Delphine et le piège infernal
84 pages
Français

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Description

1661, royaume de France. Delphine de Renvers est la plus heureuse des petites filles. Son père, le comte Hervé, va épouser Jeanne de la Trame. Et en plus d’une belle-mère, Delphine aura désormais une sœur de son âge : Gabrielle. Seule Fauvette, fille de servante et meilleure amie de Delphine, ne voit pas les nouvelles arrivantes d’un bon œil. La croyant jalouse, Delphine refuse d’écouter ses arguments. Hélas, le pressentiment de Fauvette se révèle prémonitoire, car Jeanne de la Trame est en réalité une veuve noire qui a déjà tué trois maris et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Sous des dehors charmants, elle et Gabrielle vont tout faire pour dépouiller le comte de Renvers et Delphine de leurs biens. Et gare à qui se mettra en travers de leur route !


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 29 janvier 2019
Nombre de lectures 15
EAN13 9782215172253
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0016€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
1 – Delphine de Renvers
2 – Gabrielle d’Amaryllis
3 – Aventures de Général
4 – Une annonce officielle
5 – Les noces de cendres
6 – La broche
7 – Le chocolat
8 – Une histoire du duc de Vreycran
9 – Le voleur frappe encore
10 – Mirabelle s’en va
11 – Le démon de la tour maudite
12 – Rendez-vous à minuit
13 – Le secret du comte de Renvers
14 – Le cousin du roi
15 – L’incendie
Épilogue
À paraître
Page de copyright
À ma famille, avec toute mon affection.
Chapitre 1
Delphine de Renvers
L e 27 septembre 1611, Delphine de Renvers fêtait ses dix ans. Ce matin-là, elle ne fut pas autorisée à s’habiller de la première robe de coton venue et à chausser ses habituels sabots crottés. En ce jour exceptionnel, elle devait tenir son rang. Son père, le comte Hervé, prévoyait une grande fête, et beaucoup d’invités avaient été conviés pour l’occasion. Que n’aurait-on dit en voyant la vicomtesse de Renvers accoutrée comme une sauvageonne.
– Vite, vite, vite ! Mirabelle, s’impatienta Delphine devant le miroir de sa coiffeuse. Père m’a promis un cadeau au-delà de mes espérances les plus folles !
Mirabelle était la servante de Delphine. C’était une femme grande et forte qui aurait pu battre n’importe quel homme au bras de fer… et il fallait bien ça pour maintenir Delphine sur son tabouret.
– Vos « espérances les plus folles »… Eh bien cela promet en effet, soupira-t-elle en essayant de donner un semblant d’élégance aux longs cheveux châtains et désordonnés de Delphine.
– N’est-ce pas ? répondit joyeusement cette dernière sans saisir l’allusion. Oh, dois-je réellement me déguiser en poupée de porcelaine ? C’est si inconfortable !
– Nous ne voulons pas faire honte à monsieur le comte, répliqua Mirabelle. Et c’est une manière d’honorer nos invités.
Elle parlait souvent comme si elle faisait partie de la famille. Il faut dire qu’elle avait élevé Delphine depuis la mort de sa mère la comtesse Eloïse, cinq ans plus tôt, et qu’elle la considérait un peu comme sa fille. Elle en avait une bien à elle cependant, qui répondait au nom de Fauvette et qui allait sur ses onze ans. Plus âgée de presque une année, celle-ci apprenait beaucoup de choses à Delphine. On les prenait souvent pour deux sœurs car elles jouaient toujours ensemble. Comme Delphine préférait les solides robes paysannes et les sabots qui permettaient de courir les champs et de grimper aux arbres, il était difficile de reconnaître la vicomtesse quand on la croisait dans les environs. Il n’était pas rare que même les habitants des villages alentour la confondent avec Fauvette. De plus, Delphine était aussi grande que son amie et elles avaient la même chevelure ébouriffée, bien qu’au château Fauvette dût dissimuler la sienne sous un bonnet blanc.
Assise sans façon sur le lit de Delphine, elle observait tous ces préparatifs d’un œil émerveillé.
– C’est terminé ? demanda Delphine en se trémoussant dangereusement.
– Presque, la rassura Mirabelle. Mais il manque l’essentiel. Fauvette, la goutte de sang s’il te plaît.
Fauvette sauta sur la table de chevet, sur laquelle était posé un rubis de l’eau la plus pure serti dans un médaillon d’or finement ciselé. Le médaillon était accroché à une chaîne du même métal précieux. Fauvette prit le fabuleux bijou aussi délicatement que possible et le donna à sa mère avec solennité.
– Comme madame la comtesse serait fière de voir sa fille ainsi vêtue et parée de son plus beau joyau ! dit Mirabelle en raccrochant au cou de Delphine la goutte de sang, qu’elle avait dû lui ôter afin de réaliser sa coiffure.
Delphine portait ce bijou tous les jours, et c’était un peu comme si sa maman ne la quittait jamais, mais d’ordinaire le beau rubis disparaissait sous son col de coton grossier. Ce jour-là, en le voyant dans la glace, elle comprit ce que Mirabelle voulait dire. Il y eut un instant de profond silence, puis Delphine se leva pour aller se mirer dans son grand miroir sur pied.
– Oh, que tu es belle ! s’écria Fauvette en battant des mains. On dirait une princesse de la cour.
Delphine avait du mal à se reconnaître dans cette jeune fille aux cheveux propres rassemblés en boucles au-dessus de ses oreilles, et dans cette longue robe de soie bordeaux ­agrémentée de fines dentelles. Elle avait même de jolies bottines vernies et une cape qui glissait sur le sol.
– Je vais dégringoler les escaliers comme une barrique si j’essaye de marcher avec tout ce tissu sur le dos.
– Il me tarde d’assister à ça, déclara Fauvette en éclatant de rire.
– Je vous interdis bien de dégringoler les escaliers, mademoiselle, gronda Mirabelle. Quant à toi, Fauvette, tu n’assisteras à rien du tout. Une servante au milieu des duchesses et des barons, a-t-on jamais entendu pareille sornette ! Va plutôt chercher des œufs au poulailler, tu sais comme monsieur le comte aime à manger son œuf du jour à la coque tous les matins. Allez, file !
La joie de Fauvette retomba d’un coup. Traînant les sabots, elle s’éloigna en reniflant dans son tablier.
– Pour te consoler, je te donnerai cette robe sitôt les invités partis, lui lança Delphine. Elle t’ira à ravir, nous sommes de la même taille.
– Pour sûr que les vaches se sentiront honorées quand tu iras les traire ! ajouta Mirabelle ses poings de marin sur ses hanches volumineuses.
– Ce n’est pas très charitable de te montrer si cruelle avec ta fille, Mirabelle, fit remarquer Delphine une fois Fauvette partie.
– Ce l’est encore moins de la traiter comme votre égale, mademoiselle, répliqua Mirabelle. Vous allez faire votre entrée dans le grand monde aujourd’hui, tandis que ma petite Fauvette recoudra vos habits déchirés. Vous portez des rubis quand elle doit se contenter de colliers de paille. Lui mettre en tête qu’elle vêtira un jour robes et bijoux de princesse, voilà qui est cruel. Il est grand temps que chacun prenne sa vraie place dans cette maison.

Delphine descendit les escaliers avec une grande prudence et entra dans la salle à manger où le comte Hervé était déjà assis à table.
Le comte de Renvers était grand et brun. Son visage respirait la franchise. Une lueur un peu mélancolique adoucissait ses yeux noirs sous des sourcils volontaires. Outre son château, il possédait toutes les terres alentour, et le village voisin portait son nom. Tout le monde l’appréciait dans la région car c’était un seigneur bon et généreux. Sa réputation d’homme de bien et de bonne lignée n’était plus à faire. Il lui arrivait quelquefois d’accueillir sur ses terres un paysan fuyant un méchant maître. Si le fuyard était de bonne foi, le comte de Renvers lui donnait alors une chaumière pour sa famille et un bout de terre à cultiver.
Delphine s’installa devant un solide déjeuner. Du pain blanc, du jambon, du lait et de la tisane étaient à disposition, mais Delphine préférait l’épaisse soupe des paysans qui tient bien au corps et le pain bis réservé d’ordinaire aux chevaux. Comme chaque matin, son bol fumant et son pain noir l’attendaient à sa place.
– Excusez-moi, mademoiselle, mais lorsque je vois une parfaite inconnue entrer chez moi et s’installer à ma table sans vergogne, malgré tout le respect que je lui dois, je suis logiquement en droit de lui demander qui elle est et ce qu’elle veut, dit le comte en fronçant les sourcils. Je vous signale également que je possède de gros chiens de garde qui ne sont nourris qu’une fois l’an.
– Oh, père, vous êtes plus cruel encore que Mirabelle, soupira Delphine moitié agacée, moitié amusée.
– Delphine ? fit le comte avec des yeux ronds.
Il la scruta pendant une minute.
– Mais oui, vous êtes incontestablement ma fille, la vicomtesse Delphine, conclut-il enfin. Il est heureux que vous portiez la goutte de sang qui me le prouve. Ne m’en voulez pas, mais sans vos haillons, votre couche de crasse et votre rideau de cheveux, j’ai bien du mal à vous reconnaître. Qu’en dis-tu, Barrois ?
Barrois était très vieux. Il avait suivi le comte de Renvers durant toute sa vie. Il avait été son valet pendant sa jeunesse puis son aide de camp à l’armée. Le bruit courait qu’il gardait un pistolet toujours chargé sous son oreiller « au cas où ». À présent, la jambe tremblotante mais la main toujours ferme, il était le maître d’hôtel du château. Le comte lui avait offert une confortable retraite bien méritée au regard de son âge avancé, mais Barrois avait refusé tout net expliquant qu’il n’avait pas de famille, qu’il s’ennuierait tout seul et qu’il ne voyait pas sa vie autrement qu’au service de monsieur le comte.
– Une véritable jeune fille de la cour, si je puis me permettre, répondit-il très sérieusement au comte avant de sortir discrètement.
En entendant cela, Delphine avala de travers et faillit s’étrangler. Pour rien au monde elle n’aurait voulu quitter sa belle campagne pour la cour du roi à Paris.
– Et qu’a fait Mirabelle pour que vous la traitiez de cruelle ? reprit le comte.
Delphine lui raconta ce qui s’était passé avec Fauvette.
– Mirabelle fait preuve de beaucoup de sagesse, dit le comte.
Delphine se renfrogna devant son expression devenue soudain si grave.
– Je croyais que j’allais m’amuser aujourd’hui, et depuis mon lever, on ne me parle que de rang à tenir, de robes importables qu’il faut cependant porter, d’honneur à rendre, de richesse. Le bel anniversaire en vérité !
– Oh, voilà donc la raison de cette toilette de cérémonie, dit le comte comme s’il venait de se rappeler quelque chose d’important.
– Vous me taquinez encore, père, rétorqua Delphine en se trémoussant comme devant sa coiffeuse. Si vous me parliez plutôt de mon cadeau.
– Ah, oui, je vous dois un cadeau, il est vrai, reconnut le comte. Voyons, voyons, qu’ai-je fait du cadeau ?
– Père !
– Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, soit, admit le comte en riant.
– Alors mon cadeau ?
– Tout à l’heure, quand vos invités seront tous réunis autour de vous.
La porte s’ouvrit à cet instant et Fauvette entra en portant un plateau d’argent sur lequel un œuf trônait dans un coquetier en porcelaine.

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