Les nouvelles inégalités à l
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Les nouvelles inégalités à l'école

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Description

La "massification" de l'enseignement faussement présentée comme démocratisation, renouvelle plutôt les inégalités qui prennent des formes nouvelles, souvent moins nettes, moins visibles que par le passé où les filières étaient bien identifiées ; les enfants du peuple suivant un chemin différent de ceux de l'élite. L'objectif de ce volume est d'analyser ces questions afin de soumettre au débat public, donc politique, des propositions.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2003
Nombre de lectures 281
EAN13 9782296815124
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

©l’Harmattan, 2003
ISBN : 2-7475-5550-X

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Les nouvelles
Inégalités
à l’école


COMITÉ ÉDITORIAL

Claudine BARBIN, Laurent BRISSET, Pascale SAROLEA, Laurent MAFFEIS, Nausica ARNOULT, Daniel ASSOULINE, Anne CAUWEL, Bernard CHABANON, Raphaël CHAMBON, Félix DOSSOU, Hervé LE FIBLEC, Pierre-Louis GHAVAM, Christian MARRE, Michel VALADAS, Daniel VIMONT, Michel KUNTZ.

COMITÉ DE RÉDACTION
rédacteur en chef : René REVOL
directrice de la publication : Françoise CASTEX
Les interventions publiées ont été relues par les auteurs : Louis CHAUVEL, Louis WEBER, André CAGNEUX, George ASSERAF, Gérard ASCHIERI, Patrick GONTHIER, Jean-Luc VILLENEUVE, Yassir FICHTALI, Thierry VOLCK et Jean-Luc MELENCHON.
transcription des enregistrements et relecture : Félix DOSSOU, Claudine BARBIN, Françoise CASTEX.
Maquette, mise en page : Christelle BATTAIS
Illustration : Loun

L’Harmattan
5-7, rue de l’École-Plytechnique
75005 Paris
France

L’Harmattan Hongrie
Hargita u. 3
1026 Budapest
HONGRIE

L’Harmattan Italia
Via Bava, 37
10214 Torino
ITALIE
éditorial :
L’école et la République
René REVOL
Président "Pour une Ecole Globale"■

L’Association "Pour une Ecole Globale" n’est pas une association de circonstance. L’idée a germé il y a plus d’un an, lorsque nous avons commencé à rédiger le Manifeste pour une Ecole globale, sorti au mois de février 2002. Nous étions réunis autour de Jean-Luc Mélenchon {1} pour le rédiger et le soumettre à la discussion publique. Ce que nous écrivions, alors que la gauche était au pouvoir, est manifestement toujours si ce n’est plus, d’actualité, alors que la droite est au pouvoir. A partir de ce constat et de ce premier travail théorique, nous avons décidé de traduire cela en action, sous la forme d’une Association.
Elle est constituée depuis la fin de l’année 2002. Ses membres m’ont désigné comme président. Elle commence à se mettre en place à l’échelle nationale comme dans différentes régions de province. Soyons très clairs d’entrée sur ce que nous sommes et sur ce que nous ne sommes pas : Nous ne sommes pas une association pédagogique. Nous ne sommes pas une association para-syndicale. Nous ne sommes même pas une association scolaire. Nous sommes une association politique, parce que l’école est une question politique. L’école n’appartient pas plus aux enseignants, aux élèves, aux parents ; elle appartient à la nation, à la République. Les questions posées par l’école concernent tous les citoyens.
Notre objectif n’est ni de nous substituer aux organisations syndicales ni aux organisations politiques, mais de créer un lieu où puissent se rencontrer l’ensemble des acteurs et des citoyens intéressés par les questions scolaires : un lieu où ils puissent échanger leurs convictions, leurs doutes, leurs interrogations, leurs recherches, leurs travaux, leurs expériences, pour pouvoir les confronter, dégager des lignes de force et proposer ces lignes de force. Ce que nous disions il y a un an est encore plus vrai aujourd’hui : l’école dans son unité, sa laïcité, ses objectifs fondamentaux qui sont des objectifs d’émancipation, l’école publique est menacée par la déréglementation, par la marchandisation, par quelque chose qui tire ses sources dans et hors de l’école. C’est pour cela que nous ne pouvons pas aborder les questions scolaires sans en faire une question sociale, donc nous avons décidé de poser ces questions sous cet angle, d’accepter un certain nombre de divergences, de confrontations et de débats pour pouvoir proposer un certain nombre de pistes à l’ensemble de ceux qui sont concernés par l’école, pour pouvoir agir.
Nous sommes aujourd’hui dans une situation particulière. Naturellement le monde est préoccupé par d’autres enjeux, d’autres questions. Il est évident que les frères jumeaux de la mondialisation libérale et de l’hyperpuissance américaine constituent un cadre qui aujourd’hui interpelle tout le monde et nous amène à nous engager, à réfléchir dans cette situation nouvelle. Mais il demeure que dans ce contexte les questions scolaires sont loin d’être étouffées… La situation internationale politise la société et toute une série de questions sont remises sur la table. Il y a une effervescence politique dans notre pays actuellement sur toute une série de questions. Cela n’échappe pas à l’école où par ailleurs des mobilisations commencent sur le terrain, conséquences directes de ces processus à l’œuvre dans l’école, entre autres des mesures gouvernementales actuelles. Vu les problèmes en cause, ces mobilisations ne vont pouvoir que s’amplifier dans les mois qui viennent. Notre objectif est d’essayer de formuler des propositions progressistes et démocratiques pour l’école. Nous avons déjà abordé un certain nombre de questions dans le cercle fermé de notre association. Elles seront l’objet de débats publics que nous organiserons régulièrement.

