Tout est bien
223 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

Tout est bien , livre ebook

-

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
223 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

La vie de Miranda, professeure de théâtre à l’université, est un cauchemar éveillé. L’accident qui a mis fin à sa prometteuse carrière de comédienne lui a laissé des douleurs chroniques aiguës. Tout semble lui filer entre les doigts, jusqu’à ce qu’elle rencontre trois étranges bienfaiteurs…
Tout est bien est l’histoire d’une femme à son point de rupture ainsi qu’une dénonciation extraordinaire et impitoyablement drôle de notre refus collectif de reconnaître la douleur des femmes. Un roman subversif et puissant.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 septembre 2022
Nombre de lectures 75
EAN13 9782764447642
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0700€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

De la même autrice
All’s Well , Penguin Canada, 2021.
Bunny , Penguin Canada, 2020 ; Lapin , traduction française par Marie Frankland, Québec Amérique, 2021.
13 Ways of Looking at a Fat Girl , Penguin Canada, 2016.



Projet dirigé par Stéphane Dompierre, directeur littéraire

Conception graphique et mise en pages : Nathalie Caron
Révision linguistique : Catherine Lemay
Traduction : Marie Frankland
Montage en couverture : La Femme au divan noir , Jean-Jacques Henner, 1869 / commons.wikimedia.org et pch.vector / freepik.com, typographie Messina Sans de Nouvelle Administration
Conversion en ePub : Fedoua El Koudri

Ouvrage composé en Minion Pro, un caractère originalement créé par Robert Slimbach en 1990.

Cette première impression a été tirée à 2000 exemplaires.

Québec Amérique
7240, rue Saint-Hubert
Montréal (Québec) Canada H2R 2N1
Téléphone : 514 499-3000


Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. We acknowledge the support of the Canada Council for the Arts.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.


Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre : Tout est bien / Mona Awad ; traduction, Marie Frankland.
Autres titres : All’s well. Français
Noms : Awad, Mona, auteur. | Frankland, Marie, traducteur.
Collections : Shop (Québec Amérique)
Description : Mention de collection : La shop | Traduction de : All’s well.
Identifiants : Canadiana (livre imprimé) 20220015848 | Canadiana (livre numérique) 20220015856 | ISBN 9782764447628 | ISBN 9782764447635 (PDF) | ISBN 9782764447642 (EPUB)
Classification : LCC PS8601.W33 A7514 2022 | CDD C813/.6—dc23
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2022
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2022

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

All’s Well © Mona Awad, 2021 First published by Simon & Schuster Translation rights arranged by The Clegg Agency, Inc., USA.

© Éditions Québec Amérique inc., 2022.
quebec-amerique.com



À Ken


Première partie


1
Allongée sur le plancher, je regarde, malgré moi, une mauvaise actrice dans une annonce de pilules me parler de sa fausse douleur.
— Ce n’est pas parce que ma douleur est invisible, dit- elle à la caméra d’un ton implorant, qu’elle n’est pas réelle.
Ensuite, elle tente d’afficher une expression qui reflète, je suppose, sa souffrance invisible. Son front se creuse comme si elle forçait pour chier une crotte récalcitrante ou qu’elle avait un orgasme soudain mais peu mémorable. Sa bouche est une fine grimace. Ses yeux éteints s’efforcent d’accuser quelque chose de vague au loin, un dieu peut- être. Son teint blême est convaincant, mais c’est probablement grâce au maquillage et à l’éclairage. On peut accomplir beaucoup avec le maquillage et l’éclairage, ai- je appris.
À présent, je la regarde frotter l’endroit sur son épaule où sa douleur invisible est censée se loger. Son visage indique bien que ce massage ne donne rien. Sa douleur est toujours là, évidemment, au plus profond, profond d’elle- même. On me montre maintenant ces profondeurs, on me montre ce qui est censé représenter l’intérieur de cette femme. Un corps humain transparent apparaît sur l’écran de mon ordinateur portable. Il laisse voir un système nerveux central qui ressemble à un réseau de toiles d’araignée rouges en colère. Les toiles clignotent comme des lumières de Noël, pour indiquer une apparente surchauffe. C’est pour cette raison que la femme souffre autant. La caméra revient sur l’actrice. Le teint gris maintenant, le dos voûté, dans le jardin devant sa maison de banlieue. Ses enfants blonds lui grimpent dessus comme de petits démons sautillants. Ils ne sont conscients ni de sa douleur ni des toiles rouges à l’intérieur de son corps. Elle lance un regard implorant à la caméra, à moi en fait, car il s’agit d’une publicité ciblée en fonction de toutes mes recherches Internet, de mes mots- clés, ceux que j’ai tapés dans Google à l’époque où je tentais encore d’établir moi- même mon diagnostic. Elle semble affaiblie mais désespérée, suppliante. Elle veut quelque chose de moi. Elle me demande de croire qu’elle a mal.
Je ne la crois pas, évidemment.
+++
Je suis allongée sur le dos à même le plancher grossière ment recouvert de tapis, les jambes surélevées à angle droit. Mes mollets reposent sur le siège de ma chaise de bureau et mes pieds pendent dans le vide au bout. J’ai une main sur le cœur, l’autre sur mon diaphragme. Une cigarette dans la bouche. Je reçois sur le visage des flo cons provenant d’une fenêtre ouverte au- dessus de moi que je suis incapable de fermer. Cette position est censée relaxer ma colonne vertébrale et détendre les muscles de ma jambe droite. Elle devrait également desserrer le poing que je sens derrière mon genou et ainsi me permettre de déplier ma jambe quand je suis debout au lieu de boiter comme Richard III. Il s’agit d’une position, selon Mark, que je peux prendre si je souhaite un peu de soulagement, un moment pour moi, une pause de la vie . Je pense à Mark. Mark des aiguilles sèches, Mark des instruments de raclage en métal, Mark et son beau visage de bro , un mur de certitude coiffé d’une coupe en brosse. Acquiesçant à mes diverses lamentations comme si elles faisaient toutes partie d’une grande ascension que nous menions ensemble, Mark et moi.
Je suis allongée dans cette position et je n’éprouve aucun soulagement. Ma jambe gauche brûle vaguement de la hanche au genou. Je sens un poing qui refuse de s’ouvrir dans le milieu de mon dos. Ma jambe droite est raide comme du béton jusqu’au pied, qui, bien qu’il pende dans les airs, souffre autant que si une masse énorme le broyait. J’imagine une patte de chaise plantée dans mon pied. Une chaise où est assis un homme vraiment très gros. Le gros est un sadique. Il me sourit. Son sourire dit : Je vais rester assis ici pour toujours. Ici, avec toi, au troisième étage de cette université douteuse dont tu es une employée douteuse. Études théâtrales, ou l’une des deux salles de béton tristes du D épartement d’é tudes littéraires. Ton « bureau », j’imagine ? Plutôt miteux.
En bas, dans le pitoyable lieu qui nous sert d’audi torium, ils m’attendent.
Mais où est Mlle Fitch ?
Elle devrait être ici à l’heure qu’il est, non ?
La répétition commence, genre, maintenant.
Peut- être qu’elle est malade ou quelque chose du genre.
Peut- être qu’elle est soûle ou gelée ou quelque chose du genre.
Peut- être qu’elle est devenue folle.
Je les imagine, mes étudiants, assis sur la scène. Ba lançant leurs longues jambes pliables sur le bord. Leurs jeunes visages éclatants de santé comme s’ils avaient été engendrés par le soleil lui- même. Attendant que mon corps difforme franchisse en boitant la double porte. Maudissant mon nom tout bas en ce moment même. Prêts à déclarer une mutinerie d’une minute à l’autre. Mais pas tant que je resterai allongée ici, les yeux rivés au visage de l’actrice de l’annonce de pilules qui tente de me convaincre qu’elle a mal. Un visage que j’ai moi- même présenté à un certain nombre de gens. Des hommes en blouse blanche avec leur escorte de grosses infirmières muettes au regard éteint. Des hommes en polo bleu toujours heureux de me montrer le dessin animé m’expliquant que ma douleur est le produit de mon cerveau. Des hommes en uniforme d’hôpital qui m’ont fait des injections dans la colonne vertébrale et qui ont accès à du Valium. Des assistants au visage de faon qui notaient d’abord minutieusement les détails de mon cas, mais finissaient par baisser leur stylo à bille en me voyant poursuivre interminablement, leurs grands yeux se vidant de toute expression à mesure qu’ils se perdaient dans la forêt sombre de mon histoire.
— Pendant longtemps, je n’avais aucun espoir, dit à présent la femme dans l’annonce de pilules. Jusqu’au jour où le médecin m’a prescrit Eradica.
Ensuite apparaît à l’écran une pilule cylindrique rétroéclairée par une lumière céleste. La moitié de la pilule a la couleur jaune de l’Amérique fast- food, l’autre moitié, le bleu institutionnel d’un polo de physio thérapeute. Je crois que ça pourrait vous aider , m’a déjà dit mon physiatre au sujet de cette pilule, tandis que son étudiant/scribe tapait notre conversation sur un ordinateur portable dans le coin, levant parfois les yeux vers moi avec crainte. Comme je ne pouvais pas m’asseoir à l’époque, je restais debout, les surplombant comme un arbre tordu par les intempéries. J’ai encore un échan tillon du médicament quelque part dans mon tiroir de sous- vêtements, parmi les strings et les collants de dentelle que je ne porte plus parce que je suis morte à l’intérieur.
Je tente à présent d’appuyer dans le coin inférieur droit de l’écran de YouTube pour ignorer cette hideuse annonce et regarder la vidéo qui m’intéresse. Acte I, scène I de Tout est bien qui finit bien , la pièce que nous montons cette session. Le monologue crucial d’Hélène.
Rien. Toujours l’image de la pilule bleu et jaune en rotation dans l’air.
Votre vidéo jouera après cette annonce , dit une petite boîte dans le coin au bas de l’écran. Je n’ai pas le choix. Je suis forcée de rester allongée ici et d’entendre qu’il y a encore de l’espoir grâce à Eradica. La seule pilule que je n’ai pas essayée parce que les effets secondaires m’effrayaient davantage que la douleur. Je suis forcée de regarder la mauvaise actrice faire du vélo dans l’après- midi idyllique de l’annonce de pilules avec un homme à la beauté insipide qui doit être son faux mari. Il porte une chemise carreautée rassurante. Il me rappelle le torse mâle sur l’emballage d’e

  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents