Écume
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Description

Mouse a grandi à bord de la Chasseresse. Rêvant au jour où elle deviendra capitaine, la jeune fille prend très à cœur son rôle protecteur envers son petit frère, Sparrow.

Mais tout son univers bascule le jour où son père disparaît. Tandis qu’un froid surnaturel s’abat sur Trianukka, le navire de Mouse devient la proie de créatures terrifiantes et sanguinaires et un mal terrible frappe Sparrow.

Le dernier espoir de Mouse réside dans une ancienne légende…

Elle part alors en quête de trois Opales mythiques, qui formaient autrefois la Couronne du roi de Trianukka, et dont la dispersion aurait divisé les tribus de la Mer, du Ciel et de la Terre qui se livrent depuis à une guerre sans merci.

En retrouvant les Opales, Mouse espère bien sauver sa famille, sa tribu et, peut-être même, le monde… Mystère et magie s’entrelacent dans ce premier tome foisonnant d’action et d’aventure.

Livre original paru en langue anglaise pour la première fois en 2017 sous le titre The Huntress: Sea aux éditions Egmont UK Limited


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 mars 2019
Nombre de lectures 7
EAN13 9782215172468
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
PARTIE 1 – NOUS VOGUONS
1. Les terrodyls
2. Seuls en mer
3. Un savon et une histoire
4. Les Quais du Couchant
5. L’étranger
6. Une trace dans la glace
7. Une bonne capitaine
8. La lune de Chasseresse
9. Les Déserts de Glace
10. Mouse la Flèche
11. La mélopée des baleines
12. Mal en point
13. La tempête
14. La marée s’inverse
15. L’œil blanc
PARTIE 2 – LES GRIFFES DE L'HIVER
16. La libellule
17. Le Fest-Effroi
18. Le cercle de pierres
19. La sirène spectrale
20. À la dérive
21. Le Chasseur
22. À fond de cale
23. Une nuit sans fin
24. Le mauvais sang
25. Lever de lune sur la fin du monde
26. Un courage de balbuzard
27. Pur-Tribu
PARTIE 3 – LA FUGITIVE
28. Cliquetis-Squelette
29. Cœur de tonnerre
30. Ce que la mer a recraché
31. Crow
32. Le labyrinthe
33. Les naufrageurs
34. Un chef
35. Un nouvel équipage
36. Cap vers l’Île aux Os
37. Le Peau du Diable
38. Pris au piège
39. Fantasmagie de sang
40. Le chant du chagrin
41. Balafres de guerre
42. Le Château du Cauchemar
43. Navigation à l’estime
44. L’orage gronde
45. Les tentacules
46. L’Envol
Remerciements
Notes
À découvrir
Page de copyright
À Maman, Papa et Nick, Merci d’avoir affronté les tempêtes avec moi

PARTIE 1 N OUS VOGUONS
Les terrodyls
Les bêtes nous attaquent.
Je suis dans la cuisine mal éclairée où j’aide Pipistrelle à saler un steak de renne cru quand le premier cri fend l’air. Mes doigts se figent, de petits cristaux de sel froid s’incrustent dans ma peau. Puis le cri s’éteint. Je sens mes os se liquéfier, mais hors de question que mes genoux me lâchent ! Pip arrête de siffloter, son regard s’assombrit. À peine un battement de cœur plus tard, le tintement de la cloche d’alarme brise le silence.
Grand-Ma me dit toujours que je n’ai pas le droit d’aller sur le pont quand les terrodyls à grandes ailes arrivent. Il y a deux étés, ils ont tué Grand-Pa. Mais, cette fois, il faut que je défende notre bateau.
Je coince mon couteau dans ma ceinture et pousse mon hurlement de bataille le plus féroce.
– Mouse ! s’exclame Pip en tentant de me rattraper.
Seulement, le sang de renne rend ses mains glissantes et je parviens à m’échapper en me tortillant.
Je sors en courant des cuisines, cavale dans les coursives sombres avant de déboucher dans l’armurerie. Ses relents familiers de pourriture et de rouille me frappent les narines. Des lances, des dagues, des haches et des harpons étincellent dans l’obscurité. J’ouvre un coffre en orme, j’attrape mon arc et un carquois rempli de flèches trempées dans du poison de grenouille. Puis je grimpe l’escalier jusqu’au pont de tempête.
Là, je suis saisie par le bruit des bottes qui martèlent le plancher et des capes qui se frôlent. Les terrodyls nous ont pris par surprise : l’hiver approche, ils auraient dû être en train de préparer leur nid…
La corne de bataille mugit.
– Tous à vos armes ! Préparez les arcs et les lances ! s’écrie Grand-Ma, postée sur le gaillard d’avant. Dépêchez-vous, bande d’empotés !
– Bien, Capitaine ! tonne l’équipage.
Le soleil se couche, les ombres s’étirent. Les Capes noires de Grand-Ma sont alignées à bâbord et à tribord, le long du parapet. Elles sortent une flèche de leur carquois dans un grand wish . Les rameurs ont quitté leur banc et la Chasseresse dérive, battue par la mer. Je ne suis arrivée sur le pont que depuis quelques secondes, mais déjà une vague glaciale se fracasse contre la coque et me trempe des pieds à la tête.
L’affreux croassement, entre grincement et craquement, se fait à nouveau entendre. Alors je titube et me jette à plat ventre sur le pont, les mains sur les oreilles. Mon arc heurte le bois. Une ombre me survole, portée par deux vastes ailes poilues. Leurs battements couvrent le bruit de mon cœur.
– Mouse ! s’écrie une voix tremblante.
Je tourne la tête vers la poupe. Par l’écoutille entrouverte, j’aperçois Sparrow qui a les larmes aux yeux. Je lance à mon frère :
– Chante ! Chante pour les baleines !
Mon frère est né avec un don, celui de la mélopée des baleines. Grand-Ma dit que ce don est une offrande aux baleines, les dieux de la mer, en échange de leur protection. Comme les terrodyls détestent leur chant mélancolique, c’est peut-être la seule chose qui peut nous sauver. Car nous sommes seuls, sans aucun autre bateau de commerce à l’horizon…
Sparrow prend une grande inspiration et sa Mélopée s’élève dans la nuit. Le vent emporte sa voix par-dessus la mer, puis vient à nouveau chercher des bribes de son chant. Les notes, d’un bleu vif, s’envolent en tremblotant.
Un autre cri me vrille le cerveau. Trois terrodyls de trois mètres de long tournent en rond au-dessus du bateau. Les cris qu’ils jettent en animalangue se mélangent en un appel hargneux :
– Tuer, mort, mourir, faire mal, noyer, attaquer, mort, courir, tuer !
L’un d’eux plonge sur moi. Je roule sur le côté et ses griffes ne lacèrent que le pont. La bête pousse un cri strident et me vise à nouveau. J’essaie de me relever mais son aile me renverse et m’envoie valser dans un tonneau de harengs salés.
Soudain, l’écoutille claque dans un bruit sourd. La voix de Sparrow est à présent étouffée. Les baleines l’entendront-elles encore ?
Deux des terrodyls descendent en piqué sur le bateau. De leurs têtes aussi pointues qu’une lance, ils tentent de percer la coque pour nous faire sombrer. Les flèches volent autour d’eux.
La voix de Grand-Ma domine l’agitation.
– Repoussez ces monstres, mais ne les faites pas tomber sur nous !
Elle arpente le pont, parée de son armure en écailles de sirène spectrale, ses cheveux argentés flottant dans le vent.
– Convoquez mon apprentie, il reste peut-être encore une goutte de Mélopée dans son bâton !
Les flèches fusent toujours vers les monstres. Alors les terrodyls attaquent les Capes noires en poussant des cris perçants et en faisant claquer leurs mâchoires. Puis Gerbil traverse le pont à grandes enjambées, son bâton de bois surmonté d’un cristal tournoyant au-dessus d’elle. Des volutes bleues de Mélopée s’échappent du cristal en gémissant, et cette nouvelle vague de notes repousse les terrodyls.
Saisissant ma chance, je me relève et me précipite à tribord. L’écume salée me fouette le visage. Le vent me plaque les cheveux sur les yeux. Grand-Ma ne m’a pas vue. Si je reste à sa gauche, elle ne me verra pas à cause de son œil de verre.
La mer houleuse s’étend devant moi. La lune monte dans le ciel et projette sa clarté sur les vagues qui roulent et déferlent autour de nous. Les flèches et le bâton de Gerbil ont réussi à mettre en fuite les terrodyls. Mais la mélopée de baleine contenue dans le bâton s’épuise déjà, laissant place à un silence qui me donne la chair de poule. Je sens que la Chasseresse retient son souffle avant la prochaine attaque.
Seuls en mer
Je jette un regard vers la mer et mon cœur manque de s’arrêter : un immense aileron gris fend les flots non loin de nous. Ce doit être le requin aux dents acérées qui rôde autour de notre bateau depuis des jours.
– Chasse, serpente, froid de mort , murmure-t-il dans l’eau. Quête, croque, cherche os . Noyade bientôt, bientôt, bientôt.
Pip pense que c’est ce même requin qui a dévoré tout un équipage trois mois auparavant, quand les terrodyls ont coulé leur bateau. Son épave doit reposer au fond de la mer, à présent, pris d’assaut par les sirènes spectrales, ces noyés qui perdent la vue et se recouvrent d’écailles, et par les grandgousiers, capables d’avaler une personne entière en une seule bouchée.
Mais ce n’est pas aujourd’hui qu’on ira rejoindre cette épave, je le jure ! J’ai promis à Ma de protéger Sparrow et je tiendrai ma promesse.
J’ai le cœur qui se serre en pensant à Ma. À ce moment-là, la voix de Sparrow s’élève à nouveau, aiguë et pure. Ses notes bleues glissent en scintillant sur l’eau.

Dieux de la mer,
Qui étincelez comme les glaciers,
Clair de Lune, le phare sur la côte…

Les terrodyls poussent un nouveau hurlement si puissant et si strident que j’en tombe à genoux, la tête entre les mains. Je sens la douleur battre derrière mes yeux. C’est seulement quand le cri meurt que mon cœur se remet à battre et que je peux reprendre mon souffle.
Encore sonnée, j’attrape mon arc et je me hisse dans les haubans. Je grimpe sur le grand-mât, le plus haut des trois mâts. Le vent s’efforce de me jeter à l’eau mais je tiens bon.
Arrivée en haut, je saute dans la vigie et j’observe le pont, en contrebas. Les Capes noires crient et courent dans tous les sens. Elles cherchent la meilleure position pour tirer sur les bêtes, qui se dérobent avant de foncer sur nous. Les mains tremblantes, je prends une flèche dans mon carquois, je l’encoche et je ferme un œil en essayant d’assurer mon geste.
Soudain, un filament lumineux de Mélopée monte de la mer et un chant triste s’élève : une baleine est arrivée ! Sa voix se joint à celle de Sparrow et, ensemble, elles produisent le chant le plus étrange que j’aie jamais entendu, inquiétant et merveilleux à la fois.

Battements de tambour,
Monts enneigés.
Regarde dans le feu, vois les batailles des aïeux…

On devine dans la mer une grosse masse grise. Si la baleine est seule, son chant ne suffira peut-être pas à nous sauver. Le plus grand terrodyl repère le mastodonte et plonge vers lui.
– Non ! je crie.
Grand-Ma lève les yeux.
– Mouse !
Je suis trop loin pour voir son visage, mais il doit être effroyablement féroce.
– Descends de là ou c’est moi qui te fais descendre, mais en te tirant dessus, petite écervelée !
J’ose à peine regarder le terrodyl lacérer de ses griffes la baleine en laissant dans sa chair des plaies béantes. Je m’exclame :
– Hors de question qu’elle meure pour nous !
Le terrodyl plane au-dessus de la mer. Je bande mon arc et tire. Au moment où ma flèche se plante dans son aile, la bête lâche un horrible cri. En bas, les Capes noires tombent à genoux en gémissant. Et si les cris de ces monstres pouvaient vraiment arrêter le battement de nos cœurs, comme le prétend la légende ?
– Mouse ! Ce n’est pas le moment de tester ma patience ! rugit Grand-Ma.
L’estomac noué, j’attrape une autre flèche que j’encoche. La créature fonce droit sur moi. Ses ailes sont si grandes que le déplacement d’air qu’elles provoquent fait battre les voiles. Je vois ma première flèche profondément enfoncée dans son muscle. Le sang me cogne aux tempes.
Soudain, Bear, le chef rameur, se hisse dans la vigie et me toise de toute sa taille.
– Descends de là, et vite !
Ses doux traits sont déformés par la peur.
– Non !
Je m’appuie sur un genou pour diriger mon arc vers le ciel.
Le terrodyl pousse encore un cri perçant qui fait tituber Bear, mais je me concentre sur mon souffle pour respirer au même rythme que les vagues.
Une aile aussi tranchante qu’un rasoir me frôle, je l’évite et je tire. Ma flèche se plante en vibrant dans le cou sinueux du terrodyl où elle perce une veine épaisse. Du sang noir jaillit, éclabousse le bois en sifflant. Une petite goutte crépite sur mon bras. Elle creuse un méchant trou rouge dans ma chair.
Bear m’attrape par la taille et me jette dans les haubans. Je dévale les cordages tellement vite que les mains m’en brûlent. Le terrodyl s’abat sur le nid-de-pie qui cède sous son poids, et un grand craquement de bois fait trembler la Chasseresse . Je franchis les quelques mètres qui me séparent du pont en sautant et j’atterris en roulé-boulé. Bear se réceptionne juste à côté de moi. Le nid-de-pie s’effondre presque entièrement, nous arrosant d’une pluie d’éclats de bois. Il ne reste bientôt plus qu’une partie du mât debout et le corps en sang du terrodyl. Celui-ci tressaute puis s’immobilise enfin.
Les deux terrodyls encore en vie poussent des hurlements furieux. Je reste couchée en rond sur le pont, le souffle coupé. Des gouttes de sang couleur d’encre pleuvent du mât brisé et dévorent le bois dans un craquement et un nuage de fumée.
– Mouse, descends en cabine, maintenant ! m’ordonne Grand-Ma. Et allez chercher Pipistrelle ! Nous avons besoin de ses chaudrons pour récupérer cet immonde sang visqueux avant qu’il ne ronge toute la Chasseresse !
Bear m’aide à me relever et me force à avancer.
– Rameurs, à vos positions, dit-il à l’attention des bancs de rame. Que quelqu’un s’occupe du tambour en attendant que je revienne !
J’ai beau rouer Bear de coups, il me tire par les bras et mes bottes finissent par glisser sur le bois trempé.
L’écoutille du capitaine s’est encore refermée. Bear l’ouvre et la voix de Sparrow nous parvient du fond de l’obscurité. Une salve de chanson aussi froide que de la peau de baleine me gifle. Au même moment, un gémissement triste et grave monte de la mer.
Au loin, éclairées par la lune jaune, j’aperçois les formes sombres de baleines arrivant par dizaines, un nombre incalculable de queues et de nageoires géantes, de jets d’eau qui s’élèvent dans les airs. Un voile bleu de Mélopée vibre au-dessus des baleines, et le chant de Sparrow s’envole pour les rejoindre. Ensemble, ils repoussent les terrodyls.
Bear, qui me traîne toujours, s’arrête pour scruter l’horizon. Les terrodyls fuient le chant des cétacés et s’éloignent de notre bateau en poussant des hurlements furibonds. Des larmes de joie coulent sur mes joues, mais je les essuie du revers de la main : c’est bientôt ma treizième lune de Chasseresse et je ne suis plus un bébé.
Le tambour, le pouls de la Chasseresse , se remet à battre régulièrement. Nous repartons, cap à l’ouest. Les Capes noires rassemblent leurs arcs et une fine couche gelée de brume descend sur la mer. Frog saute de cordage en cordage, en caressant les lanternes pour qu’elles s’allument. Arrivé au grand-mât, il se trémousse et danse autour du terrodyl embroché. Je baisse les yeux : mes hauts-de-chausses sont déchirés aux genoux et du sang de terrodyl s’est incrusté dans mon bras. Je m’essuie le nez du revers de la main qui se tache de rouge.
Grand-Ma nous rejoint, Bear et moi, au moment où les terrodyls disparaissent dans un dernier coup d’aile. Son visage est menaçant. Sans un mot, elle m’attrape par ma cape trempée et me fait avancer sans ménagement sur le pont. Nous passons devant le balbunichoir où vivent les balbuzards et nous descendons l’escalier qui mène à notre cabine.
Sparrow a arrêté de chanter : il pleure, à présent, emmitouflé dans les fourrures qui recouvrent les lits. Mon frère est aussi blafard que les sirènes spectrales et il est toujours triste, surtout quand il chante avec les baleines. Et c’est encore pire depuis que Pa s’en est allé à la dernière pleine lune pour faire du commerce.
Étincelle, le follet de lune apprivoisé de Sparrow, se tient perchée sur un oreiller. Elle parle doucement en animalangue. Grand-Ma l’attrape et la glisse dans une bouteille en verre. Elle suspend à un crochet cette lampe improvisée aux reflets de lune. La bouteille répand sa lumière argentée sur la table en chêne de Grand-Ma, sur laquelle est punaisée une grande carte décolorée recouverte de petites taches de cire à cacheter rouge sang. Des fourrures, des soieries et des velours sont entassés dans un coin, et les commodes débordent d’objets précieux en or, de coffrets de perles, d’onyx et de jade. Ma combinaison de plongée en peau de phoque est suspendue à un clou, encore humide de ma plongée de ce matin.
C’est une de mes spécialités : plonger à la recherche de perles. Lorsque j’en rapporte plus de trois dans la même journée, nous nous installons confortablement dans nos couvertures et Grand-Ma nous raconte ses plus belles histoires.
Mais là, je ne vais pas avoir droit à une belle histoire, je crois. Juste à un sacré savon.

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