Il nous a semblé que la première question qui devait être discutée était celle des inégalités scolaires, des "nouvelles inégalités scolaires". Nous sommes partis très vite d’un constat : la massification de l’enseignement, faussement présentée comme "démocratisation", que Pierre Merle {2} appelle "la première démocratisation" ou "une fausse démocratisation", n’est en fait qu’une massification aboutissant à ne pas porter atteinte aux inégalités sociales devant l’école. Au contraire elle les renouvelle. Ces inégalités prennent de nouvelles formes, souvent moins visibles, moins nettes que celles de l’école du passé où les filières étaient bien identifiées, les enfants du peuple suivant un chemin différent de ceux de l’élite. L’objectif des enfants de la classe moyenne est de se rapprocher du chemin de l’élite, il est évident qu’aujourd’hui dans le cadre de ces inégalités, les chemins qu’elles prennent, sont différents.

Notre objectif est d’analyser ces questions pour voir si nous pouvons soumettre au débat public, donc au débat politique de tous les citoyens et de tous ceux qui interviennent dans ce débat, un certain nombre de propositions qui pourraient être reprises, être des vecteurs de l’action publique.

En tant qu’association nous avons d’autres questions, qui sont directement reliées à celles-ci et qui peuvent particulièrement nous intéresser. Notamment nous avons commencé à travailler sur la question et le concept de "Professionnalisation durable" et à ce que pouvait signifier cette perspective aujourd’hui. Nous avons aussi pour projet de travailler sur l’unité du service public et de ce que signifie cette unité par rapport à ce que nous prépare une certaine décentralisation actuelle. Nous avons aussi décidé de travailler sur d’autres questions qui peuvent concerner, par exemple, l’Université.

Nous avons donc pensé qu’il serait positif que ce premier moment de réflexion porte sur les inégalités à l’école. Voilà pourquoi nous avons choisi ce thème pour cette première rencontre nationale.
1° Partie
Paroles de chercheurs : Les nouveaux chemins des inégalités à l’école
De l’incertitude républicaine à l’inégalité sociale
Louis CHAUVEL
Professeur à Sciences-Politiques (Paris) ■

Je vais tenter d’apporter un certain nombre d’éléments du domaine du savoir et les livrer au débat. Ce qui est intéressant est moins le savoir constitué ou ce que l’on présente comme une espèce de savoir constitué, mais tout un ensemble d’éléments, de faits, de constats, qu’il faut de toute nécessité analyser pour comprendre la situation. Evidemment, la question ultime est celle-ci : que devons nous faire politiquement pour remettre en cause les processus pervers qui, à l’évidence, sont enclenchés depuis quelques années et risquent de léguer aux générations futures une école et un système scolaire extrêmement dégradés ?

