Premier rendez-vous 2 - L amour, c est du caca
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Premier rendez-vous 2 - L'amour, c'est du caca

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Description

Azalée vit son premier amour avec le beau René. Elle repense sans cesse à ce soir d'orage, où il l'a embrassée pour la première fois. Trop romantique!
Le seul hic, c'est que depuis, René ne l'a plus embrassée. Est-ce que son amoureux s'est rendu compte que ce baiser était pour elle, le premier qui comptait «pour vrai»? Qu'est-ce qui cloche avec lui?
Théo de son côté file le parfait bonheur. Il est convaincu que rien ne pourra troubler sa relation amoureuse avec Louis-Philippe. Mais qu'en est-il des messages de plus en plus insistants de GrillonGrillé?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 novembre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782897625221
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Adaptation numérique : Studio C1C4
Éditrice : Colette Dufresne
Conception de la couverture et infographie : Marie-Ève Boisvert, Éd. Michel Quintin
Illustration de la page couverture : Rachel Blanchard



La publication de cet ouvrage a été réalisée grâce au soutien financier du Conseil des arts du Canada et de la SODEC.

De plus, les Éditions Michel Quintin reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs activités d’édition.

Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC

Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par procédé mécanique ou électronique, y compris la microreproduction, est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur.

ISBN 978-2-89762-514-6 (papier)
ISBN 978-2-89762-521-4 (PDF)
ISBN 978-2-89762-522-1 (ePub)

© 2020, Éditions Michel Quintin inc.

Éditions Michel Quintin
Montréal (Québec) Canada
editionsmichelquintin.ca
info@editionsmichelquintin.ca
À tous les cœurs qui savent jamais ce qu’ils veulent : on sait que c’est pas facile.
Chapitre 1
Azalée : vendredi 11 octobre
J’ai une montagne de devoirs à faire, mais j’ai absolument pas la tête à accorder des participes passés. Ça fait deux semaines que je flotte sur un petit nuage rose. Je dépose mon sac près de mon bureau et je me laisse tomber sur le lit pour sourire au plafond (ma nouvelle activité préférée quand je ne suis pas avec René). Dans ma tête, je me repasse pour la cinquante millième fois le film de notre tout premier rendez-vous.
Si j’avais à donner un titre à cette soirée, ça serait sûrement quelque chose comme « Le baiser le plus magique ». Euh… « Le baiser passionné ». Non, je sais : « Le premier vrai baiser qui comptait pour vrai . » C’est sûrement le moment le plus important de toute ma vie et je veux jamais l’oublier.
C’était vendredi il y a deux semaines. René est venu me chercher pour une soirée surprise. Je suis montée sur son scooter et, quand il a démarré, j’ai fait semblant d’avoir un peu peur (même si j’avais zéro peur parce que j’ai passé mon permis de scooter l’été dernier), juste pour pouvoir m’accrocher à lui. Il sentait tellement bon l’Axe chocolat, mmm… On a fini par arriver au lieu secret : le cinéma. J’étais super contente, parce que le film Les roses éternelles venait juste de sortir et j’étais certaine que c’était ce qu’il nous emmenait voir. Finalement, il a sorti deux billets pour Rapides et dangereux numéro je-sais-pas-quoi… C’était pas EXACTEMENT mon film de rêve, mais bon, j’étais avec le plus beau gars de la terre entière, alors j’allais certainement pas commencer à me plaindre.
Encore aujourd’hui, j’ai aucune idée de quoi parlait le film. Il y avait des gars machos, des belles filles et des autos bruyantes. C’est à peu près tout ce dont je me souviens, parce que j’étais super concentrée à espérer que René me prenne la main. J’avais posé mon bras sur l’appui-bras entre nous pour rendre ma main accessible si jamais l’envie lui prenait.
Il s’est alors passé quelque chose de SUPER important : le beau gars a embrassé la belle fille à l’écran. Ça m’a fait réaliser que René allait peut-être essayer de m’embrasser avant la fin du film. Mon cerveau roulait encore plus vite que les voitures modifiées à l’écran. Il fallait surtout pas que j’aie une haleine de pop-corn, parce que le pop-corn, ça sent les pieds! Personne veut embrasser des pieds! Heureusement, j’avais un paquet de gomme dans la poche de ma veste. Je me suis dépêchée d’en mettre trois morceaux dans ma bouche et de mâcher à toute vitesse pour rafraîchir mon haleine.
Tout à coup, après un nombre incalculable de minutes et au moins douze courses d’autos à l’écran à attendre avec la main étrangement tournée vers le haut, C’EST ARRIVÉ! Il a approché sa main de la mienne et j’étais tellement énervée à l’idée que nos doigts s’entrelacent que j’ai attrapé sa main en plein vol d’une manière semi-naturelle (ou plutôt, pas naturelle pantoute). On s’est regardés du coin de l’œil et René a doucement retiré sa main de la mienne. QUOI?!? Pourquoi il faisait ça? C’est là qu’il s’est penché vers mon oreille pour chuchoter :
— Scuse, je voulais juste prendre une gorgée de 7up…
Oh my God . J’étais tellement gênée que je serais rentrée à l’intérieur de mon banc si j’avais pu. Bon, là, c’était clair et net : il allait rien se passer ce soir-là et ce rendez-vous était officiellement un désastre.
J’ai décidé de passer mon désespoir dans le pop-corn. J’allais repartir célibataire, mais certainement pas le ventre vide. J’ai donc subtilement craché ma gigantesque gomme dans ma main droite, celle qui reposait sur l’appui-bras, avant de plonger ma main gauche dans le sac de la consolation quand soudainement, alors que je m’y attendais plus du tout… il a pris ma main. Remplie d’une gigantesque gomme. Gluante de bave. Full dégueu. J’ai senti tous les muscles de mon corps se crisper, alors que René a serré ma main un peu, question de bien écrabouiller le gros motton visqueux entre nos deux paumes. C’est là que sa face a changé et j’ai vu dans son regard qu’il venait de comprendre ce qui se passait.
J’ai brusquement retiré ma main, la grosse gomme dégueu est restée dans la sienne, je me suis levée et je suis sortie de la salle de cinéma en courant. Comme si l’univers était contre moi, il pleuvait à boire debout. Tant pis. J’allais retourner chez moi à pied et me cacher sous une douche chaude pour le reste de l’éternité en arrivant.
Dire que je venais de gâcher potentiellement le plus grand moment de ma vie avec le plus beau gars de la terre à cause d’une maudite gomme à mâcher! René allait sûrement raconter ça à toute l’équipe de football, qui allaient tous se moquer de moi pour le reste du secondaire. Azalée la chiqueuse, ça serait officiellement mon nouveau surnom. Il ne me restait plus qu’une seule option : changer d’école une nouvelle fois et faire une croix sur la danse du solstice dont j’ai rêvé toute ma vie (ou presque).
J’étais rendue au bout de la rue quand j’ai entendu mon nom à travers le tonnerre qui faisait rage dehors et dans ma tête.
— Azalée! Attends! Azalée!
Je me suis retournée pour me retrouver face à face avec René. Il était aussi trempé que moi et on aurait dit que ça le rendait encore plus beau que d’habitude. J’ai essayé de parler, mais au lieu de ça, je me suis mise à pleurer.
— Je suis désolée, René… J’ai tout gâché. Je voulais pas que tu te mettes la main dans ma grosse gomme molle…
René m’a fixée une seconde, avant d’éclater de rire sans être capable de s’arrêter.
— Bon, c’est ça, je savais que t’allais rire de moi… Bye, René.
Je me suis retournée pour poursuivre mon chemin, mais l’homme de ma vie m’a attrapé la main (heureusement que la pluie avait lavé les restants de gomme).
— Attends, je ris pas de toi. Tu fais quoi, là? T’avais l’intention de marcher sous l’orage jusqu’à chez toi?
J’ai haussé les épaules en me trouvant un peu nounoune.
— Viens, je vais te reconduire.
Il s’est mis à pleuvoir encore plus fort et un éclair a illuminé son visage. Je l’ai trouvé trop beau. Je sais pas trop ce qui m’a pris, mais… je l’ai embrassé. Comme ça, sur la bouche. Ça a duré une seconde, à la fois la seconde la plus longue et la plus courte de toute ma vie. C’était doux et un peu froid et très mouillé d’eau de pluie, mais c’était mon premier vrai baiser qui compte pour vrai et j’aurais pas pu demander mieux.
Chapitre 2
Théo : samedi 12 octobre
Je suis couché sur le lit de Louis-Philippe et je fouille dans les photos de mon téléphone, pendant que mon amoureux termine d’installer la mise à jour de 1RDV. Je tombe sur une photo de Zalou et moi, prise il y a trois semaines, juste après le premier match de football de la saison à la poly. J’ai l’impression que ça fait une éternité. Depuis qu’elle est avec René, je la vois juste à l’école, et encore… Les deux sont toujours ensemble et se tiennent je sais pas trop où. Je fais juste l’apercevoir de temps en temps. Elle me manque, mais je peux pas m’empêcher de me féliciter d’avoir demandé à René de l’inviter à sortir. Appelez-moi Cupidon!
— Je suis content de voir Azalée ce soir, dis-je à Louis-Philippe. Je m’ennuie d’elle, depuis qu’elle a un chum, même si je suis trop content pour elle.
— C’est vrai que ça va être cool, répond Louis-Philippe. Est-ce qu’ils sont cute ensemble?
— Je sais pas trop, je les vois presque pas à l’école. D’après moi ils se cachent pour se minoucher.
Soudain, la voix de Steve, le père de Louis-Philippe, nous appelle du garage.
— Les gars, venez voir ça!
Ça fait des semaines qu’il travaille à remettre en état la vieille Shelby Mustang 1967 rouge de son propre père. Il est pas peu fier de cette bagnole, mais on n’a pas encore eu le droit de la voir. « Pas avant qu’elle soit terminée », nous a répété Steve à l’infini malgré les protestations de mon chum. Quand on arrive au garage, son immense sourire en dit long.
— Alors? demande-t-il, les yeux aussi brillants que ses mains sont sales.
Louis-Philippe lâche un sifflement d’admiration en faisant le tour de la voiture qui brille sous les néons.
— Pas mal du tout! lance-t-il.
— Pas mal?!? s’offusque Steve.
Mon amoureux sourit à son tour.
— Elle est magnifique, p’pa!
— Vraiment belle! que j’ajoute à mon tour.
— Ça vous dit d’aller lui faire faire un tour? Je peux vous reconduire à votre activité, si vous voulez.
Le sourire de mon amoureux s’élargit encore. Azalée et René en croiront pas leurs yeux quand ils vont nous voir débarquer d’une Mustang!
— T’es sérieux? C’est sûr que ça nous tente! Hein, Théo?
J’acquiesce vivement. Galant, mon amoureux m’ouvre la portière avant.
— À toi l’honneur, mon amour!
Steve s’installe côté conducteur et fait rugir le moteur.
— Wow! Elle sonne comme une voiture de film! que je m’exclame.
— Attachez vos ceintures, c’est parti!
Steve appuie sur l’accélérateur et on décolle, littéralement.
— Plus aucune fille pourra te résister sur Taindère, maintenant! que je lui lance, pour le taquiner.
Il y a quelques semaines, mon beau-père s’est créé un compte sur l’application de rencontres Tinder (qu’il prononçait « Taindère » et qu’on continue à appeler comme ça pour rire de lui… gentiment!).
Steve semble mal à l’aise une seconde.
— Ouais, bon… Disons que ça fonctionne pas autant que je l’aurais espéré, ce truc de rencontres…
— Quoi? fait Louis-Philippe, surpris. Comment ça, ça fonctionne pas?
Mon beau-père hausse les épaules, l’air un peu piteux.
— J’ai eu aucun match jusqu’à maintenant…
— Ça se peut pas! s’exclame mon chum, incrédule. Fais voir ton profil.
Steve semble hésiter.
— Pourquoi tu veux voir mon profil? Mon profil est bien correct!
— C’est ce qu’on va analyser, répond son fils en étirant le bras pour saisir le téléphone de Steve dans le porte-gobelet.
— Hé! Redonne-moi ça! s’offusque mon beau-père.
— Dans deux minutes, fait Louis-Philippe en ouvrant l’application de rencontres de son père.
Un petit silence s’installe et je me retourne pour voir les yeux de mon chum s’agrandir.
—  Oh. My. God. Papa… t’es pas sérieux, là? demande-t-il, complètement traumatisé.
— Voyons, ça peut pas être si pire! dis-je en tendant la main pour qu’il me montre le profil.
Louis-Philippe me remet le téléphone et… je pouffe de rire.
— Pouahahaha! Voyons, Steve, c’est une blague?
— Ben quoi? rétorque Steve, légèrement piqué.
— C’est quoi ÇA? Pourquoi t’as une croûte de trois centimètres de gel dans les cheveux? explose Louis-Philippe, incapable de contenir son fou rire.
— Et je veux pas être méchant, mais prendre une photo sous cet angle-là, ça te fait légèrement un quadruple menton, que je renchéris.
Mon beau-père se cale un peu dans le siège conducteur, gêné.
— Bon, bon… Moi qui voulais juste me mettre beau pour prendre une bonne photo…
— T’as pas besoin de te mettre beau, t’es déjà beau! dit mon amoureux. Ce que les gens veulent voir, c’est un peu de ta personnalité à travers tes photos.
Steve roule les yeux, mais je le vois esquisser un petit sourire malgré tout, de toute évidence flatté par le compliment de son fils.
— Et je trouve ça où, des photos qui montrent ma personnalité?
— Donne-nous cinq minutes et je te jure que ton profil va être 300 % mieux.
Louis-Philippe s’étire vers moi pour qu’on regarde ensemble les photos de son père dans son téléphone. On en choisit quatre qui l’avantagent beaucoup plus que son horrible première : une prise sur le vif alors qu’il rit en réparant une voiture, une de Louis-Philippe et lui en train de cuisiner, une où il a presque l’air d’un mannequin avec le soleil dans les yeux, et une autre où il joue de la guitare. Steve regarde nos choix du coin de l’œil.
— Ah non, pas celle-là! Je joue même pas de guitare, je faisais semblant pour la photo, s’objecte-t-il.
— Les filles ont pas besoin de le savoir tout de suite, ça! fait Louis-Philippe.
Je hoche la tête pour approuver.
— Bon, ta description, maintenant.
— Qu’est-ce qu’elle a, ma description?
— Théo, dit Louis-Philippe, dis-moi ce que tu penses de ceci : « Bon gars. »
J’attends un instant qu’il poursuive, mais il n’ajoute rien.
— Attends, c’est tout?
— C’est tout, confirme mon chum.
— « Bon gars »? Rien de plus?
Steve soupire, un peu exaspéré.
— Ben quoi? C’est vrai que je suis un bon gars! Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça?
Mon amoureux se tape le front, complètement découragé.
— Ta description, papa, c’est ton pitch de vente! Tout le monde croit qu’il est un bon gars, c’est zéro original!
— Ben, vas-y, écris-moi une sublime description, si t’es si génial, rétorque Steve.
— Mais avec plaisir, mon petit papa d’amour!
Louis-Philippe se met à pianoter sur le clavier du téléphone. Quelques secondes plus tard, il lit :
— « Père d’un garçon génial de 14 ans et mécanicien passionné qui n’attend que la bonne personne avec qui partager sa recette familiale de lasagne six étages. »
— Un garçon génial, hein? se moque Steve en souriant. J’avoue que… c’est mieux, comme description.
— Avec ça, c’est sûr que ça va marcher, dis-je avec certitude.
— J’arrive pas à croire que mon fils et mon gendre de 14 ans doivent prendre ma vie amoureuse en main…
Je me retourne vers Louis-Philippe et on se fait un high-five . Au même moment, on arrive dans le stationnement du centre de laser tag . Au loin, je remarque qu’Azalée et René sont arrivés. On dirait que René lui montre quelque chose sur son téléphone et les deux semblent pouffer de rire. Ça me fait sourire de voir ça.
— Bonne soirée, les amoureux! Appelez-moi plus tard si vous avez besoin que je vienne vous chercher, dit gentiment Steve.
Je sors de la magnifique Mustang en me sentant légèrement comme un acteur hollywoodien. Azalée lève les yeux et me fait un immense sourire avant d’accourir vers moi pour me sauter dans les bras.
— Tibiiiii! Je suis super contente de te voir! Wow, t’es trop beau! T’as l’air d’un acteur de film dans ta Mustang!
Steve se penche par la fenêtre et adresse un clin d’œil à Azalée.
— Merci beaucoup! Allez, je vous laisse, les jeunes!
La voiture s’éloigne avec un puissant vrombissement. On la regarde un moment, puis Louis-Philippe brise le silence.
— Êtes-vous prêts à vous faire clencher au laser tag ? demande-t-il pour narguer mes amis.
— Jamais de la vie! répond René en riant.
— Mais on va peut-être vous laisser des chances si vous êtes fins, ajoute Azalée en me poussant gentiment.
On entre dans le bâtiment et je me sens drôlement fier dans mon rôle de Cupidon.
Chapitre 3
Azalée : samedi 12 octobre
René et moi, on s’est fait DÉMOLIR au laser tag . On aurait dit que Théo et Louis-Philippe avaient fait ça toute leur vie! On est attablés à la pizzeria juste à côté et je sirote le thé glacé de la défaite, la main plongée dans un panier de rondelles d’oignons.
— Alors, René, raconte-nous tout. Quand est-ce que t’as remarqué Azalée pour la première fois? demande Louis-Philippe.
— Euh… Je sais plus exactement… Je pense que c’était la première journée d’école, dans l’autobus. Elle avait une tache de dentifrice sur son coton ouaté et les cheveux tout défaits, comme si elle s’était battue avec un ours avant de monter à bord.
Mon meilleur ami et son amoureux éclatent de rire, alors que moi, j’ai l’impression que ma mâchoire va toucher le sol.
— QUOI?!? J’étais SÛRE que tu m’avais pas vue! que je m’écrie.
— Ben… t’étais plutôt difficile à manquer! répond René avec un petit sourire.
Je pouffe à mon tour. J’étais vraiment pas à mon meilleur ce jour-là, mais ça m’a pas empêchée de vivre un vrai conte de fées maintenant. J’en reviens toujours pas d’être la blonde de René Martel. Je pense que je vais me rappeler toute ma vie le moment où il m’a fait la grande demande.
Après notre premier baiser, j’ai passé toute la fin de semaine à stresser parce qu’il m’avait pas redonné de nouvelles. Je me suis dit que peut-être j’embrassais super mal ou qu’il avait trouvé que j’avais une haleine de pop-corn malgré mes efforts. Le lundi matin, j’étais nerveuse à l’idée de prendre l’autobus avec lui. J’avais peur qu’il y ait un gros malaise et qu’il m’ignore, ou pire, qu’il rie de moi en racontant aux autres que je suis juste une chiqueuse de gomme. Quand l’autobus s’est immobilisé à son arrêt, j’ai remonté mon capuchon sur ma tête pour éviter qu’il me remarque, mais… il est venu s’asseoir juste à côté de moi et m’a tout simplement demandé si je voulais être sa blonde. J’ai dit oui, on s’est fait un sourire et on s’est tenu la main pour le reste du trajet. C’était vraiment un grand moment et ça m’a même fait oublier qu’il a un nom beaucoup trop atroce. Finalement, il est pas si pire que ça, son nom. René, René, René. René et Azalée. Azalée et René. Ça sonne plutôt bien.
— La Terre appelle la grande rêveuse!
La voix de Théo me ramène à la réalité.
— Quoi? Qu’est-ce qui se passe? dis-je en tentant de reprendre le fil de la discussion.
— T’étais où, là, avec ton grand sourire niais? se moque Louis-Philippe.
— Nulle part, je pensais juste à la pizza qu’on a commandée, dis-je en me concentrant pour ne pas rougir (ce qui ne fonctionne pas du tout).
— Pis toi, Théo, comment est-ce que t’as su que t’étais amoureux de LP? demande René à mon meilleur ami.
Louis-Philippe et Théo échangent un sourire.
— C’était au camp de vacances, cet été. On faisait une course à relais, une équipe contre l’autre. Je revenais avec le drapeau, c’était le dernier tournant avant la fin de ma course, pis c’est là que j’ai remarqué le beau grand roux avec ses taches de rousseur trop cute dans l’autre équipe. Je sais pas trop ce qui m’a pris, mais je lui ai donné le drapeau au lieu de le remettre à mon coéquipier, et on s’est fixés dans les yeux pendant au moins dix secondes, comme dans un film.
— Ça, c’est parce que je comprenais pas pourquoi tu me donnais le drapeau de ton équipe, rétorque LP en riant.
— Ben non, arrête! T’étais sous le charme, je le sais! riposte Théo.
J’éclate de rire avec René.
— Qu’est-ce qui s’est passé ensuite? que je demande.
— Ben mon équipe a perdu, parce que j’ai jamais redonné le drapeau! Mais je m’en foutais, parce que j’étais officiellement en amour.
On éclate de rire tous les quatre et Louis-Philippe passe son bras autour des épaules de mon meilleur ami. Les deux échangent un regard complice, se font une grimace et se donnent un bec en rigolant. Je les trouve tellement beaux ensemble… mais ça me fait quand même un petit quelque chose, parce que depuis la soirée du cinéma, René et moi, on ne s’est jamais réembrassés. On a passé beaucoup de temps ensemble, mais le plus de rapprochement physique qu’on a eu a été de se tenir la main.
La serveuse arrive avec notre gigantesque pizza, dont un quart est recouvert d’ananas… Je peux pas m’empêcher de plisser le nez.
— En tout cas, t’as vraiment trouvé l’homme de ta vie, Théo. Je connais personne d’autre qui tolérerait que son chum mette des ananas sur sa pizza, lance René, mi-dégoûté, mi-farceur.
Comme pour le narguer, Théo prend une immense bouchée de pizza hawaïenne en souriant.
— C’est parce qu’on est encore en lune de miel… répond Louis-Philippe en retenant une expression de dédain.
Tout le monde pouffe de rire et on mange notre pizza en discutant de tout et de rien. Je me sens légère, entourée de mes amis et de mon chum. À la fin du souper, je vois la voiture de Steve dans le stationnement. Une fois à l’extérieur, je fais un câlin à Théo et à Louis-Philippe.
— On devrait refaire ça bientôt, c’était trop cool! dis-je.
Ils s’éloignent tous les deux, alors que René me tend son deuxième casque de scooter. Je me sens tellement bien ce soir qu’il me prend une envie soudaine de l’embrasser à pleine bouche. Je m’approche de lui et me mets sur la pointe des pieds, mais René se retourne pas et je finis par lui donner un bec sur la joue. Il sourit.
— Qu’est-ce qui me vaut ça?
— Je sais pas, je suis juste heureuse, dis-je en souriant à mon tour.
— Moi aussi, je suis content. La pizza était bonne. Allez, je te ramène chez toi, dit-il en grimpant sur son scooter.
J’embarque derrière lui et je sens mon cœur se tordre un petit peu. J’aurais aimé que René ait envie de m’embrasser.
Chapitre 4
Théo : dimanche 13 octobre
J’ai passé une bonne partie de la journée à faire mon travail d’anglais et je viens juste de mettre le point final. Je hais l’anglais. La prof nous donne toujours des devoirs niaiseux. Cette fois, il fallait que j’écrive trois pages sur mon mets favori. TROIS PAGES! Y a des limites à ce que je peux raconter sur le pâté chinois de ma mère. Steak, blé d’Inde, patates, un peu de paprika et une tonne de ketchup, fin.
Heureusement, j’ai fini assez tôt pour avoir le temps d’aller acheter un cadeau pour la fête d’Azalée, qui est demain. J’espère qu’elle va être contente, mais en même temps, je connais vraiment ses goûts, alors je suis pas mal sûr de mon coup.
Une chance que j’ai eu tout ça à faire pour me tenir occupé, parce que je savais que Zalou travaillait au café aujourd’hui et que je pouvais pas l’appeler pour lui poser la question qui m’obsède depuis hier soir. Mais là, il est 17 h et je sais qu’elle vient de rentrer chez elle. Je prends mon téléphone, j’ouvre mes contacts et j’appuie sur sa photo (celle où elle fait une grimace qui me fait mourir de rire).
— Allô Tibi! fait la voix d’Azalée dans le combiné.
— Salut Zalou! T’as passé une belle journée au café?
— Josianne-l’Insupportable était particulièrement insupportable, mais sinon, oui!
Je souris. Je sais à quel point Azalée est incapable de sentir sa collègue Josianne qui fait tout pour lui rendre la vie infernale.
— En tout cas, c’était vraiment cool hier soir! dis-je. T’es nulle au laser tag , mais l’important, c’est de participer!
— Pfff! Vous avez été chanceux, c’est tout. René et moi, on va se pratiquer et c’est vous qui allez vous faire rincer la prochaine fois, dit-elle pour me narguer.
— D’ailleurs, est-ce que ça va bien, vous deux?
— Ben oui, super bien! Quand je pense que je vais aller à la danse du solstice des secondaires 3 avec René Martel, j’ai l’impression de vivre un film d’amour à l’eau de rose, répond Zalou, rêveuse.
— Sauf que dans les films d’amour à l’eau de rose, d’habitude, ils s’embrassent à la fin…
Azalée ne répond pas tout de suite et j’ai l’impression d’entendre la frustration à travers son silence.
— Qu’est-ce que tu veux dire? demande mon amie, manifestement piquée.
— Ben… je vous ai vus, dans le stationnement, quand on partait. T’as essayé de l’embrasser et il a pas…
— Il regardait juste pas vers moi à ce moment-là, c’est tout! me coupe Azalée, sur la défensive.
— OK, OK, c’est pas de mes affaires. De toute façon, la voiture a tourné le coin et j’ai pas vu quand il t’a embrassée.
Azalée ne dit encore rien.
— … à moins qu’il t’ait pas embrassée?
— On n’est pas obligés de s’embrasser à chaque moment de la vie, non plus! s’exclame Azalée de la voix aiguë qu’elle a quand elle va se fâcher.
— Woah, Zalou… dis-je doucement. Je t’ai juste posé une question, pourquoi tu prends ça comme une attaque?
Décidément, ma question touche un sujet un peu trop sensible pour elle.
— Ben parce que je suis heureuse et je vois pas pourquoi tu voudrais me faire débarquer de mon nuage pour une niaiserie. En plus, je te l’ai dit déjà, qu’on s’était embrassés! riposte-t-elle.
— Tu m’as juste parlé de la fois après le cinéma, que je réponds.
Un nouveau silence s’installe.
— Attends, dis-je, incertain de comprendre. Est-ce que t’es en train de me dire que c’est la SEULE fois où il t’a embrassée?
Le petit silence qui perdure me confirme que j’ai raison et je sens ma mâchoire se décrocher.
— Pour vrai, Zalou? C’est la seule fois où il t’a embrassée?
— Ben, techniquement… c’est surtout moi qui l’ai embrassé… dit-elle d’une toute petite voix. Mais c’est pas grave, j’ai l’impression qu’il garde notre prochain baiser pour un grand moment. Genre ma fête. Demain.
Je suis tellement mal à l’aise que j’ose rien dire. Si René a pas embrassé Azalée depuis le début de leur relation, c’est pas mal sûr et certain qu’il le fera pas plus pour sa fête. Je pense qu’il va falloir que j’aie une discussion avec René, mais d’ici là, j’aime mieux changer de sujet pour éviter de faire durer le malaise.
— Ben oui, c’est vrai, c’est ta fête demain! As-tu quelque chose de prévu?
Je joue l’innocent mais, en réalité, les parents d’Azalée m’ont invité à souper demain soir, avec Louis-Philippe et les grands-parents d’Azalée. Sauf que je me sens un peu mal parce que je leur ai proposé d’inviter René, avant de réaliser qu’ils n’avaient aucune idée que leur fille avait un chum. Oups… Heureusement, ils étaient super contents de l’apprendre et ont accepté que René vienne souper, mais d’après moi, Azalée va légèrement m’assassiner quand elle va comprendre que j’ai accidentellement dévoilé son secret…
— Non, pas vraiment. Je pensais que mes parents m’organiseraient quelque chose en fin de semaine, mais c’est pas grave. À 15 ans, je suis plus une petite fille, lâche-t-elle d’un ton déçu.
Pauvre Zalou, j’ai de la misère à m’empêcher de tout lui dévoiler, mais je ne dois surtout pas gâcher la surprise.
Bzzz! Bzzz!
Je décolle le téléphone de mon oreille pour voir qui m’écrit et je découvre que c’est un message en provenance de 1RDV.


 

Alors? T’es rendu où dans ma liste de films d’horreur?
GrillonGrillé
Je sens mon cœur sauter un tout petit coup. Ça faisait quelques jours que j’avais pas eu de nouvelles de GrillonGrillé, mon match accidentel sur l’application de rencontres que j’ai créée avec Louis-Philippe. La dernière fois qu’on s’est parlé, on s’est envoyé chacun une liste de dix films d’horreur que l’autre doit regarder.


J’ai regardé Les dents de la mer et le premier Le cercle. Je vais commencer le deuxième ce soir. Et toi?
 

ÉcureuilEndiablé
— Tibi? T’es toujours là? fait la voix de Zalou dans le téléphone.
— Oui, oui, désolé. Dommage pour ta fête. Je vais être ton esclave toute la journée demain à l’école, pour compenser, dis-je en riant.
— Nono!
Bzzz! Bzzz!


 

J’ai juste regardé le premier Alien. C’est pourri, il se passe absolument rien!
GrillonGrillé
— Quoi?!? C’est le meilleur film! que je m’exclame à voix haute.
— Euh… de quoi tu parles? demande Azalée.
Je plaque ma main sur ma bouche. Je voudrais surtout pas que mon amie apprenne que je discute avec un match 1RDV alors que je suis en couple. En même temps, c’est super inoffensif. On est comme deux amis anonymes qui parlent d’intérêts communs. Même si je dois avouer que je suis un peu (lire : extrêmement beaucoup) curieux de savoir de quoi il a l’air. J’ai essayé de deviner qui il était à l’école, mais j’en ai absolument aucune idée…
— Rien! Désolé, je dois te laisser, Zalou. On se voit demain!
— OK, mon esclave, bye!
On raccroche et je soupire. Fiou! Je l’ai échappé belle.
Chapitre 5
Azalée : lundi 14 octobre
Je souris en levant mon visage vers le soleil. C’est la première fois qu’il fait aussi chaud à mon anniversaire, on se croirait en plein été. René m’a fait une surprise et m’a emmenée pour un pique-nique de fête après l’école. Je me sens bien, les oiseaux gazouillent, le vent balaie doucement mes cheveux et je suis amoureuse.
— Merci, René. C’est ma plus belle fête à vie!
— Attends, je t’ai même pas encore donné ton cadeau! dit mon amoureux en souriant.
Je sens mon cœur qui accélère pendant qu’il approche son visage du mien. Il caresse ma joue d’une main et je ferme les yeux pour savourer le moment. Il est maintenant si près que je peux sentir son souffle chaud sur ma peau.
— Je t’aime, René, que je murmure juste avant que ses lèvres ne touchent les miennes.
J’attends un moment, mais rien ne se produit. Tout à coup, sa voix s’élève bizarrement alors qu’il se met à chanter très faux.
— BONNE FÊTE ZAZA! BONNE FÊTE ZAZA!
J’ouvre les yeux et constate… qu’il n’a plus de bouche! Ses lèvres ont disparu. Je me recule d’un coup, horrifiée, alors qu’il continue de chanter sans sa bouche.
— BONNE FÊTE, BONNE FÊTE…
J’essaie de hurler, mais j’en suis incapable. René m’attrape l’épaule, puis… je me réveille en sursaut!
— BONNEEEEEE FÊTEEEEEE ZAAAAAZAAAA! finissent mes parents en chœur, penchés au-dessus de mon lit.
J’ai l’impression d’avoir un marteau-piqueur dans la poitrine et je mets quelques instants à revenir à moi. Quel horrible rêve…
— J’arrive pas à croire que ma petite chérie a déjà 15 ans… souffle ma mère avec émotion.
Je me redresse dans mon lit, chasse le mauvais rêve de mon esprit et souris à mes parents, qui m’ont apporté un plateau déjeuner bien garni de gaufres au sirop d’érable avec une montagne de fruits. Miam!
— Merci beaucoup! dis-je en m’attaquant à mon assiette avec appétit.
Mon père affiche un sourire énigmatique et je remarque qu’il tient une belle petite boîte rouge bien emballée.
— C’est pour moi? que je demande innocemment.
— Hummm, en partie, répond mystérieusement mon père en me tendant la boîte.
— Joyeux anniversaire, ma chouette, dit ma mère, les yeux pétillants.
Sur le dessus du petit paquet, une carte est collée : « De papa et maman xxx. » Je tire délicatement sur le beau ruban qui orne la boîte et défais le papier d’emballage, fébrile. Le paquet est très léger, alors peut-être qu’ils m’offrent un bijou, ou encore une carte-cadeau pour m’acheter un vêtement.
Soudain, je fige en lisant l’inscription sur la boîte. Je lève les yeux vers mes parents sans comprendre, alors qu’eux me dévisagent avec un sourire bienveillant.
— Euh… C’est une blague? que je demande, incrédule.
— Eh bien… commence mon père, un petit oiseau nous a dit que notre grande fille était amoureuse. Alors on s’est dit…
— … qu’il n’était certainement pas trop tôt pour avoir cette discussion en famille, complète ma mère.
— Une boîte de condoms? C’est ça, mon cadeau de fête!?!
— T’as pas à être gênée avec nous, mon amour, dit mon père en s’asseyant sur mon lit. La sexualité fait partie de la vie et on veut que tu te sentes très à l’aise de nous poser toutes tes questions.
Oh mon Dieu. Azalée Florange, 15 ans. Cause du décès : la pire honte de sa vie. Mes parents attendent visiblement que je dise quelque chose, mais je crois que mon cerveau vient de partir en vacances. Ciao bye, Azalée, débrouille-toi toute seule! Je me lève lentement du lit alors que mes parents me suivent du regard.
— Je, euh… je vais aller prendre une douche, je pense, dis-je machinalement en marchant d’un pas robotique vers la salle de bain.

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