qui correspond à la mise en protection de 1 734 mineurs en famille. Sur les 11 890 demandes, 9 d’entre elles émanent de mineurs isolés.
La tranche d’âge la plus représentée est celle des 29 à 39 ans (3 434 situations) suivie de celle des 18 à 24 ans (2 253 situations). Sur l’ensemble des personnes formulant une demande en appelant le 115, 32% sortent d’un hébergement en foyer et 21% ont dormi la nuit précédente dans leur voiture, dans un squatt ou dans la rue. Quand on cherche à connaître les causes de l’errance, chez les 11 890 personnes formulant une demande, 33% ne souhaitent pas exposer les raisons de leur rupture d’hébergement. Pour les autres, les 67%, les raisons évoquées de l’errance sont généralement liées à l’interruption de l’hébergement dans la famille (12%), dans une structure (8%) ou à la rupture de l’accueil chez un tiers (un membre éloigné de la famille, un ami ou une simple connaissance : 17%). Il arrive également que les causes de l’errance soient liées à une séparation (8%), à un éloignement géographique (province, pays : 7%), à l’expulsion d’un logement (5%), à la perte d’emploi (3%), à des problèmes de violences subies (2%), etc.

Un diagnostic partagé sur la problématique de l’errance dans l’agglomération chelloise
La Mission Locale de Chelles reconnaissait une croissance de ce phénomène dès 1995. Au début de l’année 2002, 33 jeunes en situations d’errance étaient accueillis par la structure. Ils étaient âgés de 16 à 25 ans, avec de très faibles niveaux de qualification et un fort éloignement de l’emploi.
L’Unité d’Action Sociale de Chelles dénombrait, sur les 91 jeunes suivis en 2001, 18 situations dont la raison principale était liée à la rupture d’hébergement.
Le Collectif Chrétien d’Actions Fraternelles accusait, en 2002, une augmentation de 100% du nombre des domiciliations (passage de 150 à 300).
L’équipe de prévention spécialisée de Chelles/Vaires/Brou, en exploitant ses statistiques 2002, estimait à 6% de sa population totale celle en situation d’errance qui, par ailleurs, constituait 20% des accompagnements éducatifs, chiffre considérable révélé par un taux de croissance des problèmes traités en matière d’hébergement de l’ordre de 50%.
Première partie
Parcours et réalités de l’errance des jeunes adultes
Chapitre 1
Une table ronde, avec des jeunes adultes, en situation d’errance
Une table ronde, avec des jeunes sans domicile fixe, a lieu au centre d’accueil de la Croix Rouge française à Chelles, le 31 mars 2004.
Le guide de l’échange : il s’agit de confronter des regards croisés entre travailleurs sociaux et jeunes adultes, autour des problèmes liés aux situation d’itinérance. Pour cela, quelques questions ont été préparées en amont, auxquelles il s’agit d’obtenir un volume de réponses le plus grand possible. Les questions sont les suivantes : - Qu’est-ce qui a conduit ces jeunes adultes à ces situations d’itinérance ? - Quels circuits ont-ils utilisé pour avoir de l’aide ? - Que pensent-ils des dispositifs d’aide et comment pourraient-ils être améliorés ? - Comment peut-on sortir d’une situation d’itinérance ?
Constitution de la table ronde : 16 jeunes adultes, dont 2 filles et 14 garçons, entre 18 et 30 ans et 4 travailleurs sociaux (le responsable du lieu d’accueil et 3 éducateurs de l’équipe de prévention spécialisée de Chelles/Vaires/Brou).
Après une présentation succincte des objectifs de la table ronde, dans l’idée d’élaborer des regards croisés, les jeunes adultes ont formulé une demande :
En quoi la table ronde pourrait-elle les aider à sortir de la rue ? Très rapidement, les regards croisés deviennent unilatéraux. Les travailleurs sociaux se mettent dans une posture d’écoute et transmettent, dans les moments opportuns, des informations explicatives sur les fonctionnements des dispositifs d’aide et leurs limites. Ils prennent, en outre, conscience de la réciprocité des responsabilités et de la nécessité d’une relation de confiance pour que les situations évoluent.
Au cours des échanges, qui durent deux heures, l’atmosphère se détend mais les membres du groupe restent distants ; certains gardent le silence, d’autres dévoilent dans la colère leur parcours chaotique ; quelques-uns, face au groupe, pensent qu’ils pourront s’en sortir tout seul. Tous renvoient un fort sentiment d’injustice sociale et la mauvaise image sociale que les gens se font d’eux .
