Entre les lignes
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Description

« Il lit pour son propre plaisir plutôt que pour transmettre des connaissances ou corriger les opinions des autres. »


Virginia Woolf a donc décrit The common reader, ce « lecteur commun », pour lequel elle a réalisé sa deuxième série d'essais. Il s'agit d'une célébration informelle, instructive et pleine d'esprit de notre héritage littéraire et social par un écrivain de génie.


Dans cette sélection proposée par Jean-Yves Cotté, le traducteur, Virginia Woolf porte un regard brillant sur les romans de Jane Austen, Charlotte et Emily Brontë, Thomas Hardy et Joseph Conrad.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782374538143
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Présentation
« Il lit pour son propre plaisir plutôt que pour transmettre des connaissances ou corriger les opinions des autres. »
Virginia Woolf a donc décrit The common reader, ce « lecteur commun », pour lequel elle a réalisé sa deuxième série d'essais. Il s'agit d'une célébration informelle, instructive et pleine d'esprit de notre héritage littéraire et social par un écrivain de génie.
Dans cette sélection proposée par Jean-Yves Cotté, le traducteur, Virginia Woolf porte un regard brillant sur les romans de Jane Austen, Charlotte et Emily Brontë, Thomas Hardy et Joseph Conrad.


Virginia Woolf , née Adeline Virginia Alexandra Stephen le 25 janvier 1882 à Londres et morte le 28 mars 1941 à Rodmell, est une femme de lettres anglaise. Elle est l'un des principaux écrivains modernistes du XXᵉ siècle.


