La prophétie de Crishylann
206 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

La prophétie de Crishylann , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
206 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Jeanne et Thomas, ont réussi à délivrer Merlin de son plumier dans la forêt de Brec'helean.Il leur faut à présent réveiller le Roi Arthur afin qu'il puisse, avec tous les hommes libres du Royaume de Logres et ceux du Petit Peuple attachés à sa cause, combattre les armées de la sorcière Morgause et du druide noir Garanhir.Merlin de son coté, doit récupérer son bâton de puissance.Aidé de sa nouvelle assistante, il devra s'enfoncer dans les montagnes maudites du Nord où résident mille dangers...Le deuxième volet de la Prophétie de Crishylann nous emporte dans des aventures où se mêlent le fantastique et le merveilleux...La légende arthurienne, se fond à l'univers de Féerie aux créatures les plus étranges et inquiétantes comme les Trolls, les Dragons et autres Gobelins...Action, mystère et aussi humour, plongent le lecteur dans une course effrénée qui ne lui laisse que peu de répit...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782490637690
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Laprophétie de Crishylann
Tome2
Leretour d’Arthur
Philippe Pourxet
LaProphétie de Crishylann
Tome2
Leretour d’Arthur
© Les Éditions ETHEN
LeCode de la propriété intellectuelle interdit les copiesou reproductions destinées à une utilisationcollective. Toute représentation ou reproduction intégraleou partielle faite par quelque procédé que ce soit,sans le consentement de l'auteur ou de ses ayant cause, est illiciteet constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Du même auteur

LaProphétie de Crishylann
Leréveil de Merlin
(ÉditionsEthen)-Roman Fantasy

LaRelique sacrée Livre I, Leparchemin des Cagots
(ÉditionsAssyelle) Roman historique
Prix2013 du Roman historique attribué par
LaRenaissance Aquitaine

LaRelique sacrée Livre II, Lachambre d’Og
(ÉditionsAssyelle) Thriller historique

LaRelique sacrée Livre III, Ledernier secret du Temple
(ÉditionsAssyelle) Thriller historique

GengisKhan, Ledernier sanctuaire
(ÉditionsAssyelle) Thriller

OpérationSoleil noir
(ÉditionsAssyelle) Thriller

DuRififi sur la Côte basque
(ÉditionsTerres de l’Ouest) Polar

Rappelsanglant sur l’Arbizon
(ÉditionsTerres de l’Ouest) Polar
1
D epuiscinq jours, Merlin et Jeanne, sa nouvelle disciple, cheminaient endirection du Nord. La séparation avec ses amis avait étédouloureuse pour la jeune fille. La douceur et la bienveillanced’Aldaroth, la princesse elfe, les railleries de Yaspaddaden,le Gobelin blanc qui jamais ne se séparait de son pic,l’amitié protectrice du chevalier Lancelot et, plus quetout, la compagnie de son ami, Thomas lui manquaient déjà.En pensant au jeune garçon, son cœur se serra. Lesépreuves qu’ils ont traversées ensemble lesavaient unis et fait naître entre eux plus qu’une simplecomplicité. Alors pourquoi, lors de leur séparation,s’est-il montré si froid ? Sans doute n’avait-ilpas apprécié que l’enchanteur la choisisse commeassistante. Il l’avait ressenti comme un affront fait àsa gloire. N’était-ce pas lui qui avait le plus œuvréà la libération de Merlin en risquant sa vie ?Elle-même ne comprenait pas le choix du vieil homme. Quepossédait-elle de plus que ses compagnons pour êtreinitiée au savoir ancien de la magie ? 1 Elle ne le savait pas. Merlin parlait peu mais chacun de ses motspesait par sa justesse et la richesse de son enseignement. Poursauver le monde de l’ambition dévastatrice de Morgause,elle devait l’aider à récupérer son bâtonde puissance. L’ensorceleuse l’avait caché dans unendroit tel que sa seule évocation faisait frémir deterreur le plus puissant des humains. Elle ignorait tout de ce lieu,et comme lui avait déclaré Merlin, onne doit pas craindre un péril que l’on ne peutappréhender. Il est vain de dépenser inutilement del’énergie .C’était entendu, mais où se rendaient-ils ?La réponse à cette question devait, elle aussi,attendre. Vers le Nord, s’était contenté derépondre son maître… Que lui importait aprèstout, elle avait confiance en le vieil homme et son enseignement sefaisait au cours d’interminables galopades, elle, sur le dos dela licorne rencontrée au cœur de la forêt deBrec’helean et Merlin sur Efflamig, le magnifique étalonopalin, don de la déesse Epona. Au-dessus d’eux, volaitKanneg, le corbeau blanc, compagnon de l’enchanteur.
― Ilfaut nous hâter, hurla le grand magicien sans réduire lacourse de sa monture, Morgause sait que je suis libre et connaîtle lieu où nous nous rendons… Elle fera son possiblepour nous en empêcher.
― Pourquoi ?
― Parceque sans mon bâton, je ne suis qu’un magicien deprovince…
Jeannesourit à cette remarque. Elle le savait, Merlin étaitbien plus que ça. Jamais cette terre n’avait connusemblable enchanteur, et sa puissance, il la devait à sacondition même. N’était-il pas le fruit de l’uniond’un démon et d’une magicienne ? Lui seulpouvait comprendre les tréfonds de l’humanité etde la nature qui l’entourait. Son âme se glissait partoutoù la vie vibrait. Nulle porte ne semblait lui êtrefermée. Pourtant, quand Merlin évoquait de peu de motsl’endroit où ils se rendaient, son visage àchaque fois se fermait et se voilait. Jeanne percevait alors cetrouble et un sentiment de grande crainte l’envahissait. Ilétait inutile de poser des questions car nulle réponsene l’éclairerait davantage.
― Merlin,demanda-t-elle, est-il vrai que vous avez plus de mille ans ?
― Pourquoi ?Trouves-tu que je fasse si vieux ?
― Non,ce n’est pas ce que je voulais dire…
L’enchanteurs’amusait de l’embarras dans lequel se trouvait sa jeunedisciple.
― Toutça ce sont de vieilles fables, consentit-il à répondreavec un sourire de malice.
― Jem’en doutais un peu… Mille ans ! sourit-elle,presque rassurée par la réponse de son maître.
― Àmille ans, reprit-il avec sérieux, j’étais toutjuste un adolescent turbulent, même si alors j’avais déjàdébarrassé la forêt de Corhmalen de son férocedragon Cadwalader.
Àce moment, Jeanne ne savait plus si le vieil homme plaisantait ounon.
― Plushaut qu’un château, et crachant un fleuve de feu,l’animal pouvait s’envoler par-delà les nuages àgrande vitesse et s’y tenir caché durant de longuesminutes… De cette situation, il pouvait enflammer tout lepays. Les habitants sont venus me chercher et m’ont suppliéde les débarrasser de ce fléau. Ce que j’aiaccepté à une seule condition…
― Laquelle ?
― Qu’ilscessent de chasser plus qu’il ne leur en fallait, qu’ilsne coupent du bois qu’à leur juste besoin, ni plus nimoins.
― Etils ont accepté ?
― Bienentendu ! À l’âge de mille ans, j’étaisdéjà craint. Je te passe les détails de cemémorable combat, mais j’ai envoyé le dragon sihaut dans le ciel qu’on entendit plus parler de lui…Parfois, lors de certaines nuits, on aperçoit sa silhouettequi brille de mille étoiles dans la voûte céleste.Il n’est pas malheureux, simplement en colère, désireuxde reprendre sa revanche.
― Etil le peut ?
― Simplementsi je le décide. se contenta-t-il de répondre avec unelueur de malice dans son regard noir.
― Maissi telle est votre puissance, Morgause et toute son armée nepeut vous résister.
― Necrois pas ça, jeune fille, elle est devenue par ma faute unetrès puissante magicienne et tout son pouvoir est dirigévers un seul but…
― Lequel ?
― LeMal ! La destruction de ce monde et du tien par la mêmeoccasion…
― Ilvous faut l’arrêter comme vous l’avez fait avec ledragon.
― C’estbien pour ça que nous sommes en route, jeune fille. Sans monbâton, je ne peux grand-chose contre cette ensorceleuse.Ensorceleuse au charme indéniable, ajouta-t-il avec presque dela nostalgie dans sa voix.
― Merlin !le reprit avec autorité Jeanne.
― Oui,pressons le pas de nos montures !
― Maître,pensez-vous que Thomas sera capable de réveiller Arthur ?
― Ilest dissipé et pas peu fier de lui… Mais il possèdeune force et des pouvoirs que lui-même ignore… Il n’afait qu’effleurer le sommet de sa puissance, mais déjàil semble en être enivré…
― Cen’est qu’un jeune garçon.
― Maisqui a déjà capturé ton cœur, s’amusaMerlin.
― Pasdu tout ! se révolta Jeanne.
― Etta réponse quelque peu émotive en est la plus belledémonstration.
Désirantchanger de sujet, la jeune fille reprit :
― Maisd’où lui vient cette force nouvelle et ce pouvoir qu’iln’avait pas dans notre monde ?
Merlintourna lentement sa tête vers sa jeune protégéeet planta sans détour son regard dans le sien. Esquissant unléger sourire, il fit jouer ses sourcils broussailleux.
― Mystère !
Mystèreque lui connaissait et que Jeanne ne saurait pas encore. Il étaitinutile qu’elle insistât.
Dansla grande salle du château d’Alberth, Morgause setenait au-dessus du bassin de divination. Depuis la libérationde Merlin, la grande pierre dont elle se servait pour ses actes deprédiction et autres sortilèges avait étébrisée et avait perdu de sa puissance. L’eau contenuedans cette cuve de bronze et d’or provenait du lac de la fée ;celle-là même qui avait fait de Lancelot son protégé.Une lueur étrange en émanait éclairant le visagepâle de la sorcière. À quelques pas dans son dos,se tenait Garanhir. Il venait de faire discrètement sonentrée.
― Merlin,tu crois vraiment avoir gagné la partie ? ricanait-elleen effleurant de ses doigts fins la surface de l’onde. Tu netiens pas encore ton bâton, crois-moi… Que veux-tuGaranhir ?
Ellene se retourna pas vers son complice et parût agacée parsa présence.
― Jevenais, ma reine, vous annoncer la venue du roi Gunïard…Il patiente avec cent de ses hommes dans la salle d’honneur.
― Centhommes ? Il me craint donc ! C’est bien…
Toutson visage irradiait la satisfaction. Elle mesurait sa puissance àla peur qu’elle engendrait sur ses ennemis mais aussi sur sesalliés. La peur et la cupidité la liaient à ceshommes et aux êtres du Petit Peuple qui s’étaientlevés contre les humains. Beaucoup de promesses quin’engageaient que ceux qui la croyaient. Naïfs étaientceux qui pensaient partager avec elle le royaume de Logres et toutesses fortunes. Ils sous-estimaient sa puissance tout en la craignant.
Ellejeta un dernier regard sur le bassin qui se ridait de minusculesvaguelettes et lança avec une satisfaction affichée :
― Àbientôt, Merlin ! Puis, au druide noir, elle ordonna :Retourne auprès de ces rustres et annonce ma venue.
Gunïardétait un géant blond de près de deux mètres.Il régnait sur de maigres terres par-delà les mers bienplus au nord. Sa puissance et sa richesse, il les tenait de sesnavires puissants et de ses guerriers sans pitié. Depuis quel’Empire de Rome s’était affaibli, ces Pirates desGlaces, comme les nommaient leurs victimes, ravageaient les côtes,raflant moissons et biens. Ceux qui ne pouvaient être asservisétaient massacrés. La violence restait leur seulplaisir, leur façon de vivre et la pitié, une vertuqu’ils ignoraient. Le royaume d’Arthur étaitriche, et ils voulaient leur part.
Morgausefit son entrée dans la vaste salle. Elle revêtait sarobe noire parsemée de pierres précieuses. Les murssombres se mirent à irradier d’une vive lumière.Tous se retournèrent vers elle. Les yeux brillaient devant unetelle apparition. Elle savourait l’effet quelle faisait sur cespirates barbares. Aucun homme ne pouvait lui résister, niMerlin, ni Garanhir, ni ces sauvages du Nord. Elle souriait pourmieux masquer son mépris. Les Pirates des Glaces entouraientleur roi et à l’approche de la magicienne, touss’écartèrent.
― Soyez,nobles seigneurs, bienvenue en Alberth !
Laflatterie faisait elle aussi partie de son jeu.
Gunïarden fut la première victime. Il souriait tel un petit garçonen sentant cette magnifique femme s’approchait de lui. Déjàson parfum enivrant l’enveloppait. Il faillit en lâchersa lourde hache à double tranchant. Il passa une mainmaladroite sur sa barbe broussailleuse sans quitter du regard lasorcière qui s’avançait. Elle s’arrêtaà moins d’un pas de lui et inclina légèrementla tête en signe d’un salut respectueux feint.
― Alors,puissant Gunïard, dit-elle de sa voix la plus sensuelle, as-tuapprouvé les termes de notre accord ?
Avantde répondre, le pirate dégluti avec peine, envoûtépar la proximité de cette femme.
― Oui…Même s’il me semble que les terres qui me serontattribuées après la victoire sont un peu maigres…
Unelueur de fureur traversa le regard de la sorcière sans que leroi ne s’en aperçoive. Elle se ressaisit aussitôtet ajouta avec du miel dans sa voix :
― C’estentendu, nous agrandiront ton domaine de terres grasses… Ettoi que m’apportes-tu de plus ?
― Outremon armée au complet, mes vaisseaux et mes armes forgéesdu meilleur acier, j’ajouterais alors une cinquantaine detrolls…
Cescréatures géantes des terres scandinaves vivaientessentiellement dans les montagnes ou les terres désoléeset désertées des humains dont ils se nourrissaientparfois.
― Maisne sont-ils pas actifs que parmi les ténèbres souspeine de se transformer en pierre ? demanda-t-elle.
― Pasceux-là ! Bien sûr, ils ne sont pas trèsmalins mais possèdent une férocité tout àfait remarquable !
― Sais-tules contrôler ?
― Bienentendu ! Depuis des siècles, des sorciers de notrepeuple sont instruits pour contenir leurs ardeurs. Régulièrement,on leur livre des esclaves raflés dans les terres du sud…Ils apprécient leur chair et ça les rend plus dociles…
― Quime dit qu’ils ne vont pas s’en prendre à mesalliés pictes ou gobelins ? Ou attaquer mes propresgéants ?
― Jete l’ai dit, nos sorciers les contrôlent parfaitement etune fois qu’on a défini l’ennemi dans leurcervelle, ils ne s’arrêtent pas avant de l’avoiranéanti.
― Raviede l’apprendre ! Bien, alors si ce que tu dis est vrai,ton peuple pourra occuper une grande partie des terres occidentalesdu royaume de Logres. Elles sont riches et tu trouveras assezd’esclaves humains pour les travailler.
― Çame va ! À ton signal, nous débarquerons et tesennemis périront ! Mes hommes s’impatientent !Pourquoi attendre ? Ce pays n’a plus de chef, plus deguerriers, il ne demande qu’à être pillé.
― Nousattaquerons quand je le déciderai !
Endisant ces mots, Morgause planta son regard le plus noir dans celuidu Pirate des Glaces. Le visage du géant blond se défitcomme si on venait de le poignarder. Il resta là, figé,ne pouvant ni répliquer, ni bouger un seul de ses membres. Ilressentait dans tout son corps et son âme la puissance del’ensorceleuse et, avec elle, une peur qu’il n’avaitjamais connue auparavant. La sorcière finit par sourire etrelâcha son emprise. Plus qu’un long discours, cettedémonstration suffit à imposer son autorité. Leschoses à présent étaient claires.
Reprenantson souffle et aussi ses esprits, Gunïard offrit à seshommes un visage ravagé par la terreur. Tous comprirent alorsla toute-puissance de cette femme.
Dansun coin de la salle, Garanhir souriait, lui aussi satisfait de cettedémonstration. Sa maîtresse ne s’était paslaisser impressionner par tous ces brutes en armes quil’entouraient ; mieux, elle les avait soumis d’unseul de ses regards. Cette puissance lui rappela que Merlin étaità nouveau libre et qu’il œuvrerait dès lorsà les combattre. Son sourire s’effaça et letrouble voilà son visage.
Commetoujours, Lancelot chevauchait un peu en avant de la petite troupe. Aplusieurs reprises, ils avaient dû quitter les cheminsprincipaux, car de tous les coins du royaume, des troupes importantesde Gobelins noirs affluaient vers le Nord. La guerre totale étaitproche. Une fois son armée au complet, Morgause lâcheraittous ses guerriers sur les terres d’Arthur et s’en seraitalors fini. Il fallait faire vite. Le chevalier se retourna et vitThomas, ce jeune garçon si courageux, venu de l’AutreMonde pour sauver le sien, en grande discussion avec Aldaroth laguerrière elfe et Yaspaddaden, le Gobelin blanc. Sera-t-ilcapable de réveiller le monarque de son sommeil et ainsifédérer tous les hommes de ces terres abandonnéesdepuis sa retraite en Avalon ? Ils se dirigeaient vers la côte où les traditionssituaient au-delà de l’horizon visible de l’humainl’île mythique. Lui, le chevalier errant, n’avaitpas le droit de s’y rendre, car le poids de sa faute pesaittoujours sur lui. Les dieux, dans leurs jeux cruels, l’avaitrendu fou d’amour pour l’épouse de son suzerain,de son maître… de son ami. Cette faute, partagéepar Guenièvre, l’avait fait se retourner contre sesfrères chevaliers de la Table Ronde et privé du plusbeau don du Ciel, le Graal. Il n’était plus le temps desregrets. Sa nouvelle mission avait quelque chose de sacrée etil devait la remplir sans faillir. Pourtant, il ignorait toujourscomment ses amis allaient pouvoir se rendre sur l’îled’Avalon. Il les menait en sécurité au bord del’océan, c’est tout ce qu’il pouvait faire.Il savait Thomas protégé des Fées et d’Aldaroth.Cette dernière pensée le rassura et puis, le jeunegarçon avait bien mûri depuis le début de cetteaventure. Il savait se défendre et plus que ça…
2
L egroupe qui accompagnait Thomas approchait de la côte. Déjà,l’air se chargeait des parfums de l’océan portéspar une brise légère et agréable. Le temps de laséparation allait bientôt se faire. Lancelot etYaspaddaden resteraient sur la berge alors que leurs amis vogueraientvers Avalon. Ils chevauchaient groupé comme pour mieuxprofiter de leur compagnie. Déjà, le départ deJeanne avait été une déchirure. Ànouveau, la tristesse de la séparation installait un silencepesant. Chacun plongé dans ses pensées se remémoraitle passé ou envisageait un avenir fait de doutes et dedangers. Merlin était libre, mais sa puissance se trouvaitdiminuée par l’absence de son bâton de magie.Celle de Morgause ne cessait de grandir. L’espoir restait dansle retour d’Arthur. Au fond de lui, Lancelot doutait. Il avaitvu son roi se faire percer par l’épée de Mordred,le fils de la magicienne, à la bataille sanglante de Camlannet emporté comme mort par les Fées sur l’îled’Avalon. Comme mort… se répéta en penséele chevalier qui secoua de dépit la tête. Nul ne peutsurvivre à pareil estoc porté en pleine poitrine…Mordred, lui, n’avait pas survécu. Seuls les dieuxpeuvent faire revenir les morts parmi les vivants, et depuislongtemps, ils se détournaient des hommes. Il ne savait plus.
