Prodiges en Galilée
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Description

Après leurs aventures dans l’Ancien Testament, aux côtés du peuple de Dieu, Nacklas, Caroline et Frédéric se retrouvent en plein Jérusalem. La ville est le théâtre d’une véritable chasse à l’homme. La population est à la poursuite d’un bandit nommé Barabbas ! Un certain Yohanân, qui baptise dans l’eau du Jourdain, met les trois héros sur la piste d’un rabbi. Il vient de Nazareth, il s’appelle Jésus et tout le monde parle de lui.
Dans son carnet secret, Nacklas retrouve les indices qu’il a rassemblés depuis le début de ses voyages dans le passé... Cet homme serait-il la clé de cette énigme?
Collégiens ordinaires, juste un peu plus curieux que leurs copains, Nicolas et Frédéric se retrouvent mystérieusement mêlés à l’histoire du peuple hébreu au temps de la Bible ! Témoins de la fabuleuse Alliance entre Dieu et son peuple, ils en sont aussi les messagers...



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 mars 2011
Nombre de lectures 9
EAN13 9782728914579
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Tome 5

Jean-Michel Touche
Du même auteur
Aux éditions de Mailletard
Une lettre de Thomas
Contes… pour rêver et réfléchir
(collection « L’Heure à lire ») :
Bastien… de la Bastide
La main d’un enfant
Fatipour
L’oasis miroir

Aux éditions de Fontenelle
Passage d’Éphrata, Le mystère de Noël

Aux éditions MAME-EDIFA
Les messagers de l’Alliance
Tome 1 : Au pied du mont Horeb
Tome 2 : La prophétie de Samuel
Tome 3 : Menace sur le Temple
Tome 4 : L’oracle de Babylone
Tome 5 : Prodiges en Galilée
Tome 6 : La Porte du Royaume
À Camille, Simon et Jade, mes petits-enfants, À la mémoire de Charlotte à qui j’aimais lire les aventures des Messagers de l’Alliance.
Références aux Évangiles
Les événements de ces nouvelles aventures suivent de très près les évangiles, principalement ceux de saint Matthieu, saint Marc et saint Luc. Pour chaque chapitre du roman, tu trouveras en page 219 dans « Quelques notes pour en savoir plus », les références dans les évangiles des passages évoqués, ainsi que les renvois dans les tomes précédents des Messagers de l’Alliance.
D emain, nous partons pour Jérusalem.
J’en suis à la fois heureux et inquiet. Entre ceux qui s’apprêtent à faire au rabbi un accueil triomphal, et les bruits alarmants que nous entendons de toute part sur les intentions des pharisiens et des prêtres, je ne sais plus que penser. J’ai comme un pressentiment, l’impression qu’un complot se trame dans notre dos. Une trahison, quelque chose de pas clair du tout. Bien que Frédéric pense comme moi, nous ne voulons pas en parler avec Caroline, de peur de l’effrayer.
Mais après tout, je me fais peut-être des idées ?
Pourtant, voici que me reviennent à l’esprit un certain nombre d’événements : ceux auxquels nous avons participé depuis notre dernier voyage à travers l’espace et le temps, Frédéric, Caroline et moi, et ceux que l’on nous a racontés avec tant de conviction qu’il me semble les avoir vécus moi-même.
Tous ces morceaux de vie et de découverte se bousculent dans ma tête à la manière d’un kaléidoscope. Lorsque nous serons à Jérusalem, je sais qu’ils vont enfin s’assembler comme les éléments de la vérité. Alors, enfin, nous comprendrons. Le rabbi me l’a confié hier à l’oreille, chez Marthe et Marie, en m’assurant que le monde entier le saurait un jour : il est le chemin, la vérité et la vie.
Drôle de formule !
Pour l’instant, assis à l’écart, les yeux fermés, je revois ces moments incroyables que nous venons de vivre. Ils ne défilent d’ailleurs pas nécessairement dans l’ordre dans lequel ils se sont produits, mais c’est ainsi qu’ils se nouent les uns aux autres dans mon esprit, et c’est ma manière à moi d’entrer peu à peu dans le mystère du rabbi de Nazareth.
J’en ai presque oublié le retour chez nos parents, après la reconstruction du Temple et de Jérusalem. C’est à peine si ce passage a duré le temps d’un éclair, juste assez pour rassurer Claire et Marc, mes parents, sur notre sort. Juste assez également pour rencontrer l’homme à l’imperméable gris qui m’a lancé à la figure cette phrase dont le sens m’échappe : « Ce n’est plus toi que j’ai dans le collimateur, je vise quelqu’un d’autre. »
Ensuite, Nataël nous a déclaré tout de go qu’il ne viendrait plus comme auparavant nous aider à avancer dans notre mission. « Vous n’allez pas tarder à rencontrer plus grand que le Temple », m’a-t-il donné comme excuse. C’était les mêmes mots que ceux du cylindre de lapis-lazuli. Cela m’a frappé. Il a ajouté avec un sourire un peu triste : « Alors tu comprends, moi, je n’ai plus qu’à me faire tout petit. En Haut, a-t-il ensuite précisé en levant le doigt vers le ciel comme chaque fois qu’il parle de “Là-Haut” ou du “Très-Haut”, je sais qu’on est vraiment content de vous. Maintenant, avant que je file, un dernier conseil : passez en revue les indices que vous avez trouvés lors de vos aventures précédentes. Ils vous aideront à y voir plus clair. Regardez bien le carnet secret. Bon ! À présent, je dois disparaître. »
Et sans nous laisser une seule seconde pour prévenir Claire et Marc que nous repartions, il nous a renvoyés dans le passé.
L’affaire Barabbas
Q uel choc en arrivant à Jérusalem ! Non pas que la traversée de l’espace et du temps fût plus brutale que d’habitude, mais nous atterrîmes au milieu d’une cohue invraisemblable. On aurait dit que la folie s’était emparée de la ville. Des cris montaient de toute part : « Arrêtez-le ! À mort ! Lapidons-le ! À mort Barabbas ! »
Reprenant instantanément conscience, j’aperçus Caroline et Frédéric, à deux pas de moi, qui recouvraient également leurs esprits et s’interrogeaient, eux aussi, sur la raison de ce vacarme.
Nous n’eûmes pas le temps de nous concerter. Un bruit de course précipitée précéda de quelques secondes l’apparition, sur la minuscule place où nous nous trouvions, d’un homme immense, sorte de Goliath hirsute, le visage envahi par une barbe épaisse, drue comme la toison d’un bélier, et les yeux aussi sombres que la nuit. Il poussait d’épouvantables jurons.
Lancée à sa poursuite, une foule déchaînée, hystérique, rugissait derrière lui, proférant des appels à la vengeance et brandissant le poing. « Arrêtez-le ! » hurlaient des voix éraillées de trop avoir vociféré. « À mort Barabbas ! Tuez-le ! » Déjà, les premiers rangs se baissaient pour ramasser des pierres et lapider cette bête, cette brute, leur ennemi juré. L’une d’elles, au tir sans doute mieux ajusté que les autres, l’atteignit au sommet du crâne et le fit trébucher. Au comble de l’ivresse, la meute en colère émit une clameur énorme où se mêlaient à la fois l’hallali et la satisfaction d’avoir enfin atteint celui dont elle voulait la peau.
Comprenant que ses chasseurs étaient devenus des bêtes comme lui et n’auraient aucune pitié, le forcené se retourna brusquement, gronda à la façon d’un ours et brandit le poing, menaçant ses poursuivants qui stoppèrent net, médusés par cette audace, terrifiés peut-être aussi. Barabbas aperçut Caroline qui achevait de se lever. D’un bond, il se précipita sur elle, la saisit par le bras et la tint devant lui à la façon d’un bouclier.
« C’est elle que vous voulez lyncher ? vociféra-t-il avec des accents de bête. C’est ça que vous cherchez ? Allez-y ! Qu’est-ce que vous attendez ? Lancez-les, vos pierres, et visez bien ! »
À l’instant, un silence de mort tomba sur la place. Gesticulations et vindictes cessèrent, laissant la place aux gémissements de Caroline qu’étouffait l’étreinte du géant et qui se débattait pour s’en délivrer. Aucun des poursuivants ne rompit les rangs pour tâcher de la libérer, à l’exception d’une femme qui s’écria : « Lâche-la immédiatement, Barabbas, elle est trop jeune pour mourir ! » L’homme jura de plus belle.
Sans nous concerter, nous bondîmes sur la brute, Frédéric de son côté et moi du mien, afin de délivrer Caro dont les bras s’agitaient en mouvements désordonnés. Surpris par cette attaque, l’immonde individu émit un son proprement inhumain et desserra son étreinte une fraction de seconde, suffisamment pour que Caroline parvienne à s’échapper.
Pendant que Frédéric, décidément plus adroit que moi dans ce genre de situation, réussissait à se cramponner à l’épaisse tignasse du forcené, un coup de poing, puissant comme le bélier qui avait autrefois ébranlé les remparts de Jérusalem, me cueillit à l’estomac, me coupant la respiration, tandis qu’un second, plus violent, plus sournois, m’atteignait au visage, m’obligeant à lâcher prise, et m’envoya rouler deux ou trois mètres plus loin. Je perdis aussitôt connaissance. La brute épaisse avait bien failli me tuer !
Je ne vis rien d’autre. Ni l’arrivée au pas de charge d’un détachement de soldats romains portant lances et boucliers, qui immobilisèrent le fou furieux, ni l’avalanche de coups dont les soldats durent le protéger car la foule exigeait sa mort et voulait l’écharper. Cela, je ne l’appris que plus tard.
Pilate et Caïus
L orsque je sortis de l’état semi-comateux dans lequel m’avait expédié Barabbas le barbare, un garde se penchait sur moi, un baquet entre les mains, prêt à déverser sur mon visage tuméfié un flot d’eau sale, histoire de me faire revenir aux dures réalités de l’existence.
« Eh bien, ce n’est pas trop tôt ! » s’exclama cet individu dont le faciès me parut assez primaire, accoutré d’un uniforme que, sur le moment, je trouvai plutôt bizarre, n’en ayant jamais vu de semblable, ni à Jérusalem ni à Babylone. « À présent, mon bonhomme, dis-moi ton nom, que je t’inscrive. »
Mon nom ? Il voulait inscrire mon nom ? Pour quoi faire ?
Je tentai de me lever d’un bond, mais si le poing droit de Barabbas m’avait esquinté le profil, son gauche m’avait carrément démoli l’estomac. Un éclair me traversa les yeux, accompagné d’une envie folle de refouler mon dernier repas, et c’est miracle que je ne sois pas retourné aussitôt dans l’état d’inconscience d’où je venais de sortir.
« Alors, ce nom, ça vient ? »
Ma parole ! Celui-ci aussi était un maniaque ! Que voulait-il faire de mon nom ? Sur le moment je fus tenté de me taire, mais à la réflexion n’importe qui pourrait lui dire comment je m’appelais. Aussi lui déclinai-je mon identité.
– Nacklus ? C’est curieux, ce nom, fit l’homme, l’air étonné, en relisant ce qu’il venait d’écrire sur un grand registre.
– Non. Ce n’est pas Nacklus, c’est Nacklas. Na-cklas !
– Ben, tant pis, mon p’tit gars ! J’ai écrit Nacklus, on ne peut plus changer.
– Ah ! Eh bien, non ! Ça ne va pas du tout. Mon nom, c’est Na-CKLAS. J’insiste. Pas Nacklus. Ce n’est tout de même pas maintenant qu’on va le changer. Et puis inutile de m’appeler bonhomme ou p’tit gars. C’est insupportable.
– Non mais dis donc, bonhomme, je vais te calmer, moi, tu vas voir, ricana le garde. Si tu ne nous avais pas permis d’arrêter l’autre tordu, j’te jetterais au trou, moi, pour t’apprendre.
– Pour m’apprendre quoi ? m’exclamai-je dans un état d’énervement de plus en plus difficile à maîtriser, bien que la plus élémentaire prudence me conseillât pourtant de me calmer.
– Pour… pour t’apprendre… Et puis d’abord, j’ai pas d’explication à donner. Ensuite, j’te préviens, n’t’amuse plus à faire du bazar dans la rue, autrement j’te prends et j’te fiche au cachot, comme l’autre tordu.
– L’autre tordu ?
– Ouais, tu sais très bien de qui je veux parler. Barabbas. Ça fait des mois qu’on lui courait après à ce criminel. Eh bien, si tu joues aux agitateurs, je t’attrape et…
– Octavus, arrête, maintenant, et amène-moi ce garçon.
La voix qui avait donné cet ordre provenait d’une terrasse que je n’avais pas remarquée jusque-là. Levant la tête, je vis un individu en tunique plissée d’une blancheur éclatante, qui nous regardait et donnait l’impression de s’amuser à nous écouter.
Le dénommé Octavus se figea dans un garde-à-vous impeccable et leva le menton en guise de salut. Il me jeta un regard à la fois furieux et menaçant et me conduisit vers un escalier qui menait à la terrasse.
– À tes ordres, Procurateur ! lança-t-il à tue-tête. Mais attention ! Il est peut-être jeune, mais c’est une forte tête.
– Ça va, Octavus. Je garderai la situation en main, ne t’inquiète pas. Laisse-nous à présent.
Raide et digne, sans faire le moindre commentaire, le soldat descendit les marches pour regagner la vaste cour où nous nous trouvions quelques minutes auparavant, mais je devinais un bouillonnement intérieur et je me dis qu’il serait prudent, à l’avenir, d’éviter de croiser son chemin. Il allait pénétrer dans un bâtiment qui faisait penser à une salle de garde, quand celui qu’il avait appelé « Procurateur » se pencha et le rappela.
– À propos, Octavus, pour le nom, je crois que tu peux tout de même le corriger.
Tourné vers nous, le visage impassible, le garde fit semblant de ne pas avoir bien compris.
– Oui, je pense que tu es comme moi, Octavus. Nacklus, ce n’est pas très joli. Nacklas, c’est bien mieux, tu ne trouves pas ? Corrige donc. Ça restera entre toi et moi. N’est-ce pas ?
– Bien sûr, Procurateur.
Il me semble, mais je ne voudrais pas être mauvaise langue, que le garde réprima une moue de désapprobation.
Le procurateur quitta le bord de la terrasse d’où il venait de s’adresser à Octavus, et se mit à l’ombre en m’invitant à le rejoindre. Une fois assis dans un vaste fauteuil, il frappa des mains et ordonna à un serviteur, qui apparut avec empressement, d’apporter des rafraîchissements.
– Prends place, me dit-il en m’indiquant un siège.
Son visage changea d’expression et se fit songeur.
– Il faut que tu excuses Octavus, me dit-il en souriant. Aux yeux de Rome, la Judée n’est qu’une lointaine province. C’est pour cela que l’on ne m’a pas donné la quintessence des légionnaires, même si ce sont des braves. Et cet Octavus, notamment, m’a sauvé la vie lors d’une bataille près du Pont-Euxin . Je lui fais une confiance totale. Il m’est très attaché.
Le serviteur réapparut, suivi de deux esclaves – je n’appris leur condition que plus tard – qui installèrent près de nous une table sur laquelle ils disposèrent un pot rempli d’eau parfumée au citron, ainsi que deux coupes.
« Sers ce jeune homme », ordonna le procurateur.
Surpris par les égards qui m’étaient accordés après la brutalité de ma rencontre avec Barabbas et mon début d’altercation avec Octavus, c’est à peine si j’osais saisir la coupe que l’on me tendit.
« Bois, n’aie pas peur, ça te fera du bien. Il fait horriblement chaud dans ce pays. Je le supporte de plus en plus difficilement, d’ailleurs. Ah ! Rome me manque. J’ai hâte que l’empereur se souvienne du procurateur qu’il a envoyé dans cette fichue région ! Depuis que je suis arrivé ici, les Juifs ne me causent que des soucis. Si on a le malheur de toucher à leur sacré temple, tout le peuple s’enflamme. »
Le procurateur s’interrompit avec l’arrivée dans la cour d’un cavalier qui sauta de son cheval, escalada les marches à toute vitesse et s’inclina devant lui.
– Ave, Pilate ! Je viens te donner rapport de la mission que tu m’as confiée.
Puis, me voyant, le cavalier se tut et lança dans ma direction un regard chargé de suspicion.
– Ça va, ça va, fit Pilate. Tu peux parler devant lui, Caïus. Ce jeune Juif a l’air d’un enfant, mais c’est lui qui a permis de mettre Barabbas en prison.
Caïus changea son regard et je crus discerner dans ses yeux un mélange de surprise et de considération, mais, bon, je n’étais pas sûr, donc je fis celui qui n’avait rien vu, histoire de rester modeste !
– Ça bouge du côté du Jourdain, Pilate. Comme tu l’avais ordonné, j’ai mis en place un réseau d’espions pour surveiller les alentours de la Mer de Sel, dans la région où se jette le Jourdain. Au début, ils n’ont rien noté d’anormal. Mais depuis quelque temps, plusieurs d’entre eux m’ont fait remonter des informations curieuses au sujet d’un ermite qui vit dans le désert, un certain Yohanân. Un homme qui vit de sauterelles et de miel sauvage, paraît-il, et qui baptise dans l’eau du Jourdain.
– Qui baptise ? s’étonna Pilate. Que veux-tu dire par là ?
– Je ne sais pas très bien, avoua Caïus. C’est une coutume de leur religion, d’après ce que j’ai compris.
– Ah ! soupira Pilate. Leur religion ! Cette population est insupportable avec sa religion ! On n’en sortira donc jamais ? Je crains le pire. Explique-toi.
– En ce qui concerne le baptême, je me suis posé la même question que toi, Pilate, répondit Caïus. Qu’est-ce que ça signifie ? Pour en savoir plus, je me suis rendu sur les rives du fleuve, habillé comme les gens d’ici. On ne pouvait pas me remarquer.
– Et ton accent ? Comment as-tu fait avec ton accent ?
– J’ai fait semblant d’être muet. Comme ça, ni vu ni connu.
– Bravo, ça ne m’étonne pas de toi ! Alors, qu’as-tu vu là-bas, qui t’ait inquiété au point de venir me le rapporter ?
Caïus hésita quelques secondes, comme s’il se demandait s’il était opportun d’en parler à Pilate. Il fronça les sourcils, baissa la tête, regarda autour de lui et sembla gêné de ma présence. Moi, je me faisais tout petit. Cet homme allait dire des choses importantes, je le sentais, et je voulais les entendre. Il ne fallait surtout pas que l’on m’écarte.
– Non, non, fit Pilate qui avait remarqué, lui aussi, l’em barras de l’officier et me désigna du menton, ne crains rien. Je t’assure que tu peux parler devant lui.
– Voilà. J’ai beaucoup réfléchi, reprit Caïus. Les Juifs forment un peuple différent des autres. Ici, tout tourne autour de la religion.
– Ah, ça, je le sais bien, rétorqua Pilate avec une grimace. La moindre étincelle risque de mettre le feu aux poudres et d’entraîner une tentative de sédition. En acceptant le poste de Procurateur de Judée, je n’imaginais pas le cadeau empoisonné que me faisait Tibère !
– Pourquoi ? me risquai-je à demander car je ne comprenais pas en quoi le cadeau était « empoisonné ».
– Pourquoi ? Mais mon jeune ami, on ne peut pas avoir un instant de tranquillité, ici. À chaque fête religieuse, je suis obligé de quitter ma résidence de Césarée et de venir m’installer à Jérusalem pour garder la situation en main.
– Pourquoi ? demandai-je de nouveau. C’est plutôt bien les fêtes, non ?
– Plutôt bien ? s’exclama Pilate en bondissant de son siège. Je vois que tu ne sais pas ce dont tu parles. Chaque fois qu’il y a une fête religieuse, je suis obligé de mettre la Légion en état d’alerte par crainte de débordements. Et pour en célébrer, ils en célèbrent des fêtes religieuses, les Juifs. Ils n’arrêtent pas. La fête des Huttes, la fête des Expiations, la fête de la Pentecôte pour les moissons, celle de la Dédicace pour le nouvel autel des holocaustes, et la fête de ceci, et la fête de cela. Et la Pâque. Tiens, j’allais l’oublier, celle-là ! Alors là, c’est l’apothéose ! Toute la Judée monte à Jérusalem. Yérouchalaïm, comme ils chantent. Chaque année, on frise la catastrophe. Et le plus agaçant, c’est que je n’ai toujours pas compris ce qu’ils fêtent ce jour-là.
Sans réfléchir aux conséquences de ma réaction, je quittai à mon tour mon siège et rétorquai en regardant Pilate droit dans les yeux :
– Pâque, c’est le passage de Dieu à travers l’Égypte et la libération de son peuple.
Puis je me rassis. Cette répartie eut le don de faire baisser d’un cran le niveau d’adrénaline de Pilate qui me regarda, incrédule, comme si je venais d’ailleurs.
– Et qu’est-ce que tu en sais, toi ? finit-il par demander après quelques secondes d’hésitation.