Après des études de littérature britannique et américaine, puis un parcours sinueux qui l’a amené à enseigner l’anglais en lycée professionnel pendant une dizaine d’années, Jean-Yves Cotté a choisi de se consacrer à la traduction. Désormais, s’il collabore de temps à autres à des catalogues d’exposition et à des livres d’art, il traduit à la fois de grands auteurs « classiques » (Virginia Woolf, Joseph Conrad, Jane Austen, James Joyce) et des romanciers et poètes contemporains avec lesquels il entretient une réelle connivence (Justin Grimbol, Chris Kelso, Bram Riddlebarger, pour ne citer qu’eux) et qu’il cherche à faire connaître en France. Pour avoir une idée de son travail, allez donc faire un petit tour sur son site : jyctraduction .
Virginia WOOLF
ENTRE LES LIGNES
The Common Reader
Traduction de Jean-Yves COTTÉ
Les Éditions du 38
Jane Austen
S’il n’en avait tenu qu’à Miss Cassandra Austen il est probable que nous ne connaîtrions de Jane Austen que ses romans. Elle n’a écrit librement qu’à sa sœur aînée ; à elle seule elle a confié ses espoirs et, si la rumeur dit vrai, la grande déception de sa vie. Mais quand Miss Cassandra Austen prit de l’âge, et que la gloire grandissante de sa sœur l’amena à penser qu’il viendrait peut-être un jour où des inconnus furèteraient et où des intellectuels s’interrogeraient, elle brûla, quoi qu’il lui en coûtât, toutes les lettres susceptibles de satisfaire leur curiosité, n’épargnant que celles qu’elle estima trop banales pour être d’un quelconque intérêt.
Ainsi la connaissance que nous avons de Jane Austen provient-elle d’un petit nombre de bavardages, de quelques lettres, et de ses livres. En ce qui concerne les premiers, les bavardages qui nous sont parvenus ne sont jamais abjects ; en les épurant quelque peu ils font parfaitement notre affaire. Par exemple, Jane « n’est pas du tout jolie et très guindée, pour une fillette de douze ans […] Jane est fantasque et affectée », dit Philadelphia Austen de sa nièce. Puis il y a Mrs Mitford, qui a connu les Austen petites filles et trouvait que Jane était « le papillon le plus joli, le plus drôle, le plus préoccupé de trouver un mari dont elle se souvienne ». Ensuite, il y a une amie anonyme de Mrs Mitford « qui lui rend visite [et] dit qu’elle s’est raidie à en devenir l’incarnation la plus austère, la plus formaliste, la plus taciturne des « célibataires » qui ait jamais existé, et que, jusqu’à ce qu’Orgueil et Préjugés eût dévoilé le pur joyau que recelait cet écrin peu amène, dans le monde elle n’attirait pas plus l’attention qu’un tisonnier ou un pare-feu. […] L’écrin est tout autre désormais », poursuit cette bonne dame ; « c’est toujours un tisonnier – mais un tisonnier redouté de tous. […] Une femme d’esprit, une portraitiste affûtée, qui ne parle pas est proprement effrayante ! » Par ailleurs, bien entendu, il y a les Austen, une race peu encline à faire son propre éloge, mais l’on nous dit néanmoins que ses frères « l’adoraient et étaient très fiers d’elle. Ils la chérissaient pour son talent, pour ses qualités et son affabilité, et par la suite tous se plurent à imaginer qu’une de leurs nièces ou de leurs filles ressemblât à leur sœur chérie Jane, à laquelle pourtant ils ne pensaient jamais trouver d’égale. » Charmante mais austère, aimée des siens mais redoutée des étrangers, un esprit mordant mais un cœur tendre – de tels contraires ne sont en rien incompatibles, et quand nous en viendrons à ses romans nous retrouverons la même complexité chez l’écrivaine.
Pour commencer, cette petite fille guindée que Philadelphia trouvait si différente d’une fillette de douze ans, fantasque et affectée, ne devait pas tarder à devenir l’auteure d’un conte étonnant de maturité, Amour et amiti é qu’elle écrivit, aussi incroyable cela puisse-t-il paraître, à quinze ans. Elle l’écrivit, semble-t-il, pour faire rire la salle d’études ; dans le même volume une histoire est dédicacée avec une feinte solennité à son frère ; une autre est soigneusement illustrée de portraits à l’aquarelle de sa sœur. Ce sont là des plaisanteries qui, on le sent, étaient affaire de famille ; des satires, qui avaient droit de cité car les petits Austen se moquaient tous ensemble des grandes dames qui « soupiraient et s’évanouissaient sur le canapé. »
Frères et sœurs ont dû rire quand Jane a lu à haute voix sa dernière estocade portée aux défauts que tous abhorraient. « Je meurs victime du chagrin que m’a causé la perte d’Augustus. Un évanouissement fatal m’a coûté la vie. Méfiez-vous des évanouissements, chère Laura. […] Perdez la raison aussi souvent qu’il vous plaira, mais ne vous évanouissez jamais […] » Et alors elle s’empressa, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire et le dire, de narrer les incroyables aventures de Laura et Sophia, de Philander et Gustavus, de ce gentleman qui un jour sur deux conduisait une diligence entre Édimbourg et Stirling, du vol de l’argent que l’on gardait dans le tiroir de la bibliothèque, de mères mourant de faim et de fils incarnant Macbeth. Assurément, ce conte ne manqua pas de déclencher une avalanche de rires dans la salle d’études. Et pourtant, il est indéniable que cette jeune fille de quinze ans, assise dans le coin qui lui était réservé dans le salon commun, n’écrivait pas pour faire rire ses frères et sa sœur, n’écrivait pas pour la sphère familiale. Elle écrivait pour tout un chacun, pour personne, pour notre époque, pour la sienne ; en d’autres termes, à cet âge tendre déjà Jane Austen écrivait. On l’entend au rythme, à l’élégance et à la rigueur de sa phrase. « Elle n’était rien de plus qu’une jeune femme aimable, polie et affable – comment aurions-nous pu la détester ? Elle n’était rien d‘autre qu’un objet de mépris. » Une telle phrase est faite pour durer. Sémillante, coulante, désopilante, tendant sans entraves vers l’absurde. Amour et amitié est tout cela à la fois ; mais quelle est cette note, qui ne se fond jamais dans l’harmonie, que l’on entend tinter distinctement et avec insistance tout au long du récit ? C’est la mélodie du rire. Dans son coin, la jeune fille de quinze ans se rit du monde.
Les jeunes filles de quinze ans ne cessent de rire. Elles rient quand en se servant Mr Binney confond le sel et le sucre. Elles meurent de rire quand la vieille Mrs Tompkins s’assoit sur le chat. Mais elles pleurent l’instant d’après. Elles ne disposent pas du moindre indice pour comprendre qu’il y a dans la nature humaine quelque chose de ridicule, qu’il y a chez les hommes et les femmes quelque chose qui toujours incite à la satire. Elles ne savent pas que lady Greville qui snobe, et cette pauvre Maria que l’on snobe, sont les composantes inhérentes à une salle de bal. Mais Jane Austen le savait dès sa venue au monde. Une de ces fées qui se penchent sur les berceaux a dû lui faire survoler le monde aussitôt après sa naissance. Quand elle eut regagné son berceau elle savait non seulement à quoi ressemblait le monde, mais elle avait aussi choisi son royaume. Elle avait agréé l’idée qu’à condition d’y régner en maître elle n’en convoiterait aucun autre. À quinze ans elle se faisait ainsi peu d’illu

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