Grand-maman m a raconté
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Grand-maman m'a raconté , livre ebook

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Description

Jeanne est abandonnée aux portes d'un couvent; un brave chien se transforme en loup affamé la nuit venue; un cigogneau handicapé au coeur vaillant trouve sa voie; un petit garçon sans foyer est victime d'intimidation; Sam l'oiseau dans sa tête réalise son plus cher désir; de jeunes phoques se disputent la succession du roi Blanc; une grand-maman se cache dans une banque; un petit violon très orgueilleux part en vadrouille et un ange dodu apprend la gourmandise.
Ces onze petites histoires sont racontées dans la lignée du conte classique. Les personnages n'ont cependant rien à voir avec des princes et des princesses. Les héros épousent différentes physionomies et personnalités. Ils se promènent dans des mondes parfois réels mais bien farfelus.
Dominée par l'imaginaire, la narration demeure cependant à proximité d'une certaine réalité. On y retrouve le désir de maintenir le contact avec la nature, les belles images et les valeurs du conte traditionnel. Les personnages qui y abondent vous attendent impatiemment et frétillent d'envie de vous entraîner là où vous ne pouvez aller qu'avec eux.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 juin 2016
Nombre de lectures 7
EAN13 9782896994007
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0014€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières




De la même auteure
Catalogage
Dédicace

1 - Jeanne et ses mamans
2 - Sol, le travailleur bénévole
3 - Le septième cigogneau
4 - Fred et le tournesol blanc
5 - Pauline et les loups
6 - La deuxième vie de Sam
7 - Le roi Blanc et ses fils
8 - À la banque des petits pas
9 - Des géants et des petites fraises
10 - La quête du petit violon
11 - Le chérubin et Pirate Mamie

Dans la même collection


Grand-maman m’a raconté


De la même auteure




C hez d’autres éditeur s
Cloître d’octobre , roman, coll. « Voix narratives », Ottawa, Les Éditions David, 2005, 128 pages.
Taxi longue route , nouvelle, revue Virages (Toronto), n o 35, printemps 2006, p. 18-29.





Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada


Ducasse, Claudine, 1948-, auteur
Grand-maman m’a raconté : nouvelles / Claudine Ducasse.


(Collection « Cavales »)
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).
ISBN 978-2-89699-398-7 (couverture souple).--
ISBN 978-2-89699-399-4 (pdf).--ISBN 978-2-89699-400-7 (epub)


I. Titre. II. Collection : « Cavales »


PS8607.U225G73 2014 jC843’.6 C2014-900704-3
C2014-900705-1




Les Éditions L’Interligne
261, chemin de Montréal, bureau 310
Ottawa (Ontario) K1L 8C7
Tél. : 613 748-0850 / Téléc. : 613 748-0852
Adresse courriel : commercialisation@interligne.ca
www.interligne.ca

Distribution : Diffusion Prologue inc.




ISBN : 978-2-89699-400-7
© Claudine Ducasse et Les Éditions L’Interligne
Dépôt légal : premier trimestre 2014
Bibliothèque nationale du Canada
Tous droits réservés pour tous pays











À Nessa et Shaun,
prunelles de mon cœur.



1

Jeanne et ses mamans




Il était une fois un joli petit village enclavé entre de majestueuses montagnes et un grand fleuve mystérieux. Flottait sur ce village l’élégance des temps tranquilles.
Certes un vent gaillard y soufflait presque continuellement et le relief côtier tourmenté seyait très bien à la rumeur du large. Mais enfin ! Dans ce petit village, se mariaient harmonieusement collines et vallons, parsemés de chaumières aux couleurs vives.
Cependant, là comme ailleurs, la paix n’était pas sans réserve. Il s’y trouvait des gens malheureux, capables de médire et de calomnier. Malgré tout, la majorité de la population étant composée de gens âgés, on avait la plupart du temps l’impression d’être enveloppé dans un cocon de bienveillance. Vous savez, cette impression qu’on ressent parfois, en s’éveillant au milieu d’un doux rêve, comme si l’on sortait d’une boîte de caresses.
Les enfants natifs du coin étaient partis dans la fleur de l’âge pour gagner leur vie, mais aussi pour connaître l’effervescence des grandes villes. À l’âge où les jours fondent comme neige au soleil, les réminiscences des effluves salins et du bois fraîchement coupé ramenaient leurs pas vers l’espace de l’enfance.
Le milieu du village était traversé de part en part par l’unique rue, que l’on nommait pompeusement Principale ! On y retrouvait, comme dans tous les autres petits villages de la côte, le magasin général, la boucherie, la boulangerie, la maison et le bureau du notaire, ainsi que la résidence du docteur. Puis, un peu en retrait, dominant les furies de la mer et toujours au premier rang pour jouir du soleil couchant, l’église trônait à côté du presbytère et du couvent des bonnes sœurs.
Bon an, mal an, celui-ci abritait sept religieuses qui enseignaient aux enfants beaucoup plus que les matières scolaires du programme académique. Les petits et les petites apprenaient les bonnes manières. Ils devaient chanter dans la chorale et déclamer un poème sur demande ! Les « dames du bon Dieu », comme on les nommait dans l’entourage, faisaient partie intégrante du paysage local. Bien sûr, elles n’étaient pas toujours les mêmes, sauf la mère supérieure, qui était en résidence permanente. Certaines sœurs étaient rappelées en ville, à la maison mère de la congrégation, à la fin juin. D’autres arrivaient au cours de l’été pour se préparer à la rentrée scolaire. Elles étaient toutes vêtues de noir et de blanc, portant sur la tête une étrange coiffe, appelée cornette. Ce couvre-chef était grand et relevé sur les bords. Certains disaient qu’une colonie d’oiseaux aurait pu y nicher confortablement !
En général, peu importaient leurs origines, les sœurs étaient toutes fascinées par le fleuve. Elles aimaient se promener sur le vieux quai, au crépuscule. En les regardant, on aurait pu croire qu’elles accumulaient ces moments heureux, comme d’autres accumulent leurs économies.
Elles avaient l’habitude de dire que, bizarrement, les enfants du fleuve sentaient venir les tempêtes ! Ces jours-là, ils étaient plus dissipés. On devait même en diriger certains vers le bureau de la mère supérieure. Pour elle, tous les moyens d’asseoir son autorité étaient bons. Aussi, au village, était-elle la seule à ne pas jouir de l’estime inconditionnelle de tous les riverains, dont certains adultes d’aujourd’hui étaient les enfants indisciplinés d’hier ; or aucun n’avait oublié le martinet, toujours prêt dans le premier tiroir !
Cette année-là, le printemps s’était fait attendre longtemps ! Après sept mois de neige et de poudrerie, le soleil se mit enfin à réchauffer la terre ! Pas que l’hiver soit sans charmes, non ! Avec ses montagnes blanches où des épinettes presque noires dessinaient des sentiers vers le ciel, comment pouvait-on ne pas croire en la vie ?
Finalement, comme chaque année, c’est quand on cessait d’y croire que le printemps nous tombait dessus ! La mer et la terre, qui avaient sommeillé trop longtemps, s’étiraient et bâillaient au soleil maintenant. De retour, les oiseaux chantaient à tue-tête, tous en même temps, et les grands conifères suaient la résine. Les villageois souffrant de la déprime saisonnière retrouvaient enfin le goût de vivre !
Ce matin-là, il n’y eut pas que le printemps qui tomba sur le village encore assoupi. Tout de suite après les matines, sœur Aurélie, la cuisinière, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, avait décidé d’aller cueillir quelques boutons de crocus qui pointaient timidement. Sœur Aurélie était une bonne vivante qui, selon la mère supérieure, ramait un peu trop dans les nuages. Elle aimait la bonne chère, les fleurs et le Seigneur, bien sûr et surtout. Mais, contrairement à plusieurs de ses sœurs spirituelles, elle ne croyait pas que, pour aller au ciel, il fallait souffrir et se sacrifier continuellement. Elle se gardait bien de le dire tout haut ; néanmoins, elle le pensait très fort, tout bas ! Le Seigneur, leur Époux à toutes, les voulait certainement heureuses, aimant la vie et les bonnes choses dont Il les gratifiait ! Aussi ne s’était-elle pas privée pendant le carême, en cachette, bien sûr, de mettre le doigt dans le pot de confitures !
Toujours est-il qu’en ouvrant la porte en ce dimanche de Pâques, sœur Aurélie ravala son sourire et faillit s’étouffer, tant son étonnement était grand ! Sur la première marche du perron, un poupon endormi, emmitouflé dans son panier d’osier, semblait sourire aux anges ! À peine remise de sa surprise, sœur Aurélie, libérée de l’office religieux avant ses consœurs pour préparer le petit déjeuner, retourna en courant à la chapelle. Essoufflée, le voile de travers, elle ouvrit la porte du lieu saint à toute volée, et cria :
— Mes sœurs, mes sœurs, venez vite !
Croyant au feu ou à une autre catastrophe, les six autres religieuses abandonnèrent leurs prières immédiatement et la suivirent en vitesse. Elles oublièrent même, comme le voulait leur éducation policée, de laisser passer la mère supérieure devant elles.
Arrivées sur le perron du couvent l’une après l’autre, elles se figèrent de surprise ! La mère supérieure, le bec pincé, se pointa la dernière. Peu friande de ce grand dérangement, elle admonesta vertement la pauvre sœur Aurélie. Écartant d’autorité les autres nonnes, elle allait poursuivre son chapelet de réprimandes, mais elle resta, elle aussi, bouche bée.
Le bébé, qui dormait probablement depuis un certain temps au soleil, dut sentir l’ombre étonnée de sept cornettes, penchées au-dessus de son berceau improvisé ! Se trémoussant, grimaçant et affichant un sourire édenté, il ouvrit les yeux. Des yeux si étranges, l’un bleu et l’autre vert, qu’ils arrachèrent aux sept sœurs étonnées un grand :
— Ah ! Ah ! Ahhhh !
Le bébé semblait rire de la surprise des nonnes en découvrant ses yeux vairons !
Les religieuses scrutèrent les alentours, puis elles se regardèrent impuissantes et finalement tous les regards se tournèrent vers la mère supérieure. Retrouvant son aplomb en même temps que son autorité, elle décréta :
— Ressaisissons-nous, mes sœurs, et rentrons avec ce bébé avant que l’une de nous n’attrape son coup de mort !
La mer avait beau se percer de trous bleus et charrier vers le large ses monticules de glace, le fond de l’air demeurait frisquet.
Déterminée et oubliant ses crocus, sœur Aurélie ramassa le précieux panier et, tout sourire, les sœurs se retranchèrent à la chaleur. Aussitôt la lourde porte de chêne refermée, devant leur mine réjouie, la mère supérieure affirma :
— Impossible de garder ce bébé au couvent, mes filles !
Alors, les religieuses chez qui la fibre maternelle frétillait déjà, contrairement à leurs habitudes, oublièrent leurs vœux d’obéissance et protestèrent en chœur.
Devant un problème, une épreuve ou une grande joie, presque par réflexe, les sœurs se tournaient vers la prière. C’est ainsi que toutes se retrouvèrent à la chapelle et que l’on déposa le précieux panier sur l’autel. Heureusement, une vérification confirma que l’enfant était une fille ! La chère petite avait-elle été baptisée ? se demandèrent-elles. On ne pouvait quand même pas la nommer Moïse ?... « mais peut-être Pâquerette ! » suggéra sœur Philomène.
Le bébé affamé, qui en avait assez de ces tergiversations, émit un grognement de protestation ! Aussitôt, sœur Paulette le souleva et avec vénération le tint à bout de bras. Au fond du panier, sœur Philomène trouva deux couches, une bouteille de lait encore tiède et un petit mot :
— Prenez bien soin de ma petite Jeanne. Je reviendrai dès que possible. Merci infiniment.
Une jeune fille du village avait sûrement fauté, dit la mère supérieure, et elle devait s’éloigner un certain temps pour éviter la honte à sa famille. Alors, d’autorité, la supérieure confia la petite à sœur Aurélie. Cette dernière mit gauchement le biberon à la bouche du bébé. Puis en tapant dans les mains, la directrice de la communauté enjoignit aux autres religieuses de reprendre leurs tâches respectives. Ce matin, puisqu’il était déjà bien tard, on se passerait de petit déjeuner, décida-t-elle.
Pendant que celle-ci se rendait au presbytère pour consulter monsieur le curé, sœur Aurélie et les autres s’attardèrent un petit moment encore. Elles prièrent le Seigneur de leur laisser le petit ange et surtout de les aider à pourvoir à ses besoins. Sœur Aurélie, le panier sous le bras, dernière à sortir de la chapelle, se retourna et ajouta : « N’oublie pas, Seigneur, qu’il nous faudra beaucoup, beaucoup de lait ! »
Plus tard ce jour-là, lorsque la mère supérieure revint du presbytère, toutes les sœurs l’attendaient derrière la porte.
— Bon, dit-elle, nous garderons la petite le temps que monsieur le curé procède à son enquête.
Devant les visages qui s’éclairaient, elle ajouta : « Mais attention, ne vous réjouissez pas trop vite ! Chacune de vous devra assumer une partie du travail supplémentaire occasionné par ce bébé. »
Et elle ajouta, d’une mine sévère : « Même si vous devez passer des nuits blanches, je veux toutes vous voir à la chapelle comme d’habitude, à cinq heures chaque matin ! »
Aucun sacrifice ne semblait rebuter les chères dames. Va pour les nuits blanches ! Et pour le reste, se dirent-elles, c’est bien connu, à l’heure où le commun des mortels est encore bien au chaud dans ses rêves, les sœurs, elles, prient !
Ce jour-là, les religieuses se sentaient comme des petites filles devant un sapin de Noël ! Elles travaillèrent dans la joie, en chantant encore plus fort que de coutume. Même la sévère mère supérieure fut surprise à sourire au-dessus du bébé repu qui dormait à poings fermés !
Les heures tournaient et les jours avançaient. Le temps passa. Les semaines puis les mois s’additionnèrent sans que monsieur le curé ne conclue son enquête et sans que les sœurs ne se plaignent et ne demandent de placer la petite Jeanne dans une famille. Tout le village avait été secoué d’un vif émoi en apprenant la nouvelle. Aussi, les bonnes gens se montrèrent-ils généreux. Les religieuses ne manquèrent jamais de rien pour la petite.
Jeanne était une enfant si agréable ! Rarement malade, toujours souriante, elle égayait le couvent. À croire qu’à chaque soir, les fées des douces nuits déposaient de jolis rêves sur son oreiller. Pour les écoliers qui fréquentaient le couvent, elle faisait un peu partie de la famille de chacun. Sœur Aurélie, elle, éprouvait une véritable dévotion pour l’enfant ! Pendant que les sœurs enseignaient, elle amenait la petite Jeanne partout. Que ce fût au jardin pour cueillir fruits et légumes ou à la buanderie pour faire la lessive, Jeanne ne la quittait jamais et tout devenait jeu.
Les moments les plus heureux de la journée étaient bien sûr la préparation des repas. Assise sur le coin du comptoir, la petite pensionnaire, tout comme sœur Aurélie, trempait le doigt dans les confitures et la pâte à gâteau, et deux fois plutôt qu’une ! Lorsque sœur Aurélie amenait Jeanne à l’église ou au marché pour faire des courses, la petite tendait les bras et appelait comiquement tout le monde « maman » !

