Proverbes sur le vif
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Description

La richesse du parler africain exprimée au travers des proverbes n'est plus à démontrer. Signes à la fois de sagesse et de finesse d'esprit, ces derniers émaillent les échanges de propos tant dans la vie courante que dans les circonstances les plus solennelles. Les proverbes étant censés puiser leur origine dans des faits réels ou imaginaires du quotidien, l'auteur a placé chacun dans son contexte, ce qui leur donne plus de vie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2016
Nombre de lectures 18
EAN13 9782140021930
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
BONOTA TOURÉ
PROVERBES SUR LE VIF
Recueil de proverbes africains
Copyright

© L’ HARMATTAN M ALI , 2016
Bamako – Niamakoro
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-77429-9
Préface
Dans Proverbes sur le vif, l’auteur nous propose de partager un choix de proverbes qui expriment la profondeur et la sagesse de la culture malienne, africaine, voire universelle. C’est un recueil de proverbes illustrés, chacun, par une petite histoire qui permet au lecteur de mieux comprendre leur sens, ainsi que le contexte de leur utilisation.
Cette approche originale donne à ce livre toute sa valeur pédagogique.
Pr Aly GUINDO
Pourquoi, au passage d’une automobile, l’âne, le chien et la chèvre adoptent des attitudes différentes ?
Pourquoi, au passage d’une automobile, l’âne, le chien et la chèvre adoptent des attitudes différentes ?
Un jour, l’âne, la chèvre et le chien empruntèrent la même automobile pour se rendre à une foire. Lorsqu’ils arrivèrent à destination, l’âne paya le prix de transport convenu. Le chien qui, n’ayant pas de petites coupures, sortit un gros billet dont le convoyeur avait de la peine à faire la monnaie. Profitant du fait que ce dernier était occupé à trouver de la monnaie, la chèvre s’éclipsa sans payer son dû. Le convoyeur n’ayant pas trouvé de monnaie garda le gros billet du chien en demandant à celui-ci de repasser récupérer le reste de son argent avant la fin de la foire. Mais quand le chien revint chercher son argent, l’automobiliste, qui avait sans doute fait le plein de passagers, était déjà parti.
C’est pourquoi, lorsqu’une automobile se retrouve en face d’un âne même en plein milieu de la chaussée, celui-ci ne se croit nullement obligé de céder le passage, puisqu’il ne doit rien à l’automobiliste.
La chèvre par contre, dès qu’elle entend le bruit d’un moteur ou d’un klaxon, détale loin de la route, craignant que l’automobiliste ne lui réclame sa dette de transport.
Quant au chien, c’est par des aboiements qu’il accueille le passage de l’automobile, se lançant parfois même à la poursuite de celle-ci pour réclamer sa monnaie.
1- Même une querelle de margouillats n’est pas à négliger :
Coiffé d’or et gainé d’une tunique bleu saphir, un margouillat squattait un pan de mur, brûlé par les rayons du soleil au zénith. Levant la tête et jetant un regard circulaire sur son royaume décrépi, à la quête de quelque colonne de fourmis ou autre, il ne voyait venir aucune proie potentielle, la chaleur obligeant tout ce monde à se réfugier dans les moindres trous et anfractuosités du mûr. Seules les cigales, inaccessibles, l’agaçaient par leurs cris stridents.
Soudain déboucha à l’autre bout du mur un jeune et fringant margouillat au port presque identique au sien. Le maître des lieux, ne pouvant accepter aucune concurrence en ces temps de disette, fondit sur l’intrus qui, confiant en la force de sa jeunesse, fit face au vieux. Alors, crêtes hérissées et gorges en lame, les deux protagonistes engagèrent une épreuve de bousculades, chacun cédant du terrain et le reprenant aussitôt, sous les regards indifférents des passants.
Après de longs moments de combat, le jeune margouillat, moins aguerri, sentit ses forces le lâcher. Il sauta du sommet du mur pour chercher son salut dans la fuite. Poursuivi par son adversaire vindicatif tenant à le reconduire le plus loin possible, il allait de palissades en toits de case. Il se retrouva toujours poursuivi jusque sous un gourbi de paille où, à l’abri de la chaleur, des femmes cardaient et filaient du coton. Notre fugitif, dans sa course éperdue, sauta dans une corbeille de coton cardé d’où il sortit avec des flocons accrochés à sa queue qu’il laissa malencontreusement s’enflammer quand il passa par-dessus d’un foyer couvant de braises. Les femmes avaient à peine eu le temps de crier leur frayeur que le jeune margouillat s’enfonçait, comme une flèche ardente, dans un passage à travers un secco en paille qui s’embrasa. Le temps que les appels au feu des femmes aient des réponses, l’incendie consuma leur abri et les toits des cases contigües avant de se propager au reste du village.
2- Quand l’hyène regretta d’avoir trouvé de l’or :
Les temps étaient durs dans la brousse et la disette, à la limite du supportable, poussa les animaux à aller chercher le salut sous d’autres cieux plus cléments. Avec le lion en tête, la cohorte prit donc le chemin de l’exode quand, à la traversée du lit asséché d’un marigot, l’hyène ramassa une pépite d’or pesante et scintillante. Trop contente pour pouvoir garder le secret de sa trouvaille, elle voulut néanmoins se réserver le trésor pour elle seule. Des conseillers rapportèrent la nouvelle au lion en lui rappelant son droit exclusif sur tout trésor trouvé dans la brousse. L’hyène, accusée de crime de dissimulation, fut convoquée pour se voir retirer le bien indûment gardé par devers elle. Les curieux, et il y a n’avait beaucoup, qui formaient une haie, lui donnant chacun, à son passage, un coup de pied dans le derrière, l’hyène arriva devant le lion avec le postérieur si bas qu’elle ne put jamais plus le relever depuis.
3 – Le mépris de la chèvre pour le chien date du jour où on laboura le champ situé près des cases :
Un chien accompagnait chaque jour au champ son maître et n’en revenait qu’au soir sur les talons de celui-ci, haletant et apparemment exténué. La chèvre en avait conclu que le canidé devait être un bourreau de travail et lui marquait pour cela quelque déférence. Ce jusqu’au jour où le maître se contenta d’un champ tout près de la maison et que le caprin vit que le chien passa toute la journée à se prélasser sous les arbres dans la fraîcheur de la terre retournée.
Depuis, la chèvre, dépitée, n’eut aucune considération pour le chien.
4- L’antilope (“ Son ” en bambara) se désaltère toujours avec la première eau trouvée le matin :
Une élégante antilope « son » , dans sa promenade matinale, tomba sur une flaque d’eau. Le liquide lui ayant paru peu engageant, elle préféra attendre de parvenir à un ruisseau plus clair qu’elle connaissait. Mais continuant son chemin, elle aperçut de loin une famille de lions se désaltérant au dit ruisseau et projetant sans doute de se tenir en embuscade sur les lieux. L’antilope revint sur ses pas, décidée de se contenter de la flaque d’eau qu’elle avait négligée. Entre-temps, une cohorte de phacochères l’avait bue jusqu’à la boue avant de s’y vautrer.
Depuis l’antilope s’est faite une religion : se désaltérer à la première eau matinale trouvée.
5- Ce que coûte de tourner autour du fardeau d’autrui :
Pour les besoins de recherches effectuées par un ingénieur sur le cours d’un fleuve, l’équipement, démonté et mis en caisses, devait être transporté sur la tête par des jeunes gens réquisitionnés dans le cadre du travail forcé. Arrivé à une étape du chemin, l’un de ces jeunes gens, mal nourri et de surcroit malade, s’avéra incapable de continuer avec sa charge, suscitant de l’embarras chez les gardes de l’escorte et de la pitié des habitants du village. Un de ceux-ci, curieux, ne finissait pas de tourner autour de la caisse et de la soupeser en s’exclamant : « qu’elle est lourde ! ». Le chef de l’escorte ne trouva pas mieux que de lui ordonner d’enlever son boubou, de l’enrouler en une boule pour en faire un bât à poser sur la tête et de charger dessus la caisse, le tout accompagné de coups de cravache pour prévenir toute velléité de résistance. Le curieux ainsi réquisitionné dut porter jusqu’à destination le fardeau qui, à l’origine, n’était pas le sien.
6- Quand le petit oiseau envoyé en éclaireur dans le dii (plaine herbeuse fertile et humide) ne revient pas :
Un vol d’oiseaux se régalait de graminées précoces en attendant mieux. Un oisillon orphelin, relégué à la périphérie de la colonie, touchait à peine à un grain qu’on lui tombait dessus à coups de bec. Pour l’écarter du festin on lui intima l’ordre d’aller voir dans la grande pleine du « dii » si les graminées étaient à point et de revenir rendre compte. L’oisillon prit péniblement son envol, le ventre creux et les larmes aux yeux. Arrivé dans le dii , il trouva l’herbage couché sous le poids des graines mures. Se posant sur la plaine ondulante, il se régala si bien qu’il oublia de retourner annoncer la bonne nouvelle à la colonie. Au bout de quelques jours, il prit suffisamment de vitamines et de poids pour ne plus craindre personne ni se voir obligé de rendre des comptes à qui que ce soit. Il prit donc tout son temps, survolant en maître la grande pleine du dii .
Pendant ce temps, la colonie avait épuisé les graines de la savane et, se trouvant au bord de la famine, résolut de ne pas attendre davantage le petit oiseau envoyé en éclaireur dans la pleine du « dii » et qui tardait à revenir.
7- Ce qui vous arrive quand Dieu veut vous priver de monture :
Un cultivateur ayant réalisé une excellente récolte décida de s’acheter un cheval. Il se rendit au Sahel pour en acquérir un qu’il mit aux entraves en attendant de l’enfourcher. Survint une razzia qui lui prit son cheval et d’autres avec.
Ne pouvant plus s’acheter un autre cheval, il revint chez lui conter sa mésaventure. Je me contenterais d’un âne, se dit-il, et en acquit un avec un caravanier de passage. La nuit, l’âne rompit ses entraves et, voulant rejoindre la caravane, fut dévoré par des hyènes.
Condamné à aller à pied, notre homme se fit confectionner des sandales en peau brute de vache, c’est-à-dire de la dernière qualité, qui ne pouvait, selon lui, tenter personne. Mais dès qu’il les enleva pour dormir, des chiens en mal de viande les lui prirent.
8- A chacun le menu de son goût :
A l’occasion de son couronnement, un roi organisa un festin gargantuesque auquel furent conviés tous les habitants du pays y compris les animaux de la brousse qui bénéficiaient à cette occasion d’une exceptionnelle trêve de chasse. On avait imaginé et préparé en abondance les mets les plus variés, servis à chacun suivant ses désidératas.
Quand arriva le tour du margouillat, à la question de savoir ce qu’il désirait manger, il répondit : du lait au « datou » (gruau fermenté et séché de graines de dah ou oseille de guinée).
Le serveur en eut le haut le cœur et tout le monde à sa suite s’étonna que quelqu’un puisse donner sa préférence à un menu aussi singulier.
Le reptile ayant protesté qu’il n’avait choisi son menu qu’à son goût de margouillat et non à celui de personne d’autre, on finit par lui donner raison et confectionner à son intention la mixture commandée.
9- Pourquoi le Nkoro (varan de terre) ne mangerait-il pas ce dont raffole le Nkana (varan d’eau) :
Régnant en maître sur un bosquet, un « Nkana » gourmet, pour se réserver les meilleures nourritures, les déclara interdites et mortelles pour tout être à l’exception de lui-même, prétendant avoir les antidotes nécessaires.
Un « Nkoro » qui aimait lui aussi les régals finit par céder à la tentation de manger à la table du « Nkana » , soulevant de la part des autres habitants du bois une clameur de mise en garde.
Le « Nkoro » n’en alla pas moins au bout de son projet en arguant à juste raison que « ce qui est bon pour le « Nkana » ne saurait être interdit au « Nkoro » .
10- Étalez trop longtemps vos gains au soleil, “les poules les saccageront” :
Les pluies n’ayant pratiquement pas été au rendez-vous cette année-là, personne ne récolta rien au village sauf un homme qui, ayant procédé à des semis précoces dans un bas- fond, fit une coquette récolte d’arachides.
Le produit fut donc étalé au soleil pour sécher dans une partie de la cour jouxtant un chemin fort passant. Avec cette récolte, notre homme avait espéré pouvoir s’offrir de bons plats à la sauce d’arachide. Mais c’était sans compter avec la pénurie qui s’était déjà installée dans la place. Pour se procurer des céréales, il n’eut d’autre ressource que de prélever sur son petit troupeau de chèvres un petit bouc qu’il traina jusqu’au village voisin en vue de l’échanger contre quelques mouds de grains.
Avant de partir, il confia naturellement la surveillance de la récolte à sa femme, la mettant particulièrement en garde contre les animaux en divagation. La dame suivit si bien les consignes de son mari qu’aucun animal, ni même une poule, ne put s’approcher de leur récolte.
Mais quid des humains passant par flot incessant ? La dame était constamment en butte aux interpellations des uns et des autres, chacun s’extasiant devant la récolte d’arachides. Seulement la plupart, en plus de leurs compliments, ne purent s’empêcher de prendre en passant une poignée d’arachides. Tant et si bien que notre homme de retour constata avec surprise que l’étalage d’arachides était plus que clairsemé. Il en demanda explication à sa femme qui, ne voulant ou ne pouvant dénoncer tous ceux, très nombreux, qui s’étaient trop intéressés au produit étalé, mit la situation sur le compte des animaux qui auraient profité de ses moments d’inattention pour manger les arachides.
Cette version des faits ayant été naturellement confirmée par des témoignages, pas très désintéressés, notre homme ne put que se résigner à l’accepter.
11- Quand l’écureuil se prend pour le propriétaire du champ d’arachides :
Dans un champ bien réussi, un écureuil circulait à longueur de journée, déterrant et grignotant par ci par là une gousse d’arachides encore tendre et sucrée, au grand dam du cultivateur. Il se sentait si bien chez lui que, dès qu’il entendait le moindre bruit, il criait avec autorité : de qui sont ces bruits de pas ? Causant un étonnement agacé chez les autres prédateurs. Et si ceux-ci devenaient à ses yeux trop envahissants, il montait sur la cime de l’arbre le plus haut pour sonner une fausse alerte au propriétaire, provoquant un sauve qui peut général.
Le cultivateur, pour limiter les dégâts causés à son champ par l’écureuil, décida de s’y faire accompagner par son chien. L’écureuil, à leur arrivée, demanda comme d’habitude de qui étaient les bruits de pas qu’il entendait, ce qui mit le propriétaire hors de lui-même. Émergeant en même temps des plants d’arachides touffus, l’écureuil vit avec effroi le chien bondir dans sa direction. Il chercha son salut dans la fuite en se faufilant entre les plants. Mais, son déplacement provoquant une ondulation de la verdure, il fut longuement poursuivi à la trace par le chien avant de trouver refuge sur un arbre. C’était compter sans l’obstination du cultivateur qui l’en fit déloger à coups de projectiles et la course poursuite reprit de plus belle à travers et au tour du champ. Décidant d’abandonner les lieux pour de bon, l’écureuil s’enfonça dans la brousse où le chien vindicatif tint à le reconduire aussi loin que possible du champ qu’il avait considéré comme sa propriété.
12- Le margouillat peut profiter de l’abreuvoir des poules :
La saison sèche battait son plein. Pas la moindre trace d’eau dans les trous d’arbres ni aux abords des puits. Le margouillat, torturé par la soif, se résolut à chercher de l’eau du côté des habitations, au risque de s’exposer aux flèches et autres projectiles des jeunes garçons. Cheminant avec d’infinies précautions le long d’une palissade, il aperçut dans la cour d’une concession de grandes jarres d’eau appuyées au tronc d’un ficus ombreux. À côté des jarres était implanté à ras de terre un abreuvoir pour les poules qui ferait bien l’affaire du margouillat. Mais comment s’en approcher sans être aperçu des habitants des lieux et notamment des petits garçons ennemis jurés du margouillat. Soudain apparut une poule qui se dirigea vers les jarres, accompagnée de sa douzaine de poussins. Devinant que la petite troupe allait à l’abreuvoir, le margouillat n’hésita pas à se joindre à elle et à s’en faire un bouclier. Il parvint ainsi à étancher sa soif sous le regard étonné des poussins et malgré les cris d’alarme de la mère poule. Les petits garçons assistèrent impuissants à la scène, aucun d’eux n’osant risquer le moindre projectile en direction de la poule et de ses poussins, de crainte de subir la foudre des grandes personnes.
13- La natte de la couche nuptiale enroulée en attendant… :
Un jeune homme contracta mariage dans un village tout proche avec une jeune fille particulièrement belle et convoitée. Quand le jour des noces arriva, on envoya dès le coucher du soleil, des sœurs du jeune homme accompagnées de gens de caste, chercher la nouvelle mariée. Celles des sœurs qui étaient restées s’empressèrent d’encenser la case des noces et d’y étendre la natte devant servir de couche nuptiale, et ce au grand bonheur de leur frère.
Après le repas du soir, les gens vinrent à l’accueil de la nouvelle mariée. L’attente dura plus que de coutume et tout le monde, y compris et surtout le nouveau marié, commença à s’impatienter. On finit par se résoudre à envoyer quelqu’un dans la famille de la nouvelle mariée pour s’enquérir de la situation. Celui-ci y trouva les gens en émoi. La nouvelle mariée était en effet introuvable, s’étant laissée enlever par un des prétendants évincé, mais qui avait sa préférence. Les envoyés de la famille du nouveau marié rentrèrent bredouilles et la natte qui devrait servir de couche nuptiale fut donc enroulée en attendant…
14- Des conseils de prudence inutiles :
Un bon père de famille, en route pour son champ, vit des enfants s’affairer dans une broussaille épaisse. Il leur conseilla d’en sortir de peur de se faire mordre par un serpent. À sa grande surprise, il s’entendit répondre par les gamins qu’ils étaient justement à la recherche de serpents. Il ne lui resta donc qu’à rempocher ses conseils et continuer son chemin.
15- Maladie ou bosse ?
Une vieille femme, dont le corps n’avait gardé pas grand-chose de bien beau, passait non loin d’un groupe d’hommes devisant sur un guala (sorte de plateforme faite de planches, dressée sur la place publique, de préférence sous un arbre et où les hommes se prélassent) de la place publique du village. Le verbe haut, dont la dame était coutumière dans ses échanges avec les gens qu’elle rencontrait agaça l’un des hommes. Celui-ci fit à son sujet un commentaire peu amène visant particulièrement une bosse affublant sa nuque.
Mal lui en prit, car la vieille, outre le verbe haut, avait aussi l’ouïe encore très fine. Elle entendit donc le commentaire déplaisant relatif à son mal. Elle réagit si fort qu’elle se fit entendre de tout le quartier. Ses fils, sept gaillards en tout, accoururent sur les lieux. Après avoir écouté les explications des témoins de l’incident, ils se ruèrent sur l’auteur du commentaire visant leur mère. N’eut été l’interposition du groupe d’hommes présents sur les lieux, l’intéressé aurait passé les pires moments de sa vie. En tout cas il regretta d’avoir parlé du mal de la vieille dame d’une manière franche et directe. Il eut été mieux pour lui de parler de la « maladie » de la vieille plutôt que de sa bosse.
16- Agrippez-vous à la tête de votre lion et on vous aidera à le maitriser :
Dans les temps où ils ne vivaient que de chasse pratiquée avec des moyens rudimentaires, les hommes faisaient montre d’un courage au moins égal à celui de toute autre créature sur la terre.
Un chasseur ayant tué un magnifique cob s’en fut chercher de l’aide afin de ramener la viande de l’animal au campement. Quelle ne fut pas sa surprise quand, de retour à la tête d’un groupe d’hommes, il s’aperçut qu’un lion, profitant de son absence, avait éventré le cob dont il fouillait les entrailles à la recherche de morceaux tendres. Notre chasseur vit rouge et fonça sur le lion qui avait la tête pratiquement enfoncée dans le thorax du ruminant. Il saisit l’intrus par la queue et lui asséna un fort et retentissant coup de massue. Le lion, quelque peu sonné, voulut faire face ; mais l’autre tenant toujours sa queue, esquivait sa charge par des manœuvres exécutées tantôt d’un côté tantôt de l’autre.
Aucun des compagnons du chasseur ne pouvant intervenir sans affronter le lion de face, le groupe ne put qu’assister à la scène en faisant beaucoup de bruit. Les deux protagonistes finirent par se fatiguer et le lion, ayant réussi à dégager sa queue, trouva son salut dans la fuite.
Le chasseur s’étant plaint du manque de concours de ses compagnons, ceux-ci lui répondirent qu’ils l’auraient volontiers aidé s’il avait tenu la tête du lion au lieu de sa queue.
17- « Le cadeau de nuit » doit être à la hauteur du litige pendant :
Une affaire opposant deux villageois fut portée devant un chef de canton. Celui-ci étant connu pour ses sentences souvent intéressées, chacun de nos plaideurs avait l’autre à l’œil. La nuit tombée l’un, grand récolteur de miel, apporta au chef de canton une gourde pleine d’un excellent produit de sa crue.
Pour ce faire, il emprunta un chemin détourné passant par des ruelles évitant la concession de son adversaire. Mais ce dernier, qui avait fait poster un observateur non loin de l’entrée de la maison du chef de canton, eut connaissance de la nature du cadeau. Sachant le chef de canton particulièrement porté sur le miel, il désespérait de gagner la partie quand son épouse, mise au courant de l’affaire, lui suggéra de faire un geste plus fort sans commune mesure avec une gourde de miel. De commun accord, il fut donc décidé d’offrir un taureau au chef de canton, ce qui fut fait. Les parcs à bœufs étant situés en dehors du village, l’animal offert fut conduit, nuitamment dans la plus grande discrétion, de l’enclos de notre plaideur à celui du chef de canton.
Quand les plaideurs furent convoqués le matin pour entendre la sentence du chef de canton, celui qui avais offert une gourde de miel était optimiste puisque son adversaire, ayant été vu lui aussi dans la nuit chez le chef de canton ne semblait pas l’avoir soudoyé. Sa surprise fut donc totale quand le litige fut tranché à ses torts. La décision du chef de canton étant sans appel, notre plaideur perdant retourna chez lui fort abattu et dépité. Sur ce, un de ses amis, qui avait des relations dans l’entourage du chef de canton, lui tint, en guise de réconfort, les propos suivants : « ce n’est pas de ta faute mon ami, tu as fait ce que tu pouvais, mais c’est que le petit taureau offert par ton adversaire a brisé de ses sabots ta gourde de miel ».
18- Méfiez-vous des vieux cranes qu’on peut sortir contre vous :
Lors d’une disette consécutive à des passages répétés et ravageurs de criquets pèlerins, les habitants d’un village de cultivateurs étaient réduits à une situation de pénurie alimentaire jamais connue auparavant. Même les chasseurs, affamés, n’avaient plus la force d’aller chercher du gibier qui du reste avait disparu faute d’herbe ou de feuillage à brouter, les criquets n’ayant rien épargné. Ainsi les volailles d’abord, puis les petits ruminants et enfin les bœufs passèrent à la marmite.
Non loin de là se trouvait un autre village, mais d’éleveurs, dont la situation n’était guère meilleure. Ayant eux aussi vécu sur la volaille et le petit ruminant, ils n’avaient plus que des bœufs faméliques dont la production laitière dérisoire ne suffisait même pas à nourrir les propriétaires. Afin de trouver quelques brindilles ou n’importe quoi à se mettre sous la dent, ces bœufs étaient condamnés à errer. Parfois, certains, top affaiblis, renonçaient à rentrer au parc. Les habitants du village de cultivateurs les achevaient dans la nuit et se partageaient leur viande en veillant à ne laisser aucune trace. Les disparitions définitives et inexplicables de bœufs finirent par inquiéter les éleveurs dont les soupçons se portèrent sur les habitants du village de cultivateurs voisin. Mais ils avaient beau passer et repasser dans ce village à la recherche d’animaux égarés, ils ne purent trouver aucun indice confirmant leurs soupçons. L’un d’eux fit la suggestion de tendre un piège aux cultivateurs. Ils offrirent donc à ceux-ci deux bœufs si fatigués qu’ils avaient de la peine à se remettre sur les pattes. On les traîna quand même jusqu’au village des cultivateurs en priant ceux-ci d’accepter ces animaux à titre de solidarité en ces temps si dures. Après force remerciements, les cultivateurs égorgèrent les bœufs et se partagèrent la viande.
Mais dès le lendemain, ils reçurent une convocation de l’autorité administrative sur plainte des éleveurs les accusant de vol de bétails. Pour appuyer leur accusation, ceux-ci suggérèrent à l’autorité administrative de se rendre dans le village de cultivateurs pour y trouver des traces d’abattage d’animaux récemment égarés. On y découvrit évidemment les peaux des deux bœufs offerts la veille ainsi que des cornes, des os et même des têtes et des pattes en train de cuire dans des marmites. Les accusés ont beau protester en affirmant que ces restes étaient ceux d’animaux que leurs voisins leur avaient offerts gracieusement, ceux-ci nièrent tout en bloc. Sous la menace de conduire tous les chefs de famille des deux villages au chef-lieu de la circonscription administrative afin de tirer l’affaire au clair, des pourparlers s’engagèrent entre les parties. Il en résulta un compromis où les cultivateurs reconnaissaient avoir achevé certains bœufs presque mourants pour en manger la viande, tandis que les éleveurs de leur côté reconnaissaient avoir fait cadeau à leurs voisins des deux bœufs dont les restes furent trouvés dans leur village. L’affaire en resta là, l’autorité renonçant à lui donner une suite, dépitée qu’elle fût par les mensonges relevés de part et d’autre.
19- Soignez la carie d’un ingrat, il vous croquera vos arachides de semence :
Un cultivateur, ayant quelques connaissances en pharmacopée, prit en pitié un voisin de champ souffrant de maux de dent et le soigna. Celui-ci ayant recouvré la santé vint deux jours plus tard le trouver en train de semer des arachides afin, dit-il, de le remercier de ses soins. Pour administrer la preuve que ses dents avaient recouvré toute leur capacité, le ci-devant malade plongea sa main dans la calebasse contenant les graines d’arachides de semence de son bienfaiteur et en prit une bonne poignée qu’il croqua. Celui-ci trouva le geste anodin et le laissa passer de bon cœur. Mais quand l’ex malade, poussé semble-t-il par la faim, répéta la démonstration une fois puis deux fois, son soigneur y mit le holà, regrettant un peu d’avoir prodigué à l’intéressé des soins dentaires aussi efficaces.
20- Perdre une dent en mangeant de la courge étuvée :
C’est ce dont fut victime un homme qui avait la fâcheuse habitude de s’inviter à manger n’importe quoi et n’importe où. Ainsi, passant près d’un groupe en train de manger des tranches de courge cuites à l’eau, il voulut en faire partie. Étant donné qu’il ne restait plus de tranche supplémentaire pour satisfaire son appétit, on en fit venir une pour lui. Il prit donc place et commença à mordre goulûment dans sa portion quand, après deux ou trois bouchées, un craquement, qui n’échappa à personne dans l’assistance, se produisit entre ses dents. Il cracha le contenu ensanglanté de sa bouche avec une couronne de dent et un caillou inattendu. Comment celui-ci s’est-il trouvé bizarrement dans une tranche de courge cuite nul ne put l’expliquer. Toujours est-il que la surprise la plus désagréable vient toujours d’où elle est la moins attendue.
21- Le caméléon mérite bien la proie qu’il a attrapée :
Fuyant un feu de brousse qu’il avait vu de loin, un caméléon parvint à atteindre les plus hautes branches d’un grand arbre afin de se mettre à l’abri de la fournaise. Une grosse sauterelle, pleine d’œufs, qui avait eu la même idée, vint se poser presque sous son nez, le prenant sans doute pour une feuille de l’arbre hôte. Le caméléon, qui n’avait eu de toute sa vie une proie aussi grosse à sa portée, n’eut aucune peine à l’attraper. Sa proie dans la gueule, il se mit à chercher un emplacement plus confortable pour se mettre à table.
Mais c’était sans compter avec l’intrusion de certains oiseaux qui, dès qu’ils repèrent un feu de brousse, viennent aussitôt survoler la fumée afin d’intercepter les insectes tentant de fuir la catastrophe. Quelques-uns de ces oiseaux, pour déguster leurs prises, vinrent donc se poser sur le même arbre que le caméléon. Voyant celui-ci avec une sauterelle aussi dodue, ils nourrirent l’idée de la lui prendre. C’est scandaleux, une sauterelle aussi pleine d’œufs dans la gueule d’un caméléon, se disaient-ils entre eux.
Ils s’apprêtaient à passer à l’action quand le caméléon, sentant la menace, se revêtit d’un manteau qui effraya les volatiles. Ceux-ci renoncèrent à leur projet, convenant qu’après tout, même si le caméléon ne mérite pas une sauterelle pleine d’œufs, celle qu’il a attrapée était bien méritée.
22- Contourner les obstacles est la meilleure façon d’aller sûrement :
Un crapaud et un crabe d’eau douce qui avaient lié amitié décidèrent d’aller voir le monde ensemble, question de se changer un peu de l’air des marécages.
Le crabe, peu habitué à la terre ferme, se mit à progresser prudemment. Marchant sur le côté, il évitait les difficultés, se glissant entre les obstacles par ci, les contournant par là. Il put ainsi faire son chemin sans dommage.
Le crapaud quant à lui, se comportant en connaisseur, choisit de progresser de face. Il avançait donc avec assurance, en sautant au besoin par-dessus les obstacles. Ce fut malheureusement à l’atterrissage d’un de ses sauts qu’il s’empala sur l’aiguille acérée d’une pousse de roseau, terminant ainsi sa randonnée d’une manière pitoyable.
