Coquelicot sur un rocher
144 pages
Français

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Description

Carla, journaliste de guerre en Afghanistan, est en quête. Elle cherche quelque chose de signifiant, à ramener à son fils Théo.
De son côté, Tom, un jeune Américain de dix-neuf ans, essaie de trouver un sens à cette guerre pour laquelle il s’est engagé sans savoir pourquoi. Sa mère se ronge les sangs en pensant à son fils.
Laïla et Amir, habitants d’une Kaboul en poussière, ont été séparés par les conflits.
Ces mères et ces jeunes sont liés par un seul et même combat, celui de l’amour.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2018
Nombre de lectures 3
EAN13 9782897501174
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0021€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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2


Table des matières
Préface de l’éditeur ................................................ 7
CARLA ....................................................................... 11
ELAINE .................................................................... 53
LAÏLA ...................................................................... 89



coquelicot
sur un rocher



Titre : Coquelicot sur un rocher
Texte : Aurélie Resch Illustration de la couverture
et conception graphique : Christian Quesnel Stagiaire en édition : Léonore Baillache
Révision linguistique : Léonore Baillache et Sébastien Lord-Émard
Direction littéraire : Marie Cadieux
ISBN (papier) 978-2-89750-115-0 ISBN (PDF) 978-2-89750-116-7
ISBN (EPUB) 978-2-89750-117-4 Dépôt légal : 2 e trimestre 2018
Impression : Friesens
Diffuseur au Canada : Prologue Téléphone : (450) 434-0306 / 1 800 363-2864 Télécopieur : (450) 434-2627 / 1 800 361-8088 Courriel : prologue@prologue.ca
Distributeur en Europe : Librairie du Québec/DNM
Téléphone : 01.43.54.49.15
Télécopieur : 01.43.54.39.15
Courriel : direction@librairieduquebec.fr
Pour ses activités d’édition, Bouton d’or Acadie reconnaît l’aide financière de :
Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
© Bouton d’or Acadie inc.
Case postale 575
Moncton (N.-B.) E1C 8L9 Canada
Téléphone : (506) 382-1367
Télécopieur : (506) 854-7577
Courriel : boutondoracadie@nb.aibn.com
boutondoracadie.com Membre du REFC : www.refc.ca
Un livre créé en Acadie et imprimé au Canada





























































































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Aurélie Resch


BOUTON D’OR ACADIE


coquelicot
sur un rocher





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Préface de l’éditeur


La guerre entre les États-Unis et l’Afghanistan commence à l’hiver 2001, au lendemain des attentats du 11 septembre. La capitale, Kaboul, est contrôlée depuis 1995 par le régime des talibans, un groupe armé islamiste commandé par les forces secrètes pakistanaises qui protègent l’organisation terroriste Al-Qaïda. Cette dernière est dirigée par Oussama Ben Laden, l’homme qui a commandité les attentats contre New York et le Pentagone. Ils défendent une vision rétrograde de l’Islam où les libertés individuelles, et surtout celles des femmes, sont restreintes, et se battent contre les régimes politiques occidentaux.
Les forces de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) envoient leurs troupes : à la fin de l’année 2001, le régime taliban s’effondre, et Al-Qaïda fuit au Pakistan où des jeunes hommes sont formés pour devenir des guerriers.
Après cette victoire rapide, en 2003, les forces américaines partent en Irak où le gouvernement est suspecté d’avoir des liens avec l’organisation terroriste, et la présence militaire en Afghanistan diminue. Les talibans reviennent du Pakistan, à la conquête de Kaboul, et la guerre reprend. C’est à ce jour la plus longue guerre menée par les États-Unis.



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À Sylvain, Louis, Thalia





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CARLA


La nuit noire tranche sur la terre aride, blanchie par le vent. Ce coin du monde est vide. Hostile. Le silence qui y règne est écrasant. Parfois on croit entendre des voix. Celles qui passent à la radio. Celles qui murmurent dans les montagnes.
Rentre chez toi, étrangère.
Nous ne voulons pas de toi ici.
Nous sommes en guerre
Et du sang nous répandrons
Partout où nous passerons.
Par-dessus les plaines qui gisent le ventre ouvert, la hargne gronde partout sous les roches.
Ne vois-tu pas que nous régnons ici en maîtres
Et que les armées de ton pays nous font rire ?


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Rentre chez toi, femme
Et épargne à ta famille un deuil pénible.
Tu n’as rien à faire ici.
La nuit s’est immobilisée. Comme la vie. Ce campement militaire est perdu à mille milles de toute terre habitée. Pourtant, pour qui prêterait l’oreille, un chœur, un écho, résonnerait.
Il n’y a plus rien à écrire sur nous
Qui n’ait déjà été dit.
Ta présence nous insulte.
Ne foule pas notre sol
Ou alors nous te traquerons
Et te tuerons
Nous sommes en colère.
Nous sommes en guerre.
Il est temps que l’Afghanistan se libère
Et qu’elle renaisse de ses cendres.
Afghanistan !
Nous nous battons pour toi.



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Dans sa tente, Carla écoute. Le bruit. Le silence. Tout ça se mêle et se confond. Est-ce seulement possible ? Depuis le temps, elle a appris à ne plus s’ étonner, à ne plus se poser de questions dont les réponses n’ ont finalement aucune importance.
Cette nuit est froide et noire. Elle se souvient de chez elle, là-bas, où tout est lumière. Elle entend les reproches de son mari. Ses agressions. Elle voit le sourire de son fils. Elle sent la douceur de ses cheveux sous ses doigts. Oui, elle est partie. Elle l’ a laissé, lui et son père, derrière. Elle reviendra. Elle revient toujours. Mais, entre ses retours, il y a sa quête, ses reportages. Sa raison d’ être. Ils lui font comprendre ce monde, les hommes qui s’ y agitent. Elle a un fils. Il est tout pour elle. Elle lui doit de pouvoir répondre à ses interrogations, de lui présenter le monde dans lequel ils vivent. Pour cela, elle parcourt les continents, couvre les conflits, vieillit un peu plus à chaque expérience et cherche toujours la réponse qui lui manque. Au boulot, ils la croient accro à l’ adrénaline, pro jusqu’ au bout des ongles qu’ elle se refuse de ronger. Son mari lui en veut. Il ne veut pas se retrouver seul avec un enfant à qui il devra expliquer l’ inconséquence d’ une mère qui a choisi la guerre plutôt que son rire. Ce n’ est pas ainsi qu’ elle voit les choses.
Italienne, domiciliée aux États-Unis avec sa famille, Carla a rendez-vous avec le monde. Celui où règne le chaos. Elle est une excellente reporter de guerre. Sa place dans le célèbre journal est très convoitée, mais elle n’ a


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rien à craindre. Et puis elle s’ en moque. Ce n’ est pas pour ça qu’ elle parcourt les conflits. Qu’ elle se retrouve ici, dans ce désert afghan, loin de son fils, au milieu d’ hommes – des soldats – qui l’ écœurent tout autant qu’ils l’ intriguent. Ça rentre, ça sort, à heure régulière. Ça part en mission, ça s’ ennuie et ça se gratte. Ce sont des hommes loin de chez eux, tendus, inquiets, fatigués. Racistes ou incertains. Commandants ou soldats. Il y en a pour aboyer des ordres, d’ autres pour les exécuter. Il y a ceux qui y croient et ceux qui doutent. Elle n’ a rien à faire ici. C’ est ce qu’ elle se dit. C’ est ce qu’ ils pensent tous. Et pourtant, c’ est le deal . Pour aller au cœur du conflit, il lui faut une protection. La leur. Assignée au camp, elle part avec eux dans leur mission, observe, consigne, rapporte. Elle a si peu de libertés. Et comme eux, elle a trop de temps à tuer. Elle est trop loin de là où elle devrait être. Comme eux, elle doit se montrer patiente. Ce n’ est pas grave. Elle a l’ habitude. Mais parfois, leur odeur, leur verbiage l’ exaspèrent et le temps morne qui ne veut pas passer devient douloureux. C’ est son moment pour se retirer sous sa tente et écrire à Théo. Son fils.
Comment le silence peut-il être aussi dense sans que le bruit ne cesse jamais ? Toujours un cri. Un rire. Des ricanements. Des sifflements. Le bruit des bottes, du matériel qu’ on transporte, des véhicules qui entrent et se garent, ou sortent et accélèrent. Et quand ce ne sont pas les hommes, ce sont les tirs de roquettes qui déchirent la nuit, les hélicoptères qui zèbrent le ciel. Il y a beaucoup de bruit et toujours plus de vide. Étonnant.



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La lampe à pétrole éclaire autant qu’ elle sent. Trop fort. Carla trouve ses doigts gourds et ses mains crispées. Elle les aurait voulues plus douces pour écrire à son fils. Parfois, Carla s’ interrompt et lève les yeux, comme si ceux qui ne sont pas là se trouvent au-dessus de nous, dans notre imaginaire. Au ciel.
Carla écrit chaque jour à Théo. Elle lui a écrit l’ Iran et le Pakistan. Maintenant l’ Afghanistan et derrière tous ces « -an », elle lui parle d’ elle, de lui, de leur place dans ce monde qu’ il faut comprendre pour mieux accompagner. « Qu’ est-ce qu’ il y comprend, lui, à ces conflits, à cette folie ? À ta passion pour la mort et la souffrance ? » La voix de son mari et de tant d’ autres résonnent à ses oreilles. Tant pis. Elle écrit quand même. Sur la mort. Sur la souffrance. Sur ce qu’ elle voit. Ses réflexions. Son fils n’ est pas idiot. Il sait. Il comprend. Partager et l’ entraîner là où il n’ ira jamais, c’ est lui faire cadeau d’ un bout de ce monde. C’ est lui dire qui est sa mère, ce qu’ elle fait, ce qu’ elle pense, ce qu’ elle ressent lorsqu’ elle marche dans les rues encore brouillées d’ éclats d’ obus et de poussière de plâtre. Lorsqu’ elle voit un enfant mort, qu’ elle entend un homme se plaindre. Kandahar ne doit pas être amalgamée avec Kosovska Mitrovica ou Kigali. Oui, ce sont des terres sans aucune richesse autre que les hommes blessés qui l’ habitent. Oui, on y tue en masse et oui, les gouvernements étrangers se mêlent de leur histoire. Mais Kandahar et son peuple sont tellement différents des autres endroits.
Depuis qu’ elle est arrivée en Afghanistan, et qu’ elle est venue se terrer dans ce coin du pays, Carla est fébrile. Quelque chose en elle lui dit que son but est proche.



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Que ce qu’ elle cherche depuis tant d’ années se trouve là, à portée de doigts. À portée de cœur. Il lui faut juste bien regarder. Mieux voir. Ça pulse dans son ventre. Dans ses veines. Le temps passe et elle se rapproche. C’ est pour ça que depuis quelques jours l’ impatience sourd en elle et que l’ attente lui fait si mal. Savoir qu’ on tient la réponse à une énigme fondamentale et se tenir assise sur ses mains à attendre, c’ est un supplice intolérable. Cela aussi, Carla le dit à Théo. Elle lui dit ses doutes, son impuissance, son impatience. Elle lui dit tout. Son Théo à la peau claire et au sourire de miel. Théo qui sait faire cascader son rire comme il sait la regarder en silence. Intensément. Est-ce qu’ il ne lui manque pas cruellement, ce fils tant aimé ? La chair de sa chair ? Elle le caresse avec ses mots, elle l’ enlace au détour d’ une phrase. Quelle mère serait-elle si elle ne ressentait pas le manque de son enfant… ?
Son sixième sens l’ avertit d’ une présence près de sa tente. La toile est effleurée. Ce n’ est pas la première fois qu’ un homme vient rôder ici. Carla est prête. Elle s’ est toujours tenue prête, dans cette vie, à affronter la violence. Ça n’ empêche pas une boule de se former au creux de son estomac. Ses mains se crispent, puis se relâchent. Il n’ y a pas de danger. L’ ombre appartient à un inoffensif. Il ne frappe pas. N’ appelle pas. Il soulève la toile et entre, puis se tient immobile juste à l’ ouverture. Silencieux. Il s’ appelle Tom. Il est blond, gauche, hésitant. Bien élevé. Une rareté dans ce camp.
- Tout va bien, Madame ?
Ce soir, sa voix est légèrement enrouée. Il est grand et mince. La peau bronzée et les lèvres craquelées. Il



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s’ accroche à son rôle comme il peut. Avec courage et incertitude. Carla a eu le temps d’ apprendre à connaître chacun des soldats de ce bataillon où elle est assignée. Malgré elle. Leur physique. Leur nom. Leur attitude. Leur rêve. Leur peur. Leur bêtise. Leur violence. Et eux, que voient-ils d’ elle ? Derrière sa silhouette décidée, ses longs cheveux noirs et sa bouche charnue ? Un poids ? Un boulet à traîner ? Une capricieuse écervelée de journaliste ? Une caricature ?
- Les tirs…
- Vous les entendez encore ?
- Pas vous ?
Il est surpris. Carla ne répond pas. Il a l’ air mal à l’ aise et elle ne fait rien pour l’ aider. La solitude, ça ne se partage pas. L’ intimité de sa tente, il la lui a prise, sans la lui demander. Elle voulait rester concentrée, avec son fils. Le jeune soldat est venu. Il a l’ air vraiment mal. Il ne semble pas pour autant prêt à partir. Les yeux dans ceux du jeune Tom, Carla demande :
- Vous voulez vous asseoir ?
- Oui. Non. Je veux dire… Je ne devrais pas. Je vais vous laisser. Il faut que j’ y aille. Je crois.
Il reste debout. Il ne sait plus. Patience.
- Vous écrivez sur nous ?
- Vous aimeriez ?
- On dit qu’ ils sont terribles.
- Vos camarades ?
- Non. Eux.



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- Pire encore.
Tom finit par s’ asseoir. Il semble chercher à gagner du temps.
- Vous les connaissez ?
- Il faudrait ?
Carla se demande pourquoi elle est aussi sèche. Est-ce le temps passé ici dans le désert avec tous ces uniformes, loin de son fils, qui la durcit ainsi ? Est-elle en train de perdre son humanité elle aussi ? Tom était là quand elle était arrivée au campement. Il y a un certain temps déjà. Et pourtant, il donne une impression de fraîcheur et d’ inadéquation.
- C’ est votre première guerre, Tom ?
Il ne répond pas. Il s’ est assis à côté d’ elle sur le lit. Il regarde par terre.
- Ça impressionne toujours beaucoup au début.
- Et après ?
- Après, ça écœure. Comme le chocolat. Quand on a terminé d’ en apprécier toute la puissance, qu’ on en est rassasié, ça soulève le cœur.
- Le chocolat ?
- La guerre. Mais avant, on s’ en approche. On s’ imprègne de son arôme. Puis on cède à la tentation et on goûte. On découvre. Et on en reprend. Encore. Et encore. Et on s’ étonne à chaque fois de son amertume qui reste en bouche après avoir goûté à son intensité.
En prononçant ces mots, ce sont tous les conflits qu’ elle a couverts qui défilent devant ses yeux. Toute



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la misère d’ un peuple qu’ elle peut lire dans ceux d’ une femme qui tient son enfant mort de faim dans ses bras. Toute cette terre aride qui n’ en finit pas de craquer. Carla ne s’ en est pourtant pas repue. Elle est là, encore aujourd’ hui, à renifler la mort et la souffrance. Comme les autres. Qu’ est-ce qui la distingue d’ eux, au fond ?
- Vous, ça vous impressionne toujours ?
Carla se lève et écarte la toile de sa tente. Dehors, le ciel est noir. Comme tous les soirs. Des exclamations fusent. Il semble qu’ une fièvre s’ empare de l’ autre extrémité du camp.
- Qu’ est-ce qu’ ils fêtent vos copains ?
- Casey et Marc ont ramené un prisonnier.
Carla se tourne vers Tom, toujours assis sur son lit, le regard perdu quelque part sur le sol. Il n’ a rien à faire là, ce môme. Tout pâle avec de grands cernes sous les yeux. Il devrait être sur les bancs d’une université.
- Ça va aller, Tom.
- Oui.
Il gagne du temps.
- Les tirs… Ils ne couvraient pas les cris, n’ est-ce pas ?
Pauvre Tom. Il se prend la tête entre ses mains. Pense- t-il ainsi ne plus entendre les cris ? Carla s’ approche et lui passe la main dans les cheveux. Ils ont la même douceur que ceux de son fils. Le soldat ne tremble pas. Ne réagit pas. Elle espère pouvoir lui passer un peu de sa tranquillité. De sa maturité. Il ne tiendra jamais la distance. Trop tendre. Carla s’ assoit. Le lit est tellement inconfortable. Même transformé en banc, il est douloureux.

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