― L’océan !s’écria Thomas.
Aussiloin que portait le regard, une mer agitée où semêlaient le vert et le bleu sombre s’étendaitau-delà d’une fine grève de galets.
― Aldaroth,demanda-t-il, où se trouve Avalon ?
Ilsse tenaient sur un promontoire de roche. De ce point de vue la massed’eau paraissait infinie.
― Nulne le sait, en vérité. C’est un territoire sacré,préservé, où seul les Fées et les dieuxpeuvent s’y rendre.
― Àce sujet, intervint, Yaspaddaden, je vous ferais remarquer que nivous ni moi ne sommes des dieux ou des Fées.
― C’estvrai, répondit la guerrière elfe, mais nous devons leurfaire confiance, car ce sont bien eux qui ont gravé la pierrede Crishylann.
― Moi,ce que j’en dis… De toute façon, il est hors dequestion que je remette les pieds sur un bateau.
― Voicibien un point entendu, maître Yaspaddaden… Et mêmeplusieurs fois depuis notre accostage sur la Grande Isle, ironisaAldaroth.
― Alorsque faisons-nous ? reprit le jeune garçon avec plus desérieux.
― Descendonset attendons. La tradition situe Avalon dans cette direction…Elle désignait de la main l’horizon droit devant elle.Si nous sommes bien autorisés à nous y rendre, un signese fera.
Sansrien ajouter, elle engagea les sabots de sa jument sur une senteaccrochée à la falaise. Étroite et mal définie,elle joignait la plage en dessous. Avec appréhension, lesautres suivirent. Ce chemin de chèvres impressionnait par saverticalité et son étroitesse. Un seul faux pas ets’était la chute… quelques centaines de mètresplus bas. Thomas ne dit rien mais ferma les yeux. Il avait beau êtrel’élu, il ressentait toujours la peur. Son cœurbattait à tout rompre. Le poney sur lequel il se tenaits’engagea dans le passage périlleux et posa ses sabots àla suite de ceux d’Eirlys, lamonture d’Aldaroth.
Forteressed’Alberth
― Vousn’allez rien faire, ma reine ? demanda avec toujours de laretenue Garanhir.
LesPirates des Glaces avaient quitté le château et Morgausesemblait détendue, satisfaite de l’accord qu’ellevenait de passer avec Gunïard. Elle feint d’ignorer laquestion du druide.
― Cetimbécile croit vraiment que je vais lui céder lesbonnes terres des contrées du sud…
Sonrire puissant et terrifiant, chargé de haine, emplit l’espacede la grande salle vide.
― Dèsla victoire acquise, je balayerais ces imbéciles avec leursTrolls et les renverrais dans leur pays désolé. Tudisais ?
― Mareine, n’aurions-nous pas dû demander à Gunïardde poster ses puissants vaisseaux au large des côtes verslesquelles se dirigent Lancelot et ses compagnons.
― Souviens-toide leur dernier échec ! 2 Ce sont des brutes incapables d’affronter la véritablemagie ! Non, cette fois-ci, c’est toi qui va t’occuperd’eux !
― Moi,ma reine ?
― Oui,toi ! Je dois surveiller Merlin et sa petite protégée…Ne fais pas cette tête, je garderais un regard sur ton œuvre.Allez, file, il n’y a pas de temps à perdre. Nos amis nedoivent pas être loin de la côte à présent.
