Le Complexe d’Hermès
163 pages
Français

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
163 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Lauréat du Prix Victor-Barbeau et finaliste des Prix littéraires du Gouverneur général.

Sans théorie générale, la traduction est limitée à réfléchir sur son activité de communication et à n'être jamais qu'une fraction d'une discipline nommée herméneutique. Cette limitation de la traduction à son rôle de communication, rôle qui marque un certain enfermement dans le langage, forme ce que l'on nomme le « complexe d'Hermès ». Cet ouvrage entend montrer qu'il est possible de sortir de cet enfermement du langage en considérant comment l'usage de la langue participe au sens du message, comment l'organisation rhétorique participe au sens fondamental du langage. Cela étant, on déplace la traduction de la linguistique à l'esthétique, permettant un discours théorique sur la traduction en tant que discipline esthétique. Sur ce chemin, on trouve alors Apollon, le dieu de la théorie et le dieu des arts, qui a raison d'Hermès, dieu du langage et dieu des menteurs.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 février 2009
Nombre de lectures 18
EAN13 9782760317970
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

This page intentionally left blank Le compLexe d’ Hermès
Regards philosophiques sur la traduction

Charles Le Blanc
Les Presses de l’Université d’Ottawa© Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2009.
Tous droits de traduction et d’adaptation, en totalité ou en
partie, réservés pour tous les pays. La reproduction d’un extrait
quelconque de ce livre, par quelque procédé que ce soit, tant
électronique que mécanique, en particulier par photocopie et par
microfilm, est interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur.
catalogage avant publication de Bibliothèque
et Archives canada
Le Blanc, charles,
1965Le complexe d’Hermès : regards philosophiques
sur la traduction / charles Le Blanc.
(collection regards sur la traduction 1480-7734)
comprend des références bibliographiques.
IsBN 978-2-7603-3038-2
1. Traduction – philosophie. I. Titre. II. collection.
p306.L42 2009 418’.02 c2008-907838-1
542, avenue King Edward
Ottawa, Ontario K1N 6N5
www.uopress.uottawa.ca
Les Presses de l’Université d’Ottawa reconnaissent avec
gratitude l’appui accordé à son programme d’édition par
Patrimoine canadien en vertu de son Programme d’aide au
développement de l’industrie de l’édition, le Conseil des arts
du Canada, la Fédération canadienne des sciences humaines en
vertu de son Programme de l’aide à l’édition savante, le Conseil
de recherches en sciences humaines du Canada et l’Université
d’Ottawa.
Les Presses reconnaissent aussi l’appui financier de l’Université
du Québec en Outaouais dont a bénéficié cette publication.« L’âne me semble un cheval traduit en hollandais ».
Lichtenberg, Sudelbücher, H 166.
« La civilisation moderne – et je tiens cela pour l’une de
ses disgrâces principales – a aboli la personnalité,
ramenant toute chose à l’objectivité. C’est pourquoi on ne
parvient plus à s’attarder à ce que signifie communiquer,
et que l’on se dépêche plutôt sur l’objet que l’on veut
communiquer ».
2Kierkegaard, Pap. VIII B 78-79.This page intentionally left blank ;
regards philosophiques sur la traduction 1
1HymNe à Hermès
Muse, célèbre Hermès roi de Cyllène et de l’Arcadie, fertile en
troupeaux, bienveillant messager des dieux qu’enfanta l’auguste et
belle Maïa, après s’être unie d’amour à Zeus !
Maïa habitait un antre ombragé bien au loin des dieux
fortunés. Faisant de l’obscurité sa complice, Zeus aima cette jeune
nymphe, tandis que le visage de la majestueuse Héra était apaisé
par le sommeil, tandis que les Immortels et les hommes avaient les
yeux comme regorgés de songes. La plus belle des Pléiades enfanta
d’Hermès, un fils éloquent et rusé, voleur habile, maître des rêves,
gardien des portes closes, veilleur de la nuit d’ébène. Dès qu’il fut
sorti du sein maternel, il ne resta pas longtemps enveloppé des
langes sacrés.
Né le matin, au milieu du jour, déjà, il parlait. Quand vint le
soir, franchissant le seuil de la caverne obscure, il s’élança, à la
recherche d’aventures. Voyant une tortue qui, à pas lents, se
traînait dans les fleurs de la plaine, l’enfant s’en saisit et, après avoir
vidé l’écaille d’un stylet de bronze, il coupa des roseaux, tendit avec
habileté une peau de bœuf et joignit à l’ensemble sept cordes de
boyau de brebis. Ainsi Hermès créa-t-il la lyre qui charme le cœur
des hommes mangeurs de pain. Cet ouvrage achevé, Hermès en
joua, improvisant des vers. Comme les jeunes gens ivres quand ils
désirent s’amuser, il mit en musique des conversations amoureuses,
celles de Zeus son père et de la belle Maïa, sa mère. Il célébra
son illustre naissance, chanta les compagnes de la nymphe, ses
riches demeures, les trépieds et les bassins d’eaux lénifiantes qui
se trouvaient dans sa grotte. Que ne t’es-tu arrêté là, ô fils
prodigieux, tandis que ta voix était toujours la tienne et tes mots les
tiens encore ! Mais l’hybris, la folle démesure, guette les Immortels
autant que les hommes !
Hermès était langé dans sa grotte quand un doux mais
pernicieux arôme de viande grillée le troubla. La fragrance était
portée par les vents des monts ombragés de Piérie où se trouvaient
1 Texte original inspiré de l’hymne homérique à Hermès. Pour
le texte de Homère, voir les Hymnes homériques in Hésiode,
Théogonie et autres poèmes, textes présentés, traduits et annotés
par Jean-Louis Backès, Gallimard, Paris, 2001, p. 242-276, coll.
« Folio/classique ».;
2 Le complexe d’Hermès
les bœufs d’Apollon, animaux destinés aux sacrifices divins. Le
jeune Hermès voulait savourer la chair des victimes réservée aux
seuls dieux. Il déposa la lyre et, aussi prompt que la pensée qui
traverse l’esprit de l’homme agité de mille soucis, Hermès parvint
jusqu’à une éminence ; il roulait dans son âme un projet perfide,
comme en exécutent souvent les voleurs. Le fils de Maïa enleva à
ce troupeau cinquante bœufs mugissants. Or, pour détourner leurs
traces, il les conduisit en s’égarant à travers les détours d’un
chemin sablonneux. Il employa en outre une ruse habile : il fit
marcher le troupeau à reculons puis, déliant sa chaussure sur les rives
de la mer, il réunit des branches de myrte et quelques rameaux
de tamarix pour les tresser d’une manière admirable,
incompréhensible, mystérieuse. Ayant lié ces vertes dépouilles de la forêt,
il les adapta à ses pieds en une chaussure légère qui porte encore
les feuilles qu’il avait prises sur la montagne de Piérie. Par la
suite, quand il voudra porter ses messages, il se ressouviendra de
cette ruse, si bien que l’invisibilité sera pour Hermès comme une
seconde nature.
Le fils ingénieux de Zeus conduisit aux bords du fleuve Alphée
les bœufs aux larges fronts dérobés à Apollon. Quand vint le jour,
il fut sur les hauteurs de Cyllène aussi promptement qu’une
étincelle jaillit du feu. Nul ne l’aperçut, ni les dieux ni les hommes,
et les chiens eux-mêmes ne donnèrent point de la voix. Seule sa
mère, Maïa, s’en rendit compte et lui tint ces propos ailés : « Rusé,
enfant plein d’audace, pourquoi rompre l’obscurité de la nuit et
risquer, par ton vol, qu’Apollon, puissant fils de Latone, ne charge tes
membres de liens pesants et ne fasse sur toi abattre son courroux ? »
Hermès lui répondit par ces mots pleins de ruse : « Mère, pourquoi
faire peur à un faible enfant qui connaît à peine quelque fraude et
tremble encore à la voix de sa mère ? Pourquoi devrais-je rester seul
parmi les Immortels sans présents ni sacrifices ? N’ai-je pas droit
aussi aux honneurs des autels ? Nul ne fera-t-il donc jamais pour
moi brûler les viandes rituelles ? N’est-il pas plus doux de jouir des
richesses et des trésors, comme les dieux immortels, que de languir,
oisif, dans l’obscurité de cette grotte ? Je veux jouir des mêmes
honneurs qu’Apollon et je tenterai tout pour les ravir, puisque mon
père me les a refusés ».
Tels étaient les discours que tint le fils du maître de l’égide,
tristes paroles, car le ciel plaque toujours celui qui dépasse la
mesure. Comme l’arbre qui trop s’élance vers les cieux est frappé ;
regards philosophiques sur la traduction 3
de la foudre, ainsi Hermès dans son fol dessein de trôner parmi les
Immortels était-il entré en lutte avec Apollon aux flèches imparables.
Or, celui que les dieux veulent perdre, ils exaucent ses prières.
Il en fut ainsi pour Hermès qui, en devenant un Immortel, perdit
sa liberté.
Apollon, irrité du vol de ses génisses, parcourait le monde à
leur recherche et parvint bientôt à Cyllène. Hermès l’apercevant
s’enfonça aussitôt dans ses langes parfumés et resta comme un
tison sous des cendres amoncelées.
Alors Apollon : « Enfant qui reposes dans ce berceau, dis-moi
où se trouvent mes génisses ; autrement s’élèveront

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents