Contes du Burkina Faso en pays Gourma et Dagara
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Description

Les quatorze contes de cet ouvrage ont été recueillis dans une Afrique où la tradition orale est encore vive et particulièrement riche. Douze proviennent du pays Gourma, à l'est du Burkina Faso, pays des savanes, domaine privilégié de la faune sauvage où le lion est roi. Deux contes du pays Dagara, aux confins du Ghana, sur la Volta Noire, closent le recueil. Toutes ces histoires ont une portée moralisatrice et l'enfant burkinabé s'éveille à l'univers qui l'entoure au récit des légendes et des contes, où le merveilleux illumine le quotidien.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2005
Nombre de lectures 708
EAN13 9782336272917
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La Légende des Mondes
Collection dirigée par Isabelle Cadoré, Denis Rolland, Joëlle et Marcelle Chassin
Dernières parutions
Jean-Marie TOURE, Le lion et l’homme. Contes de Guinée, 2005.
Jean-Marie TOURE, La bataille des deux coqs et autres contes de Guinée , 2005.
Marig OHANIAN, Un rubis pour le roi. Contes et Merveilles d’Arménie , 2005.
Adèle CABY-LIVANNAH, La case maléfique suivi de Samana et les panthères du Congo , 2005.
Nathalie BELIN-RIDWAN, Contes d’Indonésie , 2005.
DOUMBI-FAKOLY, Une veillée au village. Contes du Mali , 2004
Marie-José et Joseph TUBIANA, Contes Zaghawa du Tchad tomes I et II (nouvelle édition), 2004.
Alain GRINDA et François BARRE, Une semaine de contes dans le Mercantour , 2004.
Koumanthio Zeinab DIALLO, Daado l’orpheline , 2004.
Koumanthio Zeinab DIALLO, Le fils du roi de Guémé , 2004.
Bienvenu AGBOLAN-AFOUTOU, Ablavi la femme buffle et autres contes du Bénin , 2004.
Abdel Kader SAIDI, Le fils de la paysanne et autres contes d’Algérie , 2004.
Anne-Catherine HEINISCH, Léo le lion et autres contes du désert , 2004.
Daniel Mutuvi MUEMA, Quand les animaux parlaient dans la savane. Contes du Kenya, 2004.
Daniel Mutuvi MUEMA, L’homme qui portait un bébé dans son genoux et autres contes du Kenya , 2004.
Noël LECOUTOUR, La femme Djinn. Contes de l’ouest africain , 2003.
Bernard Germain LACOMBE, Paroles de nuages , 2003.
Claude BOURGUIGNON, Légendes de la Pampa , 2003.
Marina POTTIER-QUIRÓLGICO, Hugues Jean de DIANOUX, Contes et légendes des Philippines , t.1 : Mythes et légendes des
Contes du Burkina Faso en pays Gourma et Dagara

Lucien Kabore
Sommaire
La Légende des Mondes Page de titre Page de Copyright Introduction Le lion et le circoncis de Dieu L’aveugle et le voyant ou l’amitié « dans le sang » La hyène à la chasse La guerre du coq et de l’éléphant Trois frères surdoués Mortelle gourmandise Les dormeurs Le partage des trois poissons Le jeune bouc sage et la hyène rassasiée A malin, malin et demi Pourquoi les fesses du singe sont-elles nues ? L’avare et le mendiant Ollo, Sié et Zulazu Le prix de l’ingratitude LÉGENDE DES MONDES / AFRIQUE À L’HARMATTAN
Des mêmes auteurs chez L’Harmattan
L’aiguille de l’épervier , 2004.
© L’Harmattan, 2005
5-7, rue de l’École-Polytechnique 75005 Paris — France
L’Harmattan, Italia s.r.l. Via Degli Artisti 15 10124 Torino L’Harmattan Hongrie Könyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest http://www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr
9782747589000
EAN : 9782747589000
Introduction
Les quatorze contes présentés dans ce petit ouvrage ont été recueillis au Burkina Faso. Le Burkina Faso, la Haute-Volta des Français, est un pays de l’Afrique occidentale enclavé dans la boucle du Niger. Grand comme la moitié de la France, ce pays de plateaux s’étend du Sahel aride des éleveurs nomades au nord, jusqu’aux campagnes vertes et humides du sud-ouest, arrosées par les fleuves de la Komoé et du Mouhoun, ou Volta Noire, qui coulent vers la Côte-d’ Ivoire et le Ghana, l’antique Côte de l’Or. Fort d’un peu plus d’une dizaine de millions d’hommes, le peuple burkinabè se partage en quelque soixante ethnies différentes, qui n’en vivent pas moins en bonne intelligence et ont conservé le sens de l’hospitalité. Cette grande diversité ethnique, jointe à la pérennité des sociétés traditionnelles dans un pays demeuré très rural, et à la relative faiblesse de l’instruction dans des campagnes qui échappent encore à la primauté de l’écrit, entretient une culture orale particulièrement riche au Burkina Faso, dont les anciens sont dépositaires. Comme le petit Français autrefois, l’enfant burkinabè apprend à percevoir le monde au récit des contes et légendes, où le merveilleux illumine le quotidien, et qui sont transmis de générations en générations, depuis ces temps ancestraux et mythiques où hommes et animaux se comprenaient et mêlaient leurs existences et leurs destinées dans le même ordre divin de la Création.

Les douze premiers contes de ce recueil sont gourmantché. Peuple de cultivateurs et de chasseurs naguère encore, les Gourmantché forment une importante ethnie apparentée à celle des Mossi, qui est l’ethnie dominante au Burkina Faso. Comme les Mossi, les Gourmantché seraient originaires de la région du lac Tchad et auraient migré vers l’ouest dans le courant de notre Moyen Age. Comme les Mossi, la tradition les fait descendre d’un ancêtre semi-légendaire, du nom de Ouedraogo, né de l’union du chasseur Riaré et de la princesse Yenenga, fille du roi de Gambaga, au nord de l’actuel Ghana. Ouedraogo est réputé avoir fondé le premier royaume Mossi à Tenkodogo, au sud du Burkina Faso, tandis que son fils aîné, à moins qu’il ne s’agisse de son cousin, Diaba Lompo, devait à son tour créer le royaume de Gourma en s’établissant à Pama, plus à l’est. Aujourd’hui, le pays Gourma est presque aussi vaste que son voisin du Mossi et s’étend à l’est du Burkina, jusqu’aux confins du Niger, du Bénin et du Togo. Fada N’Gourma en est la capitale. Bogandé au nord, Pama au sud, Kantchari, Diapaga et Arli à l’est en sont les autres localités notables. Le territoire gourmantché est peu habité. C’est le pays des savanes. Des savanes arborées, où pousse « l’arbre à beurre », c’est-à-dire le karité, l’« arbre-providence » de cette partie déshéritée du Burkina, dont la pulpe du fruit est directement consommable (lire « La hyène à la chasse ») mais dont le noyau fournit surtout une matière grasse à usage notamment culinaire. Tamariniers et manguiers, souvent plantés au centre des villages, dispensent leur ombre généreuse et produisent en abondance des fruits savoureux.

Mais ces savanes sont d’abord le domaine de prédilection de la faune sauvage africaine, où le lion est roi, que chassaient les paysans gourmantché armés de leur arc et de flèches empoisonnées, qui atteignaient leur cible par l’effet de formules magiques. Bien d’autres animaux hantent la savane tout autant que les contes qui y sont nés et dans lesquels ces animaux incarnent certaines valeurs morales, comme dans toutes les fables du monde. La hyène, par exemple, charognard méprisé des Africains, qui en ont fait le personnage avide, sot, hargneux ou perfide que l’on retrouve dans de très nombreux contes (« La hyène à la chasse », « Le partage des trois poissons », « Le bouc sage et la hyène rassasiée », « A malin, malin et demi ») et dont les autres animaux de la brousse, plus petits, plus faibles pourtant, n’ont guère de mal à se jouer. A commencer par le lièvre, qui lui est souvent associé (lire « A malin, malin et demi ») et qui, à l’opposé de la hyène, se distingue par son intelligence et sa débrouillardise. Le lièvre est à la hyène ce qu’au Moyen Age Renart est au loup Ysengrin. Sa malice l’emporte même sur celle du singe, voire aux dépens de celui-ci (« Pourquoi les fesses du singe sont-elles nues ? »). Plus généralement, la ruse et l’habileté des petits animaux ont raison de la force brute des seigneurs de la brousse, tel aussi le coq face à l’éléphant (« La guerre du coq et de l’éléphant »). Le merveilleux des contes est plein de cette société animale caractérisée par des sentiments et des comportements humains, sans frontière entre les espèces : le coq et l’éléphant ne rivalisent-ils pas entre eux pour la même fiancée, entraînant quadrupèdes, oiseaux et insectes à leur suite dans la guerre ? Sans frontière, pareillement, avec la société des hommes : le lièvre et la hyène sont reçus par un chef et ses femmes (« A malin, malin et demi ») ; un autre chef promet sa fille à celui des animaux qui aura accompli un exploit (« Pourquoi les fesses du singe sont-elles nues ? ») ; sans parler de l’extraordinaire compagnonnage entre le lion et le circoncis de Dieu ! Pas de distinction, enfin, entre personnages humains et animaux par rapport aux bêtes restées à l’état sauvage ou domestique et qui servent à la nourriture des uns comme des autres. L’antilope, le koba sont du gibier par excellence, sans aucune personnification. Le bouc, en revanche, fait partie des animaux ambivalents, tantôt personnage anthropique (« Le jeune bouc sage et la hyène rassasiée »), tantôt simple animal de boucherie, offert par un homme et consommé par la hyène comme par... le lièvre (« A malin, malin et demi ») ! Quant au crocodile, il n’apparaît dans « Les dormeurs » que comme un gros reptile vorace, mangeur d’hommes, mais capturé, tué et dépecé à son tour sans cérémonie par des chasseurs, loin de toute la sacralité supposée les protéger traditionnellement des villageois.

Le merveilleux des contes ne saurait non plus ignorer les phénomènes surnaturels et les forces occultes, si profondément enracinés dans les croyances et l’imaginaire africains. « L’aveugle et le voyant », à ce titre, est exemplaire, qui soumet la destinée humaine à une volonté supérieure, laquelle s’exprime dans les dialogues nocturnes d’une voix mystérieuse et d’un arbre parleur. Davantage encore que les Mossi et les autres Burkinabè, les Gourmantché sont demeurés foncièrement animistes et réfractaires à l’islam ou au christianisme. Or, les animistes croient eux aussi en un dieu unique, créateur et architecte de l’univers. C’est très certainement le dieu des circoncis dans « Le lion et le circoncis de Dieu », quoiqu’il soit là toujours invoqué directement et comme le protecteur particulier du jeune héros humain de l’histoire, alors que les croyances animistes privilégient une foule de divinités et de puissances intermédiaires entre le grand démiurge et les hommes. Ces divinités et ces forces habitent toute la Création : la terre et les eaux, les animaux, les arbres et les pierres, ainsi que le monde des morts, par l’esprit des ancêtres. La voix mystérieuse, l’arbre qui parle rejoignent, dans ce même univers magique, les génies des eaux que craint la hyène dans « Le partage des trois poissons ». Pour se concilier ces puissances, les hommes doivent respecter des interdits, interpréter des signes, accomplir des rites. Non sans irrévérence quand l’accomplissement d’un rite devient prétexte à tromper ou moquer autrui (voyez « Le partage des trois poissons », « L’avare et le mendiant »). Plus sérieusement, on consulte le devin avant d’entreprendre quelque chose, comme de partir à la chasse (le devin est un lièvre, du reste, dans « La hyène à la chasse »). Et nous avons vu d’autres précautions à prendre pour garantir le succès de la chasse justement, telles que l’utilisation de flèches empoisonnées (« Le lion et le circoncis de Dieu »).

La révélation du sens, de la signification de ces croyances et de ces rites, auxquels les contes les ont sensibilisés depuis leur enfance, est donnée aux jeunes gens au terme de leur adolescence, lors des grands cycles de l’initiation, à l’écart du village. La circoncision est l’un des temps forts de l’initiation, qu’illustre « Le lion et le circoncis de Dieu ». Et le circoncis parvenu à l’âge adulte, instruit des mystères de l’univers, sait se livrer à des rites de possession qui unissent son esprit à celui du lion mort dans un au-delà d’éternité : il dépèce l’animal, en boit le sang, en dévore la chair, en revêt la peau. C’est pareillement dans le sang, cette fois dans celui de son propre fils nouveau-né, sacrifié de ses mains, qu’un homme offre à son ami aveugle de laver ses yeux pour recouvrer la vue (« L’aveugle et le voyant »). Nous sommes au cœur de la pensée magique, ou symbolique, de l’humanité. Ici, le sang neuf du nourrisson purifie et guérit la cécité de l’Africain comme il pouvait purifier et guérir ailleurs la lèpre légendaire de l’empereur romain Constantin. Mais, dans les deux cas, celui du lion et du circoncis de Dieu jusque dans la mort et l’éternité, et celui de l’aveugle et du voyant dans le sacrifice du fils innocent, il s’agit de manifester le caractère absolu d’amitiés indéfectibles. Comment ne pas songer au sacrifice biblique d’Isaac par son père Abraham, éprouvé dans sa foi par Yahvé ?

Sans atteindre toujours ce degré de fidélité, prenant au contraire un tour conflictuel dans certaines histoires, le compagnonnage est fréquent entre les personnages des contes. Compagnonnage entre hommes : outre « L’aveugle et le voyant », voyez « Les trois frères surdoués », qui, en effet, rivalisent

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