La marchande, la sorcière, la lune et moi
76 pages
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Description

À 10 ans, Xiomara Kirsch, alias Mara, sait que la vie a son côté sombre : prise entre les problèmes financiers de ses parents, les déménagements et la naissance imminente de ses frères jumeaux, la fillette en proie à des sautes d'humeur étouffe sous le poids des responsabilités qu’elle s’impose. Mais elle va découvrir que, comme la lune, la vie a aussi un côté brillant.
Plongez dans l’univers magique de Diya Lim, un monde où les ailes des fées transportent la rosée du matin, où les maisons sont des bateaux à voiles et où les sorcières ont un cœur d’or !
Ce roman s’adresse aux enfants âgés de 10 ans et plus.
Diya Lim est lauréate du Prix littéraire Henriette-Major 2011 et a été finaliste au Prix du livre d'enfant Trillium 2015. L'auteure compte à son actif une douzaine de livres pour enfants publiés au Canada.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 novembre 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782896996162
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La marchande, la sorcière, la lune et moi

De la même auteure
 
Chez le même éditeur
La petite fille qui ne rêvait jamais , album jeunesse, ill. de Ninon Pelletier, Ottawa, 2017, 36 p.
L’arbre qui voulait être entendu , album jeunesse, ill. de Ninon Pelletier, Ottawa, 2014, 36 p.
Larouspiol suivi de Les enfants du ciel , roman jeunesse, ill. de Marion Arbona, Ottawa, 2013, 176 p. Prix du livre d’enfant Trillium, finaliste 2015
 
Chez d’autres éditeurs
Amandine et ses amis : romans jeunesse , Saint-Lambert, Dominique et compagnie
Un chef à l’école !, ill. d’Amandine Gardie, 2018, 112 p.
Un concours dans la classe ! , ill. d’A. Gardie, 2017, 112 p.
La limonade rose, ill. d’Amandine Gardie, 2016, 112 p.
Amandine adore la cuisine et les histoires à déguster , coffret, 2017
Mes amis à la boulangerie , ill. d’A. Gardie, 2015, 112 p.
La tarte à la citrouille , ill. d’A. Gardie, 2014, 112 p.
Le gâteau de mariage , ill. de Geneviève Kote, 2014, 112 p.
Amandine adore la galette des Rois ! , ill. de Geneviève Kote, 2013, 112 p.
Amandine adore la cuisine ! , ill. de Geneviève Kote, 2012, 112 p. Prix littéraire Henriette-Major, lauréate 2011 ; prix Tamarac Express, finaliste 2013

Diya Lim
 
 
 
La marchande,
la sorcière, la lune et moi
 
Roman
 
 
 
Cavales



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
 
Lim, Diya, 1973-, auteure 
          La marchande, la sorcière, la lune et moi : roman / Diya Lim. 
 
(Cavales) 
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). 
ISBN 978-2-89699-614-8 (couverture souple).--ISBN 978-2-89699-615-5 (PDF).--ISBN 978-2-89699-616-2 (EPUB) 
 
          I. Titre.  II. Collection : Cavales 
 
PS8623.I47M37 2018          jC843’.6           C2018-904822-0
C2018-904823-9
 
 
L’Interligne
435, rue Donald, bureau 337
Ottawa (Ontario) K1K 4X5
613 748-0850
communication@interligne.ca
interligne.ca
 
 
Distribution : Diffusion Prologue inc.
 
 
ISBN 978-2-89699-616-2
© Diya Lim et L’Interligne
Dépôt légal : 4e trimestre de 2018
Bibliothèque et Archives Canada
Tous droits réservés pour tous pays

 
 
 
 
 
 
En souvenir de l’été 1994 passé à Moscou, Kalouga et Saint-Pétersbourg
D. L.

