Une question d autorité ?
150 pages
Français

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Une question d'autorité ?

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Description

Tout se passe aujourd’hui comme si l’acte éducatif était devenu problématique pour les acteurs qui en ont la charge, sous les injonctions à la fois d’une forte demande sociale de réflexion autour de l’éducation et la résurgence du concept d’autorité dans les discours publics. Comment expliquer ce malaise que semble éprouver notre société à l’égard de l’éducation ?
En revenant sur l’évolution des pratiques éducatives, des structures familiales et des représentations de l’enfant, Julie Pinsolle dessine un portrait actualisé de l’éducation familiale. À quelles logiques les familles obéissent-elles, quelles valeurs transmettent-elles ? Si l’éducation s’est transformée, elle pose un nouveau dilemme pour les parents, tiraillés entre idéaux participatifs et responsabilité parentale. Comment les familles composent-elles avec cette tension au quotidien avec leur enfant ? À partir des pratiques contemporaines d’éducation à la préadolescence, il apparaît que l’éducation, loin d’obéir uniquement à des recettes prédéfinies par les contextes sociaux et les vécus familiaux, est un processus évolutif et relationnel dans lequel le sens des règles est primordial.

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Publié par
Nombre de lectures 12
EAN13 9782130799467
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

« Partage du savoir » est une collection qui tend à rendre compte des réalités complexes, des préoccupations humaines et contemporaines. Elle a vocation à dépasser le seul cadre disciplinaire de la recherche universitaire. Il s’agit ici de rétablir les passerelles entre la science et le citoyen. EDGAR MORIN
COLLECTION « PARTAGE DU SAVOIR » Parrainée par Edgar Morin
Parce que les connaissances scientifiques, techniques et culturelles constituent le socle des sociétés à venir, nous avons décidé, en 1997, de créer le prix Le Monde de la recherche universitaire. Ce concours, soutenu par la Fondation Charles Léopold Mayer et la Fondation du Crédit coopératif, récompense de jeunes chercheurs qui, dans le secret de leur laboratoire et le silence des bibliothèques, élaborent de nouveaux savoirs. Ce prix poursuit trois objectifs. Le premier est de favoriser une dynamique d’échange entre le monde de la presse, de l’édition et celui des universités pour susciter un débat d’idées permanent autour des chercheurs et de leurs travaux. Le deuxième est d’aider plus particulièrement les approches fondées sur l’interdisciplinarité. Le dernier, enfin, voudrait rapprocher la « science en marche » des hommes et de leurs préoccupations. Le prix est ouvert aux titulaires d’un doctorat ayant soutenu, au sein d’une université française ou étrangère, une thèse rédigée en français et non publiée. Les travaux font l’objet d’une sélection effectuée par un comité de lecture rassemblant des personnalités des communautés scientifiques et culturelles. Ce prix offre la possibilité à trois docteurs récemment diplômés en sciences humaines et sociales de publier leur thèse aux Presses Universitaires de France (PUF) dans une collection grand public, et à cinq docteurs en sciences dites « dures » de publier un résumé de leurs travaux dans Pour la scienceet dans un ouvrage publié aux éditions Le Pommier. Par ailleurs, le quotidien Le Mondel’ensemble de ces présente thèses dans un cahier spécial. Un nouveau « contrat social » entre la recherche scientifique, l’enseignement supérieur et la société s’invente aujourd’hui. Le Prix Le Mondevoudrait à la fois en souligner la nécessité et en constituer la manifestation concrète. VINCENT GIRET Rédacteur en chef auMonde
JULIEPINSOLLE
Une question d’autorité ? Les pratiques d’éducation familiale
ISBN 978-2-13-079946-7 re Dépôt légal – 1 édition : 2017, septembre © Presses Universitaires de France / Humensis 170 bis, boulevard du Montparnasse, 75014 Paris
Àtoute l’équipe du laboratoire CEDS (Cultures et Diffusion des Savoirs) À mon fils Léon avec qui j’essaierai de faire du mieux possible tout en sachant que je ferai forcément des erreurs !
Introduction
Les jeunes ne respectent plus rien. Les jeunes n’ont plus aucune limite. Les enfants ne sont plus les mêmes. Les enfants sont plus durs.
De telles assertions sont fréquentes lorsque les adultes parlent de la jeunesse et des enfants. Elles sont largement apparues dans un sondage de l’ « observatoire BVA-DOMÉO-P RESSE 1 RÉGIONALE de la vie quotidienne des Français » sur l’éducation : 74 % des personnes interrogées jugent que « les enfants d’aujourd’hui sont en général moins bien élevés qu’à l’époque où ils étaient eux-mêmes enfants » et 85 % que les parents ne sont « pas assez sévères ». Mais ce constat est loin d’être nouveau : Fize retrace les grandes lignes de ce que nous pourrions appeler l’« histoire des lamentations éducatives » :
L’idée de crise familiale n’est pas neuve […] Polybe, 150 avant J.-C., l’évoqua[it] déjà […]. Notons qu’à partir du romantisme, chaque génération va se plaire à inventer une crise avec la génération précédente et à en faire, pour reprendre les paroles de Musset, « le mal e du siècle ». Tout le XIX siècle est empli de lamentations sur le déclin de l’institution e e familiale et l’affaiblissement de l’autorité des pères. Le XX et le début du XXI ne sont pas en reste qui parlent de familles à l’abandon, démissionnaires, maltraitantes, sans autorité. Rien de nouveau donc quant à l’idée de « déclin » (2005, p. 26-27).
Les adultes n’ont eu de cesse de comparer la jeunesse avec leur propre jeunesse, forcément plus respectueuse. Des expressions de ce « déclinisme » se retrouvent même dans le domaine universitaire : « C’est devenu, aujourd’hui, un lieu commun : les enfants, de plus en plus jeunes, ainsi que les adolescents, récusent, aujourd’hui, a ssez largement les formes traditionnelles d’autorité » (Meirieu, 2005, p. 2). Le discours sou s-jacent semble être celui d’une jeunesse « pécheresse par nature » qui présente l’avantage, pour les adultes, de ne pas les remettre en cause en tant qu’éducateurs. Si cette « idéologie du déclin » n’a rien de nouveau, un malaise éducatif inédit est par contre apparu. Il se retrouve dans les discours de certains parents :
C’est super dur d’être parent [Gwenaëlle]. BELLE-MÈRE : Disons que l’année dernière on a eu une année assez difficile avec *** [prénom de l’enfant]. PÈRE : Une petite anecdote vite fait, j’étais en train de bricoler, j’avais ma fille sur les genoux, je mettais le dernier coup de tournevis, il arrive : « Je peux t’aider ? – Non mon lapin, merci, j’ai fini. – Allez je peux t’aider ? – J’ai fini ! – Pff va te faire foutre. » […] Là j’ai pris sur moi… Et après je lui ai expliqué […] je lui dis : « De quel droit tu me craches dessus ? » Il ne parlait pas, il s’en allait. Et dans la semaine il me dit : « Papa je ne comprends pas trop les maths », alors je dis : « Moi les maths je ne les comprends qu’en faisant des dessins. » Je fais des dessins, clac clac, je lui explique et puis il me répond « Ouais c’est ça, mon cul »… […] J’ai pris encore sur moi, j’ai fait comme une vague qui s’éclate sur un rocher… BELLE-MÈRE : Il a beaucoup de mal avec ça [« engueuler » et punir]. Et moi j’étais là « Pourquoi tu fais ça ? » PÈRE : Et bien ça blesse… [Julien et sa compagne.]
Mais nous je ne sais pas si on est un bon exemple pour, pour une étude […]. Il y en a qui y arrivent quand même. […] Des fois je voudrais tout recommencer. Mais c’est trop tard ils me ont 14 ans et 12 ans [M Met]. On a eu une époque difficile et je n’arrivais pas à me faire entendre donc je punissais… Car je n’arrivais pas à trouver d’autres solutions […]. On fait un peu ce qu’on peut des fois ! [rire]. […] Parce qu’il y a eu une période où je lui disais un truc, il disait « Non » [silence]. Il se mettait face à moi et il me regardait, comme ça. Et là c’est dur… Parce que là ça nous glisse entre les doigts et on ne sait plus quoi faire… [Anaëlle].
