10 histoires de danse
85 pages
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Description

Sentiments, humour, fantastique, policier, histoire vécue, science-fiction... Les 10 histoires de ce livre abordent tous ces genres !
Autour du thème de la danse, voici de quoi s’embarquer dans d’extraordinaires aventures, aux côtés de héros qui ne manquent pas d’audace.
Les auteurs : Jacques Daniel, Kochka, Victoire Labauge, Franck Pavloff, Gilbert Schlogel, Marie Tenaille, Stéphanie Tesson, Emmanuel Viau, Freddy Woets


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2015
Nombre de lectures 154
EAN13 9782215159599
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

DANSE
Table des matières

La danse de Louisa

Hip-hip-hop hourra ! Danse, Olga, danse !

La Grande Danse Le bal des Faucheurs

Opération Tango Tashi mène la danse

Un pas fantôme ou pas ?

« Superstar » La danse du feu

Copyright
Dans la même collection
La danse de Louisa
de Kochka illustré par Marc Bourgne
À Paris, près de la gare Saint-Lazare, il y a la rue des luthiers. C’est là que Jean et Louisa doivent se rendre à la descente du train. La gare immense est bondée. Ils marchent côte à côte. Jean est artisan luthier. La petite entreprise qui l’employait a fermé. Il doit trouver du travail. Louisa va avoir treize ans.
Jean sait où il doit aller. Rue de Rome, dès le troisième atelier, on l’engage à l’essai. Avec sa façon de caresser les instruments, on devine qu’il est très fort. À lui de fabriquer un luth. Il sera jugé sur pièces.
Dans une impasse à proximité, un appartement est à louer : 30 m 2 dans un immeuble humide, cela leur suffira. Mais la propriétaire est une vieille dame qui veut des garanties.
– Et votre épouse, demande-t-elle à Jean, travaille-t-elle ? Est-ce qu’elle touche un salaire ?
Non. Jean n’a pas d’épouse, il vit avec sa fille qui est sa force et sa raison de vivre, et c’est leur amour qu’il glisse dans ses luths. C’est pourquoi les sons qu’il en tire sont si beaux.
Par miracle, la propriétaire accepte, et le jour même ils emménagent. Au rez-de-chaussée d’en face, ils remarquent tout de suite un café : Chez Saria .

Le lendemain, Jean laisse sa fille pour aller travailler. Il s’occupera dans la journée de l’inscrire au collège. Quant à Louisa, elle doit attendre l’arrivée de son parrain, Pablo, le meilleur ami de son père. En effet, avant de quitter Troyes, ils ont entreposé leurs meubles dans une camionnette, et Pablo s’est proposé de la monter sur Paris dès qu’ils auraient une adresse.
Très vite dans l’appartement vide, l’adolescente est prise d’ennui. En désespoir de cause, elle s’accoude à la fenêtre. Mais sauf un chat, l’impasse est grise et déserte. Et en face, où qu’elle pose son regard, les rideaux sont tirés. Louisa reste perdue dans le silence de l’air. L’hiver la gagne et la terrible solitude, quand elle perçoit une musique. C’est une musique lointaine d’un pays du soleil. D’où vient cette source ? Dans le vide et le froid, elle semble être une issue, une lumière. Louisa tend l’oreille, elle est attirée. Pas de Pablo à l’horizon. Elle enfile son manteau. De toute façon, elle ne va pas quitter l’impasse.

La musique filtre du café aux volets en fer mi-clos. La jeune fille jette un œil. Il fait sombre à l’intérieur, mais au fond, entre les tables, une dame danse. Louisa se baisse et se colle à la vitre. La femme n’est pas très jeune. Ses mains sont levées vers le ciel et ses paupières sont fermées. Elle est comme une fleur qui tourne. Louisa pense à la danse de la pluie des Indiens. Pas à cause des gestes qui n’ont rien à voir, mais parce que c’est une affaire entre la dame et le ciel. Qu’essaie-t-elle de faire venir ?
Lorsque la femme ouvre les yeux, elle aperçoit Louisa qui s’apprête à s’enfuir. Mais la danseuse aux pieds nus s’approche et lui ouvre la porte.
– C’est encore fermé, annonce-t-elle avec l’accent et la douceur des mamans orientales. Ça ouvre vers onze heures.
L’adolescente s’excuse et se présente :
– On vient d’emménager, mon père et moi. On habite au deuxième en face, ajoute-t-elle en lui montrant la fenêtre.
La dame qui s’appelle Saria est bavarde et curieuse. Elle lui demande aussitôt où est sa mère. Louisa répond qu’elle n’en a pas. Saria est sur le point de s’étonner, car si parfois on ne connaît pas son père, on connaît toujours sa mère. D’une seule phrase, Louisa clôt le sujet :
– Ma mère, c’est un mystère, mais ce n’est pas grave, j’adore mon père.
Une fille sans mère, le cœur de Saria est touché. Elle l’invite à entrer, la jeune fille passe sous le volet.

Les banquettes en Skaï rouge, les bougies éteintes sur les tables… l’endroit est agréable, et Louisa a envie de s’asseoir. Dans la musique, derrière la voix du chanteur, elle perçoit le son du luth.
– D’où venez-vous ? lui demande Saria.
– De Troyes, répond Louisa.
– Moi, je suis d’Algérie. On était neuf à la maison. Mouloud est devenu médecin, Najma a eu six enfants. Il y avait aussi Nourdine, Chafik et Zina… Mais celle qui me manque, c’est ma plus jeune sœur Latamène. La pauvre, elle était paralysée, mais elle ne se fâchait jamais. Chaque fois que je pouvais l’emmener, je la portais et la faisais danser… J’adorais quand elle riait…
Saria fait une pause en dévisageant Louisa :
– Tu vois, tu lui ressembles dans tes yeux. Tranchant sur son teint clair, les prunelles de l’adolescente s’étonnent.
– Alors comme ça, enchaîne Saria, tu aimes Takfarinès ?
Louisa ignore de qui elle parle.
– C’est le chanteur, précise Saria. Chez nous, la musique est faite pour danser !
Elle passe derrière le bar :
– Parce que à quoi sert la mer si on ne plonge pas dedans !
Et elle monte le son :

Secoue-toi comme ci comme ça zaama zaama
C’est bon tu aimes ça zaama zaama
Profite des moments de joie
On ne vit qu’une fois zaama zaama…
– Tu vois quand le village me manque, je danse et j’ai l’impression de retourner là-bas.
Puis prenant un foulard noir sur le portemanteau, elle se le noue autour des hanches.

D’abord Louisa est gênée – elle n’est pas accoutumée à ce genre d’exhibition. Cependant rapidement, elle se laisse emporter. Saria ne se donne pas en spectacle, elle fait venir son pays. Elle le danse avec ses hanches, et ça fait la mer et les vagues sur la mer. Les paillettes du foulard attrapent la lumière et deviennent le soleil. Avec ses bras, elle dessine les branches des palmiers et ses mains sont des fleurs. Louisa est émerveillée.
Chanson après chanson, le café, les tables, le décor disparaissent. Il n’y a plus que cette femme dansant ses souvenirs, et la jeune fille qui la regarde.
Quand le disque se termine, Saria s’arrête et le monde avec elle. Dans son dos, Louisa entend un bruit de collier. Un jeune homme vient d’entrer par un rideau de perles. Il est brun, solide et semble gentil.
– Mon fils Malik ! clame Saria, de la fierté dans la voix. Puis elle ajoute : C’est Louisa, elle s’est installée en face.
Comme la fin d’un rêve, Louisa remet son manteau, repasse sous le volet de fer et retombe dans l’hiver. Par contraste après tant de vie, la ruelle lui paraît immobile. Elle remonte au deuxième. Un peu plus tard, son parrain Pablo arrive.

