Sous les cendres le manguier , livre ebook
133
pages
Français
Ebooks
2024
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Publié par
Date de parution
24 novembre 2024
EAN13
9782386477287
Langue
Français
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Date de parution
24 novembre 2024
EAN13
9782386477287
Langue
Français
Sous les cendres le manguier
© Éditions Complicités, Chez Pierres de Paris - 44 rue Rouelle, 75015 Paris, 2024
ISBN : 9782386471179
Dépôt légal : 4 e trimestre
www.editions-complicites.com
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5.2° et 3°a), d’une part que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (Art. L-1222-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Catherine Corteggiani Brunel
Sous les cendres le manguier
Éditions Complicités
L’exil est une espèce de longue insomnie.
Victor Hugo
Sommaire
- I - ORIGINES
1 Akindele, l’écolier chanceux
2 Début de week-end à Ikorodu
3 Disparition
4 La fugue
5 La route du Nord
6 Révélation
7 Nouvelle vie
8 Pénitences
9 Les voix
- II - ERRANCES
1 La jungle
2 Refuge
3 Assumer
- III - Alba : Thérapie dans l’impasse
- IV - Le chemin du destin
1 Skimir : la rencontre
2 Alba : états de choc
3 Skimir : vivre ensemble
4 Skimir : l’indicible
5 Skimir : la lettre à Aïna
6 Skimir : le fil de l’exil
7 Skimir : petits pas vers l’intégration
8 Skimir : cocon
9 Skimir : dossiers et procédures, folie et thérapies
10 Skimir : confiance et défiance
11 Skimir : amitiés
12 Alba : le doute
- V - Contre-courants
1 Skimir : les hasards de la route
2 Skimir : la course aux papiers
3 Skimir : douche froide
4 Skimir : garder la tête hors de l’eau
5 Alba : au creux de la vague
6 Alba : le fils
- VI - Alba : continuer
1 Ce qui ne se dit pas
2 Sur la route
3 Retour aux sources
4 Les nuits de Rejkyavik
5 Partir
6 Musiques du bout du monde
7 Honte
8 Illusions perdues
Épilogue Le rêve d’Alba
Ce roman est né d’une rencontre. Une fiction qui puise son inspiration dans une histoire vécue.
Rejkyavik, Islande le 12/05/2019
Il avance à pas hésitants sur un trottoir désert. Recroquevillé dans une veste râpée qui sent le carton gorgé d’humidité, il grelotte. Du bonnet informe qui masque son front, on ne distingue plus la couleur. Camouflée sous les flocons moelleux qui s’agrippent à des mailles de laine fibreuses, la tête de l’homme penche vers des pieds instables sur un sol qui ne cesse de blanchir. Le printemps se fait désirer en cette fin d’après-midi, et bat en retraite sous les assauts des rafales givrées. Petit à petit, les rues se vident des écoliers qui s’essaient à d’acrobatiques glissades et des familles qui se hâtent vers leurs intérieurs calfeutrés. Lui, titube et se ploie, se redresse et observe la façade grise d’un bâtiment quelconque, que l’on pourrait trouver dans n’importe quelle banlieue du monde. Il y a de la lumière ; douce et timide, elle invite les corps lassés de ce froid pénétrant à venir réchauffer leurs carapaces transies. Au-delà du voile déposé par la buée, il y a une femme : la cinquantaine, les yeux assortis à son pull à bouclettes, elle semble présider une réunion ; on la voit éplucher un lourd dossier, elle coche, raye et soupire tout en hochant la tête. Elle sourit de temps en temps et on l’écoute. Dans l’assemblée, de dos, il y a d’autres femmes, la plupart d’entre elles sont blondes ou poivre et sel. Elles écrivent, interrompent et s’interpellent.
Lui, sort un papier de sa poche, vérifie le numéro sur la porte d’entrée à droite de la vitre, et il frappe. Derrière les carreaux, les corps se déplient, on le hèle, on se réjouit. Les filaments des ampoules jaunies illuminent des mains blanches et rougies ; tour à tour, elles se tendent et accueillent le visiteur, elles serrent longuement les doigts gourds d’une main craquelée.
Il est maintenant assis, maillon essentiel de la séance qui débute. Chaque participante prend la parole, leurs lèvres disent des choses simples et caressantes. C’est à lui maintenant.
Même si ce n’est pas la coutume, on tire le rideau.
