Coup de théatre
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Description

Coup de théâtre est un récit enlevant sur l’amitié, l’amour et la jalousie avec pour metteur en scène Nancy Thomas. L’auteure a tricoté une intrigue policière à saveur théâtrale. Ses personnages traversent les turbulences de l’adolescence où les émotions, le besoin de s’exprimer, la volonté de tenter de nouvelles expériences et l’envie d’autonomie les amènent à affronter le drame d’une disparition. Charlène et ses amis Hugo, Kym et Simon sauront-ils dissocier le théâtre de la réalité ?
Charlène Bouchard est entraînée, bien malgré elle, à participer à la production de la pièce de théâtre Roméo et Juliette, de Shakespeare. Accompagnée de ses fidèles comparses de troisième secondaire, elle s’engage dans le processus de production qui l’amènera au Festival de théâtre de Lac Saint-Jude. Sur les lieux du festival, une élève de la production sera enlevée. Charlène mènera son enquête et prouvera qu’elle peut résoudre bien des énigmes et que les coups de théâtre ne l’impressionnent pas !
1 – LE PROJET ....................................9
2 – LES PRÉPARATIFS .......................29
3 – LES AUDITIONS ..........................49
4 – LES RÉPÉTITIONS .......................67
5 – DÉCEMBRE .................................91
6 – LA PRODUCTION .....................101
7 – UNE MYSTÉRIEUSE LETTRE .......111
8 – L’ENQUÊTE ...............................127
9 – PATER NOSTER .........................155
10 – LE RETOUR ............................181

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 août 2014
Nombre de lectures 2
EAN13 9782895992073
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives
nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Thomas, Nancy, 1970- Coup de théâtre (Collection Transit ; 41)
Comprend des références bibliographiques et un index.
Pour les jeunes de 12 ans et plus.
ISBN 978-2-89599-128-1
I. Villeneuve, Mylène. II. Titre. III. Collection : Collection Transit ; 41.
PS8643.H578C68 2013 jC843'.6 C2013-941911-X
PS9643.H578C68 2013
© Les Éditions de la Paix inc. et Nancy Thomas Dépôt légal 4e trimestre 2013
Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Canada Imprimé au Canada
Maison d’édition Les Éditions de la Paix inc.
Courriel : info@editpaix.qc.ca
www.editpaix.qc.ca

Janine Perron (Courrier administratif)
412, rue Maupassant, Saguenay (Québec)
G7J 4P6 Tél. + télécopieur 418 690-2335
Pierre Tuinstra (Gestion Salons du livre et entrepôt)
626, rue Marquis de Vaudreuil Québec (Québec)
G1K 5G1 Tél. + télécopieur 418 522-4822
Direction littéraire Gilles Côtes
Révision Hélène Bard
Danielle Malenfant, La Plume Rousse
Collaboratrice Francine Legault
Illustration Mylène Villeneuve
Infographie JosianneFortier.com
Pour la beauté des mots et des différences
Les Éditions de la Paix s'engagent à verser
un pour cent des ventes
à la Fondation David Maltais.
David Maltais est l’auteur du roman Cœur d’argile.
www.coeurdargile.com
Les Éditions de la Paix remercient le Conseil des Arts du Canada et la Sodec de l’aide accordée à leur programme de publication et reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre canadien pour leurs activités d’édition.

Les Éditions de la Paix bénéficient également du Programme de crédit d’impôt
pour l’édition de leurs livres – Gestion SODEC – du gouvernement du Québec.
À mon neveu Raphaël, À Robert, Nadia et Rémi qui m’ont toujours encouragée.
À tous ces enseignants passionnés qui croient au potentiel des adolescents.
À la mémoire de ma mère, Dora, qui jadis l’avait lu dans ses cartes.
LE PROJET
Charlène n’a pas le temps de se cacher derrière Hugo que l’intense Kym Ngueyen l’aperçoit au loin.
— Charlène ! hurle-t-elle de manière à ce que les autres élèves la voient entrer à la cafétéria. Shakespeare, tu connais?
— Shakespeare ? répète-t-elle étonnée.
— C’est un auteur de théâtre.
Charlène dévisage Kym : est-ce qu’elle lui parle sérieusement ? C’est presque une insulte de lui demander si elle connaît le plus grand auteur britannique de tous les temps. Elle a lu toute l’œuvre cet été. Elle a vu la plupart des films sur le sujet. Charlène riposte :
— Je sais, je connais.
— Cette année, comme projet para- scolaire, monsieur Martineau, l’enseignant d’art dramatique, met en scène une pièce de Shakespeare : Roméo et Juliette. C’est génial, non ?
Charlène est étonnée. Elle aime le théâtre, toutefois, elle n’a jamais essayé d’en faire. Pour elle, monter sur les planches est un rêve, cependant, elle est beaucoup trop gênée pour oser. Le simple fait de s’imaginer jouer devant des gens qu’elle connaît lui donne le vertige.
— Tu as envie d’essayer ? lui de- mande Kym de sa voix aiguë.
— Qui, moi ? fait Charlène, re- coiffant sa queue de cheval qui s’était défaite sous le poids de sa lourde chevelure rousse et crépue.
— Bien sûr, tu ne te figures tout de même pas que je vais proposer cette aventure à Hugo !
La jeune Vietnamienne est satisfaite de son esprit d’à-propos. Hugo, qui se contente de sourire ironiquement, la regarde en s’éloignant vers la file d’attente, un cabaret sous le bras.
— Je ne sais pas si je peux. J’ai de la difficulté à faire une présentation orale, imagine devant des centaines de spec- tateurs ! rétorque Charlène, visiblement troublée par la perspective de jouer devant son école.
— Justement, le théâtre t’aiderait certainement à surmonter ta peur, enchaîne Kym, l’œil plein d’espoir.
Kym a raison. Charlène se rappelle les suggestions de son enseignant de français à ce propos. Le théâtre lui serait sans doute utile. Ne voulait-elle pas devenir détective ? Tôt ou tard, dans ce métier, elle aurait à faire face au public, aux journalistes, peut-être même à la télévision. Le théâtre serait le tremplin idéal.
— Écoute, viens à la rencontre d’in- formation ce soir. Tu verras, les autres élèves sont formidables. Monsieur Martineau nous parlera des scènes à préparer pour les auditions.
— Des auditions ?
Ce mot retentit comme un coup de revolver dans la cafétéria. Toutes les têtes se retournent vers elles.
— Des auditions ? répète la rousse, embarrassée.
— Oui, pour voir qui pourra inter- préter les rôles principaux. En passant, connaîtrais-tu un beau jeune homme pour jouer le rôle de Roméo?
La question fait redresser Charlène. Évidemment, il y a Hugo ; toutefois, il ne représente pas le parfait Roméo. « Un jeune homme de sa carrure, ça donne à réfléchir », admet-elle. Hugo n’accepterait jamais de jouer au théâtre, à moins qu’on lui donne le rôle d’un joueur de football ou de hockey.
— N’y pense pas ! réplique Kym.
— Penser à quoi ? demande Hugo qui se joint à elles avec un cabaret rempli à ras bord.
— Charlène a eu l’idée étrange de te proposer de faire des auditions pour le rôle de Roméo dans la pièce de théâtre. Qu’en dis-tu?
— Moi? C’est vrai, Charlène ? Il récite : « Nous sommes de l’étoffe dont les rêves sont faits ; et notre petite vie est entourée de sommeil. »
Charlène se contente de sourire, elle est impressionnée. Elle aime les garçons qui ont le sens de la répartie. Ce n’est pas tout dans la vie de pouvoir attraper un ballon. « Hugo a vraiment de la classe, cela saute aux yeux », pense-t-elle en silence. Hugo lui sourit. Charlène ne se fait pas d’illusions sur la valeur de ce sourire de pure amabilité. « Vraiment bien », se dit-elle. « Rien que de le regarder, ça fait plaisir ! »
— Tu viendras ce soir, n’est-ce pas ? lui demande Kym.
— Euh… Je n’en sais trop rien.
— Si tu as une minute, après les cours, fais un saut à l’auditorium. Je te présenterai à la troupe. Je suis certaine que tu aimeras l’équipe. Oh ! En passant, il n’est pas nécessaire qu’Hugo vienne…
Charlène hoche la tête, jurant de passer par là ce soir. Kym lui fait un petit signe de la main. Hugo sourit, plus aimable, puis ils se dirigent vers une table que d’autres venaient de quitter.
— Tu iras? lui demande Hugo.
— Je crois bien que oui, pour faire plaisir à Kym.
— Toi ?
— Forcément, pour faire plaisir à Kym, ajoute-t-il pour se moquer.
— Qu’est-ce que tu as bien pu lui faire pour qu’elle te déteste à ce point ?
Hugo ne répond pas. Il se contente de rire, le buste penché au-dessus de son cabaret. Toute son attention est concentrée sur son assiettée de spaghettis.
— Je ne savais pas que tu connaissais Shakespeare.
— Moi non plus, reconnaît Hugo.
— Je ne comprends pas. Tu n’as pourtant pas deviné ces vers que tu as récités tout à l’heure.
— Non, je les ai lus sur ton sac à dos.
Charlène hausse les épaules puis regarde son fourre-tout. Effectivement, elle se souvient d’avoir écrit ces vers cet été. Déçue, elle regarde maintenant Hugo avaler ses spaghettis avec ferveur. À défaut d’avoir lu Shakespeare, il a au moins eu la rapidité d’esprit de dé- chiffrer les mots sur son sac sans que les filles s’en aperçoivent.
— Pour l’instant, il faut manger, conclut-elle.
Puis, elle sort de son sac un sandwich au jambon qu’elle avait préparé.
Durant le restant de l’heure du dîner, les deux jeunes ne se parlent plus. Ils restent tous les deux, l’un à côté de l’autre, à écouter le bruit sourd des conversations éparses. C’est le son de la cloche, annonçant le début des cours, qui sort Charlène de sa rêverie.
— Tu viendras me rejoindre à mon casier ce soir, murmure Hugo sans expression.
— Oui, dit-elle simplement.
Par la fenêtre de son cours de français, Charlène remarque Hugo qui se dirige vers la piste de course dans le cadre de son cours d’éducation physique de troisième secondaire. Elle irait bien passer quelques minutes avec lui histoire de... naturellement, ce n’est qu’un souhait. Hugo est son ami d’enfance, elle ne veut pas perdre son amitié. Tant pis, elle se contentera de le regarder. Il est assez grand, juste ce qu’il faut. Des yeux et des cheveux brun-noir superbes ; les cheveux, c’est ce qu’il y a de plus important pour un garçon. Le corps est aussi bien que la tête, elle peut l’affirmer sans crainte de se tromper, étant donné le peu de vêtements qu’il a sur le dos. Dire qu’il n’y a pas deux ans, Hugo était le plus petit garçon de sa classe.
Pour passer le temps, Charlène essaie de se concentrer sur son cours, pourtant, chaque fois, elle est distraite par les bruits provenant de l’extérieur. Quand ce n’est pas par les cris des équipes de ballon-panier, c’est par le klaxon des automobiles qui circulent tout près. L’après-midi défile ainsi. Charlène se demande si Hugo l’accompagnera vraiment à la rencontre denthéâtre prévue ce soir. Par ailleurs, elle s’interroge : « Ne devrait-elle pas lui demander de sortir ? Qu’est-ce qu’elle risque à essayer ? » Si ça tourne bien, tant mieux, sinon, elle aura tout de même tenté sa chance.
Voici enfin la cloche qui résonne. Dans le corridor, c’est la course. Pour se tailler une place, il faut foncer coudes au corps, sinon on risque de se faire bousculer. Les étudiants sortent des classes, tels des chevaux de course vers leur casier. « C’est comme ça tous les jours » réfléchit-elle. Pour l’instant, Charlène trépigne devant le casier d’Hugo.
— Tu n’as pas pris tes affaires ? demande Hugo.
— Non, tu le sais bien, j’ai promis à Kym de passer à l’auditorium.
— Je croyais que tu plaisantais, ce midi, quand tu disais cela.
— Non. Cela veut-il dire que tu ne m’accompagneras pas à la réunion ?
— Tu le sais bien, moi, le théâtre...
— Tu n’es pas obligé de t’inscrire à la soirée d’information… Tu te souviens que Kym veut nous présenter à ses amies ?
— Eh bien, je crois qu’on va bientôt faire connaissance.
Charlène regarde Hugo sans comprendre à quoi il fait référence.
— On a de la compagnie, fait-il, en jetant un coup d’œil à Kym qui s’approche d’eux accompagnée par deux collègues de théâtre.
— Alors, Charlène, tu viens avec nous ?
— Oui, justement, j’en parlais à Hugo.
Charlène allait continuer quand une grande fille blonde intervient.
— Ah ? Alors, son nom, c’est Hugo, au grand costaud, déclare-t-elle en enroulant une longue mèche de cheveux soyeux au bout de ses doigts.
— Hélas ! C’est le nom que mes parents m’ont donné à la naissance, réplique Hugo qui paraît totalement sous le charme de cette fille.
— Ma foi, je n’ai pas eu le temps de vous présenter, dit Kym, énervée. Lysandre, voici Charlène et son ami Hugo. J’ai demandé à Charlène de se joindre à nous pour la rencontre de théâtre. Je ne crois pas qu’Hugo s’intéresse à cette forme d’art...
— Non, au contraire, ça m’amuserait d’aller faire un tour, réplique prestement Hugo. Nous en parlions justement, n’est-ce pas, Charlène ?
La jeune fille, complètement sidérée par les propos contradictoires d’Hugo, fait oui de la tête.
— Kym m’a dit que vous cherchiez un comédien pour jouer le rôle de Roméo. demande Hugo. Un Roméo robuste, ça vous dirait ?
— Kym hoche la tête avec un regard furieux.
— Tu sembles oublier, Hugo, qu’il y aura des auditions à passer...
— Bof ! Des auditions, c’est comme le football. Il s’agit de donner son cent pour cent, le reste ira tout seul.
— Le reste, c’est « apprendre son texte ! » réplique Kym, agressive.
Lentement, Hugo s’approche de Kym en fixant sur elle ses grands yeux accusateurs.
— Tu n’es pas gentille avec moi, dit- il d’une voix vibrante d’émotion.
— Non, c’est vrai. Je ne savais pas que c’était obligatoire d’être gentille avec tout le monde.
Charlène, découragée, baisse les épaules.
— Je n’arrive pas à comprendre ce qui vous pousse ainsi à vous disputer sur des sujets sans importance. Si Hugo a envie de faire du théâtre, c’est son affaire. À croire que le monde s’écroulera s’il réussit les auditions !
— C’est vrai, dit Lysandre. Ce serait amusant d’avoir un partenaire comme lui.
Hugo, satisfait de la remarque, se contente de sourire.
— Eh bien, on reste plantés là, ou l’on y va, à cette réunion ?
Déjà, une vingtaine d’étudiants attendent à l’auditorium. Parmi eux, on trouve seulement huit garçons, dont Marc-Antoine Desgagné. « Hugo aura un adversaire de taille », se dit Charlène en apercevant Marc- Antoine Desgagné. Marc-Antoine veut devenir comédien. Elle le sait, parce qu’il l’a mentionné récemment dans son cours d’anglais. L’an passé, au Festival des arts, le jury lui a accordé une mention pour son interprétation du personnage de Scapin dans une pièce de Molière.
À première vue, Marc-Antoine a davantage le physique de l’emploi qu’Hugo. Il est grand, mince et il a une longue chevelure brun clair. Souvent, il attache ses cheveux, ce qui lui donne un air bohème. « Je comprends maintenant pourquoi Kym s’intéresse subitement au théâtre », pense Charlène.
À ce moment, monsieur Martineau, le professeur d’art dramatique, apparaît sur la scène, accompagné par une élève.
— Bienvenue à notre première rencontre ! Tiens, je reconnais certains visages, dit-il, en regardant Marc- Antoine et Lysandre. Je suis heureux de voir que le projet vous intéresse. Je constate aussi que nous avons des nouveaux. J’espère que vous demeurerez avec nous.
Kym se tourne vers Charlène, le regard complice.
— Certains d’entre vous sont déjà au courant de la pièce choisie, enchaîne le professeur. Il s’agit de Roméo et Juliette, une pièce de William Shakespeare.
— Super ! affirme Marc-Antoine, qui convoite sans aucun doute le rôle de Roméo.
— Comme chaque année, je de- mande à tous les élèves de préparer des auditions. Les vôtres auront lieu dans deux semaines. Elles ont pour but de distribuer les rôles puis d’éviter les guerres partisanes. « Monsieur Martineau parle avec beaucoup d’assurance, se dit Charlène, qui envie son aisance. J’aimerais tellement être aussi confiante ! »
— Vous aurez à préparer une scène de cinq minutes en équipe de deux. Vous pouvez monter le genre qui vous plaît : comédie, tragédie, drame, cela n’a pas d’importance.
— À partir de quels critères serons- nous jugés ? intervient Anthony Léger.
— L’ensemble du jeu, c’est-à-dire : la voix, l’expression corporelle, l’interprétation ainsi que l’aisance sur scène.
Charlène sent son cœur bondir.
— Je ne crois pas que ce soit une activité pour moi, dit-elle à Kym.
— Charlène, fais-toi confiance, cesse d’être aussi pessimiste, conseille Kym à voix basse. Accepte le défi. Tu seras tellement fière de toi si tu réussis.
— Et si je ne réussis pas ?
— Alors, tu auras essayé ! Ce n’est pas tout dans la vie, de réussir, il faut aussi faire des expériences. Les épreuves élèvent à ce qu’on dit.
Charlène regarde Hugo qui semble absorbé par les propos de monsieur Martineau. Elle se demande s’il fera les auditions. Évidemment qu’il les fera, maintenant qu’il a fait la connaissance de Lysandre Aubert. « Je parie même qu’il voudra préparer ses auditions avec elle ! » pense Charlène.
— Pour ce qui est des textes, vous pouvez aller à la bibliothèque. Notre école peut se vanter d’avoir une abondante section théâtrale, dit fièrement monsieur Martineau. Pour ceux qui se sentent coincés ou perdus, j’ai avec moi quelques extraits de pièces à deux personnages. Je laisserai les photo- copies à la bibliothèque pour que vous puissiez les consulter.
— Avez-vous décidé des journées de rencontres ? demande Lysandre.
— Oui, les mardis soirs.
Charlène jette un regard à Hugo qui semble désespéré. C’est connu, à l’école, le mardi est la soirée réservée aux entraî- nements de football. « Hugo ne restera pas. Le football est trop important dans sa vie. » se surprend-elle à penser en souriant intérieurement.
— Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Si vous avez des questions ou des interrogations au sujet des scènes à préparer pour les auditions, je suis disponible tous les midis à mon bureau.
Pour ceux qui ont envie de consulter les extraits que j’ai, je vais immédiatement les déposer à la réserve de la bibliothèque. Merci d’être venus en si grand nombre.
LES PRÉPARATIFS
Dès huit heures, sur le boulevard Marquette, la circulation est dense, mais sans bouchon. L’autobus roule vite puis change de file à l’approche d’un arrêt. Peu à peu, il se remplit de visages familiers. Une nouvelle journée commence. Comme d’habitude, Charlène est la première à monter dans l’autobus, puis selon l’ordre : Hugo, Kym et finalement Simon. Apercevant Charlène, Hugo s’élance :
— Être ou ne pas être dans la troupe ? Telle est la question !
Charlène hausse les épaules.
— Tu as décidé de faire du théâtre ? demande-t-elle à Hugo.
— Évidemment !
— Tu ne peux pas ! objecte-t-elle d’une voix angoissée.
— Pourquoi pas ?
— Parce que les répétitions ont lieu durant les soirs que tu réserves à l’équipe de football.
— Plus maintenant, j’ai quitté l’équipe hier soir.
Hugo se tourne pour juger de l’effet produit par ses paroles. Il est terrible : Simon et Kym sont tous les deux pâles comme s’ils allaient s’évanouir.
— Tu as quoi ? balance Simon, la main sur la tête, écrasant sa crinière imbibée de gel coiffant.
— C’est Lysandre qui t’a fait cet effet-là ? Réponds ! demande Kym sur un ton insistant.
— Non, je crois sincèrement que le théâtre me fera du bien. J’en ai assez du football, je veux passer à autre chose. « Ce n’est pas le moment de flancher ! » se dit Charlène. Évidemment, Kym avait mis le doigt dessus. Lysandre plaisait à Hugo, tout le monde l’avait remarqué.
— Tu lui as demandé de te donner la réplique ? demande Kym à Hugo.
— Ma foi, non. Tu crois qu’elle accepterait ?
— N’y pense pas ! Elle a sûrement demandé à Marc-Antoine.
— Je vois. Toi, Kym, tu veux bien me donner la réplique ?
— Moi ? Absolument pas ! D’ailleurs, j’ai déjà quelqu’un.
— Qui ?
— Charlène !
Charlène ne peut cacher son étonnement. Elle a toujours été assez maligne pour ne pas se mêler à ce genre d’histoires. Qui sait jusqu’où cette affaire risque de l’entraîner ? Elle décide d’avancer avec prudence.
— Peut-on faire une audition à trois ? demande-t-elle calmement.
— Super ! s’écrie Hugo.
— Je parie, dit Kym, vexée, que tu fais ça pour m’embêter, Charlène Bouchard ! Nos chances d’être acceptées dans la troupe diminuent de moitié avec Hugo parmi nous.
— Vous vous trompez, dit calme- ment Simon, essayant tant bien que mal de replacer sa coiffure très structurée. Si Kym ne veut pas d’Hugo pour ses auditions, je les ferai avec lui.
— Toi ? Comment ?
— Ça, ma chère, c’est mon affaire.
Naturellement, Kym accuse le coup, comme tous ceux qui n’ont pas l’habitude qu’on leur tienne tête.
— À bien y penser, c’est une bonne idée, confesse Hugo.
— Oui, si vous avez du temps à perdre, lance Kym en se retournant.
Hugo se tourne vers Simon, assez inquiet, puis, voyant que celui-ci reste indifférent aux propos de Kym, il se plonge dans la lecture de sa revue jusqu’à ce que l’autobus les dépose à l’école.
À l’heure du dîner, après avoir remis ses livres dans son casier, Charlène se dit brusquement que c’est idiot de sa part de ne pas avoir réagi quand Kym a suggéré de faire ses auditions avec elle. Elle qui souhaitait les faire avec Hugo.
Voilà que Simon s’en mêle. Lui, qui ne connaît rien au théâtre, qui n’en a même jamais lu. L’anxiété de Charlène s’est transformée en besoin d’activités. Elle décide donc de monter à la réserve de la bibliothèque pour jeter un coup d’œil aux textes dont parlait monsieur Martineau hier.
La pièce longiligne est calme. À gauche, madame Roman, la bibliothécaire, est à son poste. Ronde et sévère, elle parle rarement aux élèves. Ses cheveux gris, coiffés en chignon, accentuent son visage autoritaire. Elle ne quitte son silence que pour répondre hâtivement à la question d’un abonné ou pour donner la cote d’un volume. À l’approche de Charlène, elle lève les yeux par-dessus ses lunettes de lecture, la regardant d’un air pincé.
— Oui ? débute-t-elle d’une manière glaciale en replaçant son foulard sur ses fortes épaules.
— Je voudrais regarder les extraits de théâtre que…
À peine l’adolescente a-t-elle le temps de terminer sa phrase que madame Roman la coupe sec.

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