Pour Jean et Louisa, Pablo est l’homme de toutes les confidences. Son frère Guy l’accompagne. Dans l’impasse, le va-et-vient commence. À midi, le camion est vide et le salon plein. Guy repart avec la camionnette, Pablo reste. Louisa lui raconte Saria, les pieds nus, le foulard et la danse.
– Je t’assure, rien qu’en dansant elle a dessiné le monde. Avant, elle m’a parlé de sa famille et de sa sœur. Si tu avais vu comme c’était beau !
Plus sa filleule parle, plus Pablo devient étrange.
– Elle dansait, elle coulait ! s’enthousiasme Louisa. Elle n’est pas vraiment mince, pourtant en dansant, elle est devenue légère. Ses bras, on aurait dit des ailes. J’avais l’impression de comprendre ses gestes. J’ai vu le cycle des saisons. J’ai senti la naissance et la mort !
– Mais elle est d’où cette dame ? demande Pablo innocemment.
Quand elle lui répond « D’Algérie », il frémit et lâche un regard furtif vers l’armoire de Jean. Louisa remarque tout de suite qu’il se passe quelque chose. Elle connaît bien Pablo, et ses yeux l’ont trahi.
Rapidement, Pablo retrouve son assurance, mais Louisa n’est pas dupe. Quel rapport entre l’Algérie et l’armoire de son père ? Vu son attitude, Pablo est certainement tenu par le secret. D’un seul coup, Louisa en est persuadée : son parrain sait une chose qu’elle ignore, et cette chose est dans cette armoire !
Dès lors, la jeune fille n’a plus qu’une idée : que Pablo s’en aille pour qu’elle puisse aller voir. Elle change de sujet et aborde la question de sa rentrée prochaine dans son nouveau collège. Elle se montre volontairement inquiète et Pablo la rassure. Lorsqu’elle estime qu’il ne se doute plus de rien, elle se lève :
– Maintenant, je vais ranger. Merci pour tout, Pablo !
Pablo insiste pour l’aider. Mais Louisa est une maîtresse de maison têtue. Il finit par s’incliner.

À peine a-t-il franchi la porte que l’adolescente se précipite vers le placard dont elle ouvre les portes. Avant de chercher un double fond ou un tiroir secret, elle promène son regard. Souvent, les meilleures cachettes sont les plus apparentes… Il y a, sur l’étagère du haut, une boîte à chaussures banale. Cette boîte a toujours été là, pourtant Louisa réalise qu’elle ignore son contenu. Le cœur battant, elle la sort et la pose sur la table. La boîte est légère et s’ouvre dans un souffle. Là, délicatement posée sur un foulard, se trouve la photo d’une jeune femme aux yeux noirs. Le foulard ressemble à celui de Saria. Louisa s’assoit. Comme c’est étrange après treize ans de tomber sur sa mère. Parce que c’est sûr, cette femme est sa mère. Il y a des choses qu’on sent de façon infaillible. « D’ailleurs, se dit-elle, la preuve ce sont ses yeux. » Ceux de Louisa sont semblables. Ils sont ourlés de longs cils noirs. La jeune fille reste ainsi longtemps à contempler ce doux visage. Elle ne pouvait pas rêver d’une maman plus jolie. Puis elle remet la photo dans sa boîte et la boîte dans l’armoire. Enfin, pour apaiser ses pensées, elle s’attelle au rangement. Au retour de son père, chaque objet a trouvé sa place.

