Ghost Love
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Description

Pour occuper son été, Mathis travaille dans le journal local de sa fille. Au détour d'un reportage, il rencontre une jeune femme attirante mais un peu mystérieuse. Elle est très intéressée par les projets de la mairie pour le château de la ville, qui risquent de dénaturer les lieux.

Que cache cette opération ? Et qui est-elle vraiment ?

Romancier expérimenté, Loïc Le Borgne nous offre un roman aux accents fantastiques aussi effrayant que passionnant


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Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782376862758
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Ghost Love

Loïc Le Borgne
Ce fichier vous est proposé sans DRM (dispositifs de gestion des droits numériques) c'est-à-dire sans systèmes techniques visant à restreindre l'utilisation de ce livre numérique.
À la princesse Alice,
À mes princesses,
À Marine et Alba.
« Elle resta ainsi , les yeux fermés, croyant presque être au pays des merveilles, tout en sachant fort bien qu’il lui suffirait de les rouvrir pour retrouver la terne réalité. »

Alice au pays des merveilles , Lewis Caroll




« Où es-tu ?
— Lumière.
— Que faut-il pour aller à toi ?
— Aimer. »

Le Livre des Tables , Victor Hugo




« Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombre ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit. »

Aube , Arthur Rimbaud
LIVRE I

Corps et âmes
Chapitre 1
D’étranges rencontres

Chargé jusqu’à la gueule de terre de remblai, le camion, qui venait de traverser la ville de Chantenay, filait sur la route nationale à un train d’enfer.
Au volant, Kev tripatouillait son iPhone, conscient que tracter une benne bourrée de vingt-deux tonnes de remblai, tout en pianotant sur un mobile, constituait non seulement une infraction, mais un risque.
Dominant la chaussée plongée dans la nuit comme un roi dans son carrosse, Kev appuya un peu plus sur la pédale d’accélération. O.K., il allait dépasser la vitesse autorisée, mais le radar le plus proche guettait ses proies à quinze kilomètres de là, après le village de Rouperroux. Quant aux flics, ils se postaient en général à l’entrée ou à la sortie de ce bled, rarement en rase campagne.
Keith Richards croassait comme un mort-vivant dans le poste, sur lequel clignotait la clé USB (Emmy, sa fille aînée lui avait téléchargé l’album). Kev pilotait, de son point de vue, l’un des meilleurs camions de chantier du monde : une benne Volvo FH de cinq cent quarante chevaux, équipée de quatre essieux, d’une suspension parabolique et d’un graissage centralisé. Un bon vieux monstre rugissant de dix-neuf tonnes – quarante et une en tenant compte de son chargement de roche, de terre, et même de quelques débris ferreux, plus tranchants que des rasoirs.
Mieux valait d’ailleurs ne pas trop penser à cette caillasse, dont il n’était séparé que de quelques décimètres. La cabine était solide, mais une sortie de route entrait dans la catégorie des options déconseillées.
Bien entendu, Kev, qui tenait à son emploi et à son permis, accélérait dans la limite du raisonnable. Cent, cent dix maxi. Grâce à la boîte automatique douze vitesses, pousser les machines avec tact était un jeu d’enfant .
— Si j’étais toi, je ralentirais, murmura une voix près de lui.
Kev sursauta comme si un frelon venait de le piquer. Ou que son cœur avait lâché.
La voix provenait de la couchette nichée à l’arrière de la cabine, baignée par une lumière tamisée.
Il tourna un instant la tête, et ses yeux s’écarquillèrent. Ses pensées défilèrent à une vitesse insensée. Ne pas paniquer, surtout ne pas paniquer .
Facile à dire. Même s’il avait déjà vécu des intrusions, notamment quand il effectuait des liaisons France-Angleterre, il n’avait jamais été surpris au volant. D’habitude, il détectait le passager clandestin avant de démarrer. Il avait un sixième sens pour ça.
La route. Il ne devait pas perdre la route de vue, surtout en pleine nuit. Il tendit la main et orienta le rétroviseur central pour mieux voir l’intrus.
Le type était assis à quelques centimètres de lui, les jambes étendues sur la couchette. L’endroit était en général encombré par des emballages alimentaires et des bouteilles d’eau minérale vides.
Visiblement, ce désordre ne dérangeait pas l’inconnu, qui avait confortablement allongé ses jambes devant lui.
Regarder la route , se répéta Kev en boucle. Garder son sang-froid, ne pas montrer sa peur.
*
* *
Quand les éclairs ont commencé à strier les ténèbres, au-dessus de l’arbre mort, on s’est dit qu’il valait mieux éviter de rester à sa merci.
On a couru vers la façade blafarde de la Croulante, une ancienne maison de retraite que tous les gens du coin surnommaient ainsi. C’est là qu’habitait mon pote Jaouen Robinson.
La famille Robinson vivait dans cette grande demeure bourgeoise. Cet été-là, Jaouen y passait du bon temps, depuis des semaines, puisque ses parents lui avaient confié les clés avant de partir en vacances du côté de La Baule, en compagnie de sa petite sœur et de son frère de treize ans.
Et c’est là que nous nous retrouvions quasiment tous les soirs, après nos jobs d’été.

