Route 175
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Description

Clara va passer quelques jours chez son frère aîné qui habite Québec. Pour s’y rendre, elle décide de faire du covoiturage. Prendre la dangereuse route 175 de nuit et traverser une réserve faunique des plus sauvages en compagnie d’un jeune conducteur qu’elle ne connaît pas, recruté sur Internet, ne lui fait pas peur!

Une heure après leur départ, Clara et son conducteur, Alex, sont plongés en plein cœur d’une tempête de neige infernale. La voiture tombe en panne. Les deux adolescents sont pris au piège.

Pourquoi Alex et Clara ont-ils la désagréable impression qu’on les pourchasse dans ces bois terrifiants ? Qui peut bien vouloir s’en prendre à eux dans cet environnement hostile et sauvage?

Les deux adolescents sortiront-ils indemnes de cette tempête ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 octobre 2020
Nombre de lectures 14
EAN13 9782898122187
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0032€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À propos de l’auteure
P assionnée par la lecture et l’écriture depuis son plus jeune âge, Stéphanie Gervais a dévoré les romans de la collection « Frissons » quand elle était ado. Plusieurs années plus tard, elle s’est inspirée de la beauté sauvage de sa région natale, le Saguenay – Lac-Saint-Jean, pour rédiger le tout premier « Frissons » écrit par une auteure québécoise.
Maman de trois jeunes enfants, Stéphanie partage son temps entre sa vie familiale, son métier d’enseignante, son travail de rédactrice et de chargée de projet en édition, et ses activités d’animation pédagogique dans les écoles. Et, lorsqu’un brin de temps libre réussit à se faufiler entre toutes ses occupations quotidiennes, elle s’empare de son clavier et s’amuse à écrire les mille et une histoires qui se bousculent dans sa tête !
À toute ma famille, pour son soutien et ses nombreux encouragements. Je vous aime !

S.G



Prologue
L’enfant abandonné
L e garçon réalise qu’il est perdu. Autour de lui, la forêt s’étend à perte de vue. Il ne sait pas comment rentrer chez lui. Il n’aperçoit plus ses amis qui étaient à ses côtés il y a quelques minutes à peine. Où sont-ils passés ? Sa respiration se fait de plus en plus haletante. La peur s’empare de lui. Puis, il entend un loup hurler. Les buissons tout près de lui s’agitent avec frénésie. Paniqué, le garçon se met à courir pour s’en éloigner. Quelque chose se lance à sa poursuite. Le garçon trébuche. Il se relève, reprend sa course, de plus en plus vite. Il veut échapper à cette chose qui le pourchasse…

Première partie

Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas...




1
Je déteste l’hiver !
E ncore une longue journée qui s’achève. Nous sommes mercredi soir. Il est passé 21 heures. L’au­tobus me dépose à deux coins de rue de chez moi. J’en descends rapidement, j’ai très hâte d’être au chaud à la maison. Sur le trottoir enneigé, je replace mon sac à bandoulière, qui est très lourd, sur mon épaule droite. Il contient quelques-uns de mes livres scolaires. Je viens de passer une journée longue et chargée au cégep. J’étudie en arts, lettres et communication, et ce soir, j’arrive d’un cours d’anglais.
Quand l’autobus repart, une rafale de neige m’obstrue la vue quelques secondes. Une mèche de cheveux me colle au visage. Je la repousse, puis remonte le ca­puchon de mon manteau sur ma tête. Ah ! les joies de l’hiver…
Je marche tant bien que mal en direction de ma rue. Comme je ne suis pas grande, je dois faire de longues enjambées pour passer par-dessus les bancs de neige qui se sont accumulés un peu partout sur le trottoir. Heureusement que je suis en bonne forme physique ! Je fais partie du club de natation de ma ville depuis plusieurs années déjà, et j’adore ça !
Le froid me mord les joues. Comme bien des blondes, j’ai un teint de porcelaine et la peau fragile. Je me hâte un peu plus.
Quelques minutes plus tard, je suis enfin chez moi. Je débarre la porte rapidement et m’engouffre dans le hall d’entrée. Ma chienne Bottine vient me saluer gaiement.
J’enlève mes bottes et mon manteau, que je range soigneusement dans la penderie. Personne ne vient m’accueillir à mon arrivée. Ma mère n’est pas là. Elle est partie depuis hier pour assister à un congrès à l’extérieur de la ville, pour le travail. Elle ne doit revenir que vendredi, très tard en soirée. Mon père, je ne l’ai jamais connu, car il est décédé quand j’avais un an. J’ai un grand frère, Hugo, mais il ne vit plus avec nous.
Une énorme bourrasque fait trembler la maison. Je frissonne.
Mon amie Lili, connaissant ma nature peureuse, devait venir me rejoindre ce soir pour me tenir compagnie et même passer la nuit chez moi. Malheu­reu­sement, elle a annulé pour aller garder des enfants. Je devrai donc me débrouiller sans elle.
Je ne sais pas quoi faire, je tourne en rond quelques minutes. J’ai une dissertation de philosophie à écrire en classe demain après-midi. Je pourrais peut-être étudier ? Non, je n’ai pas le cœur à ça. J’étudierai demain matin, car je n’ai pas de cours dans la matinée. Et si j’écoutais un peu la télévision ? Ça me paraît une bonne idée. Mais avant, direction la cuisine pour me préparer une petite collation…
Bottine redresse le museau vers moi. Elle comprend que je m’apprête à mettre la main sur de la nourriture. Elle est si gourmande, cette chienne ! Je décide de faire un petit détour vers l’armoire où sont rangés ses biscuits préférés. J’en prends un au hasard dans la boîte. Bottine bondit aussitôt sur ses pattes et vient me rejoindre dans la cuisine, en trottinant gaiement. Je lui tends le biscuit. Elle le dévore en un temps record, puis retourne se coucher.
Quant à moi, je m’empare d’un sac de croustilles et d’une bouteille d’eau. En passant devant la fenêtre, je jette un coup d’œil dehors. La neige tombe à gros flocons. Le vent se déchaîne et fait vibrer la maison pendant que les monticules de neige se forment un peu partout dans la cour. Comme je déteste l’hiver !
Collation en main, je me dirige vers ma chambre qui se trouve tout au fond du couloir. J’ai envie d’enfiler un pyjama chaud avant de m’installer devant la télévision.
Une fois dans le salon, je dépose ma collation sur une table basse puis m’assois sur le canapé. Sans hésiter, Bottine vient me rejoindre et se blottit contre moi.
Au moment même où je m’empare de la télécommande, un bruit étrange se fait entendre. Ça semble provenir du dehors.
Mon cœur s’emballe.
Bottine dresse l’oreille, à l’affût. J’écoute… Plus rien, c’est le silence complet. Je prends une grande respiration. Il faut que je me calme.
Je me lève pour aller regarder par la fenêtre du salon. J’aperçois la poubelle du voisin, tombée sur le côté en bordure de la rue. Elle a probablement été emportée par le vent. Son contenu s’est en partie déversé sur la chaussée enneigée. Je vois mon voisin, monsieur Girard, arriver en courant, à peine vêtu, grelottant. Il relève sa poubelle et y replace les sacs d’ordures qui en sont tombés. Soulagée qu’une simple poubelle soit à l’origine du bruit que j’ai entendu tout à l’heure, je retourne sur le canapé.
J’allume la télé et je sélectionne ma chaîne préférée. Trop cool ! Une émission que j’aime beaucoup vient tout juste de commencer. Il s’agit de Nature et vie. C’est une émission à caractère scientifique qui parle des animaux sauvages. L’animateur explique que l’émission de ce soir aura comme sujet principal la réserve faunique des Laurentides. Je traverse souvent ce parc pour me rendre à Québec.
Je m’emmitoufle dans une couverture, j’ouvre mon sac de croustilles et je concentre toute mon attention sur le téléviseur. Quelques minutes plus tard, je suis impressionnée d’apprendre que la réserve faunique des Laurentides est peuplée, entre autres, de caribous, d’ours noirs, de porcs-épics, de martres d’Amérique et même de loups ! Je me promets de rester à l’affût la prochaine fois que j’emprunterai la route 175. Qui sait, j’apercevrai peut-être un jour l’un de ces animaux ?
Soudain, un long grincement résonne dans la maison.
Je me raidis, inquiète. Je me demande ce qui a bien pu causer ce bruit. Bottine l’a entendu elle aussi. Elle se met à grogner en fixant la porte d’entrée. Ça m’inquiète, car ma chienne ne grogne et ne jappe presque jamais. En général, elle adopte ce type de comportement seulement pour nous aviser, ma mère et moi, de l’arrivée de quelqu’un dans la cour. C’est justement ça, le problème : il est presque 22 heures, et je n’attends personne…




2
Grincements dans la nuit
U n deuxième grincement, encore plus sinistre que le premier, retentit. Le bruit est plus net que tout à l’heure, et je crois savoir d’où il vient. On dirait un grattement à la porte d’entrée. Je n’aime pas ça, je n’aime pas ça du tout !
Blottie dans ma couverture, je reste cachée pendant au moins deux longues minutes. Bottine, à mes côtés, ne cesse de japper. Puis, je me force à prendre un peu de recul et je me visualise dans cette position. Je trouve l’image qui me vient en tête complètement ridicule. J’ai dix-sept ans. Ce n’est pas normal pour une fille de mon âge d’agir ainsi ! Il doit assurément y avoir une explication logique à ces grincements sinistres.
À moins que ça ne soit Lili qui tente encore de me jouer un vilain tour ? Elle est capable de tout, mon amie Lili : elle adore faire des blagues aux gens. Je m’extirpe lentement de la couverture et balaie du regard l’ensemble du rez-de-chaussée. Je repère mon téléphone cellulaire sur le canapé voisin du mien. Je cours le chercher et reviens à ma position, puis je m’em­presse d’envoyer un message texte à ma meilleure amie :
Lili, où es-tu ?
Plusieurs secondes s’écoulent. Je tape du pied en jetant un coup d’œil vers la porte. Pourquoi mon amie ne me répond-elle pas ?
Chez monsieur et madame Perron, tu le sais bien ! Je garde leurs enfants. Tout va bien ?
Tu comptes terminer tard ?
Oui. Ils m’ont dit qu’ils rentreraient vers minuit. Pourquoi ?
Zut, je suis trop déçue. J’allais lui proposer de venir me rejoindre après son gardiennage, mais si elle en a jusqu’à minuit, il sera trop tard. Sa mère ne voudra jamais la reconduire chez moi à une heure aussi avancée.
Pour rien. On déjeune toujours ensemble demain matin au Petit Café ?
Oui. RV à 9 h. Je dois y aller maintenant, la petite se réveille. À demain !
O.K. Parfait pour 9 h. Bye, à demain.
Bon, mon amie Lili n’y est pour rien dans ces bruits étranges. Mais alors, de qui s’agit-il ? Ou de QUOI ?
Si je veux tirer ça au clair, je vais devoir prendre mon courage à deux mains et aller jeter un coup d’œil à la porte d’entrée. Cette idée ne me plaît pas du tout…
Je calme mon chien, toujours en état d’alerte, et me dirige lentement vers la porte. Je sens mon cœur faire boum, boum dans ma poitrine.
J’ai l’impression d’être l’héroïne d’un film d’horreur sur le point de se faire surprendre par le meurtrier.
À un mètre de la porte, je tends l’oreille de nouveau. Criiii… Ça y est, ça recommence. Bottine s’agite de plus en plus. Je lui ordonne de cesser d’aboyer.
Je m’approche encore plus près et me place sur le côté de la porte de manière à ne pas pouvoir être vue de l’extérieur. Je soulève doucement le coin du rideau qui cache la fenêtre. J’ai des sueurs froides. Mon souffle est court. Boum, boum, boum.
Je ne vois rien d’anormal à l’extérieur. J’aperçois la maison du voisin et sa voiture garée dans l’entrée. La neige a cessé et le ciel est clair : la lune brille dans le ciel. Je constate que le vent a fait des siennes en transportant beaucoup de neige sur le perron. Je sens qu’une corvée de pelletage m’attend demain, car j’ai promis à ma mère de m’occuper de l’entretien de la maison durant son absence.
Moi qui m’attendais au pire en soulevant ce coin de rideau ! Je crois que j’écoute un peu trop de films d’horreur. Je pousse un soupir de soulagement et relâche le rideau qui reprend sa position sur la fenêtre. Ma chienne se remet alors à aboyer. Je sursaute, puis m’agenouille à ses côtés :
— Mais qu’est-ce qu’il y a, Bottine ? Voyons, qu’est-ce qui te prend, mon chien ?
Bottine s’avance droit sur la porte et continue de s’agiter. On dirait qu’elle sent la présence de quel­qu’un. Je tente de la rassurer :
— Hé, mon chien, tu t’inquiètes pour rien. Il n’y a personne dehors. Je viens de vérifier. Tu veux voir, toi aussi ?
Ma petite chienne dans mes bras, je me relève et soulève de nouveau le rideau. Une silhouette noire et menaçante se découpe derrière la fenêtre.
Je hurle de toutes mes forces.




3
Le visiteur
B oum, boum, boum .
Ouf ! Je reconnais la silhouette. C’est mon amie ! Mais qu’est-ce qu’elle fait là ? En colère, je lui ouvre la porte.
— Lili, tu m’as fait peur ! Ne recommence jamais ça, compris ? Tu me connais, tu sais que je suis peureuse. En plus, je suis toute seule ce soir.
Je sens le froid s’infiltrer dans la maison. Je croise mes bras sur ma poitrine pour tenter de me réchauffer. Mon amie est morte de rire. Sans dire un mot, elle me montre la branche d’arbre qu’elle tient entre ses mains.
Stupéfaite, j’ajoute :
— Quoi ? C’était toi, les grincements ? Franchement, Lili, ce n’était pas ta meilleure idée. J’ai eu vraiment peur, tu sais ! Allez, dépêche-toi d’entrer avant de te transformer en glaçon.
— Honnêtement, je ne croyais pas que la blague fonctionnerait si bien, avoue mon amie en plantant la branche d’arbre dans un banc de neige. Je n’aurais jamais pu imaginer qu’un bout de sapin gelé frotté contre une fenêtre en plein hiver pouvait produire un tel son !
Lili entre enfin, dépose son sac sur le sol et enlève son manteau.
Je me dépêche de refermer la porte et de la verrouiller à double tour.
— Salut, toi ! lance mon amie en s’agenouillant pour gratter la tête de ma chienne. Eh oui, ce n’était que moi. Je t’ai fait peur à toi aussi ? Ma pauvre petite Bottine…
— Lili, quand je t’ai textée , tu m’as dit que tu étais encore chez monsieur et madame Perron…
— Eh bien, j’ai menti ! répond Lili en se redressant. Pour te faire une blague ! J’étais juste là, dehors, en train de t’effrayer avec la branche.
— Tu n’étais pas censée garder ce soir ?
— Oui, je gardais. Mais les parents sont revenus plus tôt que prévu. J’ai donc appelé ma mère pour qu’elle vienne me chercher, nous sommes passées chez moi prendre quelques affaires et elle m’a ensuite reconduite jusqu’ici.
— Je n’ai pas vu la voiture. J’aurais dû voir les phares de la fenêtre du salon…
Lili enlève ses bottes.
— Tu es perspicace, toi, ce soir. Si tu veux tout savoir, j’ai demandé à ma mère de se garer devant la maison voisine pour ne pas être repérée. Je tenais à arriver en douce.
J’ajoute, toujours les bras croisés :
— Je vois que ton mauvais coup était vraiment très bien planifié !
— Évidemment ! Tu me connais, non ? répond Lili du tac au tac avec un grand sourire.
— Bon, passons à autre chose maintenant. Je suis quand même très contente que tu sois là. Tu as tout ce qu’il faut pour passer la nuit ici ?
— Oui, ma chère amie ! Je viens te tenir compagnie et m’assurer que tu ne te coucheras pas trop tard ce soir, car tu dois être en forme demain pour ta dissertation de philosophie.




4
L’invitation
L e lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil, mon amie Lili et moi nous rendons à pied au Petit Café , un resto sympa qui se trouve pas très loin de chez moi. L’épaisse couche de neige qui recouvre le sol rend la marche très difficile. Les compagnies de déneigement doivent être débordées, car je n’ai vu encore aucune déneigeuse circuler dans les rues.
En entrant dans le restaurant, je croise un jeune homme habillé chaudement des pieds à la tête.
Seuls ses yeux sont visibles.
Et justement, son regard se fait très insistant lorsqu’il se pose sur moi. Mon amie me taquine :
— Ce n’est pas le moment de faire des conquêtes, Clara. N’oublie pas, tu dois te concentrer sur ta dissertation de philo de cet après-midi.
Le jeune homme se dirige vers les toilettes.
— Voyons, Lili, tu sais bien qu’il n’y a qu’un seul garçon sur cette planète qui m’intéresse vraiment : le beau Samuel !
— Oui, oui, je sais, répond Lili. Mais n’oublie pas que ton beau Samuel est en couple avec la jolie et super brillante Caroline.
Je grogne :
— Merci de me le rappeler.
Lili et moi nous installons à notre table préférée, tout près de la grande fenêtre qui donne sur la rue. Nous jasons de tout et de rien pendant un moment avant de passer notre commande à la serveuse. Sou­dain, mon téléphone cellulaire se met à vibrer. Je regarde l’écran. C’est Hugo, mon frère. Il habite la ville de Québec depuis l’an dernier. Il a quitté la région après ses études au cégep de Jonquière en art et technologie des médias. Il travaille aujourd’hui dans une boîte d’effets spéciaux pour le cinéma.
— C’est mon frère, Lili, je dois le prendre.
— O.K., pas de problème. Je vais en profiter pour aller au petit coin.
Je prends l’appel pendant que la serveuse nous sert du café.
Quand Lili revient, j’ai fini ma conversation téléphonique et j’ai le sourire fendu jusqu’aux oreilles.
— Quoi ? me demande mon amie. Qu’est-ce qu’il y a ? On dirait que tu as reçu une bonne nouvelle…
— C’est en plein ça ! Mon frère a enfin obtenu l’autorisation de me faire visiter les studios de postproduction où il travaille ! C’est dans ce genre de boîte qu’ils réalisent les effets spéciaux pour les films. Je ne voudrais pas manquer ça pour tout l’or du monde !
— Trop cool, répond Lili. Toi qui adores le cinéma ! Ça va être formidable… Et cette visite, elle doit se faire quand ?
Je prends une gorgée de café.
— Demain…
— Demain ? C’est un peu précipité, non ? Ton frère n’aurait pas pu te prévenir plus tôt ? Et ta mère qui est en déplacement…
— Ma mère va être d’accord, j’en suis certaine. Elle sait que je rêve de cette visite depuis longtemps. Je dois seulement trouver un moyen d’être à Québec demain matin.
La serveuse arrive avec nos assiettes. J’ai si faim ! Après l’avoir remerciée, je m’attaque à une tranche de bacon.
Pendant que Lili et moi mangeons notre petit déjeuner, j’ai la désagréable sensation d’être épiée.
J’ai l’impression qu’on me surveille.
Je scrute les alentours, mais ne décèle rien d’anormal... Toutes les personnes présentes dans le restaurant semblent être occupées à lire le journal, à boire leur café, ou encore à manger leur repas. Je dois m’en faire pour rien. Je chasse cette idée de mes pensées et tente plutôt de trouver une solution à mon problème de transport.




5
Covoiturage
J ’ai une première idée :
— Je pourrais peut-être y aller en bus ? Il y a des départs assez fréquents, il me semble.
— Tu devrais vérifier les horaires, me dit Lili. Attends, je le fais pour toi…
Mon amie Lili navigue quelques instants sur Internet avec son téléphone cellulaire.
— Non, impossible, reprend-elle. Le dernier départ aujourd'hui est à 15 h 30 et tu as ta dissertation de philo cet après-midi.
Je soupire.
— Oui, tu as raison. Je n’aurai probablement pas terminé à temps pour me rendre à la gare routière à l’heure. Et puis de toute manière, le bus, ça coûte trop cher.
— Alors, pourquoi ne pas y aller en covoiturage ? propose Lili. Tu l’as déjà fait souvent, non ?
— C’est une bonne idée. Mais je suis à la dernière minute… Habituellement, je réserve mes transports plu­sieurs semaines à l’avance. Je serais vraiment très chanceuse de trouver un conducteur quelques heures seulement avant le départ…
— Essaie quand même ! m’encourage Lili.
Je prends mon teléphone cellulaire et consulte le site de Covoigo, l’agence de covoiturage où je suis déjà inscrite. Je cherche la liste des départs de Saguenay. Le seul que je trouve pour aujourd’hui est annoncé pour 13 heures. Zut.
— Rien non plus, Lili. Il n’y a qu’un seul départ et il est à 13 heures. À moins que… Je pourrais peut-être mentir… Je pourrais envoyer un courriel à mon professeur pour lui dire que je suis malade et que, par conséquent, je serai absente cet après-midi…
Lili me fait de gros yeux.
— Tu n’es pas sérieuse, Clara. Ce n’est pas une bonne idée de mentir. Ça pourrait te coûter cher si jamais le prof venait à le savoir…
Je me sens honteuse d’avoir osé penser à cette solution.
Mentir, ça ne me ressemble pas, pourtant.
— Tu as raison, Lili. Ne t’inquiète pas, je ne ferai pas ça. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je vais donc devoir me faire à l’idée que je vais manquer ça… Je vais dire à mon frère que je ne pourrai pas y aller. C’est quand même décevant… Ça fait des semaines que j’attends qu’il m’invite à visiter son lieu de travail.
— Voyons, Clara, ne sois pas si pessimiste, lance Lili. Tu as encore un peu de temps devant toi. Des départs s’ajouteront peut-être au cours de la journée. Il faudra juste que tu penses à vérifier sur le site quelques fois ce matin.
— Je vais faire mieux que ça ! Je vais programmer une alerte. Comme ça, je serai tout de suite avertie par texto si jamais de nouveaux départs s’ajoutent aujour­d’hui. Je vais demander à être avisée de tous les nouveaux départs prévus à partir de 17 heures.
— C’est une bonne idée, ajoute Lili tandis que je pianote sur mon téléphone.
— Encore un peu de café ?
Je sursaute. C’est la serveuse. Je ne l’ai pas vue arriver, j’étais trop concentrée.
— Oui, s’il vous plaît.
— Et pour vous, mademoiselle ? ajoute-t-elle en s’adres­sant à mon amie.
— Non merci, j’ai ma dose de caféine pour la journée.
Après avoir rempli ma tasse, la serveuse se dirige vers la table voisine.
— Voilà, c’est fait, l’alerte est programmée.
— Super ! lance Lili.
Nous mettons ensuite de côté nos téléphones pour bavarder encore quelques minutes.
Soudain, Lili m’interrompt :
— Oh, oh, ne te retourne pas Clara. Thomas vient d’entrer dans le restaurant.
Je frissonne. Oh non, pas Thomas ! N’importe qui, mais pas lui…




6
L’ex-petit copain
T homas, c’est mon ex. Je l’ai quitté il y a quelques mois. Il ne l’a jamais accepté. Chaque fois qu’on se croise, il me regarde avec un regard chargé de haine. Je sens qu’il me déteste. L’autre jour, une voiture m’a suivie pendant cinq longues minutes alors que je rentrais à pied chez moi. J’ai eu la frousse de ma vie ! Puis l’auto m’a dépassée, et j’ai pu apercevoir le conducteur : c’était lui. Depuis ce temps, je le fuis. Je fais tout mon possible pour ne jamais le croiser. Je dirais même qu’il me fait un peu peur.
J’ai l’impression qu’il me veut du mal.
Je m’enfonce dans mon siège et demande à mon amie :
— Tu crois qu’il nous a vues ?
— Je ne crois pas, non. Il est avec un copain. Ils se sont installés au comptoir. Je n’en suis pas certaine, mais j’ai cru entendre qu’ils ont commandé un café pour emporter.
— O.K., on ne bouge pas d’ici tant qu’ils ne sont pas partis.
— Parfait, me répond Lili, aux aguets.
Cinq minutes plus tard, Lili m’informe que Thomas et son ami ont quitté le restaurant. Je peux enfin souffler, soulagée. Je relève la tête vers la grosse horloge murale qui se trouve devant moi.
— Bon, on y va ? Il faut que j’aille au cégep pour étudier.
— Oui, moi aussi, je dois partir, j’ai un cours qui commence bientôt.
Au moment où je me relève pour enfiler mon man­teau, je sens mon cellulaire vibrer dans ma poche. Je m’en empare et pose les yeux sur l’écran.
— Ohhhh ! Trop chouette ! C’est une alerte de Covoigo ! Un nouveau trajet Saguenay-Québec vient de s’ajouter.
— Ah oui ? À quelle heure ? demande Lili.
— À 17 heures exactement.
— Dépêche-toi de réserver ta place.
— Oui, je le fais à l’instant… 17 heures, c’est trop parfait ! Je prendrai un taxi pour me rendre sur le lieu du départ, à la quincaillerie Les pros de la réno .
Alors que nous nous dirigeons vers la sortie, Thomas apparaît comme par magie devant moi.
Je sursaute. Je le croyais parti !
Se serait-il caché volontairement dans le restaurant afin de me surprendre ?
— Salut, Clara, me lance-t-il sur un ton glacial. Tu pars pour Québec ce soir ? Si tu veux, je t’emmène, je vais à Montréal. Je te déposerai en chemin.
Je suis surprise. Comment peut-il savoir que je pars pour Québec ? Lui et son ami nous auraient-ils espionnées ? De plus, je n’aime pas du tout le ton qu’il emploie pour me parler.
J’ai l’impression d’être une proie qu’il essaie de traquer.
Je voudrais lui répondre, mais la voix me manque. Je suis encore sous le choc de le voir ainsi planté devant moi. Lili vient alors à ma rescousse :
— Non merci, Thomas. Tout est arrangé. On partait, justement. Bye !
Puis, elle m’empoigne par les épaules et me guide pour contourner Thomas et son ami qui ne font même pas un pas pour nous céder le passage.
Une fois à l’extérieur, nous nous dépêchons d’atteindre l’arrêt d’autobus pour nous rendre au cégep.




7
Le départ
Q uelques heures plus tard, je finis de préparer mes bagages dans ma chambre quand j’entends un coup de klaxon. Le taxi que j’ai commandé pour 16 h 30 serait-il déjà arrivé ? Je regarde l’heure sur mon réveille-matin. Quoi ? Il est 16 h 28 ? Oh non, pas déjà ! Je ne dois pas faire attendre le chauffeur, il risquerait de repartir… Et s’il repart, je n’aurai jamais le temps d’appeler un autre taxi !
À la hâte, je remplis mon sac des quelques affaires que je veux emporter avant de me diriger au pas de course vers la porte d’entrée. J’enfile mes habits d’hiver, je m’empare de mon téléphone cellulaire et je sors. Je barre la porte, puis me dirige vers le taxi. Après m’être engouffrée à l’intérieur du véhicule, je salue poliment le conducteur, un homme d’une cinquantaine d’années, et lui demande de me déposer devant la quincaillerie.
Alors que la voiture se met en route, je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. C’est sûrement ma mère.
Elle doit être inquiète à l’heure qu’il est.
Elle sait que je dois partir pour Québec ce soir. Je lui ai tout expliqué tantôt, au téléphone. Elle était d’accord pour que je me rende chez mon frère, bien qu’un peu nerveuse à l’idée que je voyage avec un inconnu.
Je touche l’écran tactile de mon téléphone, et le message s’affiche :
Salut ! Tout va bien, ma chérie ?
Oui, oui… Je suis dans le taxi, en route vers la quincaillerie.
Je crois que tu devrais annuler ton voyage. Il paraît que le temps est mauvais au Saguenay, je l’ai vu à la télé. Hugo comprendra. Je suis certaine qu’il pourra obtenir une autre autorisation pour que tu passes une journée à son travail.
Je regarde par la fenêtre du taxi. Ma mère a raison. Le temps se gâte. Mais il n’est pas question que j’annule mon voyage parce qu’elle s’en fait pour la météo.
Tout va bien aller, m’man. J’ai trop hâte d’y être, pas envie d’annuler ! Je te tiens au courant lorsque je serai arrivée à Québec. Gros bisous, je t’aime. XXX
Tête de mule ! Bon voyage. Sois prudente ! Je t’aime aussi, mon poussin.
Tête de mule… Venant de ma mère, c’est presque un petit mot d’amour ! Elle adore m’appeler comme ça depuis toujours.
Une dizaine de minutes plus tard, le taxi s’immobi­lise dans le stationnement de la quincaillerie Les pros de la réno. Je jette un coup d’œil à l’extérieur. Avec le vent qui s’est levé, c’est une véritable poudrerie. Le froid laisse des traces sur les vitres de la voiture, qui sont de plus en plus givrées.
Le chauffeur se retourne vers moi.
— C’est bien ici que je dois vous laisser, ma p’tite mam’zelle ? me demande-t-il d’une voix enrouée.
Je regarde à nouveau dehors. On dirait qu’une véritable tempête se prépare. Il ne manquait plus que ça ! Pourtant, ce n’est pas ce que les prévisions météorologiques annonçaient il y a quelques heures. Inquiète, je me couvre la tête avec ma tuque de laine rose bonbon, ma préférée. À l’exception de quelques voitures garées tout au fond, le stationnement est vide. J’imagine que ces autos appartiennent aux employés de la quincaillerie, qui sont sur le point de fermer le magasin.
Je réponds :
— Oui, c’est bien ici.
Je tends à l’homme un billet de vingt dollars, incluant un généreux pourboire. Il me remercie et ajoute :
— Attendez-vous quelqu’un ?
— Oui, on doit passer me prendre à 17 heures. Mais la personne ne semble pas encore arrivée…
Le chauffeur de taxi regarde sa montre. Il fronce les sourcils.
— Il est 16 h 50. Il vous reste donc dix longues minutes à attendre. Je ne peux pas vous laisser ici toute seule par cette température, ma p’tite mam’zelle. Il fait très froid dehors ! La quincaillerie est sur le point de fermer, et si la personne que vous attendez est en retard, vous allez geler !
Ça, c’est un très bon point. Je n’ai aucune certitude que mon chauffeur de Covoigo sera ponctuel. Mais je décide de garder espoir.
— Ça devrait aller, monsieur. J’ai un téléphone. Je pourrai contacter quelqu’un en cas de besoin, ma mère par exemple.
Je viens de lui mentir.
J’enfile mes mitaines tricotées à la main et agrippe la poignée de la portière. Il est temps de braver la tempête.
Soudain, une violente rafale fait trembler la voiture. Puis, BANG ! Quelque chose vient frapper à toute vitesse la vitre de ma portière. Je sursaute violemment sur mon siège tout en poussant un cri.
Mon cœur se met à palpiter dans ma poitrine.




8
Dans le taxi
L entement, je tourne la tête vers la vitre sans trop savoir si j’ai vraiment envie de découvrir ce qui vient de la heurter.
— Hé ! lance le chauffeur de taxi. Mais qu’est-ce qui se passe ? C’était quoi, ce bruit ?
Je reprends mon souffle avant de tendre le cou vers la portière afin d’observer le sol. Ah ! J’aperçois quelque chose que je n’arrive pas à identifier immédiatement. C’est un gros objet, de forme pointue. Il est de couleur orange…
Il s’agit d’un cône de signalisation routière ! Il gît dans la neige. Mais au fait, qu’est-ce qu’il fait là, ce cône ? Ce n’est pas la saison des rénovations pourtant, ni des travaux routiers.

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