Les Chiens entre eux, Les
101 pages
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Les Chiens entre eux, Les , livre ebook

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Description

Ludovic se rend au Mexique dans le cadre d’un projet d’études linguistiques. Mais voilà qu’il tombe amoureux d’Arantxa, la fille d’un important chef de cartel de drogue. Mêlé à une histoire d’enlèvement, Ludovic est prêt à tout pour retrouver celle qu’il aime, même à risquer sa vie au côté de policiers corrompus. Au fil d’un suspense cruel et enlevant, l’adolescent apprend que toutes nos actions ont une influence, que le bien et le mal ne sont pas si distincts et, surtout, qu’il est peut-être lui-même beaucoup moins innocent qu’il ne l’imagine.
— Tout à l’heure, les hommes de l’assistance rendront hommage à la Santa Muerte. Ils vont l’implorer avec des lampions blancs afin de solliciter sa protection, ou avec des bougies aux teintes dorées pour espérer un meilleur succès dans leurs affaires. S’ils désirent que la relique leur accorde une aide complète, voire qu’elle les débar­rasse de leurs ennemis, ils utiliseront plutôt des lampions noirs.
— Ce… c’est un culte satanique ? que je demande un peu naïvement. Ce n’est pas une vraie sainte, en tout cas.
— Pas aux yeux de l’Église catho­lique, non. Mais ce n’est pas une véné­ration de Satan non plus. Au contraire, certains adeptes lui attribuent de nombreux miracles de même que beaucoup de prières exaucées. Papa, lui, est très pratiquant.
Nous croisons une grande pierre faisant face à l’océan. Nous nous y assoyons. À mon étonnement, Arantxa tire une cigarette du sac à sa ceinture. Elle me la présente. Je décline :
— Merci, je ne fume pas.
— C’est la plantita, la « petite plante ».
— La quoi ?
— De la marijuana.
Arantxa m’offre de la marijuana !
— Je ne me pro­cure que de la première qualité, réplique Arantxa sans même paraître ironique. J’ai le meilleur fournisseur du Mexique.
Elle me regarde à travers la fumée qu’elle vient de rejeter. Elle semble hésiter avant de préciser :
— C’est mon père.
— H… hein ? Ton père te fournit la marijuana ?
Elle marque un silence et la ques­tion qu’elle pose en retour de la mienne ne manque pas de m’étonner :
— Tu m’aimes, Ludovic ? Je veux dire, tu m’aimes… bien ?
— Évidemment.
— Tu resteras mon copain si je te confie la vérité ? La… vraie vérité ? Tu ne t’enfuiras pas en courant ?
— Non, au contraire. Ce sont les mensonges qui me répugnent et me font fuir.
— Puisque tu ne sembles pas avoir encore compris – ce qui est possible étant donné que tu n’es pas Mexicain –, sache que le culte de la Santa Muerte est surtout pratiqué chez ceux qui sont considérés comme… hors-la-loi. Le commerce de mon paternel, c’est… la drogue.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 octobre 2014
Nombre de lectures 7
EAN13 9782764428191
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0400€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Du même auteur chez Québec Amérique
Le Rôle des cochons, coll. Magellan, 2014.




Projet dirigé par Stéphanie Durand, éditrice

Conception graphique : Julie Villemaire
Mise en pages : André Vallée – Atelier typo Jane
Révision linguistique : Line Nadeau et Myriam de Repentigny
Conversion en ePub : Marylène Plante-Germain

Québec Amérique
329, rue de la Commune Ouest, 3 e étage
Montréal (Québec) H2Y 2E1
Téléphone : 514 499-3000, télécopieur : 514 499-3010

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. L’an dernier, le Conseil a investi 157 millions de dollars pour mettre de l’art dans la vie des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.



Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Bouchard, Camille
Les chiens entre eux (Titan + ; 108)
Pour les jeunes.
ISBN 978-2-7644-2800-9 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-2818-4 (PDF)
ISBN 978-2-7644-2819-1 (ePub)
I. Titre. II. Collection : Titan jeunesse ; 108.
PS8553.O756C44 2014 jC843’.54 C2014-941786-1 PS9553.O756C44 2014

Dépôt légal : 4 e trimestre 2014.
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© Éditions Québec Amérique inc., 2014.
www.quebec-amerique.com




À Dominique Patenaude, enseignante formidable à l’école secondaire Henri-Bourassa, Montréal-Nord.


« Ce que tu gagneras par la violence, une violence plus grande encore te le fera perdre. »
Le mahatma Gandhi



Chaque fois que l’on prend un livre et que l’on tourne la première page, on se demande : « Qu’est-ce qui m’attend ? Où l’auteur m’emmènera-t-il ? Quelles émotions se prépare-t-il à me faire vivre ? Aurai-je peur ? Aurai-je mal ? » Cette incertitude est captivante, grisante.
On se plaît à être surpris par un dénouement inopiné. On prend plaisir à rire, à pleurer et à souffrir avec les personnages du récit. Ils nous fascinent. En dépit de tous les drames qui nous attendent au détour des pages, on s’en délecte tels des vautours planant au-dessus des agonisants, se pourléchant à l’avance de leur tragédie…
Sauf que maintenant, pour moi, la peur et la douleur sont vraies. Vraies de vraies. Ce n’est pas un personnage de fiction que j’accompagne dans ses aventures. Tout m’arrive à moi – à moi ! – dans la réalité. La ré-a-li-té .
J’ai peur. Réellement. Et j’ai mal. Réellement.
J’ignore où l’on m’emmène. Et ça n’a rien de grisant.
Je voudrais juste sortir de cette histoire, retrouver mon petit monde à moi. Refermer ce chapitre de ma vie qui ne me plaît pas, mais pas du tout.
Cependant, c’est impossible. Je ne peux pas retourner dans un univers tranquille rien qu’en rabattant la couverture d’un livre devant moi. Je ne peux pas quitter d’un seul coup la peur et la douleur en fermant simplement les paupières. La preuve : en ce moment, j’ai les yeux bandés, je ne vois rien, et pourtant peur et douleur n’en sont qu’accentuées.
Les pneus du véhicule mordent l’asphalte en produisant dans ma poitrine une vibration qui me donne la nausée. Étendu sur la banquette arrière, je sens contre mon corps meurtri la dureté des ressorts. La cuirette bon marché empeste la sueur et la pisse. Le sang aussi, je pense.
Mais il est possible que toute cette puanteur vienne de moi, de ma sueur. J’ai peut-être même fait pipi dans mon short pendant que j’étais à demi conscient. J’ai les chevilles liées et rattachées à mes mains ficelées dans le dos. La corde à mes poignets est si serrée que ma peau est écorchée.
Au milieu des bruits du moteur et des pneus sur l’asphalte, j’entends des bribes de la conversation de mes ravisseurs. Ils ne sont que deux, car je ne distingue que deux voix différentes. L’une, rêche, saccadée et un peu chevrotante, vient du côté conducteur. L’autre, plus posée et aux intonations plus profondes, provient du siège du passager. Puisque mes pieds sont appuyés sur une portière et que je sens contre ma tête l’attache libre de la ceinture de sécurité de la place voisine, j’en conclus que je suis seul sur la banquette arrière.
 … Tu sais, ce mec-là, il venait de Guadalajara, il dansait à moitié soûl autour des tables. On l’a buté à coups de…
Ça, c’est le conducteur. Il parle avec des expressions typiques de Tijuana et de la Basse-Californie. Pour soûl , il a employé abagobierto au lieu de borracho ; pour danser , mover el bote au lieu de bailar ; pour mec , vato au lieu de hombre ou tio ou…
Je suis heureux de constater que les coups que j’ai reçus n’ont pas altéré ma faculté à manier les langues. Je comprends encore très bien l’espagnol. Même les régionalismes.
 Fais attention à l’auto ; on arrive là où il y a tous ces travaux.
Et le second homme, pour auto , il a utilisé ranfla au lieu de carro . (Ils devraient prononcer coche , mais les Mexicains utilisent beaucoup d’anglicismes venus de leur puissant voisin du nord, les États-Unis.)
 Il dit quoi, le petit gringo, derrière ? demande le conducteur.
J’entends couiner le siège du passager quand le second type se tourne vers moi – c’est ce que je suppose, je ne vois rien – puis celui-ci répond :
 Il est toujours sans connaissance. En tout cas, il a cessé de gémir.
Je déteste quand les Mexicains m’appellent « gringo ». Je suis Canadien, crotte ! Et francophone à part ça ! Alors, je n’ai rien en commun avec ces Étasuniens qui leur ont fait la guerre au XIX e siècle pour s’emparer de la moitié du territoire, c’est-à-dire l’Arizona, le Nouveau-Mexique, la Californie… sans parler du Texas, qui…
 Aïe !
Le véhicule vient de franchir trop brusquement un nid-de-poule. Un ressort en profite pour pénétrer plus profondément entre deux de mes côtes, là où j’ai déjà particulièrement mal, justement.
 On dirait qu’il est réveillé, le petit gringo, ricane le conducteur.
 Ralentis, merde ! Tu vas tout casser.
Où m’emmènent-ils ? Et où est Arantxa ? L’ont-ils tuée ?
Si oui, vont-ils me tuer, moi aussi ?
 Là, fais gaffe ! Il y a un foutu camion. Si la lumière de ses phares nous balaie du haut de cette montée, le chauffeur risque d’apercevoir le gamin ligoté sur la banquette. Alors, attends qu’il soit passé.
 T’as qu’à replacer la couverture sur lui.
Un nouveau couinement se fait entendre au milieu du grondement du camion qui nous croise. Je perçois la puanteur d’un méchant tissu qu’on dépose sur moi.
  Keep quiet, gringo ! en profite pour m’ordonner le type.
Va au diable ! Quelle manie ils ont tous de s’adresser à moi en anglais ! Je parle mieux espagnol, cretino ! Et je peux même m’exprimer en balançant des régionalismes de Tijuana la maudite !
Tijuana, qui abrite l’un des cartels de la drogue les plus dangereux du Mexique. Tijuana, où le nombre de morts violentes par année dépasse celui de Kaboul et de Bagdad. Tijuana, où j’ai connu Arantxa. Où j’ai…
 Aïe !
Foutue route !
Et si, au lieu de me plaindre, je me concentrais afin de découvrir où nous nous trouvons en ce moment… Quel détail de ce que j’entends – ou ressens – me permettrait de deviner où ces misérables m’emmènent ? En supposant que je me sortirai de ce pétrin, quel élément m’aiderait à orienter la police vers ces salauds ? Vers Arantxa ?
Ou vers son cadavre ?
Misère ! Je ne dois pas penser ainsi ! Je dois m’occuper l’esprit. Ne serait-ce que pour garder les idées claires. Ne plus angoisser. Me sentir vivant et non pas déjà mort.
Une locomotive, deux locomotives, trois locomotives…
Bon, ce n’est pas que j’entends passer des trains, mais lorsqu’on compte les locomotives, on peut estimer la durée en secondes. C’est un truc rigolo que mon père m’a appris quand j’étais petit, quand je trouvais le temps long en voiture, dans la salle d’attente du dentiste ou chez un fournisseur tardant à ré pondre à ses clients. Je regardais la position de la trotteuse de la montre de mon père, je fermais les paupières, je comptais soixante locomotives, je rouvrais les yeux et, la plupart du temps, la trotteuse avait retrouvé exactement sa place de départ. L’aiguille des minutes, elle, avait avancé d’un intervalle.
… onze locomotives, douze locomot

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