23- La réputation de l’étranger de passage reste là où il a été accueilli tandis que celle de son logeur court les routes :
Un voyageur, arrivé dans un village où il ne connaissait personne, choisit un peu au hasard une concession pour y demander l’hospitalité. Il fut bien accueilli et bien traité. Mais son comportement, dû peut-être à une méconnaissance des us et coutumes du village, ne manqua pas de choquer son hôte et les siens.
Le maître des lieux perdit rapidement patience et, malgré les conseils d’un voisin et ami, mit l’étranger à la porte. Celui-ci continua donc son voyage mais ne se priva pas de raconter aux gens qu’il rencontrait dans les bivouacs et les étapes qu’un nommé de tel village chez qui il avait fait escale l’avait mis à la porte en violation des règles de l’hospitalité. Les circonstances des faits n’étant pas connues sur les routes, il en résulta auprès des voyageurs une mauvaise renommée du logeur impatient.
24- Voir des margouillats ou des crapauds en arrivant dans un village n’est pas indifférent pour un étranger :
Un habitué des routes remarqua que, chaque fois qu’il arrivait suffisamment à temps dans un village pour voir des margouillats encore dehors, ils bénéficiaient de la part de ses hôtes d’un hébergement correct. Par contre, lorsqu’il arrivait tard alors que les crapauds étaient déjà sortis, il connaissait souvent un hébergement précaire. D’où l’adage qui dit que pour l’étranger voir un margouillat en arrivant vaut mieux que de voir un crapaud.
25- A quel arbre attribuer l’épine qui vous pique entre un baobab et un faux baobab ?
Une princesse aimait jouer à cache-cache dans la savane boisée en compagnie de ses camarades. Mais gare à l’arbre ou à l’arbuste dont une épine écorchait la princesse. Le coupable était aussitôt abattu ou sévèrement élagué. Un jour, en passant entre un baobab « sira » et un faux baobab « koungo sira » , la princesse marcha sur une épine qui la piqua jusqu’au sang. Le délit fut imputé à l’un ou à l’autre des deux arbres que des bucherons zélés menaçaient déjà de leurs haches.
Un chasseur, passant par hasard, s’enquit des raisons de l’agitation régnant autour des arbres incriminés. Il réussit à convaincre les acteurs que ni le baobab, ni le faux baobab ne portent d’épine, et n’en n’ont jamais portée depuis la nuit des temps. Tous convinrent donc que l’épine qui a piqué la princesse ne pouvait être que d’une origine étrangère aux deux arbres.
26- Quitter son élément ne met pas à l’abri du danger :
Un petit poisson, à peine sorti de l’état d’alevin, voyait le banc auquel il appartenait, servir de repas quotidiens aux gros poissons. Craignant que le même sort ne lui soit réservé un jour ou l’autre, il décida de quitter les eaux pour les hautes herbes de la rive. Mal lui en prit lorsque les habitants du village, organisant une battue contre les rats d’eau, mirent le feu aux herbes juste au-dessus de la berge pour couper la retraite à qui voudrait se réfugier dans l’eau.
À défaut d’être mangé par un gros prédateur du fleuve, le petit poisson fut pris et fumé en compagnie des rats d’eau.
27- Le mérite du bon soumbala (condiment sous forme de boulettes noires obtenues avec les graines de néré fermentées) n’est pas attribué à celui qui a cueilli le néré :
Un homme avait deux épouses, l’une d’âge avancé et l’autre jeune. Toutes deux étaient très actives et d’un concours précieux pour la famille.
La plus jeune, qui excellait dans la recherche de produits de cueillette, rapporta un jour à la maison une grande quantité de néré. Égoussé et pilé, le produit donna une farine appréciée pour l’alimentation. Les graines de néré furent laissées au soin de la femme la plus âgée pour en faire du « soumbala » qu’elle savait réussir à la perfection. Le produit fini était si bon que la renommée de la dame et de ses boulettes de « soumbala » fit le tour du village et atteignit même les agglomérations voisines.
Bien que toutes les deux femmes aient profité également du produit du troc des boulettes de « soumbala » , la plus jeune n’a pas moins éprouvé quelqu’ombrage de la célébrité que le néré, cueilli par elle au prix d’efforts physiques, apporta à sa coépouse.
28- Ce qui arrive quand tout le monde est responsable de la même chèvre :
Une famille nombreuse possédait une seule chèvre dont le lait était le bienvenu pour le plus petit des enfants. Capricieuse, elle ne rentrait presque jamais en même temps que les autres chèvres du village, et il fallait à chaque fois aller à sa recherche, tâche qui incombait à une demi-douzaine de garçons.
Arriva un jour de fête où tous étaient si accaparés par les tam-tams, jeux et autres distractions que nul ne se soucia de la chèvre, à moins que chacun ne pensât que les autres s’en occupaient. Le résultat fut que, la chèvre n’étant pas rentrée, personne n’alla à sa recherche et que les hyènes la dévorèrent.
29- Quand tous les ânes au museau blanc sont coupables d’avoir mangé de la farine :
Un troupeau d’ânes passait à côté de la farine de mil mise à sécher au soleil en prévision des festivités programmées par un puissant de la place. Malgré l’encadrement des âniers, une ou deux bêtes parvinrent à s’offrir quelques bouchées de farine, ce qui provoqua un émoi à la cour du seigneur. Les âniers furent convoqués et mis à l’amende au prorata du nombre de bêtes dont chacun était responsable, puisqu’il fut établi que tous les ânes avaient le museau blanc donc avaient mangé de la farine, même si cette blancheur du museau est naturelle chez certains d’entre eux.
30- Celui qui méprise le fruit d’un arbre ne devrait pas être trouvé mort sous ledit arbre :
Un nomade avait l’habitude de marquer son dégoût quand il voyait des sédentaires manger des fruits murs de l’arbre appelé dougoura . En effet, l’aspect peu ragoûtant du jus de ces fruits, du reste excellents, et leur mode de consommation ne sont pas des plus engageants.