Avant de m’engager sur ce qui va être le lien entre les inégalités dans la société et les inégalités dans l’école, les unes et les autres se répondant de façon forte et de plus en plus imbriquée, je vais vous présenter mes activités de recherche en général pour que vous sachiez sur quoi je travaille. Je suis maître de conférences des universités à Sciences-Po-Paris, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques, et chercheur à l’Observatoire sociologique du changement. J’ai un lourd passé d’économiste et je suis devenu sociologue à la suite d’un long cheminement. Je travaille sur le lien entre inégalités intergénérationnelles, inégalités dans l’école et inégalités dans la société. Je fais partie de ces sociologues, pour qui la question des classes sociales est, de nouveau, extrêmement importante si l’on veut comprendre le monde contemporain et les tendances d’avenir, pour y remédier aussi.
Nous avons certes connu une époque de « moyennisation » au cours des Trente glorieuses (1945-1975). Ces années ont été marquées par une réduction des inégalités ; mais depuis une vingtaine d’années la question des classes sociales est de nouveau cruciale dans la lecture que nous devons faire des évolutions de la société. Cela est moins visible lorsqu’on s’intéresse à la société dans son entier que lorsque l’on s’intéresse aux nouvelles générations qui rentrent dans le monde du travail. A l’évidence, celles ci sont de plus en plus touchées par des inégalités, que l’on avait crû ou vu décroître Nous constatons de nouveau la reconstitution de frontières sociales qui, à l’époque de la montée en puissance de l’Etat providence, diminuaient. C’est, notamment, ce que nous allons voir ici.

Mon ouvrage principal s’intitule "Le destin des générations" {3} . Le texte, sur lequel mon intervention est fondée, a été édité dans la revue « Mouvements », qui traite la question des inégalités scolaires. Il sera complété d’un ensemble de textes d’une autre nature sur les inégalités dans l’ensemble de la société et leurs conséquences.

Mon introduction sera fondée sur une analyse globale des inégalités sociales et des problèmes de la société française légués par les vingt cinq à trente dernières années. Elles remettent en cause beaucoup de choses et de nombreux progrès que nous avions soutenus, et qui ont été réalisés au long de nombreuses luttes, naguère : montée en puissance de la citoyenneté sociale, construction de l’Etat providence, tout au long de ces années 1950-1960-1970, notamment, ma grande réussite du service public. Nous devons faire le constat que quelque chose s’est "grippé », qu’il va falloir reprendre en main ou reconstituer. Autrement dit, de nombreux acquis sont progressivement remis en cause en raison des retournements de tendances de ces vingt dernières années.
La société de 2003 pose un grand nombre de questions et le constat est extrêmement désagréable et inquiétant. Qu’est devenue la société française, au fur et à mesure que s’installait la marchandisation, que montait en puissance la vénalité, que l’idée de gratuité était remise en cause partout, ainsi que l’idée de mission de service public et d’universalité… Trois mots condensent les grandes tendances de l’évolution de la société française de ces dernières années : ralentissement, incertitude et inégalité.

Un terme central de l’évolution de la société française : le ralentissement. Au cours des années 1950-1960-1970, le taux de croissance du pouvoir d’achat du salaire ouvrier était en moyenne de 3,5 à 4,5 % par an, depuis vingt cinq ans il n’est plus que de 0,5 %.
Dans la société des Trente glorieuses, il était possible d’envisager un doublement du pouvoir d’achat en moins de seize ans, au cours des années récentes le taux de doublement du salaire n’est plus de seize ans mais de cent quarante cinq ans. Des progrès qui paraissaient évidents pour soi-même en tant qu’individu ou pour la génération qui vient après soi, pour ses propres enfants, deviennent extrêmement incertains.
Ce qui se faisait en moins d’une génération ne se fait plus qu’en une dizaine de générations successives. Alors même qu’on nous a raconté entre 1997 et 2001 que nous traversions une période de croissance économique très forte, le salaire réel (une fois retiré l’inflation), le vrai pouvoir d’achat des gens qui travaillent a cessé de s’accroître clairement, et plus rien ne change vraiment dans leurs conditions d’existence. Le ralentissement touche un ensemble de conquêtes sociales des années 1950-1970, qui, depuis les années 80, commencent à plier de façon régulière. Ce ralentissement, on le voit poindre à partir de 1975, plus encore à partir de 1984, quand un ensemble d’éléments de croissance pour la moyenne de la population salariée, est remis en cause. Il atteint les capacités accordées à l’Etat providence de développer, de renforcer les systèmes de retraite, le système de santé, le système scolaire. Tout cela est progressivement remis en cause.

