Des filles, des filles, des filles et deux garçons
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Description

Mois de janvier, Céleste, Léno, Kim et Anis reprennent les cours après les vacances de Noël. Après le bashing dont Céleste a été victime en décembre dernier, ils sont plus unis que jamais. Et ils en ont besoin : leurs certitudes sont sacrément mises à mal.

Céleste, si heureuse à Nice, sort avec Etienne, un garçon qu’elle a rencontré pendant les vacances chez ses parents en Normandie. Alors que ses parents se séparent, Léno apprend que sa mère et l’amie de son père sont toutes les deux enceintes. Anis est piégé par Augustin, le fils de son beau-père, qui veut la peau "du petit arabe qui vit chez lui". Kim souffre d’un lymphome de Hodgkin. Un cancer fréquent chez les jeunes qui se soigne bien, ne cesse-t-on de lui répéter. Mais c’est bien elle qui va endurer la chimiothérapie.

L’arrivée de Vianney, garçon joyeux et exubérant, dans la classe de Léno, va faire souffler sur la bande un vent nouveau… qui risque aussi d’ébranler l’équilibre du groupe.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 29 juillet 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782215177418
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sommaire Des filles, des filles, des filles et deux garçons Dans la même collection Page de copyright
Points de repère Cover Title Page Copyright Page Dedication Corps de texte Bibliographie
À Flore, ma chouette lectrice.
À Corinne, ma chouette libraire.
*
Kim est impressionnée : ses deux cousines virevoltent comme deux libellules dans cette fourmilière parisienne.
– Si on se dépêche, on peut encore passer au Forum des Halles avant de rentrer, annonce Camille.
– Ça va être blindé de monde, oppose Emma.
Camille suggère que cette rue, là, maintenant, tout de suite, est déjà la définition de « blindé de monde »… Pas de méprise, la foule, Kim connaît : elle vit à Nice, pas à Trois-Pelés-sur-Ru. Elle a grandi à Abidjan ; là-bas, la population a investi la rue. On y commerce, on y mange, on s’y interpelle, on y somnole. Dans leur robe en wax, un grand plateau de fruits sur la tête, les femmes côtoient les voitures, même sur l’autoroute. Mais ce n’est pas pareil.
Ici, les gens semblent… pressés, tout le temps. Et surtout, ils ont l’air seuls.
Pas de méprise bis : Kim adore venir à Paris. Elle s’entend merveilleusement bien avec Camille et Emma, ainsi qu’avec ses autres cousins. Chaque séjour est l’occasion de belles visites et de fous rires. Kim ne peut plus regarder la Joconde sans songer au commentaire de Camille quand elles avaient tenté de l’apercevoir au Louvre : « Dire que ça fait des siècles qu’elle fait l’aimable devant les touristes et y en a jamais un qui a partagé son sandwich avec elle. » (En même temps, Kim ne regarde pas non plus la Joconde tous les jours, ça l’aide à garder son sérieux.) Chaque fois, les cousines se tricotent de fabuleux souvenirs, comme aime à le répéter leur grand-mère. Et ça tombe bien : il y a deux jours à peine, Kim sortait d’une ultime journée d’examens à l’hôpital avec un programme peu réjouissant pour les six mois à venir. Elle va avoir besoin d’un bon gros tricot de souvenirs chauds pour tenir le coup. Instinctivement, elle pose la main sous son aisselle à la recherche de « sa » boule. Elle ne la sent pas. Elle sent en revanche celle qui vient de faire un strike dans son ventre. Camille l’extirpe de ses pensées :
– Kim, tu veux passer aux Halles ?
Kim se reconnecte à l’instant présent. Un regard pour Emma, un pour Camille. Balle au centre.
– On fait comme vous voulez.
Dix minutes plus tard, les trois jeunes filles remontent le couloir qui mène de la ligne 4 du métro aux différents quais de RER : elles transitent par les Halles avant de rentrer chez Emma, banlieue ouest. Le lacet de Kim est défait, elle s’arrête juste le temps de le renouer. Ses deux cousines ont continué à avancer, il suffira à Kim de courir pour les rattraper avant qu’elles ne disparaissent de sa vue.
Sauf que deux pieds de contrôleur viennent saluer ses sneakers. Kim se redresse.
– Bonjour, mademoiselle. Titre de transport s’il vous plaît.
L’homme a oublié comment on sourit, mais il est aimable. Pourtant, l’effet est immédiat, Kim panique. Elle cherche son ticket et ne le trouve pas. Pour cause, elle n’en a pas : sa cousine lui a fait passer le tourniquet avec elle. « Maman m’a juste filé des tickets Paris-Maisons-Laffitte, on va pas en gâcher un pour circuler dans Paris », s’est justifiée Emma.
Kim n’a pas suivi toute l’explication mais a bien suivi sa cousine. Maintenant, elle regrette de ne pas avoir plus creusé la question. Elle sort le ticket qui l’a amenée jusqu’à Paris. On ne sait pas, ça pourrait marcher. L’homme prend le titre de transport mais n’a pas le temps d’en vérifier la validité : Camille et Emma, notant que Kim ne les suivait plus, sont revenues sur leurs pas.
– On peut savoir pourquoi vous contrôlez notre cousine ? demande Emma, les jambes écartées, les mains sur les hanches.
– Elle et pas nous ? insiste Camille, en levant le menton.
Les deux cousines savent que Kim n’a pas de titre de transport valable. Mais après tout, l’attaque est la meilleure des défenses, non ? Et puis, seule Kim a été contrôlée. À seize ans, on a, bien ancrées en tête, des convictions, des vérités et quelques idées reçues : « On contrôle uniquement les jeunes, de couleur, et c’est parfaitement injuste » est un exemple parlant du mélange que cela donne. Les deux hommes ont de l’expérience et un bon fond, la conversation pourrait vite s’adoucir si l’un d’eux n’avait pas cette malheureuse et particulièrement stupide réponse :
– C’est votre cousine ? Ça, je demande à vérifier !
Les passants pressés, paquets de Noël accrochés aux bras comme les boules au sapin qui les attend, croient d’abord qu’il s’agit d’un spectacle de rue comme il y en a beaucoup dans le métro. Ceux qui décident de s’arrêter ne le regrettent pas : ils rient bien en entendant les répliques de ces deux jeunes filles, les tentatives désespérées de l’un des contrôleurs pour se justifier, l’agacement de l’autre, et pour tout cela, ils n’ont même pas à laisser une pièce dans une casquette. Certains ont le réflexe : ils filment la scène… et détalent quand les contrôleurs s’en rendent compte. On peut être courageux, mais jusqu’à un certain point seulement.
Kim, elle, est emportée (au figuré heureusement !) par la scène (et donc pas par ces deux agents). Les trois cousines repartent sans amende. Après coup, elle parviendra à en rire avec Emma et Camille. Mais sur l’instant, l’esprit confus, Kim retient deux choses :
1/ Elle a fraudé et elle n’a pas été sanctionnée.
2/ Elle l’a échappé belle !
Et décide de le prendre comme un bon signe.
*
Une bouteille de champagne, une autre de vin, une boîte de chocolats et un immense bouquet de fleurs : le beau-père d’Anis a les bras vraiment très chargés en ce soir de Noël. Ni Anis ni sa mère ne peuvent lui donner un coup de main : ils portent les cadeaux pour la famille. En tout cas, c’est la version officielle ; en réalité, mère et fils s’amusent de voir Julien, d’habitude si sûr de lui et serein, stressé à l’idée de rencontrer toute la famille de sa compagne (soit deux parents, deux frères, trois sœurs, dix-sept neveux et nièces et quatre petits-neveux et nièces, il y a de quoi être impressionné quand même). Ils le soupçonnent d’avoir rédigé des notes sur son téléphone pour retenir tous les prénoms.
Cette année, la fête se déroule chez la sœur aînée. Ce qui n’arrange pas ses cadets. Ibtissem n’est pas née la première par hasard : cette place lui a permis d’exercer son autorité naturelle.
– J’ai surtout passé mon temps à m’occuper de vous ! proteste-t-elle quand le sujet est abordé.
Avec les années, le phénomène s’est estompé, et le fait qu’Ibtissem, bien que la plus âgée de la fratrie, soit la plus petite en taille, y est sans doute pour quelque chose. Seulement, l’année où le repas de Noël se déroule chez elle, elle est comme le génie dont on vient de frotter la lampe : elle reprend tous ses pouvoirs.
– Inès, t’as ramené la menthe ? Tu l’as oubliée ? Inès a oublié la menthe !!!
L’Inès en question – numéro quatre de la fratrie – prend un malin plaisir à embrasser tout le monde avant de répondre à sa sœur.
– Elle est dans le sac que j’ai déposé sur la table de cuisine. Nous l’avons cueillie juste avant de partir.
C’est vrai, Inès a un jardin maintenant !
Et même une piscine !
Et surtout un amoureux !
L’ambiance est moqueuse et joyeuse. Les enfants courent dans tous les sens, les adolescents ont envahi les chambres, les adultes s’interpellent, certains s’agitent quand d’autres savourent le moment, bien ancrés dans le canapé : les places y seront chères quand viendra le moment de l’apéritif.
Voilà. C’est une soirée de Noël dans une famille musulmane. Une affaire de tradition et d’ouverture de la religion : les croyances de tous les partenaires des enfants ont été acceptées sans que cela ne soit jamais un sujet de discussion. Eux apprécient les repas nocturnes et joyeux du mois du ramadan.
Julien commence à se détendre : il a été pris en charge par le plus jeune frère d’Inès et le mari de la sœur numéro deux.
– Il a l’air cool, ton beau-père, lance Tom.
– Il l’est, confirme Anis.
Les deux cousins sont presque jumeaux. L’un est né le 31 juillet à 23 h 48, l’autre le 1 er août à 0 h 14. « Vingt-six minutes qui font toute la différence ! », tient à rappeler Tom. Et c’est vrai que c’est lui le meneur. Lui qui a montré à Anis le chemin de toutes les bêtises d’enfants. Lui encore qui lui a tenu la main, au propre comme au figuré, quand Anis a perdu son père lors d’un accident de la route. Ces deux-là sont liés par une force indomptable. Et c’est sans poser la moindre question qu’Anis suit son cousin dans le jardin quand petits-fours et boissons commencent à circuler. Histoire de parler des choses sérieuses à l’abri des oreilles indiscrètes. Tom sort du papier à cigarettes, un paquet de tabac et se prépare une roulée.
– Alors, mec, raconte. T’en es où avec Léno ? Tu l’as pécho ?
« Pécho », oui. Aucune méprise pourtant : Tom ne considère pas les filles comme des poissons à prendre dans ses filets, mais il prend un infini plaisir à agacer son cousin, qui démarre cette fois encore au quart de tour.
– Parle pas comme ça de ma meilleure amie !
– Ta meilleure amie ? On lui demande pourtant pas d’être la meilleure, petite amie suffirait ! s’esclaffe Tom avant de poursuivre. Quand est-ce que tu vas te décider à lui dire que t’es raide dingue d’elle ?
Anis s’apprête à répondre que quelqu’un d’autre – leur amie Céleste en l’occurrence – s’en est chargé pour lui, mais son attention se concentre soudainement sur l’odeur qui lui titille les narines.
– C’est quoi cette clope ? Ça sent… les herbes de Provence !
Tom lui adresse un clin d’œil.
– Alors ça doit être un allume-barbecue !
Anis ne peut s’empêcher de sourire, mais se ressaisit très vite. Il n’appartient pas à cette catégorie de jeunes qui pensent qu’il faut faire ses expériences. Pour lui, la drogue, qu’elle soit douce ou pas, c’est dangereux et c’est juste non. Résultat, il s’inquiète pour la santé de son cousin.
– Fais gaffe, il paraît que cette cochonnerie troue le cerveau et rend dépendant.
– Mon cerveau est déjà troué, et je suis tellement accro à toi ! réplique théâtralement Tom.
Mais Anis ne se laisse pas amadouer.
– Je suis très sérieux. Faut que t’arrêtes cette saloperie.
Les conseils d’Anis sont rares. Ils n’en sont que plus précieux pour son acolyte, qui écrase son joint contre le mur, le jette au sol et pose la main sur l’épaule d’Anis.
– Vas-y, cousin, raconte.
Et Anis raconte tout. Ou presque. Il explique que Céleste a compris qu’il était amoureux de Léno sans qu’il ne lui en ait jamais parlé, qu’il n’a pas nié quand elle lui a posé la question, qu’elle n’a pas su tenir sa langue et qu’elle a tout balancé à Léno lors d’une soirée.
Il se tait et déglutit : doit-il raconter à Tom comment il s’est vengé de Céleste en balançant à Nina, son ennemie, ce qu’il avait appris sur elle, par un e-mail lâchement anonyme ? Comment Nina a ensuite tout publié sur son compte Instagram ? Doit-il expliquer le harcèlement dont Céleste a été victime dans le lycée ? Confier qu’il a réalisé l’horreur de son acte que rien ne justifiait ? Et avouer que depuis, il vit la peur au ventre à l’idée que son amie découvre la vérité ? Il n’a pas le temps de trancher : leur tante les appelle pour passer à table.

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