Pauline, demoiselle des grands magasins
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Français

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Pauline, demoiselle des grands magasins , livre ebook

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Description

1866. Paris est en ébullition. Napoléon III a juré de faire de la ville « la capitale la plus brillante d’Europe ». Pauline et ses sœurs, fraîchement débarquées du Havre, découvrent, ébahies, les boulevards, les théâtres et les grands magasins. Mais lorsque l'on a seize ans, plus de mère et peu de fortune, les lumières de la vie parisienne semblent inaccessibles… Pauline est pourtant déterminée à prendre sa part dans la marche du siècle. Séduite par le luxe de l’Élégance parisienne, le grand magasin édifié par le célèbre Émile Bauvincard, elle réussit à s’y faire embaucher et grimpe peu à peu les échelons. Mais lorsque ses sœurs réclament son aide, sa carrière se trouve menacée.
Pauline réussira-t-elle à protéger sa famille sans abandonner ses ambitions ? Dans son ascension fulgurante, restera-t-il une place pour celui qui a juré de l’aider et l’aime en secret ?


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 mai 2015
Nombre de lectures 81
EAN13 9782215130550
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières


Première Partie
Chapitre 1 – Paris Terminus
Chapitre 2 – Des vitrines éblouissantes
Chapitre 3 – Le café Normand
Chapitre 4 – De l’autre côté…
Chapitre 5 – Une robe de soie noire
Chapitre 6 – Le client a toujours raison
Chapitre 7 – Un magasin pas comme les autres
Chapitre 8 – Premier dimanche
Chapitre 9 – Aux Tuileries
Chapitre 10 – Une clef providentielle
Chapitre 11 – Dans le bureau de Bauvincard
Chapitre 12 – Les rêves de Juliette
Chapitre 13 – Une idée inédite
Chapitre 14 – L’humiliation
Chapitre 15 – Marguerite Bauvincard
Chapitre 16 – Les grands boulevards
Chapitre 17 – Une promotion
Deuxième Partie
Chapitre 18 – Une robe à crinoline
Chapitre 19 – La rumeur
Chapitre 20 – Un lourd secret
Chapitre 21 – L’aveu
Chapitre 22 – Une visite inopportune
Chapitre 23 – Trois jours d’incertitude
Chapitre 24 – Prisonnière
Chapitre 25 – Emplettes nocturnes
Chapitre 26 – En flagrant délit
Chapitre 27 – Des bruits qui courent…
Chapitre 28 – Haut les cœurs !
Chapitre 29 – L’hôtel d’Ambreville
Chapitre 30 – Au mont-de-piété
Chapitre 31 – À l’office
Chapitre 32 – Une réunion de bienfaisance
Chapitre 33 – Des idées nouvelles
Chapitre 34 – Une revanche
Chapitre 35 – Une soirée parisienne
Page de copyright
À mon père, qui m’a fait découvrir et aimer le Paris de Napoléon III
Première Partie
Chapitre 1 Paris Terminus
Ce lundi-là, les voyageurs qui devaient prendre l’express de six heures quarante se pressaient sous la halle couverte. Il avait plu toute la nuit sur la ville du Havre et un vent froid soufflait à présent, séchant les quais éclairés d’un petit jour pâle, sous un ciel de cendre.
– Alors, c’est bien vrai, demanda la tante Berthe que l’émotion du départ étranglait, tu nous écriras ?
Pauline hocha la tête. Elle craignait de se mettre à pleurer. Oh, la tante l’eût compris, elle-même n’en menait pas large à cette heure, mais Pauline refusait de laisser couler ses larmes devant ses deux sœurs, que l’émotion sans doute aurait gagnées à leur tour. Lucille et Ninon, à quelques pas d’elle, étaient tout occupées à observer la locomotive, énorme, fumante, attelée à un train de sept wagons soigneusement alignés sur les rails. Jamais elles n’avaient vu pareille machine. Ce qui ajoutait encore à leur ébahissement, c’étaient les tourbillons de vapeur blanche qui s’échappaient de ses flancs dans un bruit de tonnerre.
– Je vous promets, ma tante, articula Pauline pour couvrir le mugissement de la machine, je vous écrirai dès que j’aurai trouvé un travail.
– Oh pour ça, je ne m’inquiète guère, répliqua l’oncle Jules, t’es point une musarde et tu mets du cœur à l’ouvrage. Tu nous manqueras à la boutique.
Pauline sourit, ce compliment lui allait droit au cœur. Elle connaissait bien l’oncle Jules, il n’était pas homme à faire facilement des louanges. Depuis deux ans qu’elle travaillait à ses côtés dans la boutique de parapluies qu’il tenait rue du marché, elle avait appris à lire sa satisfaction ou son mécontentement sur son visage, attendu qu’il ne parlait guère. Elle-même, d’un caractère timide, ne s’en plaignait pas ; elle accueillait les clients, tenait les comptes, arrangeait la boutique tandis qu’il sculptait en silence sur les manches d’ivoire des figures compliquées.
– T’es bien sûre que tu veux point nous laisser Ninon ? insista sa tante. Elle est encore si jeune !
Mais Pauline secoua la tête.
– Non ma tante, répondit-elle avec détermination. À sa mort, j’ai promis à maman que nous ne nous quitterions jamais, Lucille, Ninon et moi. Je trouverai une place pour Ninon en nourrice, et après, elle ira à l’école.
– Que veux-tu donc qu’elle fasse à l’école ? demanda la tante éberluée.
– Eh bien qu’elle s’instruise, pour choisir un métier.
La tante Berthe fit la moue. Choisir son métier ? Chez les Bourmont, on ne mangeait point de ce pain-là. On apprenait son métier à la boutique, pour prendre la succession des parents. Le père Bourmont avait laissé à son fils son magasin de parapluies, une belle affaire, ma foi, assez florissante pour ne point aller chercher ailleurs de quoi gagner sa croûte. Mais la tante Berthe devait bien reconnaître qu’il n’y avait point assez d’ouvrage pour toute la famille. Eux-mêmes avaient déjà six enfants et elle en attendait un septième pour l’hiver. Aussi, si elle avait généreusement accueilli ses nièces à la mort de sa belle-sœur, tante Berthe avait été soulagée de voir Pauline proposer de monter à Paris chercher un travail. Bien sûr, elle en avait éprouvé un peu de tristesse, un peu de culpabilité aussi, mais Pauline était vaillante, elle venait d’avoir seize ans, et elle ne pouvait pas rester toujours sous leur toit. Ce qu’elle n’avait pas prévu en revanche, c’est que sa nièce emmenât avec elle ses deux sœurs. Lucille avait à peine quatorze ans, et la petite Ninon n’en avait que six. Que deviendraient-elles, jetées dans ce Paris énorme dont on disait qu’il s’agrandissait à vue d’œil, mangeant les faubourgs et les campagnes autour pour devenir la plus grande capitale d’Europe ? On avait bien une adresse, celle de la tante Victorine, la sœur de l’oncle Jules, mais cette dernière était fâchée depuis longtemps avec le reste de la famille, avec ses parents surtout, qui n’avaient guère apprécié qu’elle suive un colporteur jusqu’à Paris pour tenir avec lui un café. Quel accueil réserverait-elle à ces nièces inconnues, fraîchement débarquées de leur Normandie natale ? Tante Berthe préférait ne pas y penser.
– Quand tu arriveras, va voir Victorine, dit l’oncle Jules, comme s’il avait deviné les pensées de sa femme. C’est une tête de mule, c’est vrai, mais elle a du cœur. Elle ne laissera point la famille dans l’embarras. Et puis, ajouta-t-il en baissant les yeux, elle aimait beaucoup ta mère.

Soudain, il y eut un coup de sifflet. Ninon se précipita vers Pauline et tira sur sa jupe.
– Pauline, Pauline ! On monte dans le train, maintenant, dis ? s’impatientait l’enfant.
– Voilà, voilà, répondit Pauline en voulant attraper sa lourde valise.
Mais l’oncle Jules s’en était saisi et la portait déjà dans le wagon de troisième classe. Tante Berthe déposa sur les joues de ses nièces un dernier baiser. Elle serra longuement Ninon contre elle et caressa la tête de Pauline.
– Ma tante, pourrez-vous donner cela à notre père, lorsqu’il reviendra au Havre ? demanda Pauline en tendant une enveloppe.
– Bien sûr, répondit la tante avec gravité. Ne t’inquiète pas, je lui expliquerai tout.
Sur le quai, un contrôleur fermait les portières. Alors, les trois sœurs se précipitèrent à l’intérieur du wagon et échouèrent sur la banquette d’un compartiment vide. Il était temps ! Déjà, près du poste de l’aiguilleur, le feu rouge s’effaçait et laissait place au feu blanc. Un dernier coup de sifflet, très long, annonça le départ. La machine répondit par un sifflement prolongé. On partait. D’abord le mouvement fut insensible, puis le train passa lentement devant ceux qui étaient restés sur le quai. Pauline leva la main pour saluer son oncle et sa tante, mais le train accélérait, leurs visages devinrent flous, se confondirent, et s’effacèrent dans le lointain. Bientôt, la gare puis la ville tout entière disparurent dans la brume matinale.
Pauline prit Ninon sur ses genoux, afin qu’elle puisse admirer le paysage de la fenêtre. On avançait maintenant dans l’immense vallée que la Seine parcourait d’un bout à l’autre avec de grandes ondulations. Des navires montaient et descendaient le fleuve, crachant une fumée épaisse.
– Quand serons-nous à Paris ? demanda l’enfant, impatiente déjà.
– Dans cinq heures, répondit Pauline.
– Oh je suis pressée, je suis pressée ! s’exclama Ninon en battant des mains.
Pauline échangea un regard avec Lucille.
– Et toi, demanda la cadette à mi-voix, es-tu pressée ?
Pauline secoua la tête, montra Ninon et posa un doigt sur sa bouche. Elle ne voulait point gâcher le plaisir de l’enfant en partageant ses inquiétudes. Après tout, c’était elle qui avait décidé de monter à Paris et choisi d’entraîner ses sœurs dans cette aventure. Il n’était plus temps de regretter à présent.
Lucille lui prit la main et lui sourit.
– Tu as drôlement bien fait, souffla-t-elle. Et ne t’inquiète pas pour nous : je me sens de taille à conquérir Paris !
Pauline fut attendrie par tant d’audace. Elle aurait voulu partager l’enthousiasme de sa sœur, s’extasier devant les paysages, se laisser griser par la vitesse de la machine. Mais le cœur n’y était pas. Où était donc passée sa confiance dans l’avenir, dans son destin, cette assurance qui lui avait fait dire un soir, devant son oncle et sa tante ébahis : « Ma décision est prise : je monterai à Paris » ? Il lui en avait pourtant fallu du cran, pour décider de se lancer ainsi à l’assaut de la capitale, quand elle n’avait jamais quitté Le Havre, ses eaux sombres, son ciel gris et la boutique de parapluies « Bourmont et fils » ! Mais cet aplomb, à présent, avait déserté son cœur. Elle jeta un coup d’œil inquiet à ses sœurs.
En vérité, elle n’était plus sûre de rien.
Chapitre 2 Des vitrines éblouissantes
– E h là ! Pouvez pas faire attention ! hurla un gros homme à moustache.
– Pardon monsieur… bredouilla Pauline en ramenant vers elle la grosse valise qui venait de heurter les jambes du passager. Viens, Ninon… souffla-t-elle en prenant dans sa main celle de l’enfant.
La petite la suivit parmi le flot des voyageurs qui se pressaient sur le quai, dans le bruit des roulements de chariots chargés de bagages. Derrière elles, Lucille soufflait en portant sur son dos un énorme baluchon de drap rouge. Un gamin s’entêtait à vendre les journaux aux passants indifférents. Au loin, on entendait les sifflets du chef de gare annonçant le départ d’un train pour Caen. Dans la bousculade, Pauline fixait la pointe de ses bottines, attentive seulement à ne pas perdre ses deux sœurs dans la cohue. Pourtant, arrivée au bout du quai, elle se retourna et leva les yeux vers la gare. De grandes marquises de fer ouvraient leurs porches géants aux voyageurs, sous les nuages de fumée noire qui s’échappaient des machines.
– C’est ça, Saint-Lazare ? demanda la plus petite, visiblement déçue.
– Oui, Ninon, c’est ça, soupira Pauline.
Qu’aurait-elle pu ajouter ? Qu’elle était épuisée après ce voyage passé sur la dure banquette d’un wagon de troisième classe ? Qu’elle ignorait tout de cette ville immense, de l’adresse que l’oncle Jules avait griffonnée à la hâte sur un bout de papier avec le nom de cette tante dont elle ne se souvenait même pas ? Qu’elle ignorait surtout ce que serait leur avenir à toutes les trois, loin du Havre où elles avaient grandi ? Il n’aurait servi à rien d’alarmer davantage ses sœurs, sans doute déjà désorientées par leur arrivée dans la capitale. Aussi, Pauline se contenta-t-elle de sourire et de serrer plus fort la main de Ninon en quittant la gare d’un pas décidé. Ce n’était pas le moment de flancher !