Attention, il ne s’agissait pas d’une maison de retraite comme on les imagine aujourd’hui – une série de cubes alignés comme dans un hôpital moderne –, mais d’une ancienne pension familiale, telle qu’on pouvait en trouver dans les romans de Balzac – Le Père Goriot , par exemple. Une sorte de petit manoir, rectangulaire, avec ses façades élevées et austères comme des pignons d’église, bâti sur trois niveaux, au début du XIX e siècle, dans laquelle végétaient alors de riches grabataires.
La plupart du temps, on se rassemblait sur la terrasse autour d’une table en teck. Dans la lueur de la lanterne murale qui surplombait la porte latérale de la Croulante, les bouteilles circulaient jusqu’à tard dans la nuit.
Ça fumait, riait, flirtait, ça s’engueulait, ça jouait au poker, à des jeux idiots avec gages encore plus idiots à la clé, comme courir à poil au fond du parc ou boire un verre d’huile cul sec. Il n’y a rien à blâmer, c’est ce qu’on appelle l’exubérance – et le privilège – de la jeunesse !
On se couchait bien après minuit, ce qui n’empêchait personne de se rendre au boulot le lendemain matin. Être cigale la nuit puis fourmi dans la journée : l’exubérance – et le privilège – de la jeunesse !
Jeunes, nous l’étions.
Nous avions tous entre seize et vingt-deux ans – dix-huit et demi, pour ma part, dix-neuf pour Jaouen.

Le tonnerre a grondé, violent, comme si quelqu’un venait de faire exploser une bombe là-haut. Une bourrasque a secoué les branches du laurier posté en paravent entre la rue et nos abus.
— Ça va péter, tous à l’intérieur ! a gueulé Jaouen en récupérant ce qui constituait son kit de survie, en soirée : une bouteille de whisky Label 5, son verre à demi-plein, sa clope et le cendrier submergé de mégots.
Il était affublé d’une étrange veste à franges, d’un pantalon de cuir totalement anachronique et d’une chemise noire digne d’une cérémonie d’enterrement, bien qu’un peu froissée.
Les filles, de seize comme de vingt-deux ans, manucurées ou nature, telle Oriane, suivaient ses moindres faits et gestes en oubliant de siroter leur boisson.
Les cheveux noirs bouclés de mon ami tombaient sur ses épaules, encerclant une mâchoire à la fois volontaire et suave, et des joues osseuses. Ses lèvres épaisses ondulaient comme des serpents et ses yeux brun-noir brillaient à la manière de météorites basaltiques. Il agitait ses mains tel un prêtre en plein sermon, ou un chaman indien devant son feu de joie.
Les autres ont raflé ce qui traînait sur la table – les assiettes en carton pleines de crackers, les gobelets, les serviettes en papier, les cartes à jouer, les miches de pain, les restes de pizza – et ont couru dans son sillage, s’engouffrant dans la Croulante comme si une meute de zombies leur montraient les crocs.
Pas moi. Je détestais les mouvements de masse. Et je haïssais l’idée de devoir céder aux caprices du ciel.
À l’époque, j’étais quelqu’un de très indépendant. Je crois l’être toujours. Ces choses-là ne changent pas, à l’inverse de quelques autres, comme notre expérience de la souffrance et notre vision de la mort.
Je suis donc resté sur la terrasse pour défier cet orage d’été.
Je n’ai jamais craint les phénomènes naturels. La nuit, le vent et les pluies diluviennes sont mes amis. J’aime l’étrange. Et toute tempête, c’est vrai, peut sembler démesurée. Extraordinaire.
Je me sens plus vivant dans l’air agité, quand la plupart des humains se terrent entre quatre murs et un toit. Je préfère cent fois cette furie à une placide esplanade ensoleillée, endormie au milieu d’une grande ville. Sous l’orage, au cœur d’une tempête, quand les gens se calfeutrent chez eux, on devient, par défaut, maître du monde. À condition de ne pas avoir la malchance de vivre à un endroit où les rafales se transforment brusquement en tornades, bien entendu.
Cette malchance, nous l’avons connue.
J’ai aperçu mon reflet dans la porte vitrée. Col relevé, cheveux noirs en bataille, peau pâlichonne. J’aimais me donner des allures de poète rebelle.
Les éclairs zébraient le ciel. J’ai imaginé quelqu’un, là-haut, installé devant un immense tableau de bord, genre console lumière dans un concert, s’excitant comme un dingue sur les interrupteurs.
— Mathis, tu viens ? a murmuré une voix douce en provenance de la Croulante.
Je connaissais depuis l’âge de huit ans la fille qui m’appelait ainsi. Durant toute une partie de notre enfance, puis au début de notre adolescence, nous avions fréquenté la même école. Par un heureux hasard – ou parce que la destinée nous préparait d’étonnantes surprises –, nous nous étions, à chaque rentrée scolaire, retrouvés dans la même classe. La mort qui avait marqué nos familles, trois ans plus tôt, à quelques semaines d’écart, nous avait rapprochés… tout en laissant planer une ombre oppressante sur notre relation.
Oriane était âgée d’un an de moins que moi, car elle avait sauté une classe en maternelle. La nature l’avait dotée d’une intelligence supérieure à la moyenne, et elle en avait fait bon usage, obtenant son bac avec aisance et mention. Je l’appréciais, et elle était jolie. Mais il en va des copines d’enfance comme des vieilles pantoufles : l’idée de sortir avec elles peut vous paraître tout à fait déplacée.


Elle avait un sourire ravissant, des cheveux blonds qui tombaient en vrac sur ses tempes et ses épaules – regardez une jeune star aux cheveux soyeux et blonds de votre époque, et vous saurez ce que je veux dire –, des joues roses en fleurs de camélia, et des yeux verts et brillants comme des feuilles de houx – ou de camélia.
Elle était cependant beaucoup plus discrète et réservée que les stars du moment – si l’idée que je me fais des stars du moment n’est pas trop faussée par les médias –, et son visage paraissait plus ordinaire. Comme disait Jaouen, ce n’était pas un canon, mais elle avait du charme. Elle était aussi d’une taille plutôt modeste, puisque son front arrivait à la hauteur de ma poitrine.
Elle était vêtue de manière simple, presque rudimentaire : un pantalon bouffant kaki, une veste de laine déformée par les âges et l’humidité, un chemisier de coton plus ou moins informe. C’était volontaire, bien entendu.
Au lycée, elle avait découvert avec délectation les vieux vinyles de sa grand-mère, elle-même passionnée par les années 1960, qu’elle avait pourtant à peine connues.
Oriane avait également déniché toute une collection de bouquins et de magazines sur le mouvement hippie et le Summer of Love , sans oublier un DVD de Woodstock. Au fil des soirées, elle avait réussi à entraîner Jaouen et quelques autres amis de Chantenay dans son trip. Ils écoutaient les Doors, Janis Joplin, Jimi Hendrix, comme leurs grands-parents. Ils estimaient cette musique nettement plus intéressante que ce qui se faisait actuellement – en dehors peut-être de la scène électro. Et ils rêvaient de grands mouvements destinés à changer l’art et les esprits, comme à l’époque.
Le deuil dont avait été frappée Oriane avait joué un rôle important dans cette soudaine passion.
Moi, je préférais me pencher sur le XIX e siècle et sa littérature, de Victor Hugo à Arthur Rimbaud, mais j’avoue que les sons et les mots des années 1960 et 1970 ne me laissaient pas indifférent – Arthur Rimbaud, n’avait-il pas inspiré Bob Dylan ?
Hormis l’électro et le rap, tout ce que nous écoutions venait de la révolution musicale des sixties.
Malgré ses goûts bizarres, Oriane était ma meilleure amie. Et même, à bien y réfléchir, mon pote. Contrairement à pas mal de garçons de mon âge, je n’étais pas flanqué d’inséparables compagnons. Il y avait Jaouen, mais il n’avait jamais été un confident. Plutôt une sorte de protecteur bienveillant, avec la carrure d’un joueur de rugby.
Mon véritable meilleur ami avait été mon frère, mais cette page était tournée, ou plutôt déchirée. Pour toujours.
— Ça va être le déluge, a insisté Oriane.
Elle se tenait debout sur le pas de la porte vitrée qu’elle tenait d’une main pour l’empêcher de se refermer. Derrière elle, les ampoules inondaient la cuisine d’une lumière crue, de sorte qu’Oriane avait l’air d’une apparition dressée dans un halo de lumière rectangulaire, tel un ange ou un spectre à la porte du paradis.
Oui, j’allais rentrer, mais je voulais lui montrer que je n’obéissais à personne : ni à mon groupe d’amis, ni à elle, ni même au ciel hystérique.
On se croit important quand on a dix-huit ans.
Me retournant pour défier une dernière fois l’avant-garde de l’orage, j’ai eu la surprise de découvrir que je n’étais pas le seul à être resté dehors.
Une jeune femme se promenait dans l’allée qui contournait la maison, sous le panier de basket, à l’endroit même où Jaouen Robinson, moi et quelques autres avions passé des heures, ballon en main, à dribbler et à tirer durant notre adolescence.
Elle devait avoir à peu près mon âge et marchait en regardant le ciel.
Qui était-ce ? Au cours de la soirée, elle était restée fort discrète – plus encore qu’Oriane. Le groupe qui squattait tous les soirs chez Jaouen fluctuait au gré des humeurs : il y avait les habitués mais aussi les occasionnels, les potes et les flirts passagers des fidèles, ceux qui ne rataient jamais une fête et ceux qui n’apparaissaient qu’une fois avant de s’évaporer, tels des spectres.
Depuis le début de l’été, j’avais aperçu une soixantaine de visages sur la terrasse ou entre les murs de la Croulante. J’étais incapable de mettre un nom sur un tiers d’entre eux.
Par exemple, sur celui de cette jeune femme, qui semblait, elle aussi, apprécier l’odeur de la foudre.
Je l’ai observée avec plus d’attention, même si je sentais le regard d’Oriane peser sur ma nuque comme un joug. Oriane n’était pas du genre à être jalouse, mais nous avons tous un cœur – du moins les plus vivants d’entre nous –, et je n’avais aucune envie de la rendre malheureuse, alors que la soirée était à peine entamée.
J’aimais Oriane, mais pas assez pour être digne de sa passion. Heureusement, on peut ne pas être amoureux d’une personne, en la sachant éprise de vous, sans pour autant devenir cruel. Il existe un juste milieu.
La jeune rebelle qui se riait de la tempête était plutôt grande, et dotée de traits fins, harmonieux. Pommettes arrondies, front large, lèvres pulpeuses, souriantes, regard noisette. Buste cambré, joliment dessiné. Elle respirait la bonne santé, et sa manière de marcher dans les bourrasques, au cœur de la nuit, la rendait fascinante. D’autant qu’elle ne portait pas de pantalon, mais une jupe plissée et une chemise bleue dont elle avait remonté le col sur sa nuque. Les manches, longues et amples, descendaient jusqu’à ses poignets.
Tombant sur ses chevilles, la jupe lui donnait un air à la fois désuet et charmant. Elle dansait autour de ses jambes comme les voilages d’un palais oriental. Ses cheveux auburn étaient coiffés en chignon sur le dessus de sa tête, mais des mèches folles voltigeaient de-ci, de-là.
Une sorte de princesse Belle Époque qui aurait tenté, en vain, de se grimer en jeune fille du XXI e siècle.
Quand elle s’est tournée vers moi, j’ai esquissé un signe de tête, puis j’ai fait volte-face et j’ai marché vers le rectangle de lumière dans lequel m’attendait Oriane.
Je ne voulais être l’esclave de personne, vous comprenez ?
Chapitre 2
Face au spectre

Ce qui aidait Kev dans cette épreuve, c’était sa colère. Elle l’empêchait de céder à l’épouvante. Que foutait ici ce type, dans son camion ?
Du coin de l’œil, quittant parfois la route des yeux, il étudia l’intrus.
À première vue, l’homme n’avait pas l’air dangereux. Il ne ressemblait pas à un migrant, pas à un clodo, pas même à l’un de ces jeunes en rupture avec leur famille, qui prenaient la route comme Jack Kerouac en son temps, mais sans nouvelle utopie à défendre.
Il n’avait pas l’air d’un junkie ou d’un alcoolo, et c’était ça le plus important.
Pour autant, il était accoutré de manière un peu bizarre. Une sorte de redingote à l’ancienne, noire. Un pantalon qui semblait dater d’avant l’an quarante, noir également. Chemise sombre dessous, plaquée sous un gilet. Cravate noire.
La barbe, taillée en rectangle, englobait tout le menton et descendait comme un bavoir sur la veste, à la mode Émile Zola. La moustache formait deux pointes, comme les dents d’un morse.
D’où sortait ce type ? D’une soirée gothique ? Ses chaussures, sombres et lustrées, luisaient comme des plumes de corbeau sur la banquette.
On dirait que ce rigolo vient de s’installer de tout son long dans son meilleur fauteuil, au milieu de son salon bourgeois.
Sauf que ce n’était ni son salon ni son camion.
O.K., il y avait deux options : un cinglé obnubilé par les fringues d’antan – la pire des hypothèses – ou un malotru qui n’avait que des notions très relatives de la politesse, considérant les camions de chantier comme des moyens de transport public.
Au cours de sa carrière, Kev avait connu quelques hurluberlus de ce genre. Ils avaient fini dans un fossé avec la marque de son pied sur le cul.
Les fringues de l’intrus étaient déconcertantes, mais ses yeux encore plus. Celui de droite était clairement bleu, alors que le gauche reflétait des lumières ocre, au point de scintiller parfois comme du cuivre.
David Bowie , songea Kev, en se souvenant du chanteur de rock, dont les yeux vairons, tout autant que ses vêtements étranges, avaient marqué l’histoire de la musique.
Sauf que David Bowie n’avait jamais, si sa mémoire était bonne, porté de redingote victorienne.
— Vous faites quoi dans mon camion ? demanda-t-il en tentant de masquer ses émotions.
— Je suis venu vous donner un conseil.
— Vous êtes monté pendant ma dernière pause, c’est ça ?
Kev se souvenait parfaitement de cet arrêt, un peu avant Chantenay. Et pour cause : il avait vomi un long jet de pâte jaunâtre (restes de la pizza du dîner) dans les toilettes de la baraque à frites, le long de la nationale.
En théorie, il n’aurait pas dû se ranger ainsi sur le bord de la route, avec ses vingt et une tonnes de chargement, mais il avait senti son estomac sur le point de déborder.
Il avait freiné, stoppé, couru vers les toilettes en saluant le gérant tapi derrière son comptoir. Ce grand con avait répondu à son salut en gloussant, persuadé qu’il était sur le point de pisser dans son froc.
Kev s’était penché au-dessus de la cuvette à la propreté douteuse. Après avoir dégobillé trois fois, il avait palpé son estomac, surpris de ne sentir aucune douleur. Son cœur, en revanche, pistonnait.
En se lavant les mains, il avait pigé : ce n’était pas son ventre qui protestait mais ce foutu palpitant. Son médecin l’avait prévenu. Il bouffait mal, il bouffait trop, il stagnait trop, la graisse s’accumulait. Ses tétons avaient à présent l’allure d’une paire de seins, son bide celle d’un airbag, ses artères vibraient comme des tuyaux d’échappement rouillés. « Vous approchez de la cinquantaine, votre corps n’est pas inusable », lui avait rappelé le médecin, jamais avare d’une parole aimable.
— Vous inquiétez pas, je compte pas me mettre au marathon avant un bout de temps, avait-il plaisanté.
Dans les chiottes de la baraque à frites, il avait moins rigolé. Il devait revoir ce bon docteur à son retour, exiger une dose de bêtabloquants supplémentaire, s’il voulait conduire son Volvo durant de longues années encore.
Sa principale erreur avait été de sortir en coup de vent de son camion, sans verrouiller les portes, alors que la nuit tombait. J’ai laissé les clés sur le tableau de bord. Ce mec aurait pu me chourer mon camion.
L’homme chassa une poussière sur le col de sa veste.
— Peu importe quand je suis monté. L’important, c’est que vous cessiez d’appuyer sur le champignon, mon vieux.
Bon, il avait affaire à un original. Pas forcément un cinglé, mais un mec qui se trouvait drôle avec une sorte d’humour décalé. On verrait s’il rigolerait encore avec un coup de pied dans les roubignoles.
Sauf qu’il ne fallait pas le brusquer, l’hurluberlu. Il y avait une grosse différence entre eux : l’un était libre de ses mouvements, alors que l’autre pilotait un monstre de quarante et une tonnes. De nuit.
Kev se força à demeurer poli.
— J’apprécie pas les passagers clandestins, grogna-t-il. En attendant que je vous débarque, asseyez-vous sur le siège passager et bouclez votre ceinture.
— Non merci. Je ne vais pas rester longtemps.
Kev marmonna un juron. Ce chieur ne semblait pas dangereux, mais il avait une grosse araignée dans le crâne. Il convenait de rester vigilant.
— Vous auriez pu demander poliment l’autorisation de monter, dit-il. J’ai déjà pris des auto-stoppeurs, j’aurais pas forcément refusé. Aucun capitaine n’aime les passagers clandestins, vous pigez ça ? J’aurais le droit de prévenir les flics.
— Vous auriez le droit mais vous ne pourriez pas.
Des signaux d’alarme s’allumèrent dans le cerveau de Kev. Attention, dérapage en vue ! Rester calme.
— Ah. Et pourquoi donc ?
Il songea à sa bombe aérosol, planquée dans sa portière, à portée de main. Il avait aussi caché une clé à molette sur la passerelle de rangement, à gauche au-dessus de sa tête.
— Parce que vous êtes mort.
Les pensées de Kev semblèrent se figer. Seul un gros voyant écarlate continua à clignoter dans son esprit. Comme celui de la jauge d’essence.
— O.K., murmura-t-il pour lui-même. J’ai rien entendu.
Ne pas le contredire , songea-t-il. Il a peut-être un couteau ou un flingue près de lui, sur la couchette, pile dans mon dos.

*
* *

Quelques amis erraient dans la cuisine, à la recherche de canettes, de soda ou de parts de pizza, mais la plupart s’étaient rassemblés dans le vaste salon, d’où déferlait une musique rythmée. Un prélude avant la nuit en boîte. Je ne comptais pas suivre le mouvement si tard, mon travail au journal et mon désir d’écrire me vampirisant, cet été-là, trop d’énergie.
Dans le salon enfumé, la soirée en était au moment où elle mijote, sur le point d’entrer en ébullition. La boisson commence alors, chez certains, à produire des effets difficilement contrôlables.
— Si on faisait tourner une table ? s’est écrié Jaouen, juché au sommet du dossier d’un canapé.
Mon ami possédait un corps d’athlète de dix-neuf ans, mais un esprit bloqué à quatorze ou quinze printemps, même s’il étudiait les maths à la fac. Je n’avais aucun mérite d’avoir échappé à cette malédiction : mon frère Louis m’avait bien aidé à vieillir plus vite, et d’un seul coup.
— Faire bouger une table ? Pour quoi faire ? Tu veux jouer au tourniquet ? a gloussé une blonde manucurée.
Interloqué, j’ai posé sur elle un regard inquisiteur. Avait-elle voulu plaisanter ? Non, son air ahuri prouvait qu’elle avait – de son point de vue – tenté une question judicieuse. Et raté le coche.
— Le tourniquet ? Celui qu’on trouve dans les parcs ? Ce jeu serait un peu compliqué pour toi, a ricané Jaouen.
Il a observé son monde et j’ai une nouvelle fois pu constater que notre ami avait peut-être la mentalité d’un ado de quinze ans, mais le charisme d’une star – celle d’un dieu du show-biz des années 1960 ou 1970.
— Ce que je veux, c’est parler aux esprits ! a-t-il lancé de sa voix grave et profonde.
D’un bond, il s’est jeté au bas du canapé, faisant sursauter les groupies massées sur les coussins.
L’une d’elles a basculé d’un accoudoir, emportant dans sa chute son verre de vodka orange. Elle a poussé un petit cri et ses amies se sont moquées d’elle, surtout quand elle s’est relevée, une jolie tache humide s’étalant de ses seins à son entrecuisse.
Jaouen fonçait déjà vers le hall d’entrée. De là, il a grimpé quatre à quatre les marches vers le premier, puis le deuxième étage de la maison. J’ai suivi le mouvement, curieux de revoir les pièces du haut, qui n’étaient plus habitées depuis des décennies. Jadis, elles accueillaient des pensionnaires de la maison de retraite.
Couverts en leur centre d’un tapis écarlate élimé, les escaliers grinçaient comme le pont d’un bateau. J’ai atteint le palier du premier, qui donnait accès à sept ou huit pièces, dont la chambre de Jaouen. Au-delà, les marches, nues et tannées par le temps, tournaient comme dans un phare.
Tout en haut, près du second palier, une grande chambre avait été aménagée par Jaouen et son frère, des années plus tôt. Durant leur adolescence, ils l’avaient utilisée comme repaire. Un endroit défraîchi à l’écart du monde des adultes, qui ne mettaient jamais les pieds ici. Des jeux de société, des albums de bande dessinée traînaient sur des meubles hétéroclites : buffets, tables et chaises démodés, déposés là au fil des ans. La poussière renforçait le sentiment d’abandon.


Au siècle précédent, la pièce avait sûrement été une chambre propre, voire douillette, mais elle se transformait peu à peu en grenier miteux – à l’image de l’étage entier. Peut-être aussi de chacune de nos vies.
Jaouen a désigné une table ronde, d’un peu plus d’un mètre de circonférence, et deux de ses copains se sont précipités pour la soulever.
— Paraît qu’une table à trois pieds, c’est mieux, a remarqué mon ami. Mais on va faire avec quatre.
— On pourrait scier un des pieds, a suggéré un garçon que je ne connaissais pas, dont la figure pointue et les oreilles décollées m’ont fait penser au museau d’un furet.
— Et toi, on pourrait te trancher la langue, ça nous épargnerait tes réflexions philosophiques, a répliqué Jaouen aussi sec. On va se contenter de celle-là.
Mon ami se bornait souvent à indiquer les choses, tel un patriarche. Comme par magie, son entourage exauçait ses vœux, sans qu’il ait eu à donner le moindre ordre. Le stéréotype du leader charismatique.
J’étais l’un des rares à ne pas entrer dans son jeu. Peut-être était-ce avant tout pour cette raison, et pas seulement parce que nous nous connaissions depuis la maternelle, qu’il me respectait plus que d’autres.
Le groupe a dévalé les marches pour retourner au salon, gloussant et gueulant comme les Bandar-Logs, les horribles singes du Livre de la Jungle . Je suis resté en arrière pour jeter un coup d’œil sur le long couloir qui filait vers les soupentes. Seule la pâle lumière du palier, diffusée par une ampoule tachée de crottes de mouche, éclairait les murs défraîchis, sur lesquels pendaient des lambeaux de tapisserie aux couleurs fanées.
J’ai fait quelques pas vers l’obscurité, repoussante et séduisante à la fois, comme souvent les ténèbres, en direction des deux portes qui, de chaque côté du corridor, donnaient accès aux premières chambres.
J’ai jeté un regard dans celle de droite. Des meubles couverts de draps, beaucoup de poussière, des toiles d’araignée dans les hauteurs.
— Tu crois aux esprits ? a murmuré une voix derrière moi.
J’ai retenu de justesse un cri d’effroi. C’était la fille aux cheveux auburn et à la jupe d’été.
Diable, elle se déplaçait avec la discrétion d’un chat !
— J’en sais rien, ai-je marmonné. Et toi ?
Elle a souri avec un air mystérieux, sans daigner répondre.
— Cet endroit t’intéresse ? a-t-elle supposé.
Je ne savais que penser des esprits, mais j’étais convaincu que certains lieux, comme cet étage abandonné, baignaient dans une atmosphère si particulière qu’ils réveillaient chez les humains, depuis l’aube des temps, d’étranges sensations propices à enflammer l’imaginaire.
Je devinais qu’il s’était passé ici des milliers de choses. Tourbillon flou de gens, de gestes, de vivants ou, dans les entrailles d’une maison de retraite, de mourants.
Le décor idéal pour une histoire. Une nouvelle pleine de fantômes…
À l’époque, je n’avais publié que quelques papiers de pigiste, et j’avais commencé à écrire de petits récits, sortes de pastiches des textes de Stephen King.
— Je connais un autre lieu de ce genre qui te plairait vraiment, a poursuivi la jeune fille. On dit qu’il est hanté.
J’ai hoché la tête, intrigué. Mes pensées étaient-elles si faciles à deviner ?
— Où ? ai-je demandé.
— Le château de Malombre. Tu connais ?
— J’y suis allé quelques fois, comme tout le monde dans le coin.
— Tu n’as pas vu de fantômes ?
J’ai souri, amusé.
— C’était en pleine journée.
— Ah oui, c’est vrai, les fantômes ne sortent que la nuit.
Elle avait affirmé cela comme une évidence – et c’en était une, à mon sens –, mais avec un soupçon d’ironie qui a attisé ma curiosité.
— À qui ai-je l’honneur ? l’ai-je interrogée, employant à dessein une formule aussi démodée que sa robe.
— Éléonore. Éléonore Launay.
— Moi, c’est Mathis. Mathis Lenoir.
— Je sais.
Sa réponse m’a plu. Ah bon, elle savait mon nom ? Elle était plutôt jolie, et s’était, d’une manière ou d’une autre, informée à mon sujet. Voilà qui flattait mon ego.
— Très bien. Tu connais quelqu’un d’autre, dans cette soirée ?
Je voulais lui demander par qui elle avait été invitée. Mais une question de ce genre pouvait être jugée indiscrète, en tous les cas maladroite, et je ne tenais pas à l’effaroucher. Pour l’instant, elle n’était pas accompagnée, et cela me convenait parfaitement.
— Jaouen, un peu. Je l’ai rencontré pendant un reportage.
Cette fois, j’ai planté mon regard dans le sien. Il était gris. Ses sourcils étaient épilés, un fond de teint rosissait ses joues. Un peu de maquillage, point trop. Cette fille avait de la classe.
Pour autant, se moquait-elle de moi ? Un reportage, quel reportage ? Je ne l’avais jamais croisée au journal ou sur le terrain. Or, je pigeais pour Le Perche libre , le journal local, depuis plusieurs semaines. Je connaissais tous les correspondants du secteur qui travaillaient pour le quotidien principal, l’hebdomadaire ou la radio locale, et elle ne faisait pas partie de cette faune.
— T’es correspondante de presse ? ai-je grommelé, dubitatif.
— C’est pour ça que je sais ton nom.
Elle me semblait bien jeune pour exercer ce travail, même s’il s’agissait d’un job d’été.
— Tu as quel âge ?
— Dix-neuf ans.
Elle faisait plus jeune que son âge.
— Tu bosses pour Le Perche libre ou la concurrence ?
— Le Perche libre.
— À Chantenay ?
C’était le nom de notre commune, un chef-lieu de canton guère éloigné du village de Malombre, dont avait parlé Éléonore.
— Exactement.
— Moi aussi. On ne s’est jamais rencontrés, mademoiselle Launay, ai-je dit avec de l’ironie dans la voix – je ne la croyais pas, il était impensable que je n’aie jamais entendu parler d’elle.
Elle a souri en coin. J’ai aimé la manière dont se relevait la commissure de ses lèvres, côté gauche. Une charmante fossette est apparue au bas de sa joue.
— J’ai commencé il y a trois jours, a-t-elle affirmé sur un ton amusé. Stéphane avait besoin d’une personne supplémentaire pour couvrir les environs.
Stéphane était le journaliste responsable de l’agence de Chantenay. Il n’hésitait pas à embaucher des pigistes, surtout l’été, pour alléger sa charge de travail. Ce qui lui permettait, selon les mauvaises langues, de passer un peu plus de temps au soleil, sur l’une des terrasses de café.
On a entendu des cris et des rires en provenance du rez-de-chaussée.
— Si on allait voir ? a lancé Éléonore en virevoltant vers les escaliers. On dirait que la table a commencé à tourner.
Je l’ai suivie, non sans jeter un regard dans mon dos, en direction du ténébreux corridor.
Mes yeux s’étaient habitués à la pénombre. J’ai distingué une forme blanche au milieu du couloir. Elle avait plus ou moins la taille d’une silhouette humaine.
— Éléonore, attends…, ai-je soufflé. Regarde… Au fond…
Je n’osais plus esquisser le moindre mouvement. Éléonore est revenue vers moi, et sa fossette s’est de nouveau creusée.
— Arrête, a-t-elle dit. Tu me fais marcher.
J’ai fait un signe de tête vers le fond du couloir. Les sourcils de la jeune femme se sont relevés, mais je n’ai pas lu la moindre crainte dans ses gestes ou son regard. Elle a éclaté de rire et foncé droit vers le spectre, qu’elle a saisi au vol. Avant de le ramener vers moi, tout pantelant.
— Une blouse d’infirmière ! s’est-elle esclaffée. Tu veux l’essayer ?
Quand elle l’a secouée, un nuage de poussière s’en est échappé. J’ai toussé, vexé.
Les cris et les applaudissements ont redoublé au rez-de-chaussée.
— Laisse tomber, ai-je dit en me dirigeant vers les marches. J’ai l’impression d’être le débile de service dans un mauvais film d’horreur.
Éléonore a laissé choir la blouse sur le parquet déformé.
— Hop, le fantôme est mort ! a-t-elle dit sur un ton enjoué.
Sur le coup, son humour m’a semblé un peu bancal, facile. Plus tard, j’ai compris le sens de sa remarque.
On est tous comme saint Thomas. On accorde plus de confiance aux images qu’aux mots. Et c’est parfois un tort.
Chapitre 3
Esprit, es-tu là ?
 
— Je vais vous déposer au prochain village, lâcha Kev, dans un souffle.
— Non, arrêtez-vous ici.
Dans le halo des phares, on ne distinguait que la chaussée détrempée par la pluie. Les ténèbres encerclaient le camion. Kev avait déjà parcouru ce trajet une centaine de fois. Il savait que de vastes champs de maïs et de blé, séparés par des haies chétives, s’étiraient sur plusieurs kilomètres. Sans âme qui vive à la ronde.
— Je ne peux pas, s’entendit-il répondre comme un robot. Même en plein jour et par temps sec, ce serait trop dangereux. Il n’y a pas de bande d’arrêt d’urgence, d’accord ? Juste des bermes trop molles. À Rouperroux, il y a des zones de stationnement.
Je te déposerai et j’appellerai tout de suite les flics. Puis je te dirai ce que je pense de ton intrusion. Un jet d’aérosol dans la gueule te fera le plus grand bien.
— Vous devez vous arrêter.
— Je vous ai dit que c’était trop dangereux !
— Ce qui est dangereux, c’est de conduire quand on est mort.
Merde, le fou recommençait son délire. Après tout, il valait mieux l’occuper avant d’atteindre le bled, histoire de lui faire oublier son envie de descendre en pleine cambrousse.
— Je suis mort, d’accord, dit-il. Mais je vous parle. C’est normal ?
— Tous les fantômes parlent. D’autant que, moi aussi, je traîne dans l’Entre-deux.
Ooooh, il en tient une couche , estima Kev. Traîner dans l’Entre-deux ! Au moins, il aurait des trucs à raconter en rentrant chez lui. Il allait proposer à Yves, son voisin charpentier, d’aller boire un verre au Commerce pour lui conter sa démoniaque – le mot n’était pas de trop – soirée.
Il s’agita sur son fauteuil ergonomique.
— Et les fantômes sont capables de tenir le volant d’un poids lourd ? lança-t-il, sans parvenir à refréner un ton sarcastique.
— Bien sûr.
— Ah. Leurs mains ne traversent pas le volant ?
— On n’est pas dans un film, Kev.
Il connaît mon prénom ! réalisa Kev avec horreur. Puis il se souvint que son portefeuille était resté sur le tableau de bord, alors qu’il allait délester son estomac à la baraque à frites.
— Les fantômes ne traversent pas toujours les murs, affirma l’intrus. Vous ne savez pas encore que vous êtes mort, c’est pourquoi vos mains continuent à diriger le camion. Mais ça ne va pas durer. Garez-vous, cessez de vous entêter.
— Je me garerai quand je le déciderai ! explosa Kev, au bord de la panique. Casez votre cul dans le siège passager, bouclez cette putain de ceinture et votre grande gueule !
...

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