Une année où les récoltes ont été particulièrement mauvaises dans le Sud, notre nomade a dû s’y attarder afin de se constituer suffisamment de provisions pour passer la saison des pluies au Sahel. Au cours de son retour tardif, lui et son âne à peine chargé firent escale à l’ombre d’un « dougoura » , portant d’innombrables et énormes grappes de fruits. Afin de préserver le peu de graines qu’il avait pu acquérir, l’intéressé ne s’était pas fait faire même une poignée de couscous sec en guise de provision de route. Par ailleurs la pénurie étant partout, il ne pouvait pas compter sur l’hospitalité des habitants des villages traversés où il n’y avait presque rien à manger en dehors de quelques produits de cueillettes.
Le nomade décida donc de goûter pour une fois, même en fermant les yeux, à ces foutus fruits de « dougoura » qu’il détestait tant. Le premier fruit cueilli s’avéra si juteux et succulent que notre homme en mangea un deuxième et un troisième et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il eût senti des douleurs abdominales. Il se battit en vain contre son mal et finit par en mourir. D’autres voyageurs le découvrirent, gisant seul à côté de son âne et de ses maigres bagages. La nouvelle de son décès et des circonstances de celui-ci étant parvenue au village où il avait chaque année coutume de passer la saison sèche, on s’étonna que son corps fût trouvé sous un dougoura , l’intéressé ayant toujours dit son dégoût pour le fruit de cet arbre.
31- Pour ne pas avoir à fuir par la fenêtre du vestibule, contentez-vous de complimenter qui vous voulez, mais sans offenser personne :
Lors d’un évènement de société, un flagorneur invétéré n’en finissait pas de faire les louanges d’un personnage central. Ses comparaisons inopportunes et ses allusions à peine voilées firent que certaines personnes dans l’assistance se sentirent visées sans équivoque. Vivement interpellé, le flatteur ne dut son salut qu’à la fuite par une fenêtre du vestibule.
32- On ne lâche pas le poisson qu’on a en main pour celui qui est sous les pieds :
Un tout jeune garçon participait pour la première fois à la pêche organisée dans une mare sacrée. Ayant capturé un premier poisson, il le tint en main tout en progressant vers le milieu de la mare. Au bout de quelques instants, il sentit sous ses pieds quelque chose qui ne pouvait être, selon lui, qu’un énorme poisson. Pour être sûr de maitriser ce qui devait représenter une prise exceptionnelle ou peut-être même la plus grosse de tous les temps, il jeta son premier poisson afin d’avoir les mains libres. Saisissant ce qui, en toute vraisemblance, ne pouvait être qu’un poisson, il le sortit de l’eau trouble au prix de beaucoup d’efforts. Il s’apprêtait à brandir son trophée et crier sa joie quand il s’aperçut que sa prise n’était autre chose qu’un gros serpent dont les extrémités étaient encore plongées dans l’eau. Il lâcha donc sa proie et se sauva en poussant un cri de frayeur, imité par ceux qui avaient assisté à la scène. Nul n’ayant plus le cœur à la pêche ce jour-là, tout le monde retourna au village, certains avec de maigres prises, d’autres les mains vides comme notre néophyte.
33- Quand le fourmilier se donne de la peine pour le porc-épic :
Le fourmilier creusa une galerie spacieuse pour se protéger des intempéries ainsi que des prédateurs. Le porc-épic, dont les talents en la matière se limitaient à déterrer des arachides et des tubercules, tomba en admiration devant l’ouvrage du fourmilier. Il lia amitié avec celui-ci pour le cas où…
Un jour de forte pluie accompagnée de bourrasques, le porteur de piquants vint demander hospitalité au fourmilier qui lui permit de s’installer à l’entrée de sa galerie. Celui-ci pensait faire d’une pierre deux coups. D’une part il offrait l’hospitalité à un ami et, d’autre part, il assurait sa propre tranquillité. En effet au moindre danger, le porc-épic hérissait ses piquants à l’entrée de la galerie, décourageant ainsi les intrus.
La cohabitation continua, le porc-épic, se permettant même d’amener de temps en temps sa maisonnée qui gitait sommairement non loin de là. Mais trouvant un jour le maître des lieux absent, le porc-épic visita la galerie de fond en comble. Estimant que le logis convenait parfaitement à sa nombreuse famille, il décida d’y installer celle-ci définitivement à l’exclusion de toute cohabitation. Il invita donc sa famille à prendre place avec lui dans la galerie, en hérissant leurs piquants entremêlés et tournés vers l’extérieur.
Le fourmilier, fuyant une meute de chiens dont les aboiements lui étaient parvenus, voulut rentrer chez lui, mais se heurta à une barrière infranchissable. La meute s’annonçant de plus en plus proche, le fourmilier n’insista pas et fila au loin se creuser une autre galerie sommaire certes, mais dont il obstrua provisoirement l’entrée avec de la terre. Depuis, le fourmilier prend soin de doter se galerie de plusieurs entrées et sorties.
34- Le voleur n’est pas toujours celui que tout le monde accuse :
Chaque fois que les chasseurs ramenaient du gibier que l’on mettait à fumer, une partie de la viande disparaissait pendant la nuit. Le chien qui vivait au campement avec les hommes était à tous les coups accusé du forfait.
Un jour les chasseurs ne rapportèrent aucun gibier ni le lendemain ni d’ailleurs le surlendemain. Alors on se rabattit sur le chien chapardeur dont la viande fut mise à fumer comme d’habitude. Quelle ne fut la surprise quand le matin, on s’aperçut qu’une cuisse du chien manquait au contrôle.
Devant l’évidence que le chien n’a pas pu voler l’une de ses propres cuisses, il a fallu admettre que l’auteur des vols précédents était quelqu’un d’autre.