Je faillis répondre du tac au tac « Parce que j’y étais », mais une voix intérieure (Nataël ne nous avait peut-être pas complètement abandonnés) me le déconseilla vivement, me faisant comprendre que ce serait de mauvais goût et que l’on ne me prendrait pas au sérieux. Aussi je me contentai d’affirmer que c’était mon secret.
Curieusement, l’assurance avec laquelle j’avais parlé du passage de Dieu pour la libération des Hébreux laissait Pilate pantois. Toutefois, pour ne pas laisser paraître sa perplexité, il changea de sujet et se tourna vers Caïus.
– Alors, ce Yohanân, cet ermite qui mange de la sauterelle et du miel sauvage, c’est un agitateur, lui aussi ?
– Non, Pilate. Pas à proprement parler. Il se contente de baptiser tous ceux qui viennent le trouver et qui souhaitent se faire pardonner leurs fautes.
– Comment ça, faire pardonner leurs fautes ? Je suis seul ici à pouvoir le faire, sur délégation de Tibère et en vertu des pouvoirs qu’il m’a confiés.
Une fois encore, constatant que le procurateur faisait fausse route, je me permis d’intervenir.
– Je pense qu’il ne s’agit pas de la même chose. Les fautes dont les Juifs demandent le pardon sont des fautes religieuses. C’est très différent.
– Mais dis donc, toi, fit Pilate de plus en plus étonné, tu en sais, des choses. D’où tiens-tu cela ?
Que faire ? Je ne pouvais pas, évidemment, parler de notre mission à cet homme qui ne savait rien du peuple juif bien qu’il représentât, je le comprenais, un pouvoir politique très puissant. D’un autre côté, il fallait dire quelque chose. Mais quoi ? Je me contentai d’affirmer que j’avais beaucoup lu, ce qui parut une explication suffisante aux yeux du procurateur qui, peut-être, n’était pas coutumier des livres.
– Bon ! fit-il pour revenir au sujet qui préoccupait Caïus. Maintenant, c’est grave, cette affaire de baptême ?
– En tant que telle, je ne pense pas. Mais ce qui est important, c’est plutôt la personnalité de ce Yohanân. Les Juifs viennent le voir d’un peu partout, même de Jérusalem. Certains prétendent qu’il s’agit d’Élie, un ancien prophète qui serait revenu sur terre.
– Baliverne ! explosa Pilate. Ce peuple est d’une crédulité ridicule.
Je m’efforçai de rester silencieux malgré l’envie qui me prit d’intervenir. Ce que je venais d’entendre confirmait que Pilate ignorait tout de la religion du peuple élu. S’il savait qu’Élie était parti à bord d’un char de feu tiré par des chevaux de feu et qu’on ne l’avait jamais retrouvé, il ferait moins le prétentieux. Mais revenons aux propos de Caïus.
– D’autres affirment qu’il est habité parce qu’ils appellent « l’Esprit », poursuivit l’officier, après s’être raclé la gorge, visiblement mal à l’aise devant la réaction du procurateur.
– Habité par l’esprit ! explosa Pilate. Et quoi en plus ? Pourquoi pas Jupiter, tant qu’ils y sont ?
De plus en plus gêné, Caïus leva la main pour montrer qu’il avait encore quelque chose à dire.
– Bien que très modeste, poursuivit-il la voix moins assurée qu’auparavant, ce qui est important à signaler, c’est qu’il annonce la venue de quelqu’un qu’il présente comme « plus grand que lui », ainsi que l’approche imminente d’un nouveau royaume.
– Un nouveau royaume ? s’écria Pilate. Pourquoi ne m’avoir pas dit ça tout de suite ? Et d’abord, c’est quoi, ce royaume ?
– Justement, fit Caïus, c’est très curieux. Ce royaume dont il parle, c’est celui de leur Dieu. Le matin, quand il se rend au devant de la foule venue le voir, il proclame : « Préparez le chemin du Seigneur. Convertissez-vous, le Royaume de Dieu est proche. »
– Hou, que je n’aime pas ça ! s’exclama Pilate en se renfrognant.
– Il ajoute, précisa encore Caïus, qu’il ne s’estime pas digne de dénouer les sandales de celui qui viendra après lui. Il parle d’un nouveau David.
Pilate se redressa et tendit l’index en direction de Caïus.
– Envoie immédiatement des hommes pour surveiller cet ermite. Je veux un rapport tous les deux jours. Je veux savoir qui est ce nouveau David.
– C’est fait, Pilate. J’ai laissé des observateurs avec ordre de me tenir au courant pour que je puisse t’informer en cas de nécessité.
Un regard complice
L e reste de la conversation se noya dans une sorte de brouillard. Laissant pérorer Pilate qui visiblement adorait s’écouter, je fis appel à mes souvenirs car ce titre de Nouveau David m’était familier. Qui m’en avait parlé ? En cherchant bien, je finis par me le rappeler. C’était Ézéquiel, à Babylone, au moment où Cyrus avait décidé de rendre leur liberté aux Juifs. Il avait dit quelque chose comme : « Le Seigneur donnera un chef, un Nouveau David. » Dès que possible, il faudrait vérifier dans les notes du carnet secret. Mais quelqu’un d’autre en avait également parlé. Qui ça ? À force de me creuser les méninges et de m’agiter fébrilement les neurones, le souvenir de Jérémie me revint à l’esprit. Je le revis, s’adressant à la population de Jérusalem, devant le Temple que les Chaldéens avaient entièrement détruit. C’était particulièrement pénible. Tout le monde était sous le choc. Et lui, Jérémie, il avait pris la parole et avait proclamé, de la part de Yahvé : « Je ferai revenir un rejeton de David. »
Nataël m’avait bien recommandé de chercher tous les signes que nous avions reçus au cours de nos aventures précédentes. Le Nouveau David en était un, ça ne faisait aucun doute. Mais de là à savoir comment l’interpréter, c’était autre chose.
Pendant que je réfléchissais ainsi, Pilate et Caïus avaient continué de parler. « Un royaume de Dieu et un homme dont l’ermite n’est pas digne de dénouer les sandales ! » maugréait Pilate lorsque je me remis à les écouter. « Voyez-moi ça ! Je veux tout savoir sur lui, sur ce fameux royaume et sur cet individu que ce Yohanân présente comme plus fort que lui. Si ça se trouve, celui dont il parle pourrait prendre plus d’importance que le Temple aux yeux du peuple. Mieux vaut rester vigilant. Je vais donner des ordres pour que la Légion se tienne sur ses gardes, et prévenir Claudia, mon épouse, que nous rentrerons à Césarée plus tard que prévu. J’espérais quitter Jérusalem dès la fin de la Fête des Huttes, mais après ce que tu viens de m’annoncer, il est préférable que je reste quelque temps. De ton côté, va t’installer en Galilée et tâche d’en savoir davantage sur cet individu qui serait plus grand que le baptiseur. Et surtout, sur ce fameux royaume. Ça m’ennuie beaucoup, cette histoire. »
Cette répartie de Pilate fit tilt dans mon esprit et, comme en écho, j’entendis le message énigmatique du cylindre de lapis-lazuli : » Après le serment du peuple, vous verrez plus grand que le Temple. » Chaque fois que nous y avions pensé, Caroline, Frédéric et moi, nous avions envisagé un bâtiment ou quelque chose de ce genre. Or cette idée d’un homme qui prendrait plus d’importance que le Temple, ouvrait à mes yeux des horizons nouveaux. Et si c’était un homme que nous devions chercher ? Décidément, ma rencontre avec le procurateur s’avérait des plus instructives.
Caïus prit congé et adressa un salut respectueux à Pilate. Avant de partir, il se tourna vers moi et nous échangeâmes, je ne sais pourquoi, un regard complice. Celui-ci, je pourrais certainement compter sur lui en cas de coup dur. Pilate, c’était moins sûr.
Une fois l’officier parti, le procurateur se mit à marcher de long en large sur la terrasse, avant de s’arrêter et de me fixer avec des yeux soupçonneux.
– Tu y crois vraiment à cette histoire de Pâque, avec le passage de Dieu et tout le toutim ? Et d’ailleurs, je n’arrive jamais à me rappeler le nom de votre Dieu.
– Ah, eh bien, ça ne m’étonne pas, parce qu’on ne doit pas le prononcer.
Pilate ferma les yeux, porta les mains devant sa poitrine, paume ouverte dans ma direction, avec l’air de celui qui se dit : « Restons calmes, tout va finir par s’arranger. »
– Comment ça, on ne peut pas prononcer son nom ?
– Eh bien non ! C’est comme ça !
– Mais enfin Nacklus…
– Non ! NA-CKLAS !
– Oui, c’est vrai. Bon, enfin, Nacklas, qu’est-ce que c’est que ce Dieu dont on ne peut pas dire le nom ? Nous, nous disons Jupiter, ou Mars, ou Vénus, je ne sais pas, moi, le nom du dieu ou de la déesse que l’on souhaite honorer ou invoquer.
– Eh bien, nous, c’est différent. D’ailleurs il s’est nommé lui-même « Je suis ».
Pilate me regarda, complètement ébahi. Sûr, il devait me prendre pour un extraterrestre. De nouveau il fit un grand effort pour conserver son calme.
– Écoute, finit-il par dire, tu m’es plutôt sympathique. Ça se voit, non ?
Je fis signe que ça se voyait en effet, mais comme je ne saisissais pas bien où il voulait en venir, je demeurai extrêmement prudent.
– Alors, regarde. Tu m’es sympathique, mais ce n’est pas une raison pour en abuser. Moi, je dis qu’un dieu dont on ne doit pas dire le nom, ça n’existe pas. Et un dieu qui dit : « Je m’appelle Je suis », ça sort tout droit de ton imagination. Qu’est-ce que cela veut dire, « Je suis » ?
C’est effrayant, quand on veut expliquer quelque chose à quelqu’un qui refuse de comprendre. Je ne sais pas si ça vous est arrivé, moi je trouve ça usant ! Bon. Moi aussi, je me dis : « Restons calme ! »
– « Je suis » ? Ça veut dire qu’il est. Qu’il est tout. Absolument tout, comme me l’avait expliqué Moïse devant le Buisson Ardent. Il est celui qui existe, voilà ce que veut dire « Je suis ». Tout autre nom ne pourrait désigner qu’une toute petite partie de lui. Et comme Dieu a créé le monde, de toute manière, personne ne peut pénétrer dans son secret. Bon. Je vois que ce n’est pas clair.
En face de moi, le procurateur avait fermé les yeux, enfoui son visage dans ses mains et baissé la tête. Manifestement, il ne comprenait rien et je commençai à craindre qu’il ne se mît en colère. Aussi est-ce avec satisfaction que je l’entendis murmurer : « JE SUIS ! C’est inouï, ce nom ! Ça me dépasse. »
– Écoute, Nacklas, dit-il en se tournant vers moi, tu es étonnant. Tu sais des choses que personne ne m’avait expliquées jusqu’à présent. Et puis avec toi, au moins, on peut parler. Ce n’est pas comme avec vos maîtres de la Loi qui considèrent comme impur de m’adresser la parole.
Il hésita avant de poursuivre.
– J’aimerais que Claudia, mon épouse, te rencontre. Tu verras, c’est une femme instruite, et le peu qu’elle connaît de la religion juive l’intrigue énormément. Je suis sûr qu’elle aimerait en discuter avec toi. Tu peux rester un peu, n’est-ce pas ?
C’était davantage un ordre qu’une question, je compris que je n’avais pas tellement le choix. Le procurateur frappa des mains pour faire venir un serviteur ; il l’envoya chercher son épouse et me servit un verre d’eau citronnée avant de s’éponger le front.
– Quelle chaleur ! soupira-t-il.
Le serviteur revint quelques minutes plus tard, précédant une grande femme vêtue simplement, à la mode d’ici. Ses cheveux, coiffés en chignon, dégageaient sa nuque et elle portait aux oreilles, pour toute parure, des anneaux d’or très fins.
– Qu’est-ce que j’apprends, Pilate, dit-elle en s’adressant à son mari, il y aurait ici quelqu’un susceptible de me parler de la religion des Juifs ? Où est-il ?
– Devant toi.
L’épouse du procurateur fit demi-tour et, ne voyant que moi, interrogea Pilate.
– Mais où est-il donc ?
Pilate éclata de rire.
– Devant toi. Je te présente Nacklas.
Claudia eut un mouvement de surprise, me trouvant sans doute trop jeune pour pouvoir lui parler de religion, mais l’arrivée inopinée d’un centurion ne lui laissa pas le temps d’exprimer son étonnement. L’officier s’inclina devant le procurateur, s’excusa de le déranger et lui rappela une réunion importante à laquelle il devait participer avec les chefs des différentes centuries de Jérusalem.
– Ah, oui, j’oubliais, fit Pilate. Fais-les patienter, j’arrive. Et appelle Octavus, dis-lui de venir.
L’officier s’inclina de nouveau et s’en alla.
– Tu vois ce garçon, dit Pilate à Octavus quand celui-ci nous eut rejoints et se fut incliné à son tour devant le procurateur. Tu le laisses entrer quand il veut. Oui, Octavus, quand il veut, tu m’as bien entendu.
Octavus me regarda de biais et je compris que je ne m’en étais pas fait un ami. Mais je n’y étais pour rien !
Pilate nous laissa après avoir bu un grand verre d’eau et murmuré : « Quelle chaleur ! » Tandis qu’il descendait les marches de la terrasse, je l’entendis distinctement marmonner : « Je Suis ! Quel nom pour un dieu ! C’est inouï ! »
Claudia m’emmena dans les pièces qui servaient de résidence au procurateur lors de ses séjours à Jérusalem, et, là, elle me posa trente-six questions en même temps. Ce n’était pas comme ça que nous allions avancer ! Aussi je pris les choses en main et décidai de lui raconter quelques-uns des événements auxquels nous avions participé, seuls ou ensemble, Caroline, Frédéric et moi, sans lui laisser entrevoir que nous en étions acteurs. Cela, bien sûr, elle ne l’aurait ni compris ni admis.