Jeanne vivait au couvent avec ses mamans depuis près de quatre ans maintenant. Si certaines avaient dû la quitter en pleurant, bien malgré elles il va sans dire, sœur Aurélie, exceptionnellement, était toujours restée à ses côtés. Elle semblait, comme la mère supérieure, avoir été affectée en permanence à ce petit couvent du bout du monde ! Pour Jeanne, le couvent était sa maison. Son rire cristallin fusait même dans les moments où le silence était prescrit. Jamais le martinet ne sortit du premier tiroir du bureau de la mère supérieure pour elle. Jeanne adorait patiner sur les planchers de bois vernis, en gros chaussons de laine du pays. Il se trouvait toujours un ou plusieurs petits écoliers pour partager ses jeux. L’odeur de l’encens ou des cierges brûlés lui était aussi douce que celle du gâteau au chocolat ou du savon du pays qui embaumait les vêtements des sœurs, lorsqu’elle se nichait au creux d’une de leurs épaules.
Pendant ce temps, la mère supérieure devenait toujours un peu plus inquiète. La petite grandissait. Il devenait impérieux de lui trouver un vrai foyer. Les robes noires qui raclent le plancher, les grains de chapelet qui s’entrechoquent, les corvées et les prières des sœurs, tout cela n’est pas l’environnement idéal pour la fi

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