DAM
151 pages
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DAM' , livre ebook

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Description

La vie d’Aliénor est faite de pierres qui roulent sur son chemin et de branches qui cassent. La découverte d’un corps sur un sentier de promenade va pousser la jeune femme à se battre avec et contre ses fantômes pour découvrir ce qu’il s’est réellement passé.


Au cœur du Livradois, plongez dans l’enquête d’Aliénor. Accompagnée de Baron Samedi – le dieu vaudou des morts – et de Minou, le fidèle chien de sa sœur Mathilde, elle découvrira la vérité.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9791097570729
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les morts ne sont jamais morts [voir annexes]  
Proverbe béninois
 
 
Ils ont menti sur leur avenir Ils sont partis pour devenir Mais c’est ici Qu’on les oublie
Stanislas & Mike Ibrahim – Tu verras en France.  
CHAPITRE 1
 
Il m’observe.
Silencieux.
Immobile.
Assis ou peut-être debout. Je ne vois que son buste et son visage blême, malgré sa peau noire. Il est fendu d’un sourire en demi-lune blanc à m’en aveugler, les dents alignées comme autant de pierres tombales. Les pommettes sont des lames aiguisées, le nez est fuyant. Brisé, je comprends. Ce n’est plus que de l’os. Au-delà de son regard insistant, son front large disparaît sous le rebord d’un chapeau incongru.
Ses yeux.
Deux billes jaune pâle qui brillent d’une lueur d’outre-monde, au milieu desquelles les pupilles obsidienne vous avalent l’âme. Elles sont puits sans fond, fenêtres sur l’éternité, sur le vide, sur l’immensité infinie, non pas sur la mort elle-même, mais sur son au-delà, bien après, loin. Je suis terrifiée. Je me sens glisser en elles sans rien pour me retenir. Ce n’est pas mon heure, voudrais-je hurler, alors que ma bouche reste scellée, que je suis, moi, allongée sur mon sofa, paralysée.
Il continue de sourire. Il ne dit rien.
Je sais qu’il comprend. Je n’ai pas besoin de mots, il lit en moi. C’est sa prérogative. Il ne cille pas. Puis l’avidité de ses yeux perd de sa puissance une fraction de seconde. Je m’arrache enfin à leur contemplation.
Je respire.
Mes membres sont gourds, je n’arrive pas à bouger.
C’est un homme de carnaval. Que fait-il dans mon salon ? Pourquoi ne m’agresse-t-il pas ? Est-ce à lui que je dois cette catalepsie ?
Non. Erreur. Ce n’est pas un homme. Il est autre chose.
Va-t’en ! Dégage ! Fous-moi la paix ! Va retrouver tes potes ! Laisse-moi tranquille ! Toi, ton silence, ton stupide costume d’un autre âge. Avec ce trois-pièces miteux, on dirait un futur époux engoncé dans une tenue dont il n’a pas l’habitude. Qui voudrait marier ce zigue ? Ses mains nonchalantes reposent sur le pommeau en ivoire d’une canne d’apparat. Le bois sépare son torse ascétique en deux, nu sous sa veste, remarqué-je enfin.
Mon regard remonte sur le haut-de-forme. Il est cerclé d’un collier de perles, blanches elles aussi, qui jurent sur la soie sombre. Je me trompe, ce ne sont pas des perles. Ce sont des crânes, minuscules.
Je voudrais pouvoir organiser mes pensées, mais elles se dérobent. Mon cerveau est abruti par le sommeil et l’alcool. Une bouteille de rhum vide doit reposer quelque part au pied de mon lit. Paix à son âme. À moins qu’il n’en reste une lichette ? Auquel cas, je pourrai m’achever, retourner à mon coma éthylique. Lorsque mon organisme aura terminé son dur labeur, que je n’aurai plus d’autre choix que de revenir au monde, ce pantin aura disparu, j’en suis sûre, même si cela ne dure qu’un temps, ce qui m’en laissera assez pour me ravitailler en alcool. Recommencer. Jusqu’à ce qu’il se lasse le premier.
Au prix d’un effort colossal, je parviens à détacher mon bras de mon corps. Mes doigts sentent la fraîcheur du parquet quand ils heurtent le sol. Je ne détourne pas le regard, j’ai peur de ce qu’il pourrait faire.
Pourtant, il ne bouge pas. Il continue de me fixer avec ce sourire surnaturel.
Je tâtonne à la recherche de la bouteille. Prudemment, ne pas prendre le risque de l’envoyer valdinguer à l’autre bout de la pièce. Je touche enfin le verre. C’est le col. Chanceuse. Ma poigne l’enserre avec force et comme je recouvre ma volonté pleine et entière, j’arrive à porter le goulot à mes lèvres. Il ne reste qu’une gorgée. Cela fera l’affaire. Le liquide me brûle l’œsophage jusqu’à l’estomac. C’est étonnant, car je suis aguerrie. Je ne devrais plus rien sentir. La magie opère, ce qui est sans doute plus psychologique que mécanique. Mes yeux se referment et je perçois la chaleur anesthésiante qui se répand dans ma tête et mes tripes, m’emporte vers l’oubli. Je me laisse entraîner. J’ai confiance, je maîtrise le sujet. Je ne pense plus à rien.
Quand je m’apprête à basculer, j’entends qu’on frappe le plancher. La canne. Sec comme un coup de trique.
– Dam’ ! dit la créature d’une voix sucrée. À la prochaine !
 
La lumière entre en un véritable tsunami quand elle tire les rideaux. Pas de volets aux fenêtres. Ou peut-être que si, mais je ne les ferme jamais. Trop de gestes inutiles. Je grogne. À peine les premiers rayons ont-ils frappé mes rétines par-delà la maigre barrière de mes paupières que ma plus fidèle amie se manifeste. Migraine. Fille de Gueule-de-Bois.
Ma sœur s’approche.
Son parfum floral et frais, senteur de celles qui ne se négligent pas, qui sont au monde, dans le monde, pas à côté, qui n’oublient pas tout ce qu’elles sont, pour elles et pour ceux qui les aiment, pour les autres, mon contraire, m’agresse les narines. Ma céphalée s’en donne à cœur joie. Cette fois, je gémis.
– Le truc en métal dans ton entrée, ça s’appelle une boîte aux lettres. Ça permet de recevoir du courrier, du vrai. Il ne suffit pas de cliquer, il faut déchirer l’enveloppe.
J’enfouis mon visage dans le moelleux du matelas. La nuit revient. Migraine, elle, s’installe. Je sais bien ce qu’est « le courrier ». Ça me fait chier de le relever, c’est tout. Trop de pub. Je n’aime pas faire du tri, car trier c’est renoncer. Moi, je préfère abandonner. Jeter le bébé avec l’eau du bain, gage de ma tranquillité. Si je n’avais pas de frangine, elle serait totale.
Je proteste un peu. Qu’elle lâche l’affaire. Mes mots s’étouffent devant ma bouche, au creux de l’épaisseur de mon lit.
– Je ne comprends rien à ce que tu baragouines, Ali !
Je hausse les épaules. Le mouvement est freiné par la housse de protection du clic-clac. Je pivote la tête d’un quart de tour, affrontant l’agression lumineuse tel Bayard.
– Blamaneuna…
Mathilde me fusille du regard.
– Ça ne veut rien dire !
– Nan.
Elle fulmine. J’aime ma sœur. D’un amour immense et incommensurable. Aussi profond que les abysses des yeux du clown de cette nuit. Mathilde ne m’a jamais laissée tomber. Jamais. Pourtant, j’ai tout fait pour, à elle comme aux autres. J’ai mis sur le chemin de leur affection des obstacles aussi infranchissables que des volcans en éruption. Je bois à en perdre la tête et je les entraîne dans mes délires d’alcoolique. Je les écorche, je les scie, je les découpe, je les ébouillante, je les brûle, j’en fais des chiffons dont on ne voit plus que la trame, je les lacère jusqu’au cœur, puis je les délaisse, exsangues. Ma sœur est toujours là. Je redoute le jour où elle fera le compte de ses blessures et me présentera la facture.  
Ses talons claquent sur le parquet quand elle s’éloigne en direction de la salle de bain. Je caresse l’espoir fugace de retrouver Morphée. Mes yeux se ferment une seconde. La lumière ne me gêne plus. Je me rendors.
– Tiens ! Bois ça !
Ah non. Je ne me rendors pas.
Mathilde me colle sous le nez un verre qui pétille. L’odeur astringente de l’aspirine envahit mes sinus. Déjà Migraine recule en couinant comme un petit animal acculé. Je fais l’effort surhumain de m’asseoir. J’y parviens.