Le Buisson Ardent la laissa sans voix, la construction du Temple et l’entrée de la Nuée de Yahvé dans le Débir également. Elle me fixait avec de grands yeux médusés, comme si elle découvrait le sens de la vie. C’était la première fois que j’étais amené à raconter à quelqu’un plusieurs épisodes qui avaient marqué l’apprentissage de notre mission, et je découvris que, mis bout à bout, ils prenaient une signification dont je n’avais jamais pris conscience. Cela, il faudrait absolument que j’en parle à Caroline et Frédéric, et que je l’inscrive dans mon carnet.
– Mais comment sais-tu tout ça ? réussit-elle à dire après un long moment de réflexion. Quand on t’écoute, on dirait que tu y as participé.
Je demeurai extrêmement modeste et ne m’aventurai en aucune révélation qui eût pu laisser entrevoir notre rôle de messagers de l’Alliance. Claudia éclata de rire en écoutant le récit de l’intrusion chez les Philistins par le souterrain de Guibéa (là, je faillis vendre le morceau et j’eus grand peine à ne pas lui dire que ces personnages qui avaient dérobé les lances des ennemis, c’était nous). Elle faillit s’étrangler avec l’histoire des « sinistrés de l’espace » et l’incroyable entrée dans Jérusalem. Mais son attention se porta principalement sur les paroles des prophètes.
– Nacklas, dit-elle après que j’eus achevé de lui raconter le retour de Babylone et la difficile reconstruction du Temple, j’ai besoin de réfléchir. Tout ce que tu m’as dit me fait envisager la religion d’ici sous un jour différent de ce que je croyais. Arrêtons pour aujourd’hui, mais promets-moi de revenir. Tout ça me passionne. Je vais te montrer par où je passe lorsque je veux me promener dans Jérusalem sans que Pilate le sache, mais ne lui en parle surtout pas, il serait furieux ! Viens. Tu pourras entrer par là quand tu voudras me voir. J’y compte !
Claudia me fit emprunter un dédale de couloirs qui menaient à une porte donnant directement sur une ruelle désaffectée.
– J’aime marcher dans cette ville, me confia-t-elle. Au début, elle me faisait peur. À présent je m’aventure de plus en plus loin. Un jour, j’irai jusqu’à votre temple. Quand tu m’en auras parlé. D’accord ?
J’acquiesçai. Claudia pouvait devenir une alliée. Elle avait montré un réel intérêt durant notre conversation, peut-être un jour aurions-nous recours à elle ?
Le nouveau Temple
I gnorant ce qu’étaient devenus Caroline et Frédéric depuis la bagarre avec Barabbas, je décidai de me rendre sur l’esplanade du Temple. Peut-être, les y trouverais-je. De toute manière, il fallait bien que je revoie la Maison de Dieu, puisque le Temple formait l’un des éléments de l’énigme du cylindre bleu.
J’eus du mal à me repérer dans Jérusalem. Depuis l’époque où nous avions relevé les ruines laissées par les Chaldéens, de nouvelles artères traversaient la capitale, des maisons neuves remplaçaient celles que nous avions eu tant de mal à remettre sur pied avec les rescapés de Babylone. En bref, j’étais totalement désorienté. Un passant, à qui je demandai le chemin du Temple, me prit sans doute pour un demeuré, haussa les épaules et s’éloigna en tendant vaguement le bras derrière lui, comme si j’avais dit une énormité. Lorsque j’aperçus enfin l’esplanade, je compris sa réaction. Le Temple et l’espace qui l’entourait étaient devenus une ville dans la ville. Comment pouvait-on ignorer où il s’élevait ? Disparu, l’édifice sacré que nous avions eu tant de difficulté à reconstruire au retour de Babylone ! Oubliées, les deux cours qui l’entouraient. L’ensemble qui s’offrait à ma vue était d’une taille invraisemblable, plus grand que le Temple construit avec tant d’amour par Houram-Abi, l’artiste de Tyr, plus vaste même que l’aire sur laquelle s’élevait l’édifice dédié à Mardouk en plein Babylone.
En m’approchant de la porte principale pour pénétrer sur l’esplanade, je dus m’effacer pour laisser passer un groupe d’hommes vêtus de longs manteaux bleus. Ils parlaient fort et accompagnaient leurs propos de grands gestes désordonnés. Involontairement, je saisis une phrase qui retint mon attention et me poussa à les suivre discrètement pour en savoir davantage.
– Ça devient insupportable, déclarait en levant une main menaçante celui qui marchait en tête. Cet homme, je vous demande un peu, de quel droit s’est-il mis à baptiser dans le Jourdain alors que nous n’avions jamais entendu parler de lui jusque-là ? D’abord, est-on sûr qu’il s’agit d’un Essénien ?
– À vrai dire, on n’en sait rien du tout, répondit un autre, un petit à l’air sournois, que je trouvai immédiatement très antipathique. Mais ce qui est sûr, ajouta-t-il, c’est qu’il a du succès. On vient le voir de partout pour recevoir ce fameux baptême.
Ils parlaient certainement de Yohanân. Comme le petit, en se retournant, faillit me bousculer, je me baissai et fis semblant de rattacher ma sandale pour éviter de me faire remarquer. Mais je restai vigilant et ouvris grand les oreilles.
– Je veux en avoir le cœur net, reprit celui qui paraissait le chef du groupe. Envoyons là-bas une délégation pour l’interroger. Nous verrons bien ce qu’il nous dira.
La suggestion emporta l’adhésion du groupe. Les hommes se séparèrent après avoir décidé de se rendre eux-mêmes là où baptisait l’ermite, au-delà du Jourdain, dès la prochaine lune.
Incroyable ! Après avoir découvert l’existence de Yohanân chez Pilate, voilà qu’à présent des hommes de Jérusalem, apparemment très pieux, s’en prenaient à lui. Ce Yohanân semblait avoir soit des admirateurs, soit des adversaires farouches, sans compter les Romains qui le faisaient surveiller. Il fallait absolument le rencontrer. Il avait certainement des informations de premier plan à nous donner pour la suite de notre mission. Peut-être même nous permettrait-il d’y voir plus clair au sujet de « plus grand que le Temple », formule qui me revenait sans arrêt à l’esprit. Mais pour l’heure, l’urgent consistait à retrouver Caroline et Frédéric.
Bien que nous n’ayons jamais décidé d’un point de rencontre en cas de séparation, il me semblait que le Temple était l’endroit le plus logique pour nous retrouver. Pourtant, en pénétrant sur l’esplanade, un sentiment de panique m’envahit. Comment les repérer au milieu de cette foule bruyante et bigarrée ? Tout autour de l’esplanade, une galerie formée de plusieurs rangées de colonnes abritait de multiples échoppes où ceux qui voulaient offrir un sacrifice pouvaient acheter des animaux qu’ils portaient ensuite aux prêtres. Je m’approchai d’une de ces boutiques et cherchai à grimper sur un étale, provoquant l’affolement d’une bonne cinquantaine de pigeons attachés par les pattes, deux par deux, qui cessèrent leur roucoulement grotesque quand je manquai de renverser l’étale en l’escaladant. Furieux de mon intrusion dans son commerce, un marchand énorme, véritable boule de graisse, menaça d’appeler les gardes du temple et voulut me saisir par les pieds pour me faire descendre, ce qui acheva de déséquilibrer l’étale. Pigeons, planches et tréteaux s’écroulèrent sous moi, dans un bruit de tremblement de terre qui alerta tout ce que le parvis des Gentils comptait d’hommes et de femmes. Craignant le pire, je me relevai au milieu d’un tourbillon de pigeons dont les liens s’étaient dénoués. Peu préparés à cette liberté accidentelle, ils volaient d’une colonne à l’autre. Un nuage de plumes me fit tousser comme je crois ne l’avoir jamais fait.
Pendant que le marchand se lamentait devant le désastre, jurant que j’avais détruit son commerce et qu’il ne s’en remettrait jamais, deux individus armés de gourdins, des gardes du Temple, me saisirent par les épaules et me propulsèrent hors du parvis avec interdiction formelle d’y remettre les pieds.
Je me serais volontiers passé de cette altercation qui eut pourtant le mérite de nous aider à nous retrouver Caroline, Frédéric et moi. En effet, venus comme tout le monde voir ce qui avait provoqué ce tintamarre, ils me reconnurent aussitôt et quittèrent le parvis des Gentils juste derrière les gardes du Temple.
– Eh bien, toi, quand tu te fais remarquer, déclara Caroline, tu n’y vas pas par quatre chemins ! Tout le monde nous regarde, à présent. Nous n’avons pas intérêt à nous éterniser.
– Tu as raison, confirma Frédéric. Filons avant que les gardes ne reviennent.
Nous quittâmes tous les trois les lieux en catimini.
Étonné de constater que ma sœur et mon meilleur ami se dirigeaient dans Jérusalem comme s’ils connaissaient la nouvelle ville par cœur, je leur demandai tout en marchant s’ils savaient où ils allaient.
– Surprise ! répondit Frédéric.
Un moment plus tard, nous arrivâmes dans un quartier vétuste, et je poussai une exclamation quand Frédéric et Caroline s’arrêtèrent. Devant nous, à moitié croulante et le toit en partie effondré, je reconnus la minuscule maison que nous avions reconstruite après le retour de Babylone, et où nous avions choisi d’habiter à cette époque. J’en eus les larmes aux yeux.
« Ce n’est pas beau, ça ? lança Frédéric, plus goguenard que jamais. Qu’est-ce que tu en dis ? »
Devant ma précipitation à pousser les deux ou trois planches qui en barricadaient l’entrée, Frédéric me retint par le bras. « Prudence, vieux. On dirait que ça va craquer de partout. Ne touche rien. » Effectivement, de grosses lézardes parcouraient les murs. Mais à bien y regarder, l’ensemble paraissait encore solide. Fred, prétextant que le droit lui en revenait puisque c’était lui qui avait découvert notre ancien logis, écarta les planches qu’il m’avait recommandé quelques instants auparavant de ne pas toucher, s’allongea et pénétra à l’intérieur en rampant. Nous l’entendîmes se lever et il réapparut bientôt, heureux de nous inviter à pénétrer dans l’unique pièce du refuge qui tenait encore debout, l’autre partie de la construction s’étant depuis longtemps transformée en ruine.
– Tu es sûr qu’il n’y a pas de risque ? demanda Caroline.
– Il n’y a rien à craindre, répliqua Fred, fier comme s’il avait marché sur la lune.
À cet instant précis, ce qui restait de l’habitation s’effondra sur lui. Heureusement plus de peur que de mal ! Juste une poussière blanche qui recouvrit notre ami, lui donnant l’air d’un fantôme. Caroline éclata de rire, je l’imitai, et Fred fut à son tour pris de fou rire après s’être retourné pour constater les dégâts. Adieu notre refuge ! Les siècles venaient de l’effacer de la surface de la terre !
« Eh bien, mon vieux ! s’exclama Frédéric tout de même choqué par cet effondrement inattendu qui aurait pu lui être fatal. Eh bien, mon vieux ! »
Déborah
– V ous n’êtes pas blessés ?
Nous retournant pour voir qui posait cette question, nous nous trouvâmes face à une femme de grande taille, vêtue d’une robe sans doute autrefois brune mais à présent fortement délavée par le temps. Elle portait des cheveux dénoués, grisonnants, en partie seulement cachés par un foulard qu’elle avait du mal à attacher et qui se dénouait toutes les cinq minutes.
– Vous n’êtes pas blessés, au moins ? demanda-t-elle à nouveau.
– Frédéric a eu chaud, fit seulement Caroline en montrant du doigt notre ami, encore sous le choc, qui continuait sa litanie de « Eh bien, mon vieux ! » tout en secouant la main.
– C’était votre maison ? questionna la femme.
Caroline écarta les bras dans un geste équivoque.
– Je vous plains ! Où allez-vous dormir à présent ?
Pas de réponse de notre part.
– Tenez, venez avec moi. Je n’habite pas un palais, mais tout de même, je peux vous abriter avant que vous ne trouviez une solution.
Voilà comment nous rencontrâmes Déborah, que son mari, en mourant, avait laissée sans parent pour l’épouser en secondes noces, et sans ressources, mais dotée d’un cœur sans limite. Parfois, elle me fait penser à la veuve de Sarepta, vous vous souvenez, celle qui nous avait hébergés, Élie et moi, à l’époque où Akhab régnait en Samarie. La veuve de Jérusalem, elle, n’avait pas de fils, et certainement moins d’années derrière elle que la mère de Shimrôn, mais comme cette dernière elle savait donner le peu qu’elle possédait.
Au beau milieu de Jérusalem, alors que nous traversions un chemin qui s’élevait jusqu’à une colline plantée d’oliviers, une femme nous croisa et lança d’une voix éraillée :
– Eh, Déborah, pourquoi tu n’as pas suivi les Romains, hier, après la bagarre ? Tu aurais vu comment ils l’ont fouetté, le Barabbas ! Ça t’aurait plu. Il faisait moins le fier, ce brigand.
À ces mots, Déborah réprima une grimace.
– Moi, voir fouetter les gens, ça me dégoûte. Je ne comprends pas comment on peut prendre plaisir à ce genre de spectacle.
La voix éraillée se rapprocha de nous.
– Mais… ce sont les jeunes qui se sont bagarrés avec Barabbas, ou je rêve ? Dis donc, ce sont des parents à toi ?
– Oui, Rébecca, des parents à moi, mentit Déborah d’un ton très sec.
– À propos, dit la femme en s’approchant encore, tu es au courant pour Yakîn ?
Sans attendre de réponse, elle continua.
– Il est allé voir Yohanân, tu sais, celui qui baptise dans le Jourdain.
Déborah eut l’air étonnée. Moi, en entendant ce nom, je ne pus m’empêcher de sursauter.
– Tu le connais, toi ? me demanda Déborah.
Non, je ne le connaissais pas. Mais, après Caïus et les hommes rencontrés près du Temple, cela faisait la troisième fois que j’entendais parler de lui en à peine deux jours. Ça ne pouvait pas être une simple coïncidence. Je m’approchai à mon tour de la femme que Déborah venait d’appeler Rébecca. Ce Yohanân prenait soudain une importance primordiale. Il fallait en savoir plus.
– On prétend que c’est un prophète, ajouta Rébecca sur le ton de la confidence.
– Un prophète ? s’étonna Déborah. Et à quoi le reconnaît-on ?
