Magalie enquête
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Magalie enquête , livre ebook

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Description

Un travail scolaire de Magalie et William, son ami d'enfance, débute dans le bureau du chef de police. En découle une enquête policière qui nous tient en haleine tout au long du quatrième roman jeunesse de Carole Dion.
Un coup de fil interrompt leur entrevue avec le directeur de police. Un cadavre dans une baignoire, une femme disparue, et la curiosité insatiable de Magalie l'entraîne sur des pistes inconnues et terriblement dangereuses.

Elle se retrouve rapidement dans des situations dignes de faire frémir les plus braves lecteurs. Une première fois sous la main gigantesque d'un meurtrier présumé, à qui elle échappe par miracle, et une deuxième fois dans le chalet de ce dernier, à sa merci au milieu de la forêt.
Que va-t-il arriver à notre héroïne téméraire qui a le don de se mettre les pieds là où il ne faut pas ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 novembre 2016
Nombre de lectures 12
EAN13 9782896995387
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0324€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Magalie enquête



 
 
 
 
De la même auteure
 
Chez le même éditeur
Magalie et son fantôme, roman jeunesse, collection « Cavales », 2015, 120 pages.
Magalie sur la piste du taxeur, roman jeunesse, collection « Cavales », 2013, 160 pages.
Magalie et les messages codés, roman jeunesse, collection « Cavales », 2012, 88 pages.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 







À mes filles, Janie, Myriam et Martine, ma plus grande fierté !




   


Chapitre 1
 
Le hasard, parfois !
 
 
 
T out est silencieux dans la rue, malgré une voiture de police garée tout près d’une maison voisine. Pourtant Magalie et William n’osent pas encore sortir de leur cachette. Ils sont perplexes. Ils viennent de vivre des moments pour le moins bizarres. Et il semble à Magalie, en se basant sur les nombreux films policiers qu’elle a vus, que la rue devrait grouiller de policiers, de gens surexcités qui hurleraient des ordres à droite et à gauche et de subalternes qui courraient partout afin d’obéir aux ordres aboyés plutôt que criés.
Magalie, jeune fille légèrement rousselée aux cheveux mi-longs, tressés, qui pendent presque toujours sur le devant de son chandail, se remémore les derniers événements.
Il y a à peine une heure, elle et son meilleur ami William étaient dans le bureau du chef de police. Ils ont un travail scolaire à remettre sur la carrière de leur choix. Ils ont pensé à questionner le chef de police, puisque celui-ci cumule de nombreuses années de service au sein du corps policier. De plus, il a gravi un à un les échelons pour atteindre le poste de chef et d’enquêteur. Ils débutaient à peine l’entrevue lorsque le téléphone a sonné. Oubliant momentanément ses jeunes invités, le chef de police a laissé malencontreusement le téléphone sur la fonction haut-parleur, permettant ainsi à Magalie et William d’entendre tout l’entretien.
William, mal à l’aise, se sentait comme un écornifleur qui écoute les conversations des autres. C’est un garçon calme, réfléchi, responsable et très respectueux des convenances. Magalie est tout le contraire de son ami : voilà le secret de leur amitié qui subsiste depuis l’enfance. Elle est très curieuse, observatrice mais parfois irréfléchie. Cette dernière caractéristique lui a d’ailleurs causé bien des ennuis.
L’appel téléphonique provenait d’un des adjoints du chef. Il décrivait avec force détails la découverte d’un cadavre dans une baignoire. À première vue, la scène de « crime » semblait le théâtre d’un suicide. Mais certains détails ne collaient pas, comme de mini-gouttelettes de sang sur la moquette, près de la porte d’entrée de la maison. Pourquoi y aurait-il du sang à cet endroit précis ? Un suicidé ne serait pas allé répondre à la sonnette juste après s’être ouvert les veines. C’est ce que le chef de police a clairement dit à son adjoint. Magalie et William l’ont très bien entendu.
Après s’être fait donner l’adresse de la maison où a eu lieu le drame, il l’a répétée à voix haute en plus de la noter sur un calepin sorti de sa poche de pantalon. Puis, il a raccroché le combiné en demandant de ne rien déplacer. Il a regardé ses deux invités, avec l’air ahuri, se demandant ce que ces jeunes faisaient devant lui. Il était tellement concentré sur les derniers événements tragiques, qu’il avait momentanément oublié ces deux écoliers. Il s’est excusé auprès d’eux, il avait une urgence ; il les a priés poliment de prendre un rendez-vous auprès de la réceptionniste afin de conclure leur entretien un autre jour. Puis il a décroché sa veste de la patère et est sorti précipitamment. Il ne semblait pas s’être aperçu que les deux jeunes avaient tout entendu de l’échange téléphonique.
Magalie, la curieuse, avait noté mentalement l’adresse et dit à William, en sortant du poste de police, qu’elle se rendait elle aussi sur les lieux du crime.
— Minute, Magalie ! dit William. On sait pas s’il s’agit d’un crime ; en plus, on n’a pas d’affaire là !
— Toi, si tu y vas pas, ça te regarde, mais moi j’y vais ! répond Magalie. Juste pour voir ! Penses-y, William, notre travail sera le plus extraordinaire en rajoutant une vraie scène de crime !
Après un temps de réflexion relativement court, William se décide à accompagner son amie. Pas dans le but de mériter un A pour le travail scolaire, mais pour ne pas laisser son amie seule, car elle a le don de se mettre dans le pétrin. Il croit qu’il est plus sage de garder un œil sur elle.
C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés près de la maison entourée de banderoles jaunes. Une voiture de police était sur place, probablement celle du chef. Magalie s’étant aventurée tout près du cordon de sécurité a aussitôt reçu l’ordre de retourner chez elle rapidement. Un constable le lui a dit sur un ton bourru qui n’admettait aucune réplique ; s’il l’apercevait encore une fois, elle aurait un billet d’infraction pour entrave au travail des forces de l’ordre. Il n’en fallait pas davantage pour qu’elle se détourne aussitôt. Mais elle n’écouta pas les directives complètement, elle s’éloigna et se cacha derrière une voiture à quelques maisons de là, entraînant son ami derrière elle. Elle voulait éviter d’être vue, mais ne voulait rien manquer de l’événement. Elle trouvait d’ailleurs que le policier ressemblait étrangement au chef. Elle se dit que tous les agents des forces de l’ordre devaient se ressembler, mais si c’était vraiment le chef de police et non son adjoint, elle ne voulait surtout pas qu’il la reconnaisse.
Elle était déçue. Malgré la longue attente, Magalie et William tous deux accroupis, masqués par une voiture stationnée dans la rue, les jambes engourdies d’être restées pliées trop longtemps, gardaient le silence. Il ne se passait rien du tout devant cette maison depuis un long moment. Puis finalement le chef de police apparaissant sur le pas de la porte, a crié des ordres à l’un de ses hommes qui était probablement à l’intérieur, est rentré dans la demeure, puis le silence a suivi. Aucune autre agitation n’est venue déranger les oiseaux qui pépiaient sur les fils électriques. Il n’y avait pas davantage de mouvement qui pourrait faire aboyer des chiens avoisinants.
— Tu crois qu’on peut sortir de notre cachette sans être vus ? chuchote Magalie qui n’en peut plus de rester presque immobile.
— Si on fait attention et qu’on ne court pas pour ne pas attirer l’attention, je crois qu’on peut s’en aller sans problèmes, puisqu’il n’y a personne ! répond William tout bas.
Ils s’éloignent sans un regard derrière eux, n’osant croiser les yeux d’un policier peut-être en faction. Magalie est tout emballée par le « crime ». Elle a l’impression d’être plongée en plein roman policier. Elle se fait plein de scénarios dans la tête, s’imaginant la victime jeune et belle, tuée par son amoureux jaloux. Ou bien la victime est une dame âgée et riche, tuée par son fils qui veut son argent. Ou encore, c’est un membre de la mafia liquidé par un tueur à gages.
— Quel scénario est le plus probable ? demande-t-elle à son ami.
— Wo! Magalie ! Du calme ! Ton imagination t’emporte, dit William. Maintenant c’est l’affaire des policiers. Écoute la télévision ou la radio, lis les journaux ou renseigne-toi dans Internet si tu veux en savoir plus. Demain ou après-demain, les journalistes parleront certainement de cette affaire.
— Pourquoi on a été témoins de tout ça, hein ? C’est pas par pur hasard, tu sais ! s’emporte Magalie. Je suis certaine qu’on a un rôle à jouer, peut-être qu’on doit aider les policiers à résoudre l’enquête.
— Ben voyons donc, Magalie ! répond William, perplexe devant le raisonnement de son amie. Et comment on ferait ça ? Je suis pas d’accord avec toi. On était au mauvais endroit au mauvais moment, voila tout ! renchérit-il. On est des victimes du hasard !
— Victimes ! C’est ça ! affirme Magalie de plus en plus emballée. On doit d’abord se renseigner sur la victime. Ce sera notre point de départ. Merci de ta perspicacité, William.
Il n’essaye plus de discuter avec elle, ce serait peine perdue. Quand elle a une idée dans la caboche, elle y tient. Ils cheminent donc vers leurs maisons respectives, chacun perdu dans ses pensées.
 


 


Chapitre 2
 
La cueillette des indices
 
 
 
 
 
 
M agalie a scrupuleusement écouté les nouvelles à la télévision, elle a lu tous les journaux qui lui tombaient sous la main, elle a exploré Internet. Rien ! Que dalle ! Aucun journaliste, aucun présentateur de télévision n’a fait allusion à un meurtre commis dans leur secteur. Et une semaine s’est écoulée depuis la conversation entre le chef de police et son adjoint. Magalie est trop curieuse pour laisser cette affaire derrière elle. Malgré l’opposition de William à son projet depuis le début, afin qu’elle évite de se mettre en danger, ce dernier a fini par acquiescer à sa demande. Aussi se retrouvent-ils tous les deux devant la maison du drame.
— On fait quoi maintenant, Magalie ? se renseigne William.
— Ben, on sonne à la porte et si quelqu’un ouvre, on fera semblant de s’être trompés d’adresse ! répond Magalie avec aplomb.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Sauf que personne ne répond à la sonnerie. William, tout satisfait, tourne les talons et descend les marches sans aucune hésitation, rejoignant le trottoir, croyant avec grand soulagement que le plan de son amie est tombé à l’eau.
— Où tu t’en vas comme ça ? demande Magalie qui a plus d’un tour dans son sac.
— Ça répond pas à la porte, alors on rentre à la maison, non ?
— On va entrer dans cette maison et recueillir des preuves, c’est la raison de notre venue, reprend Magalie plus déterminée que jamais.
— On n’a pas le droit de pénétrer dans les maisons sans y être invités ! On se fera arrêter pour violation de domicile, ajoute William, bien décidé cette fois-ci à convaincre son amie un peu trop aventurière de changer d’idée.
— Personne ne va nous arrêter puisque personne ne le saura ! Et personne ne nous verra non plus ! Allez, suis-moi. T’es pas poltron, non ? demande Magalie avec l’énorme aplomb dont elle est capable.
William, insulté par la remarque de son amie mais ne trouvant pas instantanément les arguments valables pour la faire changer d’idée, la suit sans dire un mot. Magalie, après avoir sondé la porte de devant afin de s’assurer qu’elle est fermée, contourne la maison et se retrouve devant la porte-fenêtre qu’elle examine attentivement, William sur les talons. Ils se retrouvent encore devant une porte impossible à ouvrir. Magalie ne s’avouant pas vaincue aussi facilement, observe les fenêtres de derrière, espérant une issue. Elle commence à désespérer. Elle regarde par la porte-fenêtre, encadrant son visage à deux mains afin de bloquer les rayons du soleil, pour une meilleure vision de l’intérieur. Elle souhaite trouver une idée géniale afin de pénétrer dans la maison. Or William lui indique une fenêtre restée ouverte à l’étage. Mais comment l’atteindre ? C’est encore William qui a l’idée, lui qui ne voulait pas entrer.
Ayant déniché une échelle dans le jardin, il la transporte et la pose face à la fenêtre, la tenant bien fixée au sol pendant que son amie y grimpe. Et voilà Magalie qui enjambe le rebord de la fenêtre, puis dévale l’escalier intérieur rapidement pour ouvrir la porte-fenêtre et permettre à William de la rejoindre à l’intérieur. Car Magalie croit dur comme fer qu’il y a eu crime et que tous les deux, ils trouveront le coupable. Elle n’a rien laissé au hasard et tend une paire de gants de jardinage à son ami afin de ne pas laisser d’empreintes, ayant pris soin d’en enfiler elle-même une paire.
— Ça fait drôle d’être ici, hein ? Je sens de mauvaises vibrations ! dit Magalie.
— Ouin ! J’aime pas ça du tout ! On cherche quoi là ? demande William.
— Il faut déterminer qui est la victime. Est-ce un homme ? Une femme ? Cette personne vivait-elle seule ici ? Quel âge a-t-elle ? Ensuite on tentera de trouver des indices sur le meurtrier. Voilà ! C’est assez simple, le travail d’enquêteur, tu trouves pas ? répond Magalie pleine d’enthousiasme.
C’est ainsi que les deux amis arpentent la maison à l’affût de renseignements utiles. Ils visitent les pièces une à une. La cuisine est ordonnée, il n’y a pas trace de vaisselle sale dans l’évier ou de cafetière à moitié vide sur le comptoir. Le salon jouxtant la cuisine révèle peu d’indices. Il y a une revue sur la table basse près d’un fauteuil. Magalie s’en empare et note le titre dans un petit calepin qu’elle sort de la poche arrière de son jean. Puis elle allume la télévision et note également le canal sur lequel l’appareil s’allume. Dans le hall d’entrée, il y a une lettre et encore une fois Magalie note le nom du destinataire. L’adresse figurant sur l’enveloppe est bien celle de la maison où ils se trouvent. La salle d’eau n’a aucun intérêt.
Magalie monte à l’étage suivie de William. Depuis le début de la visite, aucune parole n’est échangée entre les deux amis. La première porte près du palier semble la chambre des maîtres. Elle est décorée de blanc, les murs sont blancs et la couverture recouvrant l’immense lit est blanche aussi ! Ici et là quelques taches de couleurs rouge et argent apportent au décor un certain niveau d’opulence.
— Wow ! s’exclame Magalie, ce qui fait sursauter William immédiatement. Que c’est beau ! C’est limpide, clair, reposant ! Le lit est tellement invitant que je m’y allongerais.
— Je t’avertis que si tu fais ça, je quitte la maison tout de suite ! affirme William sur un ton bien décidé. Pis cette chambre est pas dans ma palette de couleurs ! Blanc ! Tout blanc ! Penses-y, Magalie ! C’est pas un mécanicien qui demeure ici, car le lit blanc resterait pas blanc bien longtemps ! Moi, quand je porte un chandail blanc le matin, le soir il est plus tout blanc, tu sais !
— Ouin, t’as peut-être raison ! Je crois que je le salirais bien vite, ce couvre-lit, moi aussi ! Mais je blaguais, je vais pas m’étendre sur le lit, t’en fais pas. On continue notre visite.
Les deux amis déambulent de pièce en pièce à la recherche de nouveaux indices. Il y a une chambre d’enfants aux couleurs jaune et vert pâle, très bien rangée ; aucun jouet ne traîne par terre.
Ils ont gardé la salle de bain pour la fin. La baignoire est immaculée. Magalie s’attendait à la trouver pleine d’eau, avec un cerne orangé, mélange d’eau et de sang. Un peu plus et elle pensait y trouver un cadavre, les poignets tranchés. Elle en fait part à William qui, n’ayant pas l’imagination de son amie, n’avait aucune idée préconçue en tête.
Le seul indice, à peine visible, de toute la maison, ce sont les petites gouttelettes de sang sur la moquette dans le hall, près de la porte d’entrée, telles que décrites par le policier en chef lors de sa conversation téléphonique. Elles sont bien là. Elles semblent avoir été nettoyées, mais pas à fond.
— Bon, je crois qu’on a fait le tour de la maison, maintenant ! On sort d’ici et vite ! dit William, n’en pouvant plus d’y être.
Il entraîne à sa suite Magalie qui se fait un peu tirer l’oreille. Elle prend encore des notes dans son calepin tout en sortant de la maison.
 


 


Chapitre 3
 
Anagrammes
 
 
 
 
M agalie est étendue sur son lit et consulte ses notes, tout en mâchouillant son crayon.
— Comme ma sœur est songeuse ! dit Xavier en entrant dans la chambre. Qu’est-ce que tu mijotes ? Un mauvais coup ! Et pourquoi tu rougis ainsi ? Je te prends la main dans le sac, c’est ça ? Dans quel pétrin tu vas te mettre cette fois-ci ?
— Non, je rougis pas, se défend Magalie. C’est qu’il fait chaud tout à coup ! Et je t’ai déjà demandé de frapper avant d’entrer dans ma chambre, non ? Pourquoi t’écoutes pas cette consigne si simple !
Magalie tente de détourner l’attention de Xavier, afin de ne pas répondre à ses questions.
Xavier est le demi-frère de Magalie. Ils ont le même père, Pierre. Marie, la nouvelle compagne de Pierre, est la mère de Magalie. Xavier habite dans la même maison que sa demi-sœur une semaine sur deux. L’autre semaine, il la passe chez sa mère à quelques rues de là. Ses parents se sont séparés lors de sa tendre enfance. Il ne garde aucun souvenir de ses deux parents habitant ensemble, il est parfaitement à l’aise dans cette situation. De plus, comme Xavier ne voit Magalie qu’une semaine sur deux, il aime la taquiner et lui jouer des tours à chaque occasion qui se présente. Il adore sa demi-sœur et il l’a tirée du pétrin plus d’une fois. À ses yeux, c’est sa petite sœur .
Suivant la consigne, Xavier recule de quelques pas, frappe sur le battant de la porte et reste immobile, le poing levé, attendant d’être invité avant d’entrer à nouveau dans la chambre de sa sœur. Il est patient, il demeure ainsi, figé quelques minutes. Magalie donne finalement son accord. Elle a profité des quelques minutes de grâce qu’elle s’est accordées pour changer la page de son calepin et y inscrire quelques mots. Elle sait que si Xavier lui demande ce que signifient les notes prises plus tôt, elle dira la vérité. Du coup, elle se fera chicaner d’être entrée dans une maison par effraction. Elle a donc pensé très vite qu’il valait mieux faire diversion avec les mots notés sur une nouvelle page et donner une réponse suffisamment crédible à la question posée par son frère.
— Mais t’attendais quoi pour me permettre d’entrer ! dit Xavier offusqué. Tu espérais que je me change en statue de sel ?
— Non, quoique ça aurait été bien de te savoir immobile pour toujours ! répond Magalie avec assurance. J’aurais eu la paix. Que veux-tu au juste ?
— Moi ? Rien ! Rien du tout ! J’étais juste curieux de savoir ce que tu faisais, c’est tout ! En fait, tu fais quoi, ma petite sœur préférée ?
Il avance vers le lit, tire sur une des deux nattes de Magalie tout en jetant un œil sur le calepin. Il y voit un des mots sans lien apparent.
— C’est quoi ces lettres ? demande Xavier.
— Ben, j’essaie de trouver des anagrammes ! répond Magalie.
— Des quoi ?
— Anagrammes ! Des anagrammes ! Tu sais ! Inverser toutes les lettres d’un mot pour en former un autre !
— Je sais ce qu’est une anagramme ! dit Xavier. Montre-moi tes mots.
— Ben, O. K., répond Magalie un peu hésitante, qui tend le calepin à son demi-frère, sans toutefois le laisser entre ses mains.
Elle craint qu’il ne regarde aussi les pages précédentes.
— Ben ! J’ai une anagramme avec le nom de maman : « Marie », c’est le plus facile, c’est « aimer ».
— Ça peut aussi être « marié », dit Xavier. Donne-le-moi, ce calepin ! Je veux t’aider à trouver d’autres anagrammes.
Magalie a eu le temps d’y inscrire les mots suivants : « argent », « chien », « beau », « une » et « maison ». Pourvu qu’il ne tourne pas les pages précédentes , songe-t-elle avec frayeur. Xavier, le crayon à la main, réfléchit puis inscrit d’autres mots à côté de ceux de Magalie.
— Et voilà, sœurette ! dit Xavier, tout fier de lui, en tendant le calepin et le crayon à Magalie. Je suis brillant, n’est-ce pas ?
Magalie, soulagée qu’il n’ait pas tourné la page, reprend très vite le calepin. Elle lit les mots inscrits par son frère. L’anagramme d’« argent » inscrit par Xavier est « gérant », pour « chien » c’est « niche », celui de « beau » est « aube », pour l’article « une » c’est le mot « nue » et pour « maison », le mot « saumon » apparaît.
— Wow ! T’es super ! Ça t’a pas pris de temps en plus ! dit Magalie.
— Ben ! Merci ! Mais regarde comme il faut, Magalie ! J’ai commis une erreur ! Exprès, bien entendu.
Magalie, plus attentive, examine chacun des mots. Elle les épelle, afin de s’assurer de retrouver chacune des lettres du mot précédent dans chacun des nouveaux mots inscrits par Xavier. Ce n’est qu’au dernier mot, « maison », qu’elle ne trouve pas la lettre i . Son demi-frère lui a substitué la lettre u . Ce n’est donc pas une anagramme.
— J’ai trouvé ton erreur ! s’exclame Magalie. C’est pour le mot « maison » que tu t’es trompé !
— Exprès, Magalie ! rétorque Xavier. J’ai fait exprès ! Trouve l’anagramme du mot « maison ».
Elle se laisse prendre au jeu et y trouve vraiment du plaisir. Elle se découvre une nouvelle passion. Il faut dire que pour Magalie, tout peut susciter une passion : elle est une fille très curieuse, qui s’intéresse à tout et qu’un rien enflamme. Elle réfléchit, vire les lettres de tous bords.
— « Aimons », s’exclame-t-elle après quelques minutes de réflexion.
Xavier est fier de l’esprit vif de Magalie. Il lui dit qu’avec les mots « Marie », « argent » et « chien », il a trouvé plus d’une anagramme. À elle d’en faire autant ! Il tourne les talons et repart s’occuper de ses propres affaires.
Magalie est soudain rêveuse devant les lettres. Elle se demande s’il existe un club de gens qui se réunissent pour trouver des anagrammes. Elle se questionne. Peut-être existe-t-il des compétitions ? Celui qui trouve le plus d’anagrammes avec le même mot ? Ou le plus rapide ? Un mélange des deux peut-être ? Si un tel groupe existe, elle voudrait en faire partie. Puisque son frère l’a trouvée talentueuse, elle se voit dans une compétition. Peut-être que les compétiteurs de ces jeux de lettres se nomment des « anagrammeux » ? « Anagrammeuses » pour les filles !

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