Comment se sont-ils retrouvés à la rue ? Suite à une rupture familiale : le divorce a été l’élément déclencheur où l’un des deux membres du couple se retrouve sans logement et perd son emploi. L’absence de soutien, de solidarité familiale qui aboutit le plus souvent à une rupture familiale : si, à sa majorité, le jeune adulte ne peut pas participer à l’économie familiale, il ne peut pas être une charge pour la famille. Des parcours complexes dès l’enfance, en placement ou en foyer. La durée de la régularisation administrative et les démarches d’obtention de papiers ne favorisent pas la stabilité sociale (qu’il s’agisse de l’emploi et/ou de l’accès au logement) et provoquent bien souvent des situations d’itinérance (de foyer, en 115), aboutissent à des passages dans la rue, comme seule issue. Exemple : les sans-papiers venus en France (immigration clandestine ou régulière) pour des raisons politiques ou de santé. L’occident, vécu comme eldorado, lieu de la modernité, véhiculant à son corps défendant, peut-être, l’espérance d’une vie meilleure, d’une qualité de vie et d’un bien être assuré et garanti. L’absence de places disponibles en CHRS, voire en 115. Le manque d’informations sur des dispositifs d’aide, et leur méconnaissance en général, associée parfois à des représentations négatives, sont des facteurs d’encrage dans l’errance. Le manque de suivi concernant l’insertion sociale après incarcération. La précarité de l’emploi, comme les petits boulots pour les travailleurs pauvres , ne permet pas l’accès à un logement social.
Quels circuits ont-ils utilisé pour avoir de l’aide et quels sont leurs regards sur les dispositifs ? Une impression de tourner en rond de dispositif en dispositif. Une inadéquation entre la réalité des besoins primaires des personnes au quotidien et les aides qui leur sont accordées (exemple : attribution d’une boîte de conserve et absence de réchaud). Le jugement porté par les institutions : pas de considération ou trop de considération ; imaginaire social de l’errant ; le regard porté sur eux provoque en retour des sentiments de haine. Le manque de place ou l’embouteillage des centres d’hébergement crée un décalage ou une inadéquation entre les dispositifs de l’insertion par le logement et les dispositifs d’insertion professionnelle. Cette distorsion se concrétise dans la quotidienneté des personnes en itinérance par la formule suivante : pas de toit/pas d’erraploi, pas d‘emploi/pas de toit . L’estime de soi est fortement ébranlée. Ceci se traduit, pour la plupart d’entre eux, par des comportements asociaux et des sentiments de haine envers les travailleurs sociaux ; les dispositifs d’aide humanitaire sont vécus par ailleurs comme un dû et les réponses différées en matière d’aide alimentaire ou de besoin primaire ne peuvent pas être comprises. Le sentiment d’injustice sociale, ressentie fortement par les jeunes, renforce les positions de victimisation et annule la compréhension de certaines règles sociales ou éducatives.
Point d’amélioration possible
En terme de moyens immédiats : - Plus de tables rondes. - Des tickets de transports (sinon on ne peut que frauder pour se rendre aux rendez-vous d’embauche) . - Plus de places en hébergement et des foyers pour couple. - De la cohérence institutionnelle pour résoudre les problématiques. - Une forte demande de respect, de considération de la dignité humaine, d’être écouté (on nous demande d’être respectueux mais on nous juge dès le premier regard ; on ne nous écoute pas) .
Chapitre 2
D’une analyse des entretiens des jeunes en errance
A la lecture des entretiens réalisés, après la table ronde, des éléments caractéristiques sont récurrents.
En premier lieu, l’agglomération chelloise est un lieu privilégié de concentration de jeunes en situation d’itinérance. Quelles que soient les raisons pour lesquelles ils ou elles convergent vers cette zone géographique spécifique (lignes de transport ou réseau humanitaire), à un moment donné de leur histoire et de leur parcours d’itinérance, le fait est avéré que l’agglomération est confrontée à une concentration de jeunes adultes dont l’errance est la problématique visible.
En effet, les entretiens en témoignent, d’autres problématiques, fort diversifiées, sont associées si bien qu’il est mal aisé de dire qu’il existe un profil type de la personne en itinérance.

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