Garanhirinclina respectueusement la tête et salua sa maîtresse.Il se dirigea d’un pas lent vers le centre de la salle et paruts’y figer. Avec mesure, il écarta les bras et, de savoix gutturale, s’adressa à des entitésinvisibles au-dessus de lui. Plus sa voix se faisait forte, plus sasilhouette devenait comme imprécise, en mutation. En uninstant, tout son corps parut se disloquer en une multitude departies autonomes et chacune de ces parties se mit à crier, àse transformer en un puissant corbeau noir. Il y en avait maintenantune dizaine qui formaient pour un instant encore la vague formesombre du druide. D’un coup, ils prirent leur envol etquittèrent dans un vacarme de volatiles furieux la salle parl’une des fenêtres.
― Vole,mon brave Garanhir, vole et venge-moi ! N’aie aucune pitiépour mes ennemis !
Ellese tenait sur le balcon qui surplombait la falaise. Déjà,le vol de corbeaux passait la barrière de pics qui entouraitson domaine. Une fois disparu, elle jeta un regard satisfait sur satroupe de guerriers qui campaient au-dessous, dans la vallée.Aussi loin que portait son regard, cette armée grognante,rugissante, s’étendait. Ses guerriers gobelins noirss’impatientaient et chaque jour, d’autres arrivaient enarme, prêts à en découdre avec les humains.
Lesgéants du Nord attendaient eux aussi le signal de la sorcièrepour reprendre leur revanche sur les hommes qui les avaient chassésde leurs territoires il y a bien longtemps. Ces petites créatures,arrivées en masse du continent, s’étaient alorsdéversée telle une marée sur la Grande Isle.Après de terribles combats, les humains toujours plus nombreuxfinirent par les faire reculer dans les terres pauvres du Nord. Àleur tête, se trouvait Brutus de Troie. N’ayant plus depatrie, sa glorieuse cité ayant été prise parruse par les Grecs avec leur fameux cheval, la déesse Artémislui indiqua où lui et ses guerriers pouvaient s’installer :Une grande île au-delà de la Gaule. Quand il débarquaavec son peuple, il trouva une terre riche et peuplée degéants. La guerre débuta et les humains prirentrapidement le dessus. Le Troyen Brutus devint le premier roi de l’îlequ’on nomma Bretagne en son honneur.
Bientôt,tous ces êtres reprendront leur place dans ce monde qui étaitle leur et à leur tête, Morgause régnera. Leshumains survivants seront réduits en esclavage et un nouvelordre sera. Cette pensée enthousiasma la sorcière. Àelle aussi, il lui tardait le déclenchement de la guerretotale. En attendant, elle devait régler le sort de ceux quise dressaient devant elle, à commencer par Merlin et ce jeunegarçon venu de l’Autre Monde.
Merlinet sa jeune compagne chevauchaient toujours vers le Nord. Lesdévastations dues aux armées de Morgause étaientvisibles à plusieurs lieues. De grandes colonnes de fuméesnoires s’élevaient dans le ciel et signifiaient auxvoyageurs les pillages de villages. Tous deux savaient ce que celasignifiait : meurtres, pillages, et captivité dansd’atroces conditions des habitants. Que ce soit les Pictes oules Gobelins noirs, le temps de la revanche était venu.
— Maisles Pictes ne sont-ils pas des humains ?
— Ouiet même les premiers à occuper ces terres, bien avantBrutus et son peuple.
— Maisalors pourquoi autant de haine pour leur semblables ?
— Parcequ’en premier lieu, la haine fait partie de l’âmehumaine. Elle y a sa place bien confortable et ne demande qu’às’exprimer. Pour les Pictes, le désir de reprendre leursterres et se venger de ceux qu’ils considèrent commeenvahisseurs en est le motif.
— Lemême en fait que celui des Gobelins noirs…
— Oui,jeune fille, et celui des Géants qui occupaient, souviens-toi,aussi ces terres. Morgause a réussi par sa puissance àles unir, eux, qui dans les temps anciens se combattaient. Làencore, c’est la haine et l’esprit de vengeance qui est àl’origine de tout cela.
— Elledoit être bien malheureuse pour agir ainsi ?
Lemagicien tourna son regard vers la jeune fille et parut satisfait.
— Oui,tu dois sans doute avoir raison… Puis se reprenant : maisça reste quand même une garce !
Jeannesourit. Elle n’était pas dupe et devina sans difficultéque l’enchanteur ressentait toujours de la vexation de s’êtrefait posséder par Morgause quand elle l’enferma dans leplumier. Puis rajouta :
— Lesfemmes, vraiment !
— Merlin !
— Toi,ce n’est pas pareil, tu n’es encore qu’une jeunefille… Mais Morgause… Prenons par-là, nousserons moins dérangés.
Ildésignait de la main un bois épais dont l’oréese dessinait un peu plus loin.
— MaisMerlin, ne pouvons-nous pas intervenir pour ces pauvres gens ?
Ellevenait d’arrêter sa monture. La licorne pointait sa corneen direction des colonnes de fumée.
— Avecvotre magie et mon arc, nous pourrions venir à bout de cesêtres malfaisants et libérer ces malheureux.
Sansaucun sentiment dans sa voix, Merlin répondit :
— Nousn’en avons pas le temps. Ces troupes de Gobelins noirs ne sontqu’une infime partie de ceux qui se rallient à Morgause.Il me faut récupérer mon bâton avant qu’ilsne soient tous réunis et prêts à fondre sur lepays entier. Prions les dieux que ton petit camarade réussissede son côté sa mission, car sans le retour d’Arthur,rien ne se réalisera, ainsi en est-il écrit sur lapierre de Crishylann.
3
T homaset ses compagnons avaient dressé un campement sur la plage degalets. Ils attendaient. Quoi ? Qui ? Ils ne savaient pasIls se trouvaient face à l’océan qui déroulaitsa houle gris vert foncé à l’infini. Aucune terren’apparaissait.
— Vousêtes bien sûre, princesse, qu’Avalon, l’îleoù réside Arthur est bien dans cette direction ?
Lejeune garçon désignait l’horizon. Ses yeuxplissés à cause de la lumière forte àcette heure de la journée ne distinguait rien de plus quecette masse d’eau.
— C’estce que dit la tradition, répondit Aldaroth.
Elleaussi perdait son regard droit devant elle.
— Raressont les Humains ou les Elfes qui ont abordé ses rivages.C’est le domaine des Fées et aucune carte n’ajamais été dressée pour s’y rendre. Onraconte que l’on peut passer au large de ses côtes sansmême en soupçonner sa présence.
— Maisn’est-ce pas qu’une légende ?
Laguerrière sourit et répondit :
— Commetoi, Thomas et tu existes pourtant.
— SiJeanne entendait ça, elle se marrerait bien. Thomas lalégende !
— Maiselle aussi fait partie de cette même légende car son nomest gravé dans la pierre de Crishylann, juste en dessous dutien.
Deparler ainsi de son amie serra le cœur du jeune garçon.Il réalisa qu’elle ne se trouvait plus à sescôtés et cette absence l’affecta. Comprenant letrouble soudain qui le prenait, Aldaroth intervint :
— Net’en fait pas, Merlin veille sur elle… Elle ne risquerien…
— Tuparles, marmonna Yaspaddaden en grignotant un galet, là oùils se rendent, même les démons ont peur !
Voyantque Thomas avait bien entendu le Gobelin blanc et s’en trouvaitperturbé, la princesse Elfe reprit :
— Nel’écoute pas, notre ami a toujours tendance àexagérer.
— Morgausen’a pas choisi cet endroit au hasard pour cacher le bâtonde Merlin. Il n’est pire endroit dans ce monde que celui-là !
— EtMerlin saura vaincre les périls qui y règnent !ajouta avec force Aldaroth tout en fusillant du regard le Gobelinblanc.
— Sansdoute, dit-il sans trop de conviction et en finissant de grignoterson galet.
Dites,intervint Lancelot qui se tenait debout un peu à l’écartdes autres, qu’attendons-nous exactement ?
— LePasseur, répondit Aldaroth.
Elleétait soulagée par cette intervention de pouvoirchanger de sujet.
— Luiseul peut nous mener en Avalon.
— Età quoi ressemble-t-il ? intervint Thomas.
— Nulne le sait vraiment. On raconte que les rares marins qui auraientcroisé sa route seraient devenus fous ou amnésiques.
Yaspaddadenà l’évocation de ce personnage mythique se levad’un coup, le visage défait. Il ajouta :
— Bien,puisque de toute façon, messire Lancelot et moi-mêmen’allons pas en Avalon, je propose que nous y allions…C’est vrai que la route pour joindre les miens et les rallier ànotre cause est longue… Une noble mission que je doisaccomplir dans les plus brefs délais…
Tousle regardaient avec amusement.
— Quoi ?se contenta-t-il de répondre.
— Partezen avant, dit avec ironie Lancelot, moi, j’ai fait serment deveiller sur ce garçon jusqu’à son embarquement.
LeGobelin blanc fit jouer nerveusement sa bouche, contrarié parla réponse du chevalier.
Sentantpeser sur lui le regard de ses compagnons, il ajouta :
— Oui,eh bien… Moi aussi, j’ai prêté serment…et s’il le faut, je resterais… Même si l’entréeen guerre de mon peuple prend un peu de retard ! Ce n’estpas grave… Puisqu’il le faut… Voilà !
Maintenant,Yaspaddaden boudait en croisant bien haut ses bras. Cette attitudepuérile amusa ses compagnons. Lancelot allait parler quandThomas cria :
— Regardez…L’océan !
Ilpointait du doigt la mer qui se couvrait d’un épaisbrouillard. La minute précédente, l’horizon étaitclair, lumineux et à présent il se trouvait prisonnierd’une toile grise impénétrable.
— Quelest donc ce sortilège ? s’exclama le chevalier.
LeGobelin blanc attrapa un gros galet et machinalement le porta àses crocs. Seul le choc de ses dents épaisses sur la pierrehabitait l’espace. Les autres regardaient ce phénomènela bouche bée ne sachant ce qui se passait. Le vent s’étaittu comme les oiseaux d’ordinaire si bruyants. On n’envoyait aucun voler. Les témoins de cet étrangespectacle ressentaient la peur. Un froid intense les enveloppa etfigea ce qui restait de décor épargné parl’étrange brouillard.
Soudain,perçant la brume, un frêle esquif apparut. Ses voilesdéchiquetées ne pouvaient le porter et pourtant, ilavançait à vive allure en direction de la plage. Àl’arrière, un vieillard portant longue barbe blanchetenait fermement la barre.
— LePasseur… murmura Aldaroth sans perdre de vue l’embarcationqui venait droit sur eux.
Laprincesse elfe paraissait saisie de terreur. Thomas jeta un regardsur elle et comprit que quelque chose de grave était en trainde se passer. Lui-même percevait cet instant chargé desensations désagréables. Il ne pouvait les expliquer,mais commença à ressentir lui aussi la peur.
Lebrouillard arrêta son avancée à une centaine depas de la grève alors que l’esquif poursuivait sacourse. Il finit par s’échouer dans un bruit sinistre deraclement de la coque sur les galets.
Surla plage nul n’osa bouger. Le Passeur leva son bras décharnéet sans un mot, les invita à monter à bord. Thomas etAldaroth obéirent comme hypnotisés par l’étrangepersonnage. De plus près, son apparence était pluseffrayante encore. Au-dessous de sourcils broussailleux, ses yeuxd’un blanc intense semblaient vouloir les percer. Ses jouescreusées par les ans disparaissaient dans une barbe épaisseet argentée. Elle se finissait au-delà de son ventreque l’on devinait à peine sous la longue tunique griseet élimée qu’il portait. Thomas esquissa unléger geste amical de la main et un sourire crispé,mais le Passeur ne lui répondit pas. Les lèvres finesde sa bouche ne se décollèrent pas et son regard parutse faire plus dur encore. Le jeune garçon n’insista pas.D’un coup, le bateau se dégagea de la grève commetiré en arrière par une force invisible. Nul vent negonflait la voile déchirée et pourtant, l’esquifà l’état d’épave vermoulue sepositionna face à l’océan et au mur que formaitl’étrange brouillard.
Lancelotet Yaspaddaden assistaient incrédules à ce phénomène,car toujours sans vent, l’embarcation voguait vers la pleinemer. Un détail accrocha le regard du chevalier, sur son épauledroite, au sommet de la falaise. Un vol de corbeaux noirs venait dese poser. Rapidement, il prit forme humaine et Lancelot la reconnue.
— Garanhir,murmura-t-il avec effroi.
Lemagicien pointa son bâton en direction de l’embarcationet aussitôt un mur d’eau se forma devant elle. LeGobelin blanc et le chevalier assistaient impuissants à cettelame de fond qui allait s’abattre sur leurs amis. Elle avançaità grande vitesse, ne laissant aucun espoir de salut àl’esquif et ses passagers. D’un coup, la vague s’abattitsur eux. Lancelot hurla son horreur devant un tel drame. Legigantesque rouleau, dans un vacarme assourdissant, vint se fracassersur la falaise où se tenait toujours Garanhir. Rien ne pouvaitrésister à une telle puissance. La mer repritrapidement sa place et sa quiétude habituelle. Sa surface, àpeine perturbée par l’ondulation régulièredes vagues, ne laissait plus apparaître l’embarcation duPasseur. Les deux amis restés sur la grève scrutaientl’onde et n’y virent rien de plus qu’un océanvide. Le rire puissant du druide noir résonna au loin. Savictoire était totale. Planté toujours en haut de lafalaise, il levait bien au-dessus de la tête ses bras comme undéfi au Ciel. Cette vision déclencha la fureur dans lecœur de Lancelot. Mais que pouvait-il faire ? Le sorcierse trouvait hors de portée, bien trop éloignépour tenter quoique ce soit. Garanhir répondit à lacolère du chevalier en se tournant lentement vers lui et entendant son bras droit, celui qui tenait toujours son bâton depuissance. Quel sortilège allait-il s’abattre sur lui ?Ça lui était égal, car il avait failli àsa mission de protéger l’élu, son ami Thomas. Lecomplice de Morgause ...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents