Les adverbes latin : syntaxe et sémantique
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Description

On trouvera ici, après une présentation théorique des adverbes français faite par C. Touratier dans une perspective syntaxique et sémantique, des études sur des adverbes latins focalisateurs, intensifs, modaux, métalinguistiques, comparatifs, conlusifs-exhortatifs, ou encore remplissant divers rôles (connecteurs consécutifs, etc.). Sont également abordées des questions d'ordre des mots et de distribution fréquentielle dans les textes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2012
Nombre de lectures 31
EAN13 9782296482456
Langue Français
Poids de l'ouvrage 16 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les adverbes latins :
syntaxe et sémantique
Collection Kubaba
Série « Grammaire et linguistique »
dirigée par Michèle Fruyt et Michel Mazoyer


Les adverbes latins :
syntaxe et sémantique


J.-P. Brachet, M. Fruyt, P. Lecaudé (éds.)


Centre Alfred ERNOUT
E.A. 4080
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
28, rue Serpente
75006 Paris
Association Kubaba
Université Paris I
Panthéon-Sorbonne
12, Place du Panthéon
75231 Paris CEDEX 05

L’Harmattan
Couverture : maquette de Jean-Michel Lartigaud
Image : Musées de Naples et de Pompéi


Cahiers KUBABA
Directeur de publication : Michel Mazoyer
Directeur scientifique : Jorge Pérez Rey


Comité de rédaction
Trésorière : Christine Gaulme
Colloques : Jesús Martínez Dorronsorro
Relations publiques : Annie Tchernychev
Directrice du Comité de lecture : Annick Touchard

Ingénieur informatique
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Comité scientifique de la série « Grammaire et linguistique » :
Marie-José Béguelin, Michèle Fruyt, Anna Giacalone-Ramat, Patrick Guelpa,
Isebaert Lambert, René Lebrun, Michel Mazoyer, Anna Orlandini,
Dennis Pardee, Eric Pirart, Paolo Poccetti, Paolo Ramat,
Christian Touratier, Sophie Van Laer, Roger Wright


Ce volume a été imprimé par
© Association KUBABA, Paris


© L’HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56649-1
EAN : 9782296566491

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Bibliothèque Kubaba (sélection)
http://kubaba.univ-paris1.fr /

COLLECTION KUBABA

Série Grammaire et linguistique

Dorothée, Stéphane : À l’origine du signe , le latin signum
Fruyt, Michèle et Van Laer, Sophie (éds.) : Adverbes et évolution linguistique en latin
Thibault, André (éd.) : Gallicismes et théorie de l’emprunt linguistique
Nadjo, Léon : La composition nominale. Etudes de linguistique latine,
Textes réunis par F. Guillaumont et D. Roussel
Nadjo, Léon : Du latin an français d’Afrique noire, Textes réunis par F. Guillaumont et D. Roussel
Roesch, Sophie (éd.) : Prier dans la Rome antique. Etudes lexicales
Fruyt, Michèle et Spevak Olga (éds.) : La quantification en latin
Moussy, Claude : Synonymie et antonymie en latin
Spevak, Olga (éd.) : Le syntagme nominal en latin. Nouvelles contributions

Série Antiquité

Aufrère, Sydney H. : Thot Hermès l’Égyptien
Briquel, Dominique : Le Forum brûle
Freu, Jacques : Histoire du Mitanni
Freu, Jacques : Histoire politique du royaume d’Ugarit
Freu, Jacques : Šuppiluliuma et la veuve du pharaon
Mazoyer, Michel (éd.) : Homère et l’Anatolie
Mazoyer, Michel : Télipinu, le dieu au marécage
Pirart, Éric : Georges Dumézil face aux démons iraniens
Pirart, Éric : Guerriers d’Iran
Pirart, Éric : L’Aphrodite iranienne
Pirart, Éric : L’éloge mazdéen de l’ivresse
Sergent, Bernard : L’Atlantide et la mythologie grecque
Sterckx, Claude : Les mutilations des ennemis chez les Celtes préchrétiens

Les Hittites et leur histoire

Freu, Jacques / Mazoyer, Michel, en coll. avec Isabelle Klock-Fontanille : Des origines à la fin de l’ancien royaume hittite : Les Hittites et leur histoire, vol. 1
Freu, Jacques / Mazoyer, Michel : Les débuts du nouvel empire hittite : Les Hittites et leur histoire, vol. 2
Le lecteur trouvera dans cet ouvrage une partie des communications présentées lors du colloque biennal du Centre Alfred Emout sur « Les adverbes en latin ». Sont ici réunis les articles portant sur la syntaxe, la sémantique et la pragmatique.
Nous remercions tous les auteurs qui nous ont confié leur article pour publication, Vincent Martzloff pour son aide dans la relecture et Michel Mazoyer, qui a accepté cette publication dans la collection KUBABA.
Regards sur le classement des adverbes français de Christian Molinier (1984 et 2000)
Christian T OURATIER
Université de Provence


Ch. Molinier, qui connaît notamment les travaux de Randolph Greenbaum et de Claude Guimier et qui suit de très près les analyses et le classement de R. Greenbaun, repris et modifiés dans la fameuse Grammaire anglaise de Quirk et Greenbaum notamment, ne distingue pourtant que deux grandes classes d’adverbes, qu’il appelle respectivement Adverbes de phrases et Adverbes intégrés à la proposition.

1. Deux classes disjointes
Il présente et définit ces deux classes de la façon suivante :
« Dans l’ensemble global des adverbes, nous établissons une première partition entre les adverbes de phrase, ou adverbes de statut périphérique d’une part, et les adverbes intégrés à la proposition, ou adverbes rattachés au verbe ou à un autre constituant de la proposition d’autre part. » (Molinier & Levrier, 2000, 44).
Pour justifier cette partition, il utilise, à la suite de R. Greenbaum, des critères de fonctionnement qu’il ramène à deux tests : le détachement en tête de proposition négative et le clivage :
« Les adverbes de phrase sont définis par la conjonction des deux propriétés suivantes :
1°) Possibilité de figurer en position détachée en tête de phrase négative
2°) Impossibilité d’extraction dans C’est… que »
(Molinier & Levrier, 2000, 44).
Et ce n’est pas l’absence de ces deux propriétés, mais l’absence de l’une de ces deux propriétés qui entraîne l’appartenance à la seconde classe d’adverbe, ce qui peut donner l’impression de constituer une opposition bancale :
« Les adverbes intégrés à la proposition, complémentaires des premiers, sont définis par la disjonction de la négation de chacune des propriétés des adverbes de phrase. Un adverbe intégré à la proposition doit donc vérifier l’une et/ou l’autre de ces deux propriétés :
1°) Impossibilité de figurer en position détachée en tête de phrase négative
2°) Possibilité d’extraction dans C’est… que »
(Molinier & Levrier, 2000, 45-46).
Dans un second temps, Ch. Molinier distingue trois sous-classes à l’intérieur des adverbes de phrase et six sous-classes à l’intérieur des adverbes intégrés à la proposition. Et c’est en se fondant avant tout sur leur signification qu’il parvient à distinguer ces différentes sous-classes d’adverbes, qui peuvent être représentées par le tableau de la figure 1 :



fig. 1 : Classement des adverbes d’après Ch. Molinier

2. Trois sortes d’adverbes de phrase
Les adverbes de phrase peuvent être soit conjonctifs, soit disjonctifs, ces derniers étant eux-mêmes soit disjonctifs de style, soit disjonctifs d’attitude. Ch. Molinier réunit donc dans une même classe deux des quatre classes de la Grammaire de Quirk, à savoir les « conjoints » et les « disjoints », ce qui peut paraître surprenant, au moins du point de vue terminologique, puisque le préfixe con– est sémantiquement le contraire du préfixe dis-,

2.1. Adverbes conjonctifs
Ce sont les « conjoints » de la Grammaire anglaise de Quirk, ou les conjonctifs (sous-type des adverbes exophrastiques portant sur le dire) de C. Guimier, ou tout simplement les connecteurs des pragmaticiens :
Hâte-toi : autrement , tu seras en retard. Max travaille ; cependant , il échoue (Molinier & Levrier, 2000, 49).

Si l’on regarde la liste des différentes sous-classes sémantiques admises par Ch. Molinier, force est de constater la diversité sémantique de ces groupes, « la faible représentation des adverbes en – ment » (Molinier & Levrier, 2000, 56) et la présence importante de tours apparemment prépositionnels entièrement figés ( en premier lieu, d’abord ; en outre, de plus, de surcroît ; en effet, d’ailleurs ; à propos, du reste ; en bref en réalité, au fond, en définitive ; alors ; au contraire, par contre, en revanche ; de toute façon, en tout cas ) ou plus ou moins figés ( à ce sujet, à cet égard, à ce propos, d’un autre côté ; dans ce cas, sans cela ; malgré tout ), ainsi que de trois conjonctions de coordination ( car, donc, mais ) .
Mais toutes ces unités linguistiques ont deux choses en commun. D’abord, au point de vue du sens, « les adverbes conjonctifs dans leur ensemble ont souvent des propriétés référentielles formellement marquées, qui explicitent le lien de la phrase où ils figurent avec la phrase ou le discours du contexte gauche » (Molinier & Levrier, 2000, 56). Ensuite, au point de vue syntaxique, ce sont, quasiment tous, des expansions de proposition. Il semblerait donc préférable de postuler, pour ces conjonctifs, une classe non pas d’adverbes, mais de particules qui seraient des expansions de proposition, et d’admettre que de véritables adverbes ou adverbiaux peuvent, en fonction de leur sémantisme, remplir ce même rôle syntaxique et sémantico-pragmatique de connecteur, quand ils sont extraposés ou détachés à gauche. Et rien n’empêchera d’ajouter que certains de ces adverbes ou de ces adverbiaux ont pu, historiquement, se figer pour ne plus être maintenant que des expansions de phrase à fonction de connecteur.

2.2. Adverbes disjonctifs de style
Par « disjonctifs de style », dénomination qu’il reprend expressément (cf. Molinier & Levrier, 2000, 65, note 1) à la Grammaire anglaise de Quirk, Ch. Molinier entend désigner ce que d’autres, comme Oswald Ducrot (cf. Ducrot & Schaeffer, 1995, Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, 731), appellent adverbes d’énonciation ou ce que C. Guimier considère comme deux sous-sous-types différents d’adverbes exophrastiques, à savoir les adverbes métalinguistiques, sous-type des adverbes exophrastiques portant sur le dire (cf. Guimier, 1996, 133), et les adverbes illocutifs, sous-type des adverbes exophrastiques portant sur la visée du discours (cf. Guimier, 1996, 141). Ch. Molinier donne comme exemples d’adverbes disjonctifs de style :
( Honnêtement + Concrètement + En clair ) , c’est un fiasco = Je te dis ( honnêtement + concrètement + en clair ) que c’est un fiasco (Molinier & Levrier, 2000, 49).
et fait rentrer dans cette sous-classe tous les adverbes qui ont une des propriétés suivantes :
« – Aptitude à entrer dans une paraphrase dans laquelle ils modifient en tant qu’adverbe de manière un verbe de type « dire » placé dans une phrase supérieure,
Présence dans des formes syntaxiquement complexes de substantifs tels que termes, mots, propos , ou de verbes tels que parler ou dire,
Possibilité de paraphrases mettant en jeu des substantifs tels que termes, mots, propos , ou de verbes tels que parler ou dire »
(Molinier & Levrier, 2000, 65).
Il répartit ces adverbes disjonctifs de style en un certain nombre de sous-groupes sémantiquement différents, comme notamment :
les adverbes qui « indiquent la disposition psychologique ou morale du locuteur en tant que tel vis-à-vis du destinataire » (Molinier & Levrier, 2000, 66) :
( Confidentiellement + Franchement + Honnêtement + etc), ce spectacle est nul.
b) ceux qui « fournissent un commentaire sur la forme de l’énoncé » (Molinier & Levrier, 2000, 68) :
( Concrètement + Objectivement + Simplement ) , c’est fini.
c) ou ceux qui invoquent « soit la vérité, soit le vrai » (Molinier & Levrier, 2000, 77) :
(Réellement + Véritablement + Vraiment ), c’est une bonne chose pour Luc.

2.3. Adverbes disjonctifs d’attitude
À l’intérieur des adverbes disjonctifs (qui, pour nous, sont les seuls adverbes de phrase, puisque nous en avons exclu les prétendus adverbes conjonctifs), « les disjonctifs d’attitude, complémentaires des disjonctifs de style, se subdivisent en quatre sous-classes : les adverbes d’habitude (cf. Habituellement, Max est clair ), les évaluatifs (cf. Curieusement, Max n’est pas venu ), les modaux (cf. Certainement, Max a raison), les adverbes d’attitude orientés vers le sujet (cf. Sottement, Max n’a pas répondu) » (Molinier & Levrier, 2000, 49). Ce sont bien des adverbes de phrase, comme l’indique le fait qu’ils puissent être glosés par Cela est Adj., où Cela reprend toute la proposition, ou par le verbe principal Il est Adj ., auquel est subordonnée toute la proposition subséquente :
Max est clair, cela est habituel (il est habituel que Max soit clair).
Max n’est pas venu, cela est curieux (il est curieux que Max ne soit pas venu).
Max a raison, cela est certain (il est certain que Max a raison).
Max n’a pas répondu, cela est sot (il est sot que Max n’ait pas répondu).
Dans le cas des adverbes d’attitude orientés vers le sujet, Ch. Molinier estime que « l’adverbe porte sur la phrase entière et ne modifie en rien le verbe » (Molinier & Levrier, 2000, 107). Il montre en effet que ces adverbes « conformément à la définition des adverbes de phrase […] peuvent précéder une proposition négative :
Sottement, Paul n’a pas répondu à la question de Marie.
Intelligemment, Paul n’a pas parlé de ce problème.
Prudemment, Paul n’a pas conduit dans la nuit du retour »
(Molinier & Levrier, 2000, 107).
alors que c’est impossible pour les adverbes de manière orientés vers le sujet, qui semblent pourtant sémantiquement proches des adverbes de phrase orientés vers le sujet, mais qui n’en sont pas moins des adverbes intégrés à la proposition. À côté de :
Max a lu attentivement la notice.
Luc attend anxieusement les résultats.
on ne peut avoir :
* Attentivement, Max n’a pas lu la notice (Molinier & Levrier, 2000, 118).
* Anxieusement, Luc n’attend pas les résultats.
alors qu’il est possible de dire :
Attentivement, Max a lu la notice.
Anxieusement, Luc attend les résultats.
Mais Ch. Molinier pense que l’adverbe de phrase d’attitude « porte aussi sur le sujet, puisqu’à chacune de [ces phrases] on peut associer une phrase de structure N 0 être Adj » (Molinier & Levrier, 2000, 107), en l’occurrence :
Max a été sot (de ne pas répondre).
Ch. Molinier signale, en ce qui concerne la position des adverbes disjonctifs dans la phrase, un certain nombre de particularités. D’une façon générale, ils vérifient, tous, mais pas de façon entièrement identique, ce que les grammaires traditionnelles appellent, à tort, à notre avis, « la propriété de mobilité adverbiale » (Molinier & Levrier, 2000, 84).
Tous, en effet, peuvent être détachés en tête de phrase :
a) adverbes d’habitude :
( Généralement + D’ordinaire +…), Max déjeune à la cantine.
(cf. Molinier & Levrier, 2000, 84).
b) adverbes évaluatifs :
Curieusement, Luc n’a rien compris, (cf. Molinier & Levrier, 2000, 84).
c) adverbes modaux :
(Apparemment + Certainement + Effectivement), Paul est arrivé en retard. (Molinier & Levrier, 2000, 97).
d) adverbes d’attitude orientés vers le sujet :
Sottement, Paul a répondu à la question de Marie.
(Molinier & Levrier, 2000, 107).
Tous, sauf les adverbes évaluatifs, peuvent aussi être détachés en fin de phrase ou après le sujet :
a) adverbes d’habitude :
Max (généralement + d’ordinaire +…) déjeune à la cantine.
Max déjeune à la cantine, ( généralement + d’ordinaire +…).
(cf. Molinier & Levrier, 2000, 84).
b) adverbes modaux :
Paul (apparemment + certainement + effectivement) est arrivé en retard.
Paul est arrivé en retard au bureau , (apparemment + certainement + effectivement) (Molinier & Levrier, 2000, 97).
c) adverbes d’attitude orientés vers le sujet :
Paul, sottement, a répondu à la question de Marie.
Paul a répondu à la question de Marie, sottement.
(Molinier & Levrier, 2000, 108).
On comprend fort bien qu’il s’agisse, dans tous ces cas, d’adverbes disjonctifs (ou d’adverbes de phrase), puisqu’ils sont d’une manière ou d’une autre (c’est-à-dire syntaxiquement et intonativement) détachés de la proposition qui forme le reste de la phrase.
Il est peut-être plus gênant de les retrouver à l’intérieur même de cette proposition, c’est-à-dire en fait après son verbe ou après l’auxiliaire de son verbe. Mais dans cette position, tous les adverbes disjonctifs ne semblent pas avoir le même comportement. Les adverbes évaluatifs paraissent vraiment disjonctifs, parce qu’« à l’intérieur de la proposition, ils sont, dit expressément Ch. Molinier, nécessairement détachés, à la manière des propositions incises » :
Luc, curieusement, n’a rien compris.
Luc n’a, curieusement, rien compris.
Ils s’opposent en cela, ajoute-t-il, aux modaux, qui n’exigent pas le détachement :
Luc apparemment n’a rien compris
Luc n’a apparemment rien compris.
Cependant, deux évaluatifs : heureusement et malheureusement n’exigent pas non plus le détachement :
Luc (heureusement + malheureusement) n’a rien compris.
Luc n’a (heureusement + malheureusement) rien compris.
(Molinier & Levrier, 2000, 89).
Et si l’on se fie à la ponctuation des exemples proposés par les auteurs, il semble bien que les adverbes d’attitude orientés vers le sujet et les adverbes d’habitude n’exigent pas non plus une rupture, quand ils sont après le verbe :
Paul a sottement répondu à la question de Marie.
Paul a répondu sottement à la question de Marie.
(Molinier & Levrier, 2000, 109).
Max déjeune (généralement + d’ordinaire +…) à la cantine.
(Molinier & Levrier, 2000, 84).
Tout se passe comme si ces adverbes étaient, intonativement, de véritables expansions du verbe de la proposition, et donc faisaient syntaxiquement partie de cette proposition. Remarquons que la Grammaire anglaise de Quirk considère que generally comme usually fait partie des adjuncts of lime (Quirk et al, 1985, 543 et 618), alors que generally détaché en tête de phrase est un style disjunct (Quirk et al, 1985, 616). Mais Ch. Molinier préfère admettre que ces adverbes ainsi insérés dans la proposition appartiennent à la même classe des adverbes de phrase disjonctifs que lorsqu’ils sont en position d’extraposition antéposée, parce qu’à l’évidence, ils satisfont aux mêmes tests censés montrer qu’ils portent sur l’ensemble de la phrase et non pas seulement sur le verbe. On peut dire qu’alors la signification manifestée par lesdits tests prime sur l’organisation et la position syntaxique des constituants dans la phrase.

3. Six sortes d’adverbes intégrés à la proposition
Il est difficile de dire avec précision quelle fonction syntaxique remplissent les adverbes intégrés à la proposition. Mais leur dénomination est peut-être plus suggestive sur ce point que le terme d’ adjunct, utilisé par la Grammaire anglaise de Quirk, et plus large que le terme d’ adverbe intraprédicatif employé par C. Guimier. Même si ce terme d’adverbes intégrés à la proposition recouvre avant tout une collection d’adverbes que des tests permettent de réunir, Christian Molinier en a proposé la définition en compréhension suivante : ce sont des « adverbes rattachés au verbe ou à un autre constituant de la proposition » à laquelle appartient ledit verbe (Molinier & Levrier, 2000, 44). Ce sont donc, en gros, les adverbes qui ont valu à cette catégorie son nom d’ ad-verbe, et, principalement, ceux que la tradition appelle les adverbes de manière et les adverbes de temps.

3.1. Adverbes de manière orientés vers le sujet
Comme le dit justement Ch. Molinier et comme on a pu le constater précédemment, « la notion d’orientation vers le sujet (ou de portée sur le sujet) est utilisée depuis longtemps dans la description syntaxique des adverbes » (Molinier & Levrier, 2000, 118). Elle s’applique à des adverbes qui, « dans leur position canonique (post-verbale), ont une portée principale sur le verbe et une portée secondaire sur le sujet de cette même phrase » (Molinier & Levrier, 2000, 120). C’est le cas de anxieusement dans :
Max regarde anxieusement l’horizon.
Car si cette phrase veut dire que le regard que Max porte sur l’horizon est anxieux, il est clair qu’elle signifie « Max aussi est anxieux ».
Cela est vrai, mais montre les limites de cette analyse qui recourt à la notion d’orientation vers le sujet. Car l’énoncé cité ne dit pas que Max est anxieux, il permet seulement de l’inférer. Si syntaxiquement l’adverbe anxieusement porte sur le verbe regarde, avec lequel il forme une construction, ce n’est que sémantiquement, et même qu’implicitement qu’il porte sur le sujet Max. De fait, l’énoncé avec adverbe dit « de manière » n’a pas le même sens que l’énoncé avec adjectif dit traditionnellement « attribut du sujet », comme :
Max regarde anxieux l’horizon.
où il est effectivement dit que Max est anxieux. D’ailleurs, C. Guimier (1996, 65-66), à la suite notamment de Pierre Le Goffic, montre bien la différence qu’il y a entre l’attribut du sujet de :
Paul est parti joyeux. et l’adverbe de manière de :
Paul est parti joyeusement.
En effet, « partir joyeusement caractérise proprement le départ : il y a. "départ joyeux" au sens de. "départ accompagné de manifestations joyeuses" […]. Dans Paul est parti joyeux , il y a. "départ joyeux" au sens de. "départ d’un sujet joyeux" ; la joie est celle qu’éprouve le. "sujet-qui-part" et non celle qui accompagne extérieurement le départ » (Le Goffic, 1993, 360-361).
En ce qui concerne leur position dans la phrase, les adverbes dits « à orientation vers le sujet » posent un problème théorique. Christian Molinier signale en effet que « la position préverbale détachée est acceptée par tous les adverbes non susceptibles d’homonymie syntaxique avec les adverbes de phrase disjonctifs d’attitude orientés vers le sujet » (Molinier & Levrier, 2000, 131). Ce que nous appelons extraposition antéposée et interposition est possible, comme le montrent :
Anxieusement, Luc attend les résultats.
Luc, anxieusement, attend les résultats.
Mais l’adverbe de manière de :
Paul a répondu bêtement à la question de Marie
ne peut être, lui, ni extraposé, ni interposé, des phrases comme :
Bêtement, Paul a répondu à la question de Marie.
Paul, bêtement, a répondu à la question de Marie.
contenant, avons-nous vu précédemment, un adverbe disjonctif orienté vers le sujet. L’auteur admet donc que le mot bêtement (ou l’item lexical bêtement, comme il le dit) correspond à « deux formes adverbiales syntaxiquement homonymes » (Molinier & Levrier, 2000, 53), c’est-à-dire à deux adverbes homonymes qui ont deux syntaxes différentes, l’un étant un adverbe disjonctif et par conséquent un adverbe de phrase, l’autre un adverbe intégré à la proposition.
Il est incontestable que l’adverbe bêtement n’a pas, dans les deux cas, la même contribution au sens de l’énoncé et que l’auteur a raison de parler, dans un cas, d’un adverbe disjonctif, qui « porte sur la phrase entière » (Molinier & Levrier, 2000, 107), et dans l’autre, d’un adverbe intégré à la proposition, qui porte sur le verbe. Dans le premier cas, il fait apparaître une signification du type « il est bête que Pierre ait répondu à la question de Marie », et dans le second cas, une signification du type « Pierre a répondu d’une façon bête à la question de Marie ». Et il est intéressant que les auteurs établissent une sorte de distribution syntaxique complémentaire entre ces deux emplois : dans le second cas, l’adverbe fait partie du SV, alors que dans le premier, il est extérieur à ce SV, quand il est interposé, et extérieur à la proposition à laquelle appartient le SV, quand il est extraposé. Mais faut-il, de ce fait, postuler deux lexèmes homonymes, comme le font nos auteurs ? C’est loin d’être évident ; car dans les deux cas, on retrouve le même sens de « bête », la différence venant de ce que ce sens s’applique, dans un cas, à la signification de toute la proposition Pierre a répondu à la question de Marie, et dans l’autre, à la signification seulement du verbe a répondu. Il nous semblerait plus satisfaisant de transposer une des règles de variation phonologique formulées par Troubetzkoy (cf. la III e règle de Troubetzkoy, 1967, 50), en disant :
Si deux expressions d’une langue, parentes entre elles au point de vue sémantique et morphématique, ne se présentent jamais dans le même entourage syntaxique, elles sont à considérer comme des variantes combinatoires du même signifié.
Nous préférerions donc parler de la polysémie et non de l’homonymie de l’adverbe bêtement, en précisant même que c’est à cause de sa position syntaxique hors d’une proposition que son signifié est appliqué à cette proposition, alors qu’il n’est appliqué qu’au verbe, quand il est syntaxiquement rattaché à ce dernier.
Le problème qui se pose alors est de savoir pourquoi il n’en est pas de même de l’adverbe anxieusement, et, d’une façon générale, de la grosse majorité des adverbes de manière orientés vers le sujet qui sont intégrés à la proposition. Cela vient de ce que son sémantisme n’est pas apte à s’appliquer à un événement : on ne peut pas dire :
*Il est anxieux que Luc attende les résultats.
L’adjectif anxieux désigne l’état psychologique d’un individu ; il signifie, d’après Le Nouveau Petit Robert :
« Qui éprouve de l’anxiété […]. " ému, agité, anxieux " (Maupassant). […]. " Tous anxieux de voir surgir […] Le chef borgne " (Hérédia) ».
Il peut, certes, être appliqué à des noms qui ne désignent pas un individu et signifie alors :
« Qui s’accompagne d’anxiété, marque de l’anxiété. États anxieux, crises anxieuses. Une attente anxieuse. Regard anxieux »
Mais il s’agit, alors, toujours d’un nom qui implique un individu éprouvant de l’anxiété, jamais d’un simple événement. Ceci est très différent de l’adjectif bête, dont Le Nouveau Petit Robert donne les définitions sémantiques suivantes :
« 1. Qui manque d’intelligence, de jugement. Il (elle) est bête comme un âne, une oie ; comme ses pieds […] ♦ Une idée, une histoire bête ; […] 2. Qui manque d’attention, d’à-propos. Suis-je bête de l’avoir oublié ! […] 3. Absurde et regrettable (événement). Un accident bête. C’est bête, je ne m’en souviens pas »
Quand un adverbe comme anxieusement est syntaxiquement sorti de la proposition, son sémantisme ne peut pas s’appliquer à toute cette proposition, puisqu’il concerne nécessairement un individu, qui ne peut être que le sujet de la proposition (d’où l’appellation d’« adverbe de manière orienté vers le sujet » de Ch. Molinier). Et le sens de l’énoncé ne sera pas très différent de celui de l’énoncé où ledit adverbe est dans le SV (d’où l’appellation d’ « adverbe endocentrique » que lui donne C. Guimier). Il désignera effectivement la même situation extra-linguistique, mais en la présentant d’une façon différente. Comme l’a justement observé C. Guimier, l’adverbe, à l’intérieur du SV, a un rôle rhématique (cf. Guimier, 1996, 75-76) et fait partie de l’apport informatif de l’énoncé, tandis que, détaché en tête de phrase, il a un rôle thématique, étant le support informatif du message. Si donc la désignation de ces deux types d’énoncé est la même, leur signification est différente.

3.2. Adverbes de manière verbaux
Ils « sont construits sur des adjectifs désignant des propriétés prédicables de procès, et non prédicables, normalement, d’être humains ou animés en tant que tels » (Molinier & Levrier, 2000, 149) :
Max a fermé hermétiquement le bocal. Max regardait fixement l’horizon.
Attaché exclusivement au procès, ils n’apparaissent, « dans leur grande majorité (85 %) » (Molinier & Levrier, 2000, 157), « qu’en position postverbale, la position initiale détachée [étant] exclue » :
* Hermétiquement, Max a fermé le bocal. * Fixement, Max regardait l’horizon (Molinier & Levrier, 2000, 157).
Mais il arrive que leur sémantisme implique forcément un individu, même si l’adjectif dont il dérive ne peut pas être asserté de cet individu ; ils sont alors détachables en début de phrase.
C’est le cas, notamment, des adverbes : délibérément, intentionnellement, ostensiblement, sciemment et volontairement, qui peuvent être détachés et clivés, et que Ch. Molinier appelle « adverbes de volonté » :
Délibérément, Luc a quitté les lieux.
= C’est délibérément que Luc a quitté les lieux.
Volontairement, Luc s’est arrêté.
= C’est volontairement que Luc s’est arrêté.
(Molinier & Levrier, 2000, 181).
Dans ce dernier cas, on remarquera que l’adverbe volontairement, qui signifie « par un acte volontaire, délibéré », correspond au sens de « qui résulte d’un acte de volonté » (LNPR) de l’adjectif volontaire, et ne se dit pas d’une personne. Quand cet adjectif s’emploie à propos d’une personne, il a le sens de « qui a, ou marque de la volonté, une volonté ferme » (LNPR), sens que ne connaît pas l’adverbe volontairement.

3.3. Adverbes de manière quantifieurs
Ils « se répartissent en trois grandes classes, d’inégale importance, suivant la nature de l’adverbial foyer de la phrase interrogative auquel ils s’associent. On distingue ainsi des adverbes intensifs, des adverbes de complétude et des adverbes d’extension qualitative » (Molinier & Levrier, 2000, 188).
Les premiers ( considérablement + énormément + modérément ) sont associés à une question avec l’adverbe beaucoup ou avec très + adjectif, comme : Max a-t-il beaucoup souffert ? ou Max est-il très doué ? ; les deuxièmes ( absolument + entièrement + partiellement ) à une question avec l’adverbe tout à fait, comme Max a-t-il tout à fait tort ? ; et les troisièmes ( essentiellement + intrinsèquement + typiquement ) à une question avec l’adverbe fondamentalement : comme Max est-il fondamentalement pervers ? :
Max aime (énormément + modérément + exagérément) ce tableau.
(Molinier & Levrier, 2000, 51).
Max a (absolument + entièrement + partiellement) tort.
Max est (essentiellement + intrinsèquement + typiquement) pervers.
(Molinier & Levrier, 2000, 189).

Dans la classe des adverbes intensifs, nos deux auteurs distinguent des adverbes intensifs en -ment ceux que les grammaires appellent traditionnellement « adverbes de quantité », à savoir : beaucoup/très, autant/aussi, tant/si, plus, moins, davantage, trop, peu, assez, ne… pas du tout (Molinier & Levrier, 2000, 190).
Nous préférerions, pour notre part, ne garder parmi ces adverbes dits « de quantité » que : beaucoup, autant, tant, davantage, ne… pas du tout, les autres n’étant pas, d’après nous, des adverbes, mais des lexèmes qui modifient les adjectifs ou les adverbes formés à partir de ces adjectifs. Car, s’il n’est pas complètement impensable de considérer que plus, moins, trop, très, etc. sont des adverbes modifiant des adjectifs dans des exemples comme :
Max est (trop + peu + assez +…) bavard.
il est impossible de voir des adverbes dans :
Max parle (trop + peu + assez +…) volontiers.
car cela correspondrait à une structure du type de la figure 2.



fig. 2 : assez adverbe ?

Mais un tel étiquetage indiquerait une coordination sans coordonnant, c’est-à-dire une juxtaposition de deux adverbes, ce qui ne peut pas être la bonne analyse de la construction assez volontiers. Cette construction est, en effet, une construction endocentrique, qui a pour noyau l’adverbe volontiers et ne pourrait nullement alterner avec *assez et volontiers ou *et assez et volontiers, comme ce devrait être le cas s’il s’agissait d’une juxtaposition d’adverbes.
Une telle difficulté théorique disparaît si l’on fait entrer les lexèmes comme assez, plus, très, etc. dans une autre classe que celle des adverbes, par exemple dans la classe des particules qui sont expansions d’adjectif ou d’adverbe.
Dans une langue comme le latin, les grammaires sont tentées de parler d’un adverbe de comparatif magis et d’un adverbe de superlatif maxime.



fig. 3 : Adverbes latins au comparatif

Mais magis pie « plus pieusement » et maxime pie « très pieusement » sont l’équivalent fonctionnel respectivement de fortins « plus courageusement » et de fortissime « très courageusement », où il n’est plus question de parler d’adverbe. Dans tous ces cas, on a affaire à une expansion d’adjectif, à savoir le morphème intensif de comparatif ou de superlatif, qui ne peut se combiner qu’avec un adjectif, ce qui correspond aux structures de la figure 3, où les constructions adverbiales sont effectivement endocentriques. Et c’est lorsque cette expansion d’adjectif a une autonomie syntagmatique de mot que nous proposons de parler de particule, et non d’adverbe. La même analyse du prétendu adverbe français assez en tant que particule correspondra à la structure de la figure 4.



fig. 4 : assez particule

Il n’y aura plus alors qu’à expliquer pourquoi il est possible de dire en français :
Max souffre ( trop + peu + assez +…) (Molinier & Levrier, 2000, 190). en l’absence de tout adjectif ou de tout adverbe. On dira que le morphème qui est normalement une expansion d’adjectif ou d’adverbe est alors adjectivé ou adverbialisé, c’est-à-dire est entré dans le paradigme de l’adjectif ou de l’adverbe, suivant les cas.

3.4. Adverbes de point de vue
Alors que les adverbes intégrés à la proposition envisagés jusqu’à présent, sauf les adverbes de volonté, ne peuvent pas être détachés devant une proposition négative :
* Attentivement, Max n’a pas lu la notice. (Molinier & Levrier, 2000, 118).
* Hermétiquement, Max n’a pas fermé le bocal (Molinier & Levrier, 2000, 148).
Volontairement, Luc ne s’est pas arrêté (Molinier & Levrier, 2000, 182).
* (Considérablement + Enormément + Modérément), Max n’a pas souffert (Molinier & Levrier, 2000, 188).
« les adverbes de point de vue sont acceptables en position détachée en tête de phrase négative » (Molinier & Levrier, 2000, 51) :
Financièrement, cette opération ne fut pas un fiasco.
Légalement, Luc n’a pas le droit d’agir ainsi.
(Molinier & Levrier, 2000, 220).
L’adverbe a alors « pour fonction de spécifier pour quel domaine une proposition est vraie » :
Financièrement, cette opération fut un fiasco, mais politiquement, elle fut un succès. (Molinier & Levrier, 2000, 221).
Cette famille sémantique d’adverbes a forcément ce même sens quand les adverbes sont construits après le verbe que lorsqu’ils sont détachés. La différence de sens des énoncés est alors une question de présentation de l’information : l’adverbe est rhématique quand il se trouve dans le SV, il est thématique, ou plutôt soit support informatif soit report informatif, quand il est extraposé ou interposé.

3.5. Adverbes de temps
Les adverbes de temps peuvent, « pour la plus grande majorité d’entre eux » (Molinier & Levrier, 2000, 239), figurer en position détachée en tête de phrase négative ; ils peuvent également être extraits dans C’est… que, et ils sont reconnus comme tels par « la possibilité d’association à un adverbe ou à un groupe foyer d’une phrase interrogative portant sur la date, la durée ou la fréquence » (Molinier & Levrier, 2000, 239), d’où les trois sous-classes principales d’adverbes de temps, à savoir :
a) les adverbes de date (Molinier & Levrier, 2000, 51) :
Max est venu ici ( dernièrement + récemment +...) (Molinier & Levrier, 2000, 51).
b) les adverbes de durée :
Max reste (momentanément + provisoirement +…) ici (Molinier & Levrier, 2000, 51).
c) et les adverbes de fréquence :
Max va (occasionnellement + rarement +…) au concert (Molinier & Levrier, 2000, 51).

3.6. Adverbes focalisateurs
Les adverbes qui sont regroupés dans la classe des adverbes focalisateurs ont au moins trois particularités : ils ne peuvent pas figurer « en position détachée en tête de phrase négative » (Molinier & Levrier, 2000, 52 et 273) ; ils sont attachés non au verbe, mais à un SN, et ils ne peuvent pas être clivés dans C’est… que, si ce n’est en compagnie du SN auquel ils sont attachés.
« Les adverbes regroupés dans cette classe ne peuvent figurer en position détachée en tête de phrase négative, n’acceptent pas d’être extraits dans C’est… que, mais peuvent toujours être extraits dans C’est… que en compagnie d’un GN constituant majeur de la phrase » (Molinier & Levrier, 2000, 52) :
Max principalement boit du vin. Max boit principalement du vin. Max boit du vin principalement le matin.
C’est principalement Max qui boit du vin. C’est principalement du vin que boit Max. C’est principalement le matin que Max boit du vin.
Dans le premier cas, l’adverbe focalisateur implique qu’il existe un ensemble d’individus susceptibles de boire du vin et distingue Max dans cet ensemble. Dans le deuxième, il implique qu’il existe un ensemble de boissons susceptibles d’être bues par Max et distingue le vin dans cet ensemble. Et dans le dernier cas, il implique un ensemble de moments pendant lesquels Max est susceptible de boire du vin et distingue le matin dans cet ensemble.
Ch. Molinier a « recensé 16 adverbes de manière focalisateurs en – ment » (Molinier & Levrier, 2000, 275), parmi lesquels on retiendra, sans hésitation, au moins essentiellement, exactement, simplement ; notamment, seulement, particulièrement, principalement, mais auxquels Henning Nølke ajouterait d’autres adverbes encore plus représentatifs de cette classe, et notamment même, surtout.
Deux choses sont frappantes, quand on examine ces adverbes dits « focalisateurs » ou « paradigmatisants ». D’abord, on ne peut jamais les faire commuter avec un syntagme prépositionnel. Et d’autre part, la plupart des prétendus adverbes en –ment n’ont rien à voir, ou plus rien à voir avec l’adjectif dont il serait formellement dérivé. Par conséquent, plutôt que d’y voir des adverbes, comme le fait la tradition grammaticale, nous y verrions, là aussi, des particules, dont la fonction est d’être expansion d’un constituant quelconque, aussi bien nominal qu’adjectival, que verbal, etc. Ils peuvent, certes, être expansion de verbe ou de syntagme verbal, comme les adverbes, sans être pour autant des adverbes, puisqu’ils ne commutent pas avec un syntagme adverbial. Et inversement, certains adverbes ou anciens adverbes peuvent, en raison de leur sémantisme propre, entrer ou être entrés dans ce paradigme. Mais ils ne doivent pas pour autant être considérés comme des modèles dudit paradigme, les modèles étant des particules comme même, surtout ou comme seulement, notamment, particulièrement, qui sont d’anciens adverbes en –ment devenus de simples particules morphématiquement indécomposables.

En conclusion, deux choses.
D’abord, s’il est intéressant et utile de classer les adverbes d’après leur sens ; il faudrait aussi les classer d’après leur fonction syntaxique, c’est-à-dire d’après leur position dans la structure de la phrase : position détachée en tête ou en fin de proposition, position interposée dans la phrase et position dans le SV (ce que Ch. Molinier a fait très systématiquement, mais en considérant qu’il ne s’agit là que de simples faits d’ordre des mots). Et il conviendrait de voir alors en fonction de leurs différentes positions structurales et de leur sémantisme propre leurs éventuelles différentes contributions au sens de l’énoncé.
Deuxièmement, il ne faut peut-être pas trop vite se résigner à considérer la classe des adverbes comme un fourre-tout hétérogène. Celle-ci gagnerait en unité et en clarté, si on en retirait les morphèmes qui sont simplement des expansions d’adjectifs, de SN ou de propositions, pour les mettre dans différentes classes de particules, lorsqu’à la différence des expansions nominales comme le nombre ou des expansions verbales comme les temps, les voix ou les modes, ils ont une certaine autonomie syntagmatique. Cela permettrait peut-être alors de définir les adverbes comme des morphèmes ou synthèmes qui commutent avec le syntagme prépositionnel, ou plutôt comme les modèles du paradigme des syntagmes prépositionnels.


B IBLIOGRAPHIE

GREENBAUM Sidney 1969 : Studies in English Adverbial Usage, Londres, Longman.
GUIMIER Claude 1988 : Syntaxe de l’adverbe anglais, Lille, Presses Universitaires de Lille.
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MOLINIER Christian 1984 : Etude syntaxique et sémantique des adverbes de manière en –ment, Thèse d’état, Toulouse.
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NØLKE Henning 1983 : Les adverbes paradigmatisants : fonction et analyse, Revue Romane numéro spécial 23, Copenhague, Akademisk Forlag.
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QUIRK Randolph, GREENBAUM Sidney, LEECH Geoffrey, SVATVIK Jan 1985 : A Comprehensive Grammar of the English Language, Londres, Longman.
SCHLYTER Suzanne 1977 : La place des adverbes en –ment en français, Thèse de doctorat, Constance.
TROUBETZKOY N. S. 1967 : Principes de phonologie, trad. par J. Cantineau (original : 1939), Paris, Klincksieck.
Les emplois de lat. Proinde
Bernard BORTOLUSSI
Lyliane SZNAJDER
Université Paris Ouest-Nanterre


1. Introduction
Classé dans les adverbes par J. Denooz (2004), proinde ( proin ) {1} est intégré dans la famille des adverbes marquant la provenance ( inde, exinde, perinde ) et, suivant A. Emout et A. Meillet (1960), signifierait à l’origine « de là en allant plus loin ». Il est donc tentant de rechercher, comme pour inde, une dérive depuis son emploi local jusqu’à ses emplois comparatif et conclusif-exhortatif (cf. J. Hilton 1999). En effet, deux grands emplois sont répertoriés, qui paraissent complètement dissociés en latin :
adverbe corrélatif dans des structures comparatives : proinde ut, ac, quasi, quam… ; proinde renvoie à un constituant qui est le point de référence pour la comparaison :
(1) Itaque iis animam datam esse proinde ac salem, quae seruaret carnem. (Varr., R. 2, 4, 10)
« C’est pourquoi la vie leur (aux porcs) a été donnée, comme le sel, pour conserver leur chair ».
particule conclusive-exhortative (cf. R. Risselada 1994 : 319) presque exclusivement représentée dans les Discours Directs (DD) et Indirects (DI) avec l’impératif ou le subjonctif ; le contenu de l’injonction est présenté comme la conséquence inévitable de la situation ou des arguments précédemment introduits :
(2) « Frustra, » inquit, « meae uitae subuenire conamini, quem iam sanguis uiresque deficiunt. Proinde abite, dum est facultas, uosque ad legionem recipite. » (Cés., B.G. 7, 50, 6)
« C’est en vain, dit-il, que vous vous efforcez de sauver ma vie, quand déjà ma vigueur et mes forces m’abandonnent. En conséquence , partez, tant que vous le pouvez encore, et rejoignez la légion »
Il semble, pourtant, que d’autres emplois puissent être identifiés, notamment un emploi comme connecteur purement consécutif :
(3) Ideoque necesse est/
non possint alios alii conuincere sensus./
Nec porro poterunt ipsi reprehendere sese,/
aequa fides quoniam debebit semper haberi./
Proinde quod in quoquest his uisum tempore, uerumst.
(Lucr., 4, 495-499) « Il s’ensuit nécessairement que les sens ne peuvent se contrôler entre eux. Ils ne pourront davantage se corriger eux-mêmes, puisque toujours nous devrons leur accorder une foi égale. Par conséquent , à chaque instant leurs perceptions sont vraies »
On peut se demander si cette dernière valeur est le témoignage d’une étape intermédiaire entre l’emploi local-temporel et l’emploi comme particule illocutoire – ce qui irait dans le sens de l’évolution générale proposée par E. Traugott & R. Dasher (2002).
La difficulté de l’enquête provient en grande partie des variations considérables entre auteurs (cf. tableau (4) infra) {2} .
Notre projet est de reprendre chacun des emplois pour préciser le statut de proinde, en étudiant successivement :
l’insertion de proinde dans la famille de inde et ses premiers emplois (y a-t-il trace d’un emploi local ou temporel ?) ;
le statut de proinde comparatif ;
proinde conclusif-injonctif : ses spécificités dans la famille des particules injonctives ;
proinde connecteur consécutif (identification, genèse, concurrence avec ergo, igitur, itaque ).
Le corpus retenu a été le plus large possible, mais l’étude s’appuie surtout sur des auteurs présentant les échantillons les plus vastes ; de fait, c’est un mot dont la fréquence est basse parmi les adverbes et connecteurs (< 1/ 10000 chez Cicéron ou Sénèque).
(4) {3}



2. Position de proinde dans la famille de inde

2.1. Cette famille a été étudiée dans son évolution par J. Hilton (1999) : il voit une évolution de inde qui va du sens spatial à une valeur instrumentale, en passant par un sens temporel, puis causal. La logique de l’évolution verrait l’affaiblissement de la valeur spatiale, prise en charge par des formes renforcées : exinde, perinde, proinde, subinde, qui à leur tour auraient vu leur emploi fortement spécialisé (J. Hilton 1999 : 202-204) {4} . Ce scénario paraît évident et corroboré par l’évolution d’autres adverbes de lieu devenant adverbes de temps, puis, par grammaticalisation et modalisation, connecteurs ou particules énonciatives (cf. R. Risselada [1994], C. Kroon [1995], A. Bertocchi – M. Maraldi – A. Orlandini [1999], reprenant le schéma évolutif de E. Traugott – R. Dasher [2002]) ; mais dans le cas de proinde, les étapes intermédiaires ne sont guère illustrées par les données.
En effet, le tableau de fréquence dressé par J. Hilton sur un corpus réduit (1999 : 202) {5} fait apparaître une hétérogénéité complète pour les dérivés :
(5)



Les quatre formes renforcées avec ex, pro, per, sub ne semblent pas se développer en même temps, mais surtout proinde et sa variante proin sont d’emblée aussi fréquents que inde lui-même (37/35 selon le décompte de J. Hilton) {6} et ne présentent chez Plaute de valeur ni locale, ni temporelle, tandis que inde n’est justement encore que local ou temporel ; en outre, contrairement à ce que dit J. Hilton, proinde n’est pas spécialisé dans l’emploi comparatif corrélatif ( proinde ut, ac, quam ), puisqu’est attestée aussi la valeur conclusive-exhortative {7} :
(6) Ita me obstinate adgressu’s, ut non audeam/
profecto percontanti quin promam omnia. /
Proinde actutum istuc quid sit quod scire expetis/
eloquere : ut ipse scibo, te faciam ut scias . (Pl., Asin. 25-28)
« Tu as mené l’attaque avec une telle obstination que je n’ose vraiment plus me dérober à ton interrogatoire. Dis-moi donc tout de suite ce que tu veux savoir : ce que je saurai, tu le sauras toi-même »
La valeur conclusive-exhortative est même la seule attestée dans les plus anciens témoignages : les deux occurrences de Naevius {8} sont suivies de l’impératif.
Il est difficile d’aller plus loin dans la mesure où, pour la période préclassique, les deux autres corpus un peu importants montrent soit une absence totale de proinde (Caton), soit une représentation trop faible pour être pertinente (Térence). Il n’en reste pas moins que Térence présente majoritairement (6/9) l’emploi conclusif-injonctif.
On voit donc que très tôt coexistent deux emplois totalement disjoints, qui laisseraient supposer que la « dérive » à partir de la valeur locale a opéré à une date très ancienne, alors même qu’elle n’avait pas encore commencé d’affecter inde lui-même. Il y a là, pour le moins, une étrangeté.

2.2. À défaut de voir attestés des emplois de proinde indiquant explicitement le lieu, peut-on, au moins, trouver des emplois conservant la trace d’une valeur temporelle ? En effet, comme inde, proinde est un anaphorique pouvant renvoyer à une situation contextuellement définie, qui est elle-même préalable à la situation développée avec proinde. Dans ce cas, proinde présente-t-il une succession chronologique sous-jacente, lui permettant de commuter avec inde ou exin(de) ?
Cela ne semble pas être le cas : que ce soit comme particule conclusive-injonctive ou comme connecteur consécutif, proinde n’introduit jamais que des conséquences logiques, factuelles ou non, de l’état de fait précédent. Une exception tout de même : quelques emplois en latin tardif, dans lesquels proinde introduit une situation découlant d’une situation antérieure :
(7) alios (barbaros) occupatis habilibus locis decursu facili proterens nonnullos pauore traditos cepit… Proinde certiore iam spe ad resistendum ingruentibus confirmatus per multa discrimina uenit Tricasses… {9} (Amm. 16,2,6-7).
« en s’emparant de positions favorables, il écrasa aisément par des attaques d’autres barbares et en captura plusieurs qui se livrèrent terrifiés… À la suite de quoi/aussi sa confiance s’accrut (-elle) de pouvoir résister à leurs attaques et il parvint à Troyes après quantité d’affrontements ».
Les verbes au parfait sont caractéristiques de cet emploi et laissent penser que proinde entre alors en concurrence avec ita(que). Il est difficile de croire que cette valeur temporelle de proinde se serait perpétuée de façon souterraine depuis la période la plus ancienne sans traces initiales, ni intermédiaires dans la littérature. Il est plus probable qu’il s’agit d’une évolution tardive dérivée de l’emploi consécutif et/ou de la concurrence avec d’autres connecteurs temporels apparentés, comme exinde.

2.3. Si ne sont attestés anciennement ni le sens local, ni la valeur temporelle, peut-on trouver des traces de la valeur anaphorique ? En effet, dans son évolution, inde reste foncièrement un anaphorique, renvoyant à un lieu, un moment ou une situation précédemment mentionnés. Qu’en est-il de proinde ? Ce sens non plus n’est pas nettement représenté : nous avons relevé dans la Correspondance de Cicéron une occurrence de proinde qui ne se laisse pas interpréter comme simplement consécutif :
(8) Etsi omni tempore summa studia offici mutuo inter nos certatim constiterunt pro nostra inter nos familiaritate et proinde diligenter ab utroque conseruata sunt, tamen non dubito… (Cic., Fam. 10,34a, 1).
« Même si de tout temps la plus grande ardeur à nous rendre mutuellement service a régné entre nous, vu notre amitié étroite, laquelle a fait aussi que nous avons conservé tous deux cette ardeur, je ne doute pas cependant… ».
Il ne semble pas que diligenter ab utroque conseruata sunt soit la conséquence, ni factuelle, ni logique, de l’état de fait précédent (l’ardeur à se rendre service), mais nous y verrions plutôt la reprise du syntagme pro nostra inter nos familiaritate, lequel se trouve justement mis en relief par la postposition dans la première proposition {10} .
3. Proinde comparatif
3.1. Adverbe corrélatif
Comme adverbe corrélatif, proinde est en distribution :
d’une part avec les adverbes de manière {11} marquant la ressemblance ou la différence : pariter, similiter/aliter qui se construisent avec ac, quam, quam si ou quasi,
d’autre part avec les corrélatifs anaphoriques : ita, sic qui se construisent avec ut.
La concurrence de perinde pose a priori problème : issus de la même base adverbiale, les deux composés coexistent à toutes les époques, dans des constructions à peu près similaires et avec des significations très proches, voire identiques (cf. J. Holmes [1997]).
a) Proinde ac :
Proinde est un modifieur portant sur un constituant qu’il précède : adjectif ou prédicat verbal, il établit avec le constituant corrélé un rapport de proportionnalité :
(9) Turturibus item… locum constituendum proinde magnum ac multitudinem alere uelis. (Varr., R. 3, 8, 1)
« De même pour les tourterelles il faut aménager un espace d’une taille proportionnelle à la quantité qu’on en veut élever »
Le déplacement du curseur sur l’échelle du nombre des tourterelles entraîne un déplacement symétrique du curseur sur l’échelle de la cage. Nous avons affaire à un rapport de symétrie et, en même temps, d’implication : de la situation du référent sur son échelle découle la situation du comparé sur la sienne.
La proportionnalité s’affaiblit ou disparaît avec la grammaticalisation de proinde ac :
(10) At te ego faciam hodie/
proinde ac meritus es/
ut minus ualeas et miser sis,/
saluos domum si rediero.
(Pl., Amph. 582-584)
« De mon côté je ferai en sorte, selon tes mérites, que tu ailles mal et que tu sois malheureux, si jamais je rentre sain et sauf chez moi »
Il n’y a pas nécessairement proportionnalité entre meritus es et minus ualeas ; on y verra plutôt un sens absolu.
Comme les autres systèmes comparatifs, proinde ac présente des constructions elliptiques (cf. [1]) et une variante conditionnelle proinde… ac si… :
(11) ut id, quod indignum est, proinde illi uideatur indignum ac si ipse interfuerit ac praesens uiderit. (Cic., Inv. 1,104)
« afin que ce qui est scandaleux lui paraisse aussi scandaleux que s’il y avait assisté personnellement et l’avait vu de ses yeux »
b) Proinde quam (si)/ quasi :
Proinde quam est attesté anciennement avec le sens de proportionnalité :
(12) Si proinde amentur mulieres diu quam lauant, /
omnes amantes balneatores sient. (Pl., Truc. 324-325)
« Si les femmes se laissaient faire l’amour en proportion du temps qu’elles passent dans leur bain, tous les amants seraient des maîtres de bain »
Son emploi varie considérablement suivant les auteurs : construction absente de la plupart des œuvres, elle est très majoritaire chez Tacite :
(13) proinde a nobis donatiuum ob fidem quam ab aliis pro facinore accipietis. (Tac., Hist. 1,30,3)
« vous recevrez de notre part pour prix de votre loyauté la gratification que les autres vous assureront pour prix de votre forfait »
Cette corrélation se rencontre souvent avec négation : non/haud proinde quam, synonyme de aliter quam :
(14) Nec proinde periculum aut metus quam pudor ac dedecus obstupefecerat. (Tac., Hist. 4,72,3)
« Le danger et la crainte n’avaient pas provoqué une stupéfaction comparable à celle qu’avaient provoquée la honte et le déshonneur. »
La construction la plus répandue est la comparative conditionnelle proinde… quam si/quasi, qui se rencontre à toutes les époques et dans tous les genres (bien qu’absente chez César, Tite-Live, Pline) :
(15) Bonas ut aequomst facere facitis, quom tamen apsentis uiros/ proinde habetis quasi praesentes sint. (Pl., Stich. 99-100)
« Vous faites comme doivent faire les honnêtes femmes, en vous comportant vis-à-vis de vos maris, même en leur absence, comme s’ils étaient présents »
Sous forme lexicalisée, proinde quasi est une locution comparative d’emploi assez libre, notamment chez Cicéron :
(16) nisi uero quia perfecta res non est, non fuit poenienda ; proinde quasi exitus rerum, non hominum consilia legibus uindicentur.
(Cic., Mil. 19)
« À moins que l’on ne considère que, parce que l’action n’a pas été accomplie, elle n’était pas punissable ; comme si c’était l’accomplissement d’une action et non l’intention que punissaient les lois »
Elle introduit un commentaire indigné ou ironique.

c) Proinde ut :
Proinde présente de nombreuses attestations où se reconnaît la structure corrélative ancienne avec antéposition : ut… proinde… :
(17) Vt uos mihi domi eritis, proinde ego ero fama foris.
(Tér., Hec. 218)
« Telles vous serez dans ma maison, telle sera ma réputation au dehors »
Perinde et exin (de) sont attestés dans le même schéma corrélatif à l’époque pré-classique :
(18) Vt cuique homini res parata’st, perinde amicis utitur.
(Pl., Stich. 520)
« Tout homme a des amis, en fonction de la fortune qu’il s’est acquise »
(19) Vt fama’st homini, exin solet pecuniam inuenire.
(Pl., Most. 227)
« Selon la renommée qu’on a, l’argent vient en conséquence/en proportion ».

L’évolution habituelle pour ce genre de corrélation s’observe également avec :
inversion des deux constituants :
(20) Poteratne fieri ut non proinde homines de quoque ut quisque mereretur iudicarent ? (Cic., Phil. 14, 19)
« Pourrait-il se faire que les hommes ne jugent pas chacun selon ses mérites ? ».
(21) Sed haec omnia perinde sunt ut aguntur. (Cic., De orat. 3, 213)
« Mais ces qualités n’existent que dans la mesure où l’action les fait valoir »
grammaticalisation :
(22) Quid igitur ? quoniam hic seruos quoque partes habet,/
faciam sit, proinde ut dixi, tragicomoedia. (Pl., Amph. 62-63)
« Alors que faire ? puisqu’un esclave y tient aussi un rôle, j’en ferai, comme je l’ai dit, une tragicomédie »
développement d’une nouvelle structure corrélative, surtout proinde… prout… :
(23) Vnam ut scis Aegyptus in hoc spem suam habet : proinde aut sterilis annus aut fertilis est, prout ille magnus influxit aut parcior. (Sén., Nat. 4a, 2, 2)
« Sur lui (le Nil), comme tu le sais, l’Egypte met son unique espérance : l’année est stérile ou fertile, suivant que le fleuve s’y est répandu plus ou moins »
L’évolution vers proinde… prout… montre une explicitation du rapport comparatif : pro- dupliqué indique que la comparaison est fondée sur la proportionnalité. Celle-ci est nettement perceptible dans la forme ancienne de corrélation (cf. [10]) et pourrait donc être considérée comme l’emploi premier de proinde, sans qu’il soit nécessaire de passer par un sens local. On pourrait faire le rapprochement avec la préposition pro, qui n’a plus, chez Plaute, que très minoritairement un sens local, tandis que « en échange de » et « en proportion de » sont très répandus {12} .
On rencontre aussi, pourtant, proinde ut en corrélation avec ita/sic, ce qui semblerait confirmer l’affaiblissement de la valeur proportionnelle :
(24) Numquam edepol quemquam mortalem credo ego uxorem suam/ sic ecflictim amare, proinde ut hic te ecflictim deperit.
(Pl, Amph. 516-517)
« Sur ma foi, je ne crois pas qu’il y ait nulle part un mortel au monde qui se meure d’amour pour sa femme, comme lui se meurt d’amour pour toi »
Inversement, l’emploi de prout s’étend de proinde vers perinde :
(25) Praeterea futuri principes , uelint nolint, sciant : "tanti tuum constat" propositisque duobus exemplis meminerint perinde coniecturam de moribus suis homines esse facturos, prout hoc uel illud elegerint. (Plin., Paneg. 20, 6)
« En outre il faut que les princes à l’avenir, qu’ils le veuillent ou non, sachent que ton voyage a coûté tant et que les deux exemples mis sous leurs yeux leur rappellent qu’on jugera de leurs mœurs, selon qu’ils auront choisi l’un ou l’autre »

3.2. Adverbe non-corrélatif
L’emploi comme simple adverbe, en dehors de toute corrélation, est plus rare et n’est pas toujours facile à identifier. Proinde renvoie à une situation dont il a été fait état précédemment et qui sert de référence à celle qui est nouvellement introduite. Il s’agit moins d’une comparaison que d’une symétrie entre ces deux situations : nous traduirions plus volontiers par « symétriquement, corrélativement » que par « de la même manière » :
(26) Legati tribunique ex moribus imperatorum seueritatem aemulantur uel tempestiuis conuiuiis gaudent. Proinde miles intentus aut licenter agit. (Tac ,, Hist. 2,68,1)
« Les légats et les tribuns se réglant sur la conduite des généraux soit rivalisent d’austérité soit se complaisent dans des festins interminables. Symétriquement les soldats se comportent avec sérieux ou avec licence ».
Perinde connaît un emploi non-corrélatif beaucoup plus étendu, avec notamment la possibilité de ne porter que sur un seul constituant :
(27) Ceterum apud senatum disseruit non Philippum Atheniensibus, non Pyrrhum aut Antiochum populo Romano perinde metuendos fuisse. (Tac., Ann. 2, 63,3)
« Du reste, il expliqua devant le Sénat que ni Philippe pour les Athéniens, ni Pyrrhus ou Antiochus pour le peuple romain n’avaient été pareillement redoutables »
Le rapport comparatif peut, en outre, être interne à la phrase :
(28) Post aliquot annos insigne atque etiam memorabile populi Romani oculis spectaculum exhibuit publicum funus Vergini Rufi, maximi et clarissimi ciuis, perinde felicis. (Plin., Epist. 2,1,1)
« Après un intervalle de plusieurs années, un spectacle extraordinaire et même inoubliable fut offert aux yeux du peuple romain par des funérailles dont l’état honora Verginius Rufus, citoyen dont la grandeur et la distinction furent égalées par son bonheur »
Il est possible qu’il faille traiter différemment proinde et perinde : dans l’emploi non-corrélatif, perinde est un adverbe modifiant un syntagme, tandis que proinde n’opère pas à date classique à l’intérieur de la même phrase, mais établit une relation entre deux énoncés distincts {13} . Il est donc tentant de traiter proinde comme un véritable connecteur, étant donné en outre qu’il occupe une position fixe en tête d’énoncé, caractéristique des connecteurs.
Par ailleurs, leur signification semble distincte en latin pré-classique : proinde indique la proportionnalité, ce que ne fait pas perinde. Par la suite, la synonymie semble devenir plus forte, tendant vers une comparaison pure et simple : « exactement comme ».

4. Proinde conclusif-exhortatif
4.1. L’emploi de proinde décrit ici constitue sa spécificité, au point qu’il est le seul attesté pour Tite-Live ou Quinte-Curce et qu’il est majoritaire chez plusieurs auteurs. L’emploi est ancien, puisqu’on le trouve dès Plaute. Proinde introduit une exhortation à faire ce que le locuteur présente comme la conséquence logique et attendue d’une situation qu’il a décrite précédemment ; cette exhortation clôt régulièrement une argumentation.
Il s’agit donc d’une valeur illocutoire ; deux actes de langage sont mis en relation : une (série d’) assertion (s) et une injonction. Si nous reprenons l’exemple (2), nous pouvons le paraphraser de la manière suivante :
(2) « Frustra », inquit, « meae uitae subuenire conamini, quem iam sanguis uiresque deficiunt. Proinde abite, dum est facultas, uosque ad legionem recipite. » (Cés., B.G. 7,50,6)
« Je constate et j’affirme que c’est en vain que vous vous efforcez de sauver ma vie, quand déjà ma vigueur et mes forces m’abandonnent. En conséquence, je vous fais la demande suivante : "partez, tant que vous le pouvez, et rejoignez votre légion" ».
Plaute présente un exemple où l’injonction précède l’assertion :
(29) Nunc, pater mi, proin tu ab eo ut caueas tibi,/
sycophantias componit aurum ut abs te auferat… (Pl., Bacch. 739-740)
« Mon cher père, prends donc garde à lui : il prépare quelque fourberie pour te piquer ton or »
Bien que tu ab eo ut caueas se présente comme une subordonnée finale, il s’agit, en fait, d’un énoncé à part entière, d’une injonction justifiée par la nouvelle de la fourberie.
Une telle spécificité d’emploi a conduit de nombreux chercheurs à traiter proinde comme une particule énonciative : par exemple, R. Risselada (1994) la classe avec dum, âge, modo, quin, uero et sane.

4.2. Proinde est donc associé aux injonctions directes à l’impératif (30a) ou au subjonctif (30b), dans lesquelles il concurrence les autres particules de renforcement :
(30a) Proinde te para. (Cic., Fam. 9,20,2)
« Donc prépare-toi »
(30b). "Abi, nuntia" inquit’ " Romanis caelestes ita uelle ut mea Roma caput orbis terrarum sit ; proinde rem militarem colant sciantque et ita posteris tradant nullas opes humanas armis Romanis resistere posse". (Liv., 1,16,7)
« Va annoncer, dit-il, aux Romains que les dieux veulent que ma ville de Rome soit la capitale du monde ; qu’ils pratiquent donc l’art militaire, qu’ils sachent et fassent savoir à leurs descendants qu’aucune force humaine ne saurait résister aux armes romaines »
Il est attesté, bien qu’assez rarement, avec des interdictions :
(31a) Proinde ne summiseris te, immo contra fige stabilem gradum… (Sén., Dial. 6 (Marc.), 5, 6).
« Ne te laisse donc pas abattre ; au contraire affermis ton aplomb »
(31b) Hoc animi demum ratio discernere debet,/
nec possunt oculi naturam noscere rerum./
Proinde animi uitium hoc oculis adfingere noli . (Lucr., 4,384-386).
« C’est la raison qui doit finir par opérer ce jugement (savoir si l’ombre qui nous suit est toujours la même) : les yeux sont incapables
de connaître les lois de la nature. En conséquence ne leur impute pas l’erreur de l’esprit »
Par extension, proinde apparaît dans les actes de langage indirects, c.-à-d. quand l’injonction passe par :
une interrogation rhétorique :
(32) « Si frater », inquit, « tuus, tuus auunculus uiuit, uult esse uos saluos ; si periit, superstites uoluit. Proinde quid cessatis euadere ». (Plin., Epist. 6, 20,10).
« Si ton frère, dit-il, si ton oncle vit, il veut que vous ayez la vie sauve ; s’il est mort, il a voulu que vous en réchappiez. Qu’attendez-vous donc pour partir ? »
une assertion contenant :
un verbe performatif :
(33) Nam quae saxo struuntur, si iudicium posterorum in odium uertit, pro sepulchris spernuntur. Proinde socios, ciues et deos ipsos precor… (Tac., Ann. 4, 38, 2-3).
« En effet les ouvrages en pierre, si le jugement de la postérité tourne à la haine, sont méprisés à l’égal des tombeaux. Je supplie donc les alliés, les citoyens et les dieux eux-mêmes de… ».
une modalité déontique :
(34) quem (tribunatum) nisi obtinet in senatu, uereor ne decepisse Caesarem uidear. Proinde adnitendum est mihi ut …
(Plin., Epist. 2,9,2).
« s’il ne l’obtient pas devant le Sénat, on croira, je le crains, que j’ai trompé César. Il s’agit donc pour moi de ne rien négliger pour… ».
un futur volitif, dans l’enchaînement entre un DI et un DD :
(35) Itaque se (decemuirum)… cum armatis descendisse, non ut quemquam quietum uiolaret, sed ut turbantes ciuitatis otium pro maiestate imperii coerceret. "Proinde quiesse erit melius. I," inquit, "lictor, submoue turbam et da uiam domino ad prehendendum mancipium." (Liu., 3,48,2-3).
« Aussi était-il descendu avec des gens armés, non pour s’en prendre à quiconque se tenait tranquille, mais pour réprimer au nom de l’autorité du pouvoir ceux qui troublaient le calme de la cité. "Donc il vaudra mieux se tenir tranquille. Va, licteur, dit-il, disperse la foule et fais le passage au maître pour qu’il récupère son esclave." »
Dans la prose impériale, le contexte exhortatif prend des formes variées et non grammaticalisées :
(36) Certatim quidquid uenale audiunt emptitant… Proinde … hoc uendendi tempus. (Plin., Epist. 6,19,5-6).
« Tout ce qu’on entend être en vente sur le marché, on court l’acheter ; c’est par conséquent le bon moment pour vendre »
Tacite, par exemple, élargit considérablement le champ de proinde exhortatif en l’employant dans des contextes où l’injonction est seulement implicite et se déduit de l’évaluation qu’opère le locuteur :
(37) Quod ad me attinet, iam pridem mihi decretum est neque exercitus neque ducis terga tuta esse. Proinde et honesta mors turpi uita potior, et incolumitas ac decus eodem loco sita sunt ; nec inglorium fuerit in ipso terrarum ac naturae fine cecidisse.
(Tac., Agr. 33,7-8) « Pour ce qui me concerne, j’ai déjà acquis la certitude que la sécurité ni de l’armée, ni de son chef ne passe par la fuite. Une mort honorable vaut donc mieux qu’une vie honteuse ; de toute façon le salut et l’honneur sont indissociables ; et puis il n’y aura pas de honte à périr aux confins de la terre et de la nature »
Nous sommes là à la frontière entre une fonction proprement illocutoire et un emploi comme connecteur consécutif introduisant des assertions modalisées (cf. infra 5.3).
Mais proinde est surtout caractéristique des injonctions du discours indirect (DI). Il n’est donc pas étonnant qu’on le rencontre particulièrement chez les historiens, qui semblent en faire la marque de fabrique du discours rapporté indirect :
(38a) a Iugurthae exitium adesse, ceterum suane an Metelli uirtute periret, id modo agitari ; proinde reputaret cum animo suo, praemia an cruciatum mallet. (Sall., Iug. 70,5)
« La fin de Jugurtha approchait ; en définitive la seule question était de savoir si c’était leur valeur ou celle de Metellus qui causerait sa perte ; il avait donc à réfléchir s’il préférait des récompenses ou un châtiment »
(38b) Satis scire origini Romanae et deos adfuisse et non defuturam uirtutem ; proinde ne grauarentur homines cum hominibus sanguinem ac genus miscere. (Liu., 1,9,4)
(message de Romulus auprès des voisins pour solliciter des épouses) « Ils savaient bien et que les dieux avaient présidé à la naissance de Rome et que leur propre valeur ne serait jamais en dessous de cette origine ; qu’ils ne refusent donc pas de mêler leur sang et leur race avec ceux d’autres hommes »
Les nuances et variétés d’injonctions que nous avons relevées dans le DD sont neutralisées dans le DI : proinde , quelle que soit la force de l’injonction, est presque exclusivement suivi du subjonctif (César, Salluste, Tite-Live). Seul Tacite présente un proinde injonctif avec l’infinitif (répondant donc à une assertive du DD) :
(39) Multa Romanis secunda, quaedam Parthis euenisse, documento aduersus superbiam. Proinde et Tiridati conducere intactum uastationibus regnum dono accipere, et Vologaesen melius societate Romana quam damnis mutuis genti Parthorum consulturum.
(Tac., Ann. 15,27,2).
« Les Romains avaient remporté de nombreux succès, les Parthes quelques-uns, ce qui mettait en garde contre l’orgueil. Tiridate avait donc intérêt à recevoir en cadeau un royaume exempt de dévastations, et Vologèse s’occuperait mieux du peuple Parthe en s’alliant avec les Romains plutôt qu’en s’infligeant avec eux des dommages mutuels »
Il ne s’agit pas simplement de la conclusion d’un raisonnement, mais bien d’une recommandation.

4.3. On s’attend à ce que proinde, comme particule conclusive-exhortative, entre en concurrence avec ergo, igitur {14} , voire itaque. De fait, ergo et igitur, et plus rarement itaque, ont un emploi illocutoire et s’ils sont relativement fréquents dans des interrogatives (quid ergo ?), on les trouve aussi dans des injonctions, aussi bien dans le dialogue (exemples 40-41) que dans le discours rapporté, direct (exemples 42-43) ou indirect (exemple 44) :
(40) Surge, amator, i domum./ DEM. Abscede ergo paululum istuc. ART. Surge, amator, i domum. (Pl., Asin. 924-925)
« Debout, l’amoureux, au logis – Recule donc un peu de ton côté – Debout, l’amoureux, au logis »
(41) Redimam. LIB. Tum tu igitur aliud cura quidlubet. (Pl., Asin. 107)
« Je paierai la rançon – Alors c’est bon, tu peux t’occuper d’autre chose »
(42) « Inuident honori meo : ergo inuideant labori, innocentiae, periculis etiam meis, quoniam per haec illum cepi. » (Sall., Iug. 85,18) « Ils jalousent ma gloire : qu’ils jalousent donc mes efforts, mon intégrité et même les dangers que j’ai courus, puisque c’est ce qui m’a permis de l’obtenir »
(43) Cum referrent sonum linguae et corporum habitum et nitorem cultiora quam pastoralia esse, "ite igitur , dicite", inquit, "detegant nequiquam conditas insidias : omnia scire Romanum nec magis iam dolo capi quam armis uinci posse". (Liu., 10,4,10).
« Apprenant que leur façon de parler, leur tenue et leur teint étaient trop brillants pour des bergers, il déclare : « Allez donc leur dire d’arrêter de dissimuler en vain leur piège : les Romains savent tout et on ne peut pas plus les vaincre par la ruse que par les armes »
(44) Desineret ergo mirari cur nemo de commodis plebis ageret.
(Liu.

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