Comme en témoignent ces extraits, ce malaise ne se retrouve pas avec la même intensité dans tous les discours, il demeure même absent chez cert ains parents. Toutefois, cette absence ne signifie pas que les expériences précédentes sont des exceptions. Bien au contraire. Ce malaise a une réelle visibilité sociale qui dépasse l’expérience personnelle des parents. La télévision n’a pas manqué de s’en emparer avec : – des émissions proches de la téléréalité telles queSuper Nanny ouPascal legrand frèrequi se fondent sur les difficultés éducatives des parents ; – d’autres plus scénarisées commeRetour au pensionnat ouDur dur d’êtreparents qui se focalisent sur des divergences éducatives dans le temps ou entre les parents ; – des reportages comme leZone interdite15 avril 2012 « Enfants ingérables, du parents dépassés : comment s’en sortir ? » ; – ou avec des fictions commeParents mode d’emploi que France 2 présente comme 2 une série sur un « un couple d’aujourd’hui qui essaie des’en sortiravec 3 enfants » (nous soulignons). Cette médiatisation télévisuelle s’accompagne d’une multiplication d’ouvrages sur l’éducation (se présentant comme des livres de recettes pour une éducation réussie), des revues à destination des parents ou encore des spécialistes de l’enfance et de ses troubles (pédopsychiatres, pédopsychologues, orthophonistes, etc.). Ainsi, si une quelconque forme de « déclin » existe réellement, elle est moins à trouver dans la prétendue nature des jeunes générations que dans les repères éducatifsdont disposent les parents. Cet ouvrage consiste ainsi à revisiter la question de l’éducation. Il ne prend pas la forme d’un de ces « livres de recettes » que nous évoquions précédemment, de tels ouvrages sont légion. Le but de cet ouvrage est de permettre un temps deréflexion, une pause dans notre époque où tout va vite. Qu’est-ce qu’éduquer ? Pourquoi est-ce dev enu plus complexe, moins « évident », amenant certains observateurs à décrire la famille comme « incertaine » (Roussel, 1992) ou « dans tous ses états » (Fize, 2005) ? Comment les parents s’organisent-ils ? Quelles sont les valeurs qu’ils promeuvent ? Pour répondre à ces questions et comprendre ce qui se joue de façon inédite en éducation aujourd’hui, cet ouvrage se compose de deux parties. La première partie, consistera à analyser le mouvement de (re)considération de l’enfant et de l’enfance qui marque notre société pour voir de quelle manière il s’est immiscé dans les familles et quels en sont les effets sur les pratiques parentales. À travers l’étude des représentations de l’enfant et de l’enfance, cette première partie permettra de nourrir les idées de changement et de perte de repères et de parachever la problématisation amorcée dans cette introduction, éclairant les raisons pour lesquelles l’éducation que les parents ont reçue leur semble désormais désuète. Nous verrons alors émerger denouvelles valeurs éducativesqui, dans la mesure où elles tentent de combler l’absence de consensus éducatif, sont so uvent acceptées sans être interrogées. Or, leurs effets peuvent être tout aussi délétères que l’éducation d’autrefois, assimilée à une forme de dressage. C’est pourquoi nous interrogerons ces nou veaux « leitmotivs » éducatifs afin de mesurer leur place dans l’éducation contemporaine. Enfin, l’éducation étant le processus par 3 lequel l’enfant renonce à sa toute-puissance pour s ’ancrer dans le social , elle ne peut faire l’économie des questionsd’autorité. C’est avec cette notion que nous terminerons cette première partie puisque les interrogations adressées aux spécialistes de l’éducation sur les règles, les
limites ou encore la façon de se positionner en tant qu’adulte n’ont jamais été aussi nombreuses. L’enjeu de la seconde partie sera ainsi de comprendre comment les parents d’aujourd’hui s’accommodent de cette question délicate de l’autorité et de l’inculcation des règles. Pour se faire, son objectif est de produire une «photographie» de l’éducation familiale : comment les parents s’organisent-ils à l’heure où la famille se mble soumise à une injonction paradoxale, s’inscrire dans le mouvement démocratique et individualiste tout en restaurant, dans les faits, l’autorité traditionnelle ? Quelles sont les valeur s qu’ils promeuvent ? Pratiques parentales quotidiennes et valeurs éducatives ont-elles une logique ? Peut-on définir des profils parentaux ? L’enjeu de cet ouvrage peut donc se résumer de la façon suivante :permettre une réflexion sur l’autorité, produire une image contemporaine de l’é ducation familiale et comprendre les logiques nouvelles qui la traversent.
PARTIE I L’ÉDUCATION EN QUESTION, L’ÉVANESCENCE DE « L’ALLANT DE SOI »
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