 
 
 
 
 
 
 
 
 


Partie 1

Lune d’argent





Prologue







J e me présente. Je m’appelle Xiomara Kirsch. Pour beaucoup, mon prénom est un secret. On me connaît plutôt comme Mara, la fille aînée de Rowan Kirsch et Grâce Malcolm.
Il y a quinze ans, quand j’étais une fillette de 10 ans, une crise est arrivée chez nous. Si j’ai décidé de vous raconter mon histoire, ce n’est pas pour vous faire peur. Rassurez-vous, l’histoire finit bien.
Un avertissement toutefois : si certains éléments de ce récit vous semblent ridicules ou exagérés, c’est sans doute parce que les événements se sont déroulés dans un passé pas trop récent. Ma mémoire, je vous l’accorde, agit comme une loupe sélective qui peut grossir certaines parties et en rapetisser d’autres.
Revenons donc à mon enfance. Par une journée radieuse où le soleil brillait haut dans le ciel, les oiseaux chantaient, le monde circulait avec le cœur joyeux et sans soubresauts, et n’importe qui aurait qualifié de très belle cette journée. Eh bien, figurez-vous qu’à la porte de la famille Kirsch (ma famille à moi), le malheur s’est arrêté et a frappé. Une fois ? Deux peut-être ? Je ne sais pas, car je n’ai rien entendu. Je peux néanmoins vous dire avec certitude que ce jour-là, il a cogné chez d’autres aussi. Beaucoup d’autres. Dans le monde entier.


Chapitre 1

Fatidique 1





à ce moment-là, je n’étais pas au courant pour les autres. Ce qui me tracassait, c’était la perte d’emploi subite de mes parents. En même temps. Et le mauvais sort ne faisait que commencer.
D’abord, papa a vendu la roulotte. Quelques jours plus tard, c’était au tour de la Jeep et de la décapotable. Quelle tristesse ! Mon père avait les traits tirés. Ses yeux étaient vides, tout comme ses poches. Je m’en souviens encore. Je m’en souviendrai toute ma vie. Parce que ce jour-là, j’ai grandi un peu plus qu’on grandit d’habitude. Parce qu’avant ça, je n’avais jamais vu mon papa me fixer sans le sourire aux lèvres ni une lueur joyeuse dans les yeux.
Et le regard, ça vaut des milliers de mots.
Notre jolie maison a été mise en vente. Nous avons préparé notre déménagement dans un deux-pièces cuisine dans la métropole. Impossible d’y apporter toutes nos affaires. Alors, mes parents et moi avons fait un tri. Un grand tri.
— Nos objets personnels, a déclaré papa, iront vers trois destinations différentes : à l’appartement, dans un entrepôt et à la charité.
J’ai dû sélectionner mes jouets, mes livres et mes habits préférés. Quel choix difficile ! Surtout en ce qui concerne mes poupées. Mes petites chéries, je ne pourrais pas m’en passer ! Elles étaient si belles. Elles ne tiendraient jamais le coup dans un local d’entreposage, sans quelqu’un pour les aimer, les caresser, leur brosser les cheveux. Elles succomberaient sans moi !
J’ai donc supplié ma maman plus de cent vingt-quatre mille fois, mais rien à faire, ses consignes étaient claires :
— Mara, on ne peut pas toutes les emmener. Deux suffiront.
— Deux ! Je n’arriverais jamais à vivre avec seulement deux poupées, maman, tu le sais bien !
— Tu n’as que deux valises et deux boîtes en carton à remplir. Si tu y mets toutes tes poupées, il n’y aura plus de place pour les effets essentiels comme tes vêtements. Et ta nouvelle chambre, il faudra bien que tu la partages avec les jumeaux. Ne l’oublie pas, s’il te plaît !
Même si ça ne me plaisait pas du tout, maman avait raison. Après d’innombrables changements d’avis, j’ai enfin choisi mes compagnes : Caroline, la poupée au visage en porcelaine (vivre enfermée dans un entrepôt, ce n’était pas son genre, croyez-moi !) et Coraline, la poupée de chiffon portant deux boutons en guise d’yeux avec qui je dormais tous les soirs (ce n’est pas un crime pour un enfant âgé de 10 ans ou même plus de se coucher avec un toutou, vous savez).
Le grand tri a duré plusieurs jours. C’était la première fois que je faisais mes bagages sans excitation ni cris de joie.
Et quand l’heure fatidique est arrivée par un mercredi après-midi humide, ma jolie chambre mauve au tapis crème était vide. Dans le moelleux de la moquette, je pouvais voir les traces laissées par les pieds de mon lit, de ma commode et de ma table de chevet, tous en route pour un voyage en camion.
Au rez-de-chaussée, lorsque quelqu’un parlait, on entendait des échos. Je n’ai pas trouvé ça rigolo. Le salon démeublé m’a paru immense et m’a donné l’impression d’être au gymnase de mon école. L’école privée Richelieu, où je n’avais jamais été première en classe, mais d’où j’étais la première à partir.

Marqué par le destin.


Chapitre 2

Dramatique





M on nouveau lieu d’apprentissage ne m’a pas plu. Delphine, Jeanne et Emma, mes trois amies, me manquaient énormément.
— Je ne veux pas retourner à cette école des misérables ! ai-je crié en rentrant chez nous après ma première journée scolaire.
— Mara, ce n’est pas l’école des misérables, mais l’école publique Les misérables, m’a corrigée maman. Ce nom rend hommage au grand écrivain Victor Hugo !
J’ai pensé que cette appellation n’était pas drôle du tout. Cet établissement public était vraiment un endroit privé de ressources. Les pupitres y étaient rayés, les classes bondées et le matériel usé. Et aucun élève n’était venu me parler en une journée entière.
— C’est beaucoup mieux à Richelieu ! Je VEUX retourner à Richelieu, maman ! ai-je protesté en pleurant comme une fontaine après avoir jeté mon cartable sur le plancher.
Maman m’a prise dans ses bras pour me consoler et a tenté de me rassurer :
— Ce n’est que ta première journée, ma chérie. Il te faut un peu de temps pour t’y habituer et te faire de nouveaux amis...
Mais les bons mots de maman n’ont pas vraiment servi. Chaque jour, le même scénario se reproduisait. Tous les matins, je me rendais à l’école avec une boule dans le ventre. Et tous les après-midi en rentrant à l’appartement, je sanglotais, me plaignais, et maman essayait de me calmer. Cette scène s’est répétée pendant un mois.
Croyez-moi, la première semaine, c’était un cauchemar. La deuxième semaine, c’était aussi horrible. La troisième, même si maman avait expliqué ma « situation » à ma nouvelle enseignante, Madame Klutz, ça ne s’était pas amélioré.
Je me suis adaptée lentement aux manuels dont les pages ondulaient à force d’avoir été tournées par les petits doigts de dizaines d’élèves avant moi. Je me suis accoutumée graduellement aux innombrables lignes rayées par des sacs à dos sur les murs aux couleurs ternes. Je me suis faite éventuellement aux robinets cassés qui restaient avares d’eau ou, au contraire, faisaient déborder des lavabos.
Je ne me suis JAMAIS habituée aux mauvaises odeurs qui traînaient près des toilettes bouchées. Même maintenant, ces vécés répugnants peuplent certains de mes cauchemars. C’est chaque fois le même rêve plus ou moins, et il se passe ainsi : je suis de nouveau une fillette de 10 ans, enfermée dans les toilettes infectes de l’école Les misérables, et chargée de tout nettoyer ! C’est épouvantable ! Mais c’est dire à quel point cette période de ma vie m’a traumatisée.
Madame Klutz m’avait placée à côté d’une fille en classe. Mirabelle, qu’elle s’appelle. Mais elle avait déjà son clan et je ne l’intéressais pas. Puis, il y a eu ce garçon maigrichon aux oreilles décollées. Je ne me souviens plus de son prénom. Il était gentil avec moi, mais il se faisait rire de lui par les autres et il s’habillait de façon bizarre avec des vêtements bariolés. Je n’ai pas voulu être son alliée et je l’ai évité du mieux que je pouvais.
Pendant les récréations, je me baladais la plupart du temps seule dans la cour, en parlant secrètement, dans mon cœur, aux nuages, au vent, aux arbres, aux feuilles mortes, aux oiseaux, aux escargots... Au fil des semaines, j’ai noué une amitié avec la nature plutôt qu’avec d’autres élèves. Bref, je n’ai jamais eu de vrais camarades à l’école Les misérables.


Chapitre 3

Cataclysmique 2





J ’ai fini par comprendre que mes sanglots et mes protestations à la maison ne serviraient à rien. Je ne retournerais plus jamais à Richelieu. C’était l’après-midi où je suis rentrée à l’appartement en dégoulinant de partout. Il n’avait cessé de pleuvoir à grosses gouttes quelques minutes seulement après mon départ de l’école, et j’avais oublié mon imperméable dans ma classe.
Je pleurais des baignoires.
Dans la salle de bains, en me séchant avec une grosse serviette blanche, ma triste maman m’a expliqué que la situation dans laquelle se trouvait ma famille était grave. TRÈS grave.
— Même si papa et moi avons mis de l’argent de côté pour des jours difficiles, nous ne pouvons pas payer les frais de scolarité de l’école privée et en même temps nourrir et loger notre famille de cinq personnes, m’a-t-elle dit. Nous avons des choix à faire.
À travers mes larmes, j’ai observé ma triste maman pendant qu’elle m’essuyait. Elle avait les épaules affaissées. Maintenant, quand je pense à cette anecdote, je me dis qu’elle aurait dû être crevée de fatigue, épuisée par les circonstances, à bout d’énergie mentale aussi.
Contrairement à elle, la pluie redoublait de vigueur et martelait de plus belle la fenêtre de la salle de bains.
Maman a plongé ses yeux caramel dans les miens et a déclaré avec tout le sérieux du monde :
— Écoute, Mara, je sais que ce n’est pas facile pour toi. Je sais que tout ce qui nous arrive peut te sembler compliqué. Je vais essayer de t’expliquer simplement, d’accord ?
— D’accord, ai-je soufflé.
Ma triste maman a humecté ses lèvres, a inspiré et m’a dévoilé lentement :
— L’année de ta naissance, papa et moi sommes allés à un marché bien particulier. Un marché financier. Là-bas, nous avons acheté une bourse qu’on croyait magique. Puis nous avons mis notre argent dedans. Au départ, cette bourse grossissait et nous étions enchantés. Au fil des années, nous avons continué à la remplir. Mais un jour, une tempête est arrivée sur le marché. Et krach ! la bourse a chuté. Notre argent s’est envolé comme emporté par des vents violents. Loin. Très loin de nous. C’est pour cela qu’il ne nous en reste plus aujourd’hui.
Cette tempête, c’était un ouragan, une tornade, un cataclysme !
C’est ce que j’ai tout de suite pensé. Mais je n’ai rien dit à maman. Je ne voulais pas la rendre encore plus anxieuse. Même si elle me souriait, son sourire dissimulait mal une inquiétude profonde.
— Il faut qu’on fasse des économies, tu comprends, Mara ?
J’ai hoché le menton doucement.
C’est là que j’ai décidé d’économiser mes larmes et de les enfermer dans la tirelire de mon cœur.

Ce mot veut dire qu’un grand malheur est arrivé.


Chapitre 4

Problématique





P lusieurs mois après avoir emménagé dans l’appartement au cœur de la métropole, papa ne pouvait toujours pas décrocher un travail convenable dans son domaine. Il parcourait les petites annonces tous les matins pour voir la liste des offres d’emploi affichées dans le journal et dans Internet. Et il était souvent au téléphone avec des « chasseurs de têtes ».
La première fois que j’ai entendu cette expression, je faisais mes devoirs sur la table de la cuisine. Dehors, il faisait sombre. Pas un seul rayon de soleil. Maman, qui plaçait des assiettes dans l’égouttoir, avait allumé l’interrupteur pour éclairer la kitchenette . Les jumeaux s’amusaient à jouer avec de la pâte à modeler sur le plancher. Elias roulait une boule colorée entre ses mains et Mathias, lui, fouillait son nez avidement de son index.
Pendant que, tous les quatre, nous vaquions à nos occupations, papa a poussé la porte d’entrée et fait irruption dans la cuisinette. Il nous a embrassés, a installé son porte-documents sur la chaise à côté de moi, a enlevé sa veste, l’a accrochée au dossier de la même chaise, a desserré sa cravate verte aux fines rayures noires, a déboutonné le premier bouton de sa chemise blanche, a pris une grande respiration et s’est assis dans le siège en face de moi.
Je l’ai trouvé beau et chic, mon papa. Malgré ses yeux las et ses sourcils froncés. Il m’a demandé comment s’était déroulée ma journée à l’école, question à laquelle j’ai répondu en haussant les épaules et en marmonnant un « Bof, rien de nouveau ». Il a glissé les doigts dans ses cheveux châtains, balayant trois mèches folles qui retombaient sur son large front plissé. Puis, il s’est mis à parler à maman des démarches qu’il avait effectuées, des entrevues qu’il avait passées et d’un chasseur de têtes qui lui avait posé un lapin.
En l’entendant, je me suis écriée de stupeur et mon crayon s’est échappé de ma main :
— Des chasseurs de têtes de lapin !
À ces mots, maman a eu une lueur amusée dans les yeux. Papa, non.
— Ce ne sont pas de vrais chasseurs, Mara, m’a expliqué papa. C’est comme ça qu’on appelle les gens qui sont censés chercher un emploi pour d’autres personnes. Et quand quelqu’un me pose un lapin, cela signifie qu’il n’est pas venu à notre rendez-vous. Il n’y a pas de vrais lapins.
Papa a soupiré deux fois pendant qu’il me donnait ses explications comme s’il ressentait de la peine ou de la fatigue.
— Alors, ces faux chasseurs, ils ont quand même des fusils ? Des bottes ? Des vêtements de chasse ?
Papa a eu un petit rire nerveux.
— Pas du tout, voyons ! Là, c’est ton imagination qui déborde, Mara. Ce sont des individus tout à fait normaux, qui s’habillent normalement et qui travaillent dans un bureau normal, avec un ordinateur normal et un téléphone normal. Rien de bien palpitant comme aller à la chasse ou partir à l’aventure…
— Je vois. C’est tout de même drôle, ce nom, ai-je remarqué.
J’ai repris mon crayon et j’ai baissé la tête une nouvelle fois sur mon cahier. La conversation de mes parents s’est poursuivie. Je ne les écoutais plus. J’ai pensé que, jusque-là, ces « chasseurs », avec ou sans fusil, avec ou sans bottes, n’avaient pas réussi à mettre la main sur ce qui pourrait rendre la famille Kirsch, ma famille à moi, riche et heureuse comme avant. Ils n’avaient pas pu trouver un emploi pour mon père. Ils n’étaient pas très bons à leur propre travail. Il fallait peut-être les remplacer…


Chapitre 5

Thérapeutique 3





P apa était spécialiste en technologie cellulaire. Il travaillait pour une compagnie qui fabrique des modèles de téléphone vraiment cool . Mon père, c’était un inventeur ! Mais à l’époque de sa mise à pied, on recrutait des experts comme lui à l’autre bout du monde plutôt qu’ici. Et mes parents n’avaient pas la moindre envie d’aller vivre à l’étranger.
Quant à maman, si elle n’était plus directrice d’agence de voyages, elle ne chômait pas. Vu qu’on ne pouvait plus payer de gardienne pour les jumeaux, il valait mieux que maman s’occupe de ses enfants vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Puis, avoir une maman dans les parages quand on a des frères comme Elias et Mathias, ça aide ! C’est moi qui vous le dis.
Ainsi, j’étais un peu plus soulagée d’avoir maman à la maison tout le temps... mais je ne l’étais pas complètement. La raison : la situation financière de ma famille allait de mal en pis.
Mes parents ont toujours pris soin de ne jamais parler d’argent devant mes frères et moi. Mais la nuit, je les entendais à travers la cloison peu épaisse qui séparait les deux seules chambres de l’appartement. Toutefois, je ne pouvais pas distinguer clairement leurs mots. Quand la voix de papa s’élevait comme le tonnerre, les paroles de maman, douces mais fermes, le calmaient. Des termes thérapeutiques, avec effet instantané. Je crois que ma maman a toujours été encline à comprendre les autres. Elle trouve naturellement les mots justes pour apaiser tout le monde autour d’elle, malgré ses propres soucis. Elle tient ce don de grand-maman.

Ce mot indique la guérison.


Chapitre 6

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