Le remède est efficace, même si je regrette qu’elle ait plongé le cachet dans de l’eau. Un doigt de whisky aurait été mieux. Je me garde de lui en faire la remarque, car je ne suis pas certaine d’avoir encore du whisky.
Telle une mère attentionnée, elle veille à ce que je le boive. En entier. Elle retourne à la fenêtre, l’ouvre en grand.
– Ça sent le radada là-dedans. Tu aères parfois ?
Est-ce une vraie question ? Elle n’attend pas la réponse – maline frangine – et fait glisser son sac à main de son épaule. Elle trouve une petite place propre sur la desserte de ma kitchenette où elle l’y dépose.
Au milieu du bazar, elle déniche un sac poubelle qu’elle déplie en faisant entrer de l’air dedans. Bruyamment. Je grogne.
– On ne va pas s’emmerder avec le tri sélectif, sinon on y est encore dans huit jours, dit-elle en jetant une première bouteille vide et en y adjoignant un carton de pizza avec des restes moisis. T’as du café quelque part ? J’en boirais bien un…
Je serais la dernière des connasses de lui refuser ça. Qu’on ne se méprenne pas, j’en suis une. Juste, c’est ma sœur. Mon sang. Ma barrière de sécurité. Mon 911. Un café, ça devrait être jouable.
Je me lève. Je confirme à Copernic que la terre tourne. Je le perçois avec une acuité dont je me passerais bien. Je profite de mon voyage jusqu’à la cuisine pour ajouter mon verre à l’édifice de vaisselle sale qui attend au fond de l’évier, sur le micro-ondes, contre le frigo… Un peu partout en fait.
Je pars explorer mes maigres réserves.
– Faudrait faire quelques courses, lance Mathilde dans mon dos.
Le désert de mes placards parle pour moi puis, ô miracle, je déterre un vieux paquet froissé avec un reliquat d’arabica moulu derrière une boîte de lait concentré. Qu’est-ce que je fais avec une boîte de lait concentré ? Je déteste les produits laitiers, quels qu’ils soient, ils me rendent malade.
– Je ne suis pas sûre d’avoir du sucre, grommelé-je.
– Je n’ai jamais mis de sucre dans mon café, répond-elle avec un calme olympien.
Je médite sa remarque. J’approuve.
La cafetière me fait de l’œil de l’autre côté du plan de travail. Elle est propre, ce qui jure au milieu du capharnaüm. Je ne bois pas plus d’eau que de café. Lorsque je fais pivoter le porte-filtre, je me trouve confronté à un second problème. Ledit filtre. Sans avoir besoin de partir en exploration, je sais que je n’en ai pas.
– Merde.
– Quoi ?
– Je n’ai pas de filtre.
– Je t’en ai pris la dernière fois, t’en as fait quoi ?
Pourquoi me pose-t-elle toujours des questions saugrenues ? J’ai donc eu des filtres, moi ?
– Origami.
– Tu fais de l’origami ?
– Non.
– OK ! Tu n’as pas trouvé mieux.
– C’est ça.
Elle apprend vite.
Après s’être débarrassée d’un emballage crasseux, elle délaisse la poubelle sur place et va fouiller son sac. Elle défait l’attache collante d’un paquet de mouchoirs en papier, blancs, propres, rangés

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