– Je ne sais pas. Certains pensent que c’est Élie qui serait revenu.
– Ça alors ! s’exclama Déborah. Élie ?
– Oui, reprit Rébecca, le prophète qui a séjourné dans le ventre d’un poisson.
Cette Rébecca, vraiment, elle disait n’importe quoi ! Oubliant toute précaution, je crus nécessaire d’intervenir et affirmai solennellement qu’Élie était parti sur un char de feu dans un immense nuage de poussière d’or.
– Qu’est-ce que tu en sais, toi ? ricana Rébecca. Tu y étais, peut-être ?
– Parfaitement ! J’y étais ! J’ai tout vu.
– Regardez-moi ça, rétorqua Rébecca dont je compris, à sa manière de répondre, que ma répartie l’avait profondément vexée. C’est encore un gamin et ça se croit autorisé à vous donner des leçons.
Puis, prenant une voix nasillarde pour me mettre en boîte, elle ajouta avec un sourire perfide :
– Et comment il le sait, le Monsieur, qu’il est parti sur un char de feu, le prophète Élie ?
Furieux, je la regardai droit dans les yeux, comme je sais le faire quand je suis très en colère, et je lui lançai d’une voix glaciale :
– Le Monsieur, il le sait parce qu’il y était !
Tandis que Rébecca dardait sur moi un regard interloqué, Déborah éclata de rire et m’imita à mi-voix : « Le Monsieur, il le sait parce qu’il y était ! », ce qui la fit mourir de rire au point que je crus devoir lui tapoter le dos, de peur qu’elle ne s’étouffât.
– Tu en connais beaucoup, des comiques de ce genre ? interrogea Rébecca, l’air pincé. Hum ! Je te plains !
Et elle s’éloigna sans rien ajouter, drapant vivement sa robe autour d’elle. Bien sûr, je venais de commettre une gaffe.
– Pourquoi racontes-tu des bêtises ? questionna Déborah lorsque nous nous fûmes remis en route. Tu as raison pour le char de feu, Rébecca aurait dû le savoir. Mais pourquoi es-tu allé lui raconter que tu y étais ? C’est très vieux, cette histoire d’Élie, très, très vieux. Comment aurais-tu pu y assister ?
Une fois de plus je m’étais laissé emporter, au lieu de me taire comme l’aurait exigé la plus élémentaire prudence. Devant Pilate, j’avais réussi à ne pas trop en dire, encore que j’avais parlé de Moïse et du Buisson Ardent. Comme il ne connaissait rien à notre religion, il n’avait rien compris. Mais là, j’étais allé peut-être un peu loin. Ou bien Déborah allait me considérer désormais comme un petit prétentieux mythomane, ou bien elle allait poser des tas de questions à notre sujet et nous cuisiner pour en savoir davantage. Et dans ce cas, l’un ou l’autre de nous trois finirait bien par lui en dire plus que nécessaire. Le mieux pour le moment était de changer de sujet. Il serait toujours temps de lui faire des confidences par la suite, si l’occasion s’en présentait ou si cela s’avérait nécessaire. Aussi lui demandai-je qui était à ses yeux ce nouvel Élie, sans faire allusion bien sûr à ce qu’en avait dit Caïus ni aux hommes en bleu croisés à l’entrée du Temple.
– Yohanân, le baptiste ? C’est un naziréen qui vit dans le désert, là-bas, près du Jourdain. Il enseigne la prière, le repentir et la pénitence. Moi, j’avais entendu dire qu’on le prenait non pas pour Élie, mais pour le Messie .
– Le Messie ? Qui est-ce ? demandai-je tout en marchant entre Caroline et Frédéric.
Déborah s’arrêta net.
– Mais voyons, d’où sors-tu, toi, pour poser cette question ? fit-elle, apparemment ahurie par mon ignorance. Tu prétends avoir assisté à l’enlèvement d’Élie sur un char de feu, et tu ne sais pas qui est le Messie ? C’est le nouveau David, tiens ! Celui qu’ont annoncé les prophètes.
Tout en parlant, elle se mit à frémir.
– Le Messie ! Ah, quand il viendra, ce nouveau David, les Romains n’auront qu’à bien se tenir ! Je te jure qu’il nous en délivrera rapidement, lui.
Notre nouvelle amie ne pouvait pas deviner dans quel état d’excitation me plongeaient ses propos. Le nouveau David ! Encore un nom qu’avait prononcé Caïus devant Pilate. Pas de doute, les indices se précisaient autour de notre mission !
Dès que nous eûmes franchi la porte de la minuscule maison où vivait Déborah, une agréable impression de fraîcheur nous accueillit. Notre protectrice nous abandonna, le temps d’aller puiser de l’eau à une fontaine proche. Profitant de son absence, je fouillai dans mes poches à la recherche du carnet secret, tirai le précieux trésor offert voici bien longtemps par Nataël, et fis signe à Caroline et Frédéric de s’approcher. Entre l’ermite du désert, le nouveau David, le Messie ou encore le procurateur romain qui redoutait l’émer gence d’un nouveau royaume, et j’en passe, les alertes ou les indices se bousculaient. Penchés tous les trois sur le carnet grand ouvert dont nous tournions les pages à vive allure, de nouvelles feuilles attirèrent notre attention. Nous entreprîmes de les lire aussitôt. L’une d’elles contenait ces lignes :
Tu as une mission à remplir (Joseph, pendant la crue du Nil).
Le berger des hommes (Moïse, dans le désert).
Le chemin, la vérité et la vie (Moïse).
Le serpent d’airain (dans le désert, durant l’Exode).
Un nouveau David (Jérémie, devant le Temple en ruines).
Le Seigneur mettra à la tête du peuple
un nouveau David qui sera son berger
(Ézéquiel, avant le retour de Babylone).
La jeune vierge enfantera un fils que l’on appellera l’Emmanuel, Dieu avec nous
(Isaïe à Jérusalem, sur le champ du foulon).
Cherchez à présent plus grand que le Temple.
Quand vous aurez trouvé le nouveau David,
ne le quittez plus.
« Qu’est-ce que c’est ? » interrogea Frédéric qui lisait et relisait ces mots sans en comprendre le sens, tandis que je découvrais une nouvelle phrase sur la page suivante. C’est tout juste si je parvins à la déchiffrer tant elle était écrite en petits caractères. Caroline en effet me prit brusquement le carnet des mains pour mieux relire à son tour la liste ci-dessus. Elle ferma ensuite les yeux pour réfléchir puis décréta qu’il s’agissait certainement d’un résumé des indices qui devaient nous servir à comprendre notre mission et que nous devions… Elle allait poursuivre, quand la porte s’ouvrit devant Déborah qui tenait en équilibre sur la tête une jarre pleine d’eau. Frédéric se précipita pour l’aider, pendant que j’enfouissais le carnet dans ma poche. À coup sûr, pensai-je, il existe un lien entre ce nouveau David et « plus grand que le Temple ». Restait à découvrir lequel. Par contre, la phrase que j’avais à peine eu le temps de découvrir me laissait songeur. « Nacklas, disait-elle, crois-tu que le Temple peut être rebâti en trois jours ? » Sur le coup, je me dis qu’il s’agissait d’un clin d’œil de Nataël.

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