Le deuxième point : l’incertitude généralisée
Les principes de l’économie Keynésienne et de la société salariale tendaient, au cours des années 1950-1970, à la maîtrise des incertitudes sociales : la retraite, le système de santé, la couverture médicale protégeaient l’ensemble de la population à partir des années soixante-dix. La société salariale a construit un système salarial fondé sur une plus forte égalité et une lisibilité des trajectoires de carrières. Elle est un héritage de la montée en puissance de l’Etat providence des années 1950-1970 et des constructions sociales, salariales, syndicales qui allaient avec. Pourquoi a-t-on construit ce système de lisibilité des trajectoires ? Parce que la période qui avait précédé, la première moitié du vingtième siècle avait montré que, sans un minimum de sécurité et de certitudes sociales, l’explosion sociale était au bout de la route. Depuis 1975, les incertitudes progressent. C’est le résultat de la remise en cause de nombreuses constructions collectives élaborées pendant des décennies. Ces remises en cause deviennent de plus en plus visibles, non seulement pour les nouvelles générations qui entrent dans le monde du travail, mais aussi pour l’ensemble de la population. Une question s’impose progressivement à tous : existera-t-il réellement une retraite à la fin de la vie de travail pour l’ensemble de la population ? Existera-t-il réellement un système de santé aussi abouti que celui que l’on connaît actuellement ? N’y aura-t-il pas un profond retour en arrière, pour des fractions massives de la population ? Ces remises en cause interviennent alors même que l’on sait que ce système, incomparablement plus respectueux de l’idée de justice que le système que l’on connaissait voilà un siècle, en 1904, contient néanmoins, encore aujourd’hui, des inégalités absolument scandaleuses et inacceptables.

Le pire est que l’ensemble des stabilisateurs progressivement construits naguère se transmutent en un ensemble d’incertitudes que les salariés découvrent : une partie de leurs salaires est constituée de primes susceptibles d’être remises en cause, les statuts sont de plus en plus précaires, les fluctuations de l’économie s’aggravent au point où tout ralentissement économique amène le risque d’un licenciement rapide…
Nous l’avons bien vu au cours des trois dernières années avec l’explosion de la bulle de l’Internet et des nouvelles technologies, dont on nous racontait voilà cinq ans qu’elles apporteraient trente ans de croissance. Elles apportent en réalité des incertitudes supplémentaires, après beaucoup d’autres.
Nous avons connu la fluctuation de la fin des années quatre-vingt avec les "trois petites glorieuses" (comme les avait appelées Michel Rocard pour en souligner le caractère vain) au cours desquelles le Crédit Lyonnais a laissé derrière lui une addition de 150 milliards de nouveaux francs. Une fois venue la première guerre du Golfe, cette croissance économique s’est envolée pour ne plus rien laisser. Aujourd’hui, à l’issue de la deuxième guerre du Golfe, nous voyons de nouveau exploser le chômage, des déficits massifs dans des entreprises privées qui ont commis des erreurs monumentales, mais aussi dans des entreprises publiques qui se sont comportées comme ce qui existe de pire dans le privé. La conséquence en est que, pour de nombreux travailleurs, l’avenir est extrêmement incertain, alors qu’au même moment des fortunes gigantesques ont été acquises par des managers qui avaient notamment en charge des missions essentielles de service public. (Ainsi Vivendi, qui vivait sur le pactole de la cession de missions de service public, et France Télécom qui compte encore au nombre des entreprises publiques, se sont montrés parfaitement irresponsable, et laisse devant nous des incertitudes croissantes face à l’avenir). En croyant trop vite en un avenir radieux pour toujours dans le capitalisme de l’Internet, nous constatons maintenant que plus que jamais, la maîtrise de la certitude à long terme devient problématique.
Depuis vingt cinq ans, notre société est soumise à des cycles économiques extrêmement douteux dans lesquelSs les bénéficiaires ne sont que très rarement les salariés, mais assez souvent ceux qui nous construisent un monde marchandisé fondé sur un ensemble de dispositifs qui engendrent le doute : "quel monde nous préparons-nous à léguer aux générations suivantes ? " Quel est ce monde marchandisé, fondé sur des cycles économiques en accordéon, sans visibilité de long terme, où tous les propos sur la croissance économique merveilleuse pour demain débouchent sur des charrettes de licenciements massifs dont les jeunes sont les premières victimes, parce qu’ils ne trouvent pas de place correcte pour faire leurs premières expériences professionnelles. Les jeunes sont les premières victimes de l’instauration de ce système d’incertitudes. L’âge moyen de sortie du monde scolaire est de vingt et un ans, l’âge moyen d’entrée dans le monde du travail cotisant : vingt quatre ans. Trois ans sont perdus pour cause de chômage et de travail dans des emplois bénévoles et activités non cotisantes.
Si à cela, on rajoute quarante années d’annuités de cotisation retraite comme c’est le cas aujourd’hui, voire 46 et demi (selon les propositions du MEDEF,), on voit que la retraite à soixante dix ans est le destin qui attend les nouvelles générations entrant aujourd’hui dans le monde du travail. Des questions extrêmement urgentes se posent, notamment sur les réformes de la retraite, mais aussi dans le système de santé où les gens cotisent pour un système dont ils ne bénéficient pas immédiatement, et qui pourrait bien disparaître d’ici au jour où ils auront de vrais problèmes de santé. Dans trente ans, quand ils en auront besoin, ce système existera-t-il toujours ? Il y avait dix mille médecins formés par an dans les années soixante-dix, on n’en forme plus que trois mille cinq cent par an depuis 1983. Qui sont les médecins qui nous soigneront dans vingt ans ?

Dernier point : la montée en puissance des inégalités sociales. Des inégalités de toutes natures réapparaissent. La société française "d’avant", celle des Trente glorieuses, était marquée par un projet de réduction des inégalités, et était effectivement parvenue à contrecarrer les formes les plus extrêmes des inégalités économiques. La fin des années soixante-dix est encore une société extrêmement inégalitaire, marquée par un écart de 1 à 3,5 entre le dixième le plus pauvre et le dixième le plus riche. Pour comparer, dans la société suédoise, l’écart est de l’ordre de 1 à 2. Il est de 1 à 6 dans la société américaine d’aujourd’hui. C’était le niveau d’inégalité de la société française des années cinquante. Dans la plupart des pays, une tendance à la reconstitution de telles inégalités économiques est à l’œuvre, très fortement même pour les nouvelles générations. Lorsqu’on s’intéresse à l’évolution des inégalités sociales de génération en génération, on constate que le taux global de pauvreté aujourd’hui est à peu près le même que celui du début des années quatre-vingt.
Mais les catégories de population touchées par la pauvreté changent. Dans les années quatre-vingt, les taux massifs de pauvreté touchaient les soixante-dix/quatre-vingt-dix ans, une population pauvre encore marquée par la société profondément inégalitaire du début du vingtième siècle. Cette population est en cours de disparition progressive, même s’il reste des marges encore importantes de solitude et de misère, comme la canicule d’août 2003 {4} l’a montré. Ces anciennes générations porteuses d’inégalités violentes sont remplacées par de nouvelles générations bénéficiaires de l’Etat providence. La pauvreté massive, ainsi, se retrouve moins chez les vieux, aujourd’hui, qu’au sein des nouvelles générations de jeunes. Maintenant, la pauvreté massive est représentée par les jeunes pauvres : le taux de pauvreté est environ de 12 % en France, de 25 % pour les moins de trente cinq ans. Les jeunes pauvres d’aujourd’hui risquent malheureusement de former les vieux pauvres de 2040. On voit apparaître ainsi une nouvelle génération de pauvres, jeunes et pleins d’avenir, qui donneront eux-mêmes naissance à de nouvelles générations d’enfants, eux-mêmes pauvres.
Dans une perspective de lecture générationnelle de la pauvreté, on voit clairement que nous étions parvenus à juguler une partie de la pauvreté pour les générations marquées par la montée en puissance de l’Etat providence, mais que par contre les nouvelles générations sont de plus en plus marquées par des difficultés à entrer dans le système social et salarial.
L’inégalité devient, depuis quelques années, le mode de socialisation des nouvelles générations, notamment, et c’est là que le système d’inégalité est le plus visible, entre ceux qui arrivent à passer avec succès les épreuves de sursélection malthusienne de l’élite s

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