Lance des paillettes ! (même si ta vie part en miettes...)
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Description

« Bon dieu, qu’est-ce qu’il était en train de faire ? Il était en train de passer son bras autour de mon épaule. Puis j’ai senti son autre main, qui s’est posée sur la mienne. Il m’a attirée vers lui. Tout à coup, son visage a été très proche. J’ai senti son souffle l’odeur de sa peau, une odeur d’été.
- Tess, a-t-il chuchoté.
J’ai eu le tournis. Puis ses lèvres sont arrivées. Sur les miennes. Je les ai senties très légères, comme si Mika voulait voir si elles étaient à leur place. C’était bien le cas. Très clairement.
Nous l’avons senti tous les deux. Mika m’a embrassée. Je l’ai embrassé. Parler ne nous intéressait plus. Et tous les pianos du monde ne nous intéressaient plus. Pour dire les choses clairement, le monde entier lui-même ne nous intéressait plus. Seuls Mika et moi comptions. Nous nous embrassions, comme si tout à coup, nous savions qui nous étions. Parce que c’était le cas. »


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 mai 2017
Nombre de lectures 62
EAN13 9782215135548
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17

Remerciements
L'auteur
Déjà parus
Faire des folies à New York ? Pfff, c’est à la portée de n’importe qui. Par contre, essaie un peu d’avoir une vie normale par chez nous, pour voir ! C’est un vrai défi. Tu ne me crois pas ? Eh bien vois par toi-même ! Tess
Theresa Walter
Fichtenstraße 70
60322 Francfort

Au ministère de l’Éducation du Land de Hesse
Luisenplatz 10
65185 Wiesbaden

Francfort, le 26 mai

Objet : Rythme scolaire

Madame la Ministre,
Madame, Monsieur,

Vous savez certainement que de nombreux adolescents se couchent tard et ont toutes les peines du monde à se lever le matin.
Vous pensez certainement que nous passons toutes nos soirées à traîner devant l’ordinateur, la télé ou dans des fêtes, et que c’est pour cette raison que nous ne sommes pas reposés le matin. Mais ce n’est pas vrai.
Bon d’accord, c’est en partie vrai. Mais ce n’est pas de notre faute. En effet, les adolescents ont par nature un rythme de sommeil différent des adultes et des enfants. Ils ne peuvent pas s’endormir tôt le soir et se réveiller tôt le matin, même s’ils le voulaient. C’est prouvé scientifiquement.
C’est ainsi depuis l’âge de pierre. La jeunesse est la période de la vie où les humains sont le plus en forme physiquement. C’est pour cette raison que pendant la préhistoire les adolescents étaient chargés du travail le plus difficile : ils étaient chasseurs de nuit. Ils passaient à l’action au crépuscule, partant tuer des ours pour l’ensemble de la tribu. Et le matin, tout naturellement, ils faisaient la grasse matinée.
Voilà, et même si tout cela remonte à très longtemps, le cerveau des adolescents ne s’est toujours pas adapté à la situation actuelle. Parce que l’adaptation, ça prend du temps.

Je n’ai rien inventé, je l’ai lu dans le journal ! Je vous prie donc de bien vouloir fixer le début des cours à neuf heures à partir de la cinquième. Au plus tôt du plus tôt. Dix heures serait idéal. Avant cette heure, toute phrase adressée à un adolescent est une pure perte de temps, ce qui engendre de la frustration pour toutes les parties concernées.

Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations respectueuses,

Theresa Walter, 14 ans, fatiguée.
1
Il y a environ un an, par une belle journée de mai, j’étais tranquillement installée dans ma chambre à faire des maniques au crochet.
Oui, je ne plaisante pas. Je trônais sur mon lit, assise en tailleur, et une manique à rayures jaunes et roses, dotée d’une boucle, était en train de naître entre mes doigts. Et ça, alors que trois autres créations du même genre s’étalaient déjà sur ma couette… toutes made by me , toutes plus hideuses les unes que les autres.
J’étais satisfaite car je venais d’écrire une lettre qui allait faire du monde un endroit où il ferait mieux vivre pour des milliers d’adolescents. D’ailleurs, c’était pour une raison similaire que je faisais du crochet. Je voulais aussi qu’il fasse mieux vivre pour une ado particulière : moi.
Parce que faire du crochet, ça change la vie. Ce n’est peut-être pas limpide à première vue, mais je peux fournir une explication : mes parents et moi, nous étions à ce moment-là dans un conflit d’éducation très classique : dès que j’avais une idée, ils trouvaient à y redire. Et cette fois, pour trouver une issue, il avait fallu que je me mette au crochet.
Tous ceux qui ont déjà eu des parents connaissent la règle : n’essaie jamais de les comprendre. Tu n’y arriveras pas, car ils ne suivent pas les voies de la logique. Et tu n’arriveras jamais à comprendre leurs motivations non plus.
Cependant, toutes les personnes ayant vécu leur adolescence aux côtés de leurs parents savent à quel point il est facile de les manipuler et d’anticiper leurs actions. Il suffit pour cela de connaître deux règles.
Règle numéro un : tes parents ne veulent jamais que tu fasses ce que tu es en train de faire. Règle numéro deux : ils veulent toujours que tu fasses quelque chose que tu n’es pas en train de faire.
Prenons un exemple concret : supposons que ce soit l’été. Il fait chaud, tu vas à la piscine en plein air. Que vont dire tes parents ? « Est-ce que tu ne ferais pas mieux de… » Exactement ! Ils vont te suggérer de faire tes devoirs, d’apprendre ton vocabulaire ou de ranger ta chambre.
Mais supposons qu’il fasse chaud, que tu sois en train de ranger ta chambre, de faire tes devoirs et d’apprendre ton vocabulaire. On peut parier qu’un parent va pointer son nez dans l’ouverture de la porte et demander : « Dis-moi, est-ce que tu ne ferais pas mieux d’aller à la piscine et de voir tes amis par ce beau soleil ? Quand j’avais ton âge, j’allais toujours… » etc.
Oui, voilà comment ils sont. Et voilà également comment il faut les diriger quand on veut obtenir quelque chose de leur part. Il ne faut pas chercher le pourquoi du comment, il suffit de prévoir leur comportement.
C’était exactement ce que j’étais en train de faire par ce bel après-midi voué au crochet. Quelques jours plus tôt, j’avais pris la décision de partir en colo d’ados en Espagne pour les grandes vacances avec Jojo, ma meilleure amie.
Et si je vous dis que mes parents pensaient que j’étais trop jeune, toute personne ayant déjà eu des parents comprendra pourquoi j’avais ressorti mon crochet pour me remettre à fabriquer d’horribles maniques rayées, comme en maternelle. Car on conviendra qu’à presque quinze ans j’étais beaucoup trop vieille pour ça.
Je n’aurais pas à attendre très longtemps avant qu’ils viennent me proposer des loisirs plus adaptés à mon âge, que je refuserais, bien entendu, aussi paradisiaques soient-ils. Le temps qu’ils se fassent du souci pour moi, qu’ils parlent de moi dans le salon et qu’ils réfléchissent à m’envoyer chez un psychologue.
Ils finiraient bien par capituler et par saisir la première perche qu’on leur tendrait. Ce serait le moment de remettre cette histoire de grandes vacances sur la table.
Je n’allais certainement pas parler de l’Espagne. Surtout pas ! Ça risquerait de démasquer ma stratégie. J’allais faire comme si je n’avais que le crochet en tête. Je pourrais me demander combien de laine il me faudrait pour six semaines de vacances, par exemple. Oui, exactement ! Ils deviendraient livides et me feraient des propositions de voyage extraordinaires ! Ils seraient d’accord pour tout… tout sauf le crochet. Voilà pour la théorie.
Et ça a marché. Cet après-midi-là, comme prévu, ils ont pointé leur nez à plusieurs reprises dans ma chambre. Le soir venu, comme prévu, ils ont parlé de moi dans le salon. Et ce que j’ai entendu quand je suis venue en catimini coller mon oreille contre la porte m’a vraiment donné l’impression que je n’aurais plus à tricoter des carrés rose et jaune très longtemps.
– Tess devient de plus en plus fantasque, a dit mon père.
– Oui, elle commence à avoir des tics d’enfant unique, a soupiré ma mère. Elle est beaucoup trop seule, elle regarde son nombril, elle a des lubies, elle se coupe du monde extérieur. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
De l’autre côté de la porte, je hochais énergiquement la tête. C’était exactement ce qu’il fallait qu’ils pensent.
– Il faut qu’elle sorte d’ici, a repris mon père. Elle a clairement besoin de plus d’animation, de plus de distraction. Je crois que nos réflexions vont dans le bon sens. Ce qu’il faut à Tess, c’est un changement de décor.
J’en avais assez entendu, ils étaient tous les deux sur la bonne voie. Confiante, je suis allée me glisser dans mon lit et j’ai rêvé de plages de sable blanc, de la mer bleue, de garçons bronzés et d’une liberté infinie.