Asseyez-vous Skimir. Contente de vous revoir. Vous avez trouvé notre nouvelle adresse sans trop de problèmes ? Oui, Ma. Vous êtes toujours d’accord pour qu’on vous appelle par le prénom islandais que vous avez choisi ? Oui, Ma. Vous pouvez m’appeler Alba, ici on s’appelle tous par nos prénoms. OK Ma Alba. Skimir, comment ça va aujourd’hui ? OK Ma Alba. Ça va… mieux. Mieux que jeudi. La semaine dernière, j’ai eu des moments difficiles, j’étais vraiment « down ». Vous voulez nous en parler Skimir ? Si vous voulez, Ma. Qu’est-ce que vous avez ressenti pendant ces moments difficiles ? Impossible de dormir Ma, les nuits se ressemblent toutes, et après dans la journée je dors tout le temps. Vous prenez les médicaments que vous a prescrits le docteur Stefanson ? Pas ces derniers jours Ma, j’ai trente ans passés, je veux arrêter ces médicaments et trouver les moyens en moi. Vous trouvez ces moyens en vous en ce moment ? Pas toujours, Ma Alba. Alba. Pas toujours, Alba. Parlez-moi de ces nuits sans sommeil, Skimir. Quelles sont vos pensées ? Je ne pense pas. J’entends toujours ces voix. Que vous disent ces voix ? Elles crient, me menacent et disent qu’elles vont venir, qu’elles sauront toujours où me trouver. Vous savez quelles sont ces voix qui vous menacent ? Ce sont eux, Alba. Je les reconnais, j’en suis sûr. Elles résonnent dans ma tête. Quand je les entends je suis terrifié. Oui, je comprends, vous en avez parlé à la dernière séance, Skimir. Souhaitez-vous en reparler, ou répéter ce qu’elles vous disent, dans votre langue ? … Vous ne le souhaitez pas ? Non, Ma. Désolé Ma. Je ne peux pas. Alors parlons du côté pratique. Où en êtes-vous dans vos démarches ? J’ai bon espoir, Ma. Mon avocate est très contente du dernier entretien. J’ai tout raconté, dans l’ordre, j’ai donné beaucoup de détails et j’ai montré ma promesse d’embauche. C’est une bonne nouvelle, Skimir. Est-ce que cette nouvelle vous rend heureux ? Je ne sais pas, Ma . La route sera longue Skimir. Mais vous avez déjà beaucoup avancé, vous venez de très loin. Ce serait plus raisonnable de continuer à voir le docteur Stefanson et prendre vos médicaments. Votre histoire est longue et lourde, mais nous croyons en vous. Gardez confiance. Vous commencez à entrevoir le bout du tunnel.
- I - ORIGINES
1 Akindele, l’écolier chanceux
Lagos, Nigeria, novembre 1999
« Hey ! Akindele, pose ton sac de dandy et viens jouer avec nous ! On a besoin d’un gardien de but ! »
18 h 00. Ikorodu s’anime à la fraîcheur du crépuscule. Au loin, la ligne d’horizon de Lagos s’estompe dans une brume moite et épaisse. L’astre écarlate disparaît dans un voile de poussière et de fumées âcres. Akindele traîne ses mocassins d’écolier dans la poussière rouge des ruelles du faubourg. De ce côté de la lagune, à l’abri du tourbillon urbain, le quartier retrouve des allures de village de brousse. Akindele n’a pas envie de jouer au foot. Il dégouline de sueur. Le vacarme des klaxons enroués coincés dans les go-slows 1 quotidiens fait encore vibrer ses tympans. Il est tellement heureux d’être en week-end ! Dans le district, bruissent les conciliabules joyeux des habitants, contents de se retrouver après une harassante journée. Les louches tintent dans les marmites, les odeurs piquantes de riz jollof 2 et le parfum sucré des suyas 3 embaument les venelles.
Akindele est fatigué par la nouvelle vie que sa famille lui impose. Une prestigieuse institution à Lagos Mainland, un enseignement exclusivement en anglais , un parcours digne de ses capacités, une chance qu’un garçon de 11 ans devrait savourer . Il est le petit-fils adulé de son grand-père, qui a réussi dans la vie, qui croit en lui et veut lui donner toutes ses chances. Mais Akindele n’ose pas l’avouer à sa famille : le trajet quotidien l’épuise ; il en a assez d’être écrasé par la foule ruisselante, de courir pour attraper le premier ferry du matin, de slalomer entre les véhicules pétaradants, d’arriver de justesse pour se tenir droit dans le rang de sa classe, honteux de sa cravate de travers et son cartable rafistolé.
Alors que tous ses voisins fréquentent l’école du quartier, Akindele, lui, est inscrit au Binta International School aux côtés des enfants de diplomates et d’expatriés. Dans ce vaste parc ceint par d’imposants murs blancs couronnés de tessons de bouteille, bouillonnent les cerveaux des petits nantis en culotte courte. Tous visent de brillantes études, des universités prestigieuses hors du continent africain. Les professeurs sont renommés et exigeants avec un point commun : ils ont tous été formés ailleurs. Akindele se dit qu’il aurait dû exprimer plus de gratitude envers son grand-père maternel, qui a cédé l’intégralité de ses économies, pour lui offrir des études.
Dans son école, il y a un internat, un monde de garçons aux cheveux gominés et chaussures cirées. Il y a aussi d’autres enfants qui comme lui, regagnent leur domicile à la nuit tombée. Des chauffeurs en costume blanc les attendent devant les grilles et ils regagnent leurs villas ceinturées de fil de fer barbelé dans des véhicules rutilants à air conditionné. Tous les lundis matin, ils se racontent leurs anniversaires et les parties de chasse avec leurs pères, se montrent les phot