35- Donne en partage une épaule de mouton à un aveugle, il pensera que tu t’es réservé pour toi-même au moins une épaule et un gigot :
A l’occasion d’une fête, un bienfaiteur fit don de carcasses de mouton à un groupe de mendiants dont une forte proportion d’aveugles. Les quelques voyants procédèrent à la découpe et à la répartition de la viande. Un des aveugles reçu une épaule entière de mouton. Il fut certes content de sa part mais pensa que si lui, aveugle, avait reçu toute une épaule, c’est que les voyants avaient chacun au moins une épaule et un gigot ou l’équivalent. Il ne put s’empêcher de s’en ouvrir en aparté à un autre aveugle qui, compte tenu du nombre de carcasses reçues, finit par lui prouver qu’il était plutôt parmi les mieux lotis.
36- Des arachides décortiquées en votre absence, les coques paraissent toujours en trop forte proportion :
Une ménagère, voulant préparer une sauce pour le couscous familial, sortit de son grenier une quantité respectable d’arachides à décortiquer. Ses coépouses et ses belles-sœurs se firent, comme à l’accoutumée, un devoir de lui apporter un coup de main.
En fait ce furent celles-ci qui se chargèrent entièrement de la tâche, l’intéressée elle-même ayant été amenée à s’absenter pour un motif imprévu. Ainsi, après avoir terminé de décortiquer les arachides elles séparèrent les graines et les coques.
À son retour, la dame trouva des graines d’arachides proprement nettoyées mais, contre toute attente, elle ne parut pas très satisfaite du résultat du travail de ses coépouses et belles-sœurs et ses remerciements ne furent pas des plus chaleureux. Personne ne comprenait son attitude. Seules ses belles-sœurs osèrent lui en demander les raisons. Et sous forme de plaisanterie, elle dit les soupçonner d’avoir croqué une bonne partie de ses arachides, vu la comparaison des coques et des graines en présence. Les gens prirent cependant ses propos au sérieux et lorsque son tour vint de nouveau de faire la cuisine, tout le monde refusa de l’aider à décortiquer ses arachides sauf en sa présence effective.
37- Elle est bien connue la diète des lendemains de fête :
Toutes les femmes de la maisonnée étaient restées mobilisées le jour de la fête afin d’offrir à la famille un repas gargantuesque. Toutes étant harassées, elles pouvaient se reposer le lendemain, la famille se contentant des restes de la veille ou d’une bouillie légère trompant difficilement la faim.
38- Avec de la patience, on peut plumer un œuf :
Deux garçons reçurent, en cadeau d’un oncle, un œuf chacun. L’un se hâta de faire du sien un goûter d’œuf à la coque. Quant à l’autre, il plaça son cadeau parmi les œufs d’une poule en train de couver. Il en obtint un poussin qu’il éleva. La volaille une fois grandie servit un jour à améliorer l’ordinaire de la famille. Ce fut le garçon propriétaire de l’oiseau qui eut à le plumer. Ainsi, grâce à sa patience, il put enlever des plumes de l’œuf ou de ce qui avait été l’œuf offert par son oncle.
39- Quand la tourterelle devance les vanneuses de mil, il ne lui reste qu’à attendre dans le feuillage du jujubier :
Une tourterelle observait avec intérêt un groupe d’hommes et de femmes en train d’étaler des épis de mil sur une vaste aire de battage. Se réjouissant à l’idée de trouver de quoi se régaler dans les déchets de vannage, elle se pointa sur les lieux le lendemain de bonheur ; mais point de batteurs de mil à l’horizon à plus forte raison de vanneuses. En effet, afin de faciliter le battage, les gens avaient attendu, comme de coutume, que le soleil soit suffisamment haut pour chauffer de ses rayons les épis de mil. Les batteurs n’arrivèrent donc pas à l’heure espérée par le volatile et les vanneuses encore moins.
La tourterelle dut prendre son mal en patience et attendre, dans le feuillage d’un jujubier proche, que les vanneuses terminent leur travail.
40- Égorger une chèvre n’empêche pas d’abattre aussi un chien, chaque viande ayant ses amateurs :
Un jour de fête, une famille que l’on se garde de nommer, fit égorger une chèvre à la grande joie des enfants. Alors que l’on s’affairait autour de l’animal à peine refroidi, parvinrent d’un autre côté de la concession des aboiements d’un gros chien qu’on assommait pour la même occasion.
Un étranger de passage ayant fait état de son étonnement devant cette situation, il lui fut répondu que la viande du second animal abattu avait, et de loin, la préférence de certains membres de la famille et pas des moindres.
41- Les poules se sentent trahies quand on bat le mil nuitamment :
En cette année de disette, pour éviter tout gaspillage, le chef de famille sortait chaque jour du grenier la quantité d’épis de mil nécessaire pour les repas. Les femmes battaient donc ce mil avant d’aller le piler.
Mais dès que le mil était sorti, toutes les poules de la famille et même des voisins accouraient pour picorer les grains avant même le battage. La quantité de mil à battre diminuant chaque jour au fur et à mesure que l’on entrait dans la période de soudure, les prélèvements effectués par les volailles devenaient insupportables.
On décida donc de ne battre le mil que la nuit tombée, c’est-à-dire après que les poules aient rejoint le poulailler.
42- Portez une vieille personne sur le dos toute la journée, mais le soir venu, vous la traînez, c’est de cela qu’elle se souviendra :
À une période de troubles, un jeune homme dut s’enfuir de son village avec sa vieille mère pour échapper à une prise d’esclaves. Il s’enfonça dans la brousse, portant sur son dos sa mère qui n’était plus tellement en jambes. Il était à bout de forces le soir tombé alors qu’ils avaient presque atteint l’entrée d’un village fortifié. Mais il ne pouvait s’offrir aucun répit puisqu’il entendait s’approcher la clameur des poursuivants. Il se résigna donc à traîner sa mère jusqu’à l’entrée du “ Tata ” , fortification salvatrice. Mais une fois en sécurité, la vieille ne finissait pas de se plaindre des écorchures et des bobos du fait d’avoir été traînée.
43- On peut participer au dépeçage d’un éléphant et ne pas négliger pour autant la sauce au datou (gruau fermenté et séché de graines de dah ou oseille de guinée) de sa mère :
Tard dans la nuit, un quidam reçut de son ami chasseur une bonne nouvelle : celui-ci qui venait to

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