Jade : songes entre deux mondes
92 pages
Français

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Description

Six heures douze. Le cœur battant à tout rompre, Jade se réveille. Depuis une semaine, chaque matin, le même cauchemar vient la tirer de ses songes. L’adolescente comprendra bientôt qu’elle doit tout mettre en œuvre pour aider un certain garçon. Qui est-il ? Comment pourra-t-elle lui porter secours ? Aidée de sa grand-mère décédée et de sa fidèle amie, Maude, la jeune fille se laissera guider par ses intuitions pour entrer en contact avec ce garçon. Saura-t-elle modifier le cours de son destin ? Pourra-t-elle lui éviter l’irréparable ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 mars 2014
Nombre de lectures 15
EAN13 9782895991410
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives
nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Tétreault, Linda, 1979-
Jade : songes entre deux mondes
(Ados/adultes ; 46)
Comprend des références bibliographiques et un index.
ISBN 978-2-89599-123-6
I. Villeneuve, Mylène. II. Titre. III. Collection : Ados/adultes ; 46.
PS8639.E894J32 2013 C843'.6 C2013-941812-1
PS9639.E894J32 2013
Maison d’édition Les Éditions de la Paix inc.
Courriel : info@editpaix.qc.ca
www.editpaix.qc.ca
Janine Perron (Courrier administratif) Pierre Tuinstra(Gestion Salons du livre et entrepôt)
412, rue Maupassant, Saguenay (Québec) G7J 4P6 626, rue Marquis de Vaudreuil, Québec (Québec) G1K 5G1
Tél. + télécopieur 418 690-2335 Tél. + télécopieur 418 522-4822
Direction littéraire Gilles Côtes
Révision Hélène Bard
Danielle Malenfant, La Plume Rousse
Illustration Mylène Villeneuve
Infographie JosianneFortier.com
© Les Éditions de la Paix inc. et Linda Tétreault Dépôt légal 3e trimestre 2013
Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Canada
Imprimé au Canada
Pour la beauté des mots et des différences
Les Éditions de la Paix s'engagent à verser un pour cent des ventes
à la Fondation David Maltais.
David Maltais est l’auteur du roman Coeur d’argile.
www.coeurdargile.com

Les Éditions de la Paix remercient le Conseil des Arts du Canada et la Sodec de l’aide
accordée à leur programme de publication et reconnaissent l’aide financière du gouvernement du
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Les Éditions de la Paix bénéficient également du Programme de crédit d’impôt
pour l’édition de leurs livres – Gestion SODEC – du gouvernement du Québec.
À vous, Markus, Jacob et Aurélie,
pour le soleil que vous mettez dans ma vie !
Chapitre 1 Le cauchemar
Paniquée, le corps tendu et le souffle haletant, Jade posa son regard sur son réveil. Elle n’en croyait pas ses yeux, il était encore six heures douze du matin. C’était presque toujours pareil, depuis une semaine déjà, elle se réveillait à la même minute. Chaque fois, c’était le cri de cette femme qui venait la tirer de son sommeil. Le coeur battant la chamade, elle essayait, comme toujours, de reprendre ses esprits et de rétablir le fil des évènements. La jeune fille était submergée par un sentiment de panique. Pourquoi ces images lui revenaient-elles continuellement en tête ? Qu’est-ce qu’elle devait en comprendre?
Elle prit le carnet qu’elle laissait traîner sur sa table de chevet et y nota rapidement le résumé de son rêve. Elle avait l’impression de toujours y inscrire les mêmes mots, mais elle se dit qu’avec un peu de chance, elle finirait bien par trouver des indices qui lui permettraient de tirer une conclusion à toute cette histoire.
Attrapant son crayon, elle griffonna : 22 novembre 2011 – 6 h 12
Je vois un garçon couché sur le plancher. Il semble être dans une salle de bain. À côté de lui, traîne un pot de pilules presque vide. J’entends des sirènes qui retentissent. Le bruit devient de plus en plus fort. Il résonne tellement dans le silence de la nuit que j’en deviens tout étourdie. Des ambulanciers se précipitent vers le garçon. Ils apportent une civière. Une femme hurle. Je me réveille.
En écrivant ces derniers mots, Jade se replongea illico dans les émotions de son rêve et ressentit à nouveau une oppression dans la poitrine. Elle avait l’impression qu’un étau comprimait son thorax. Elle avait peine à retrouver son souffle. Chassant ce sentiment, l’adolescente rangea son carnet et son crayon dans sa table de chevet. Après tout, elle n’avait pas de temps à perdre, car elle devait se préparer pour aller à l’école. Il ne restait plus qu’une petite journée avant de pouvoir profiter de la fin de semaine. Elle rangea son carnet à la même place que d’habitude. Elle ouvrit la porte de sa table de chevet, souleva quelques livres et revues et plaça son cahier à l’abri des regards indiscrets. Par contre, cette fois-ci, la jeune fille entendit un froissement, comme si une feuille de papier coincée avait été écrasée. Elle retira le carnet pour mieux observer et elle en eut aussitôt le souffle coupé.
Chapitre 2 La lettre
Jade fut aussitôt projetée trois ans plus tôt. Son père, Philippe, lui avait remis cette lettre à l’occasion de son douzième anniversaire. Lorsqu’il lui avait dit qu’elle avait été rédigée de la main de sa grand-mère, Jade avait été sous le choc. Claire était décédée alors que Jade n’avait que cinq ans. Elle avait de la peine à croire que cette dernière lui avait adressé un mot peu de temps avant de mourir et que son père le lui avait offert le jour de ses douze ans.
Elle se revit aussitôt, assise sur son lit, ouvrant avec curiosité et excitation, l’enveloppe sur laquelle il était simplement écrit: « Pour Jade ». Évidemment, elle s’était empressée de lire la lettre qu’elle contenait, dès que son père avait refermé la porte derrière lui. D’abord touchée de voir que Claire lui avait laissé une telle lettre, elle avait ensuite été surprise par le contenu de celle-ci. Elle l’avait conservée précieusement dans sa table de chevet, se disant qu’un jour, elle pourrait trouver un sens aux mots de sa grand-mère. Ce matin, elle était persuadée qu’elle n’était pas tombée sur ce message par hasard.
L’adolescente savait en son for intérieur qu’elle devait absolument se replonger dans cette lecture. Puisque cinq minutes de marche séparaient sa maison de la polyvalente, elle disposait d’assez de temps pour relire ce que lui avait écrit sa grand-mère.
Elle déposa la lettre pliée par-dessus ses vêtements sur le comptoir de la salle de bain. De toute façon, elle n’avait à se méfier de personne : sa mère avait déjà quitté la maison pour se rendre au travail, et son père était parti en voyage d’affaires pour trois semaines. Dès qu’elle fut sortie de la douche, Jade enfila un jean et un chandail chaud. Elle prit soin de glisser la lettre de sa grand-mère dans son jean.
En même temps qu’elle mangeait une rôtie au beurre d’arachide d’une main, de l’autre, elle prit son lunch et l’enfouit dans son sac d’école. Elle se brossa les dents rapidement, attrapa une pomme et partit pour l’école. En posant le pied à l’extérieur, Jade n’avait pas regretté d’avoir choisi de mettre son manteau d’hiver et sa paire de gants. Les matinées étaient de plus en plus fraîches, et l’adolescente était extrêmement frileuse.
Elle verrouilla la porte derrière elle, prit une croquée dans sa pomme pour se libérer les mains, déplia la lettre et la tint entre le pouce et l’index.
Chère Jade, au moment où je prends ma plume pour t’écrire, tu as seulement cinq ans. Tu es encore beaucoup trop jeune pour comprendre tout ce qui t’attend. Je sais que l’heure de mon départ approche. Malheureusement, nous n’aurons pas le temps de nous côtoyer longtemps avant que je ne décède. J’aurais tellement souhaité partager de longues discussions avec toi. Nous aurions eu de nombreux intérêts communs.
Puisque le destin en a voulu autrement, j’ai décidé de communiquer avec toi à ma façon. Cette lettre est un premier moyen que j’ai utilisé. Si tu la lis, c’est que ton père a respecté ma demande. Tu verras, j’userai d’ingéniosité, je trouverai d’autres manières d’entrer en communication avec toi. Garde les yeux bien ouverts et n’oublie jamais que ton coeur détient les bonnes réponses. En cas de doute, recentre-toi toujours sur lui. Il t’indiquera la route à suivre.
Je tiens à t’écrire cette lettre pour que tu saches que tu me ressembles beaucoup plus que tu ne le crois. Je ne t’ai pas seulement légué mes yeux bleus. Tu as hérité, comme moi, d’un merveilleux don lors de ta naissance. Le jour où tu liras ce message, tu te demanderas probablement de quoi je veux parler puisque tu n’auras pas encore connu de bouleversements à l’intérieur de toi. Ne t’inquiète pas, un jour tu comprendras et tu auras tout à fait raison de te sentir différente des autres, car tu l’es.
Tout comme moi, tu as la capacité de pressentir les choses avant même qu’elles n’arrivent. Il faut que tu saches que ton cheminement sera particulier et que tu devras surmonter de nombreux combats intérieurs. Par contre, il est primordial de te souvenir que tu as un grand rôle à jouer sur cette terre et que tu accompliras celui-ci en aidant les gens autour de toi. Ton pouvoir est immense, n’en doute jamais.
Si certains essaient de te faire croire le contraire, ne les écoute surtout pas. Aie toujours confiance en toi ! Tu n’es pas folle, je peux te l’assurer. Je sais qu’un jour tu feras un rêve étrange à propos d’un garçon, un jeune homme qui aura besoin de soins médicaux.
Jade cessa sa lecture. Ses yeux firent un retour en arrière pour relire les mots qu’elle venait de lire : « Je sais qu’un jour tu feras un rêve étrange à propos d’un garçon, un jeune homme qui aura besoin de soins médicaux. »
Jade avait complètement oublié que sa grand-mère faisait allusion à un mauvais rêve qui concernait un garçon, et qu'en plus, celui-ci aurait besoin d'une assistance médicale.
Pour elle, il devenait évident que sa grand-mère faisait référence au cauchemar qu’elle faisait depuis quelques jours et qui la hantait continuellement. Comment Claire avait-elle pu savoir qu’elle ferait ce cauchemar? Elle avait pourtant écrit cette lettre alors que Jade n’avait que cinq ans. L’adolescente remarqua qu’elle arriverait bientôt dans la cour d’école. Elle poursuivit sa lecture…
Ce rêve te perturbera par sa récurrence et il occupera continuellement ton esprit. Il va tranquillement ouvrir tes yeux sur ce qui peut se passer en toi. Je sais que tu te questionneras énormément au sujet de ce rêve. Observe autour de toi, la vérité est bien plus près que tu ne pourrais le croire. N’aie pas peur de poser des gestes, tes actions mèneront au bien être de tous. Encore une fois, je te rappelle de suivre ce que te dicte ton coeur. C’est ta vie, et je ne peux pas agir à ta place. Par contre, sache que je suis là pour t’épauler. Ce que tu vis présentement, je l’ai vécu moi aussi. Je suis bien placée pour savoir que ce n’est pas toujours de tout repos. J’aurais aimé avoir quelqu’un qui m’aurait préparée à tout ce qui m’attendait.
— Oh ! Je m’excuse ! s’empressa de dire Jade, alors qu’elle venait de foncer sur un garçon qui marchait face à elle. Sous le choc de la collision, il avait échappé les livres qu’il tenait dans ses mains. Il la regarda à peine, d’un air gêné, comme s’il avait honte de ce qui s’était produit. L’étudiante voulut l’aider à ramasser ses bouquins, mais, nerveux, il se hâta de les recueillir et reprit sa route, sans rien dire. Jade répéta qu’elle était désolée de cet incident, qu’elle était beaucoup trop captivée par sa lecture. Le garçon ne se retourna pas. Jade alla sagement s’asseoir sur un banc pour achever de parcourir les mots de sa grand-mère. Elle se dit qu’elle serait moins dangereuse ainsi.
J’aurais tellement préféré te dire tout ça en personne, mais la vie a voulu que je m’envole pour un autre monde beaucoup trop tôt. Cependant, n’oublie jamais que le fait que tu ne me voies pas ne veut pas dire que je n’existe pas. Je suis et serai constamment près de toi ! Je ferai tout ce qui est en mon possible pour t’aider à prendre les meilleures décisions.
N’hésite jamais à me demander de l’aide, même d’où je serai, tu pourras toujours compter sur moi.
Je t’aime, ma belle Jade!
Ta grand-maman adorée, Claire xxxx
Jade était bouleversée. Elle avait le goût de pleurer. Le bref instant où elle avait été prise par sa lecture lui avait permis de retrouver sa grand-mère. Au fil des mots qu’elle lisait, elle entendait sa voix rassurante et se sentait entourée par ses bras aimants et réconfortants. Elle aurait tellement voulu poursuivre la discussion avec elle. Au moment de replier la lettre, elle ressentit un vide immense. Elle se sentait à mille lieues de tous ces jeunes, excités, qui entraient dans la cour d’école.
Penser à sa grand-mère la replongeait dans la tristesse de son départ. Elle se sentait abandonnée. La jeune fille aurait tellement voulu profiter plus longtemps de sa compagnie ! Même si Claire l’assurait de sa présence, à cet instant précis, elle avait bien l’impression d’être seule au monde…
Chapitre 3 Nicolas
Une fois de plus, Nicolas avait connu une matinée ordinaire. Plus les jours passaient, plus il détestait l’école. Il était l’objet de sarcasmes de toutes sortes. C’était la même histoire qui se poursuivait. En plus, il y avait eu cette fille qui lui avait foncé dessus, lui faisant perdre l’équilibre. Nicolas pensait qu’elle devait l’avoir fait exprès, il était habitué à ce que certains élèves se moquent de lui depuis qu’il avait changé d’école. Les gens devaient avoir ri un bon coup quand il avait envoyé valser tous ses livres. Il ne comprenait pas ce qu’il faisait pour provoquer toute cette hargne. Dans sa tête, il cherchait à concevoir ce qu’il avait pu dire ou faire pour attiser la colère de ceux qu’il se devait d’appeler ses compagnons d’école. Ses pensées, tel un film en boucle, lui revenaient continuellement en mémoire, il revivait toutes les scènes, entendait toutes les répliques. Il avait de la peine à