Elles marchèrent toute la journée, sous une pluie fine de septembre, à travers le dédale des rues parisiennes, ébahies par la hauteur des façades, la saleté des ruelles obscures que côtoyaient d’immenses boulevards, larges et grouillants de vie, récemment percés par le célèbre baron Haussmann. Vingt fois, Pauline demanda son chemin, guidant les pas de ses sœurs dans la direction indiquée, les yeux fixés sur le parchemin de l’oncle Jules, relisant l’adresse qu’elle connaissait pourtant par cœur : « café Normand, boulevard d’Enfer ». Et cette adresse même, elle la prononçait à mi-voix, honteuse d’une destination si funeste, craignant toujours que ses sœurs y voient un sombre présage. Elle aurait préféré un nom plus riant qui aurait annoncé le destin lumineux auquel elle aspirait dans la grande ville : la rue de Babylone, par exemple, qu’elle traversait à présent, lui eût semblé de meilleur augure.
Mais soudain, alors qu’elle débouchait sur la rue de Sèvres, elle s’arrêta net devant une immense porte circulaire surmontée d’un dôme, d’où s’échappait un flot continu de femmes élégantes, suivies de commis les bras chargés d’emplettes, de cartons, de malles et de boîtes à chapeau. Une file ininterrompue de voitures attendait les clientes le long des trottoirs où des cochers désœuvrés fumaient des cigarettes pour passer le temps. Alors, Pauline leva les yeux. C’était une façade immense, toute blanche, surmontée de grandes lettres d’or qui indiquaient ce nom : « À L’ÉLÉGANCE PARISIENNE ». De chaque côté de la porte, deux colossales statues de femmes riantes portaient triomphalement des globes lumineux. Le magasin, énorme, s’étendait sur la rue de Sèvres, jusqu’à la rue du bac et la rue Velpeau. C’était un développement qui semblait sans fin, une perspective de vitrines éblouissantes dans lesquelles des mannequins se drapaient d’une profusion de soie, de satin, de velours, entre les gants, les chapeaux, les dentelles… À la place de leurs têtes, des gros chiffres indiquaient les prix des articles.
– À l’élégance parisienne… murmura Pauline, saisie par une admiration béate.
Bien sûr, elle connaissait ce nom. Même au Havre, on parlait de ce grand magasin qu’un fils de chapelier normand, du nom d’Émile Bauvincard, avait fondé au cœur de Paris et qui grandissait à vue d’œil, mangeant les terrains autour, s’étendant sur les rues avoisinantes, recouvrant de ses lettres d’or tout le quartier. On disait que cet Émile Bauvincard, parti de rien, était à présent à la tête d’une fortune colossale, et que ses innovations révolutionnaient le monde du commerce.
– Bon sang, siffla Lucille entre ses dents, en voilà une sacrée boutique ! Qu’en dis-tu Pauline ?
Mais l’aînée restait bouche bée devant tant d’opulence, ­l’admiration la clouait sur le trottoir. Jamais elle n’avait vu pareille abondance de tissu, de luxe, de richesse. Dans une vitrine où des parapluies semblaient tomber du ciel, il y avait plus d’articles que dans la boutique de l’oncle Jules tout entière. Par l’entrée du magasin Pauline regardait passer des demoiselles en robe de soie noire, les bras chargés de paquets, un crayon à la main, et elle les enviait de travailler dans ce vaisseau du commerce moderne, ce temple du luxe et du plaisir. Juste devant la porte, une pyramide de tissus chatoyants – des lainages, des draperies, des fourrures – étalait sa séduction aux yeux des promeneurs, semblait happer les passantes, pour les attirer à l’intérieur. Et elle aussi se laissait emporter par l’envoûtement de cette entrée monumentale, cette impression de douce chaleur, cette bienveillance dans les sourires des vendeuses qui promettaient le bonheur aux clientes hésitantes.
– Voilà ce qu’il nous faut, Lucille ! s’exclama Pauline.
– Quoi donc ? demanda la fillette aux taches de rousseur, d’un air méfiant.
– Mais ça, voyons ! Un emploi dans ce grand magasin !
– Tu crois ? s’étonna Lucille en observant l’obséquiosité des vendeuses entièrement dévolues au service de la clientèle.
– Mais bien sûr, la persuada Pauline en la tirant par la manche. Ne vois-tu pas que ce magasin flambant neuf, c’est un signe du destin ? Revenons demain, à l’heure de l’ouverture, nous verrons bien s’il y a du travail pour nous.
Alors, comme le soir tombait, elles s’éloignèrent du grand magasin, sans pourtant parvenir à détacher leur pensée de ce lieu magique, posé là comme une féerie de lumière au milieu des rues de la grande cité. Tandis que s’allumaient les longues files des becs de gaz, elles débouchèrent à l’angle du boulevard d’Enfer. Rapidement, elles se trouvèrent devant la façade du café. L’enseigne indiquait en grandes lettres rouges : « café Normand », et l’on avait peint à l’autre bout un bonhomme à la trogne ronde, au nez rougi, assis sur un tonneau devant un pommier.

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