Pendant la soirée, ils parlent de choses et d’autres. Jean lui rapporte son passage à la mairie et son appel au collège. La rentrée de Louisa se fera après les vacances de Noël.
Louisa reste muette sur Saria et sur sa découverte de la boîte à chaussures. Elle n’a de cesse, tandis que son père lui parle, de chercher dans ses yeux cette part cachée de lui qu’elle ne connaît pas. En allant se coucher, elle jette un regard dans l’impasse. Dans la nuit, le café Chez Saria ressemble à une lanterne.
Le deuxième jour, le réveil est matinal. Louisa rassure son père : elle a mille choses à organiser pour la décoration du nouvel appartement. Jean part donc au travail et Louisa court à la fenêtre. Dans la ruelle, il y a plus de vie que la veille, sauf le chat qui n’est pas là. Elle guette les mouvements au café. Va-t-elle oser y retourner ? Comment faire pour que Saria danse de nouveau pour elle ? Lorsque soudain Malik sort, Louisa passe son manteau et descend précipitamment :
– Bonjour ! Est-ce que ta mère est là ? Malik l’escorte au café et crie :
– Maman, c’est la fille d’hier pour toi.
Cette façon anonyme de parler d’elle pique Louisa à vif, mais Saria apparaît par le rideau de perles. Par sa simple présence, cette femme lui fait du bien. Louisa a l’impression que Saria lit en elle, qu’elle sait exactement pourquoi elle est descendue. Peut-être d’ailleurs l’attendait-elle. Peut-être même que la musique de la veille était là pour l’attirer. Qui sait avec la destinée ?
– On va danser, mon fils. Mets-nous Takfarinès, demande Saria à Malik.
Le garçon s’exécute et la musique jaillit. Puis comme c’est une affaire de femmes, il s’en va.
L’adolescente enlève son manteau. Saria prend le foulard, mais à la différence d’hier, elle enserre les hanches de Louisa qui se retrouve enfermée dans l’étoffe. Saria lui dit :
– Je vais te montrer, mets-toi pieds nus.
Quelle chance, Saria va lui apprendre ! Le cœur de Louisa bondit, mais aussitôt l’inquiétude l’assaille : elle ne sait pas danser.
– Ce qu’il faut savoir, lui explique Saria, c’est que tout part du bassin. Le bassin, c’est la terre et la mer. C’est de là que vient la vie.
Pour ses hanches à elle, Saria se contente d’un torchon. Elle pose un pied à plat et l’autre sur la pointe et dans cette position, elle fait rouler sa hanche.
Louisa prend la pose avec ses pieds.
– Très bien. Maintenant, tu prends le rythme dans ton bassin. Tu vois, c’est comme un cerceau : tu l’attrapes, tu le roules et tu l’envoies. Regarde !
Et s’installant à la gauche de la jeune fille, elle se met à rouler avec ses hanches un cerceau invisible. Louisa, figée dans sa posture, ne la quitte pas des yeux.
– Vas-y ! Ne t’occupe pas des bras. Concentre-toi sur tes hanches et tes pieds.
Louisa respire à fond et esquisse un mouvement avec l’impression d’être affreusement gauche. Si Saria est un roseau, Louisa, elle, est un bâton. Mais la femme continue sans rien dire avec bienveillance. Une chanson passe, la suivante est plus douce, alors Louisa cesse de penser et de se retenir. Elle s’élance derrière Saria et dessine avec son corps des vagues qui courent vers le rivage.
– C’est ça, Louisa, c’est bien ! l’encourage Saria. La jeune fille prend confiance. Rapidement, elle trouve la cadence et lorsqu’elle la maîtrise bien, Saria se met à marcher :
– Chez nous, c’est la coutume : les femmes dansent, les grands-mères aussi. La mère apprend à sa fille. Tant qu’on est en vie, on danse ! On danse entre sœurs, entre amies. On danse aux anniversaires et dans les mariages pour honorer la mariée. C’est important, c’est comme parler une langue commune.

Saria marche à petits pas dansés et Louisa la suit tel un caneton derrière sa mère. Le même geste des hanches avec des petits pas. Tout part de la hanche, on danse du même côté. Toujours la même hanche qui monte, la tête levée, le visage souriant, des ronds de hanches en avançant…
Jusqu’à la fin du disque, elles tournent, puis le temps de la danse s’achève.
– Entraîne-toi chez toi devant un miroir, lui conseille Saria.
Mais dans l’appartement de Louisa, la glace est trop petite. La femme crie quelque chose à l’intention de Malik, qui sort de derrière le rideau en portant un miroir.
– Mon fils, monte le miroir chez Louisa. Puis s’adressant à la jeune fille :
– Voilà, chaque jour, tu t’exerceras en te regardant dedans, jusqu’au jour où tu danseras tellement bien que tu verras Shéhérazade. Alors tu me le rendras.
L’adolescente est aux anges. Elle quitte le café sur les pas de Malik. Elle a l’impression d’être une reine. Mais à peine ont-ils traversé l’impasse que Louisa pense à sa journée : elle va être seule et il est seulement dix heures. Devant cette perspective, elle redevient petite. La démarche du garçon est souple. Louisa aimerait être son amie. Alors elle le suit en silence et elle devient son ombre. Dommage qu’elle n’habite pas plus haut. Elle voudrait bien le suivre encore.
Au deuxième étage, elle ouvre la porte. Il pose la glace, elle sent qu’il va partir.
– Tu peux la mettre dans ma chambre ? lui demande-t-elle pour prolonger cet instant. C’est la pièce sur la droite.
Cette chambre est remplie de choses que Louisa a choisies. Permettre à Malik d’y entrer, c’est lui montrer un peu son cœur. Mais le jeune homme n’est pas du tout dans cet état d’esprit.

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