J’ai donc été frappée d’autant plus durement par la déclaration que mes parents m’ont faite le lendemain matin au petit déjeuner.
– Ce que je m’apprête à te dire va changer ta vie, a annoncé ma mère.
Elle portait une chemise de nuit avec un motif de mouton au regard étrangement fixe. Est-ce qu’on a cette tête-là quand on change la vie des gens ?
Bon, oui, peut-être. Mais pourquoi est-ce qu’elle n’ajoutait rien ? Pourquoi est-ce qu’elle ne me disait pas quelle était cette merveilleuse nouvelle ? Malgré cette introduction fracassante, elle cherchait à présent mon père du regard, comme pour l’appeler à l’aide.
Il n’avait pas l’air réveillé du tout. Ses yeux m’ont fait penser à ceux du mouton de la chemise de nuit.
– Ouiiii, a-t-il dit en s’étirant, comme s’il voulait gagner du temps. On a remarqué que tu n’allais pas très bien en ce moment, et ça nous a donné une idée.
Il a hésité, et je lui ai lancé un regard d’encouragement.
– Tu as besoin d’un changement de décor.
J’ai fait oui de la tête. Je n’étais pas encore méfiante à ce moment-là, malgré le comportement bizarrement hésitant de mes parents. J’étais juste surprise de les avoir fait céder si vite. Et je trouvais ça presque dommage, parce qu’il me restait encore beaucoup de laine.
Mon père a alors croisé les bras, comme s’il fallait qu’il se protège de quelque chose.
– On va déménager, a-t-il déclaré.
Minute ! Est-ce qu’il a vraiment dit ça ? De frayeur, j’en ai avalé mon muesli de travers. J’aurais bien aimé revenir en arrière pour réécouter ce qu’il venait de dire. Il ne pouvait pas avoir vraiment dit ça, non ?
Si, il l’avait dit.
– On va déménager dans une vieille maison, très grande et très belle, à deux pas d’ici, a-t-il expliqué en me regardant d’un air rayonnant.
Quel choc ! Je ne m’étais pas du tout attendue à ça ! Ma première réaction a été la panique. Mon cerveau s’est emballé en faisant un raffut de tous les diables, comme une vieille machine à tricoter. Puis je me suis calmée. On déménage ? OK, déménageons. Ça n’était pas si grave, en fait. Ça ne changerait rien à mes projets de voyage, et la nouvelle maison ne pouvait pas être pire que l’ancienne. Pourquoi voudraient-ils déménager, sinon ? J’aurais peut-être même une chambre plus grande, ma propre salle de bains, ce serait génial. Donc très bien, mes parents pouvaient changer de décor s’ils y tenaient. Moi, je continuerais bien tranquillement à faire du crochet quelques pâtés de maisons plus loin. Et alors ?
Mon projet de voyage en Espagne allait sûrement se concrétiser, j’en étais certaine.
Enfin, je l’étais encore à ce moment-là.
C’est alors que ma mère a déballé toute la vérité.
– Le mieux dans tout ça, a-t-elle annoncé avant de faire une pause pendant laquelle j’aurais pu tranquillement faire un rang entier de mailles, c’est qu’on ne va pas emménager seuls dans notre nouvelle maison.
– Ah. Avec qui alors ? ai-je demandé, mais seulement par politesse.
À vrai dire, que quelques amis à eux viennent habiter dans la nouvelle maison était le cadet de mes soucis. C’était peut-être même plutôt bien. Ils arrêteraient de se focaliser sur moi.
– Papi ! s’est exclamée ma mère dans un élan d’enthousiasme exagéré. Et Marius et Gwenny avec leurs quatre petits. Chaque famille aura son propre appartement, bien sûr, et papi aussi. C’est Basti qui prendra la mansarde, il commence des études de philosophie à la fac cet automne.
Elle m’a regardée d’un air rayonnant.
– C’est pas génial, Tess ? Tu vas vivre entourée de toute ta famille ! Il n’y aura pas seulement tes parents, mais aussi ton grand-père, ton oncle, ta tante, tes cousins et cousines ! Trois générations sous le même toit ! Tu n’auras plus à faire du tricot toute seule dans ta chambre.
– Du crochet, ai-je corrigé machinalement.
Mais mes pensées étaient déjà passées à l’étape supérieure. Une vie de famille nombreuse ? Tous les Walter sous le même toit ? Jamais de la vie ! Rien qu’à y penser, j’en avais des frissons dans le dos. Je n’ai rien contre ma famille. Pris séparément, on est tous plutôt chouettes. Mais en groupe, cette famille est une vraie catastrophe. Et ce n’est agréable pour personne, ni pour les autres ni pour nous. J’étais abasourdie par l’idée de mes parents. Comment pouvaient-ils s’embarquer dans une galère pareille ?
Mais en fait, je me fichais de leur projet, car JE N’ÉTAIS PAS D’ACCORD. Point.
Et quand je ne voulais pas une chose, je faisais tout pour qu’elle n’arrive pas. C’était clair, je devais changer de stratégie.
Pour commencer : fini le crochet ! Je devais obtenir le voyage en Espagne d’une autre manière. À présent, il était important d’abandonner tout ce qui rappelait le tic d’enfant unique, même de loin. Donc adieu Tess la fantasque. Plus de « lubies ». Ce que je devais faire, c’était amener tellement de vie et de chaos dans notre maison que mes parents décideraient que nous avions besoin de plus de calme et de contemplation, de toute urgence.
Ensuite, une fois le scénario-catastrophe du déménagement évité, en route pour l’Espagne !
Mais ce rêve s’est envolé en fumée dès que ma mère a repris la parole.
– Et devine quand on déménage ? a-t-elle dit, d’un ton qui montrait qu’elle savait très bien que ce qui suivrait n’allait pas me réjouir. Pendant les grandes vacances ! On va rester à la maison cette année et profiter de l’été pour nous acclimater. Tous ensemble !
Pendant les grandes vacances ? C’était dans à peine deux mois ! Ce qui prouvait encore que le déménagement n’était pas un simple projet mais quelque chose qu’ils avaient décidé depuis longtemps. Je pouvais faire une croix sur le voyage en Espagne. Fini le rêve ! J’aurais bien voulu pouvoir appuyer sur un buzzer en signe de protestation. Biiiiiip !
Ah, les parents. C’est bien parce qu’on ne les comprend pas qu’on court toujours un risque en essayant d’anticiper leurs actions. Cette fois-là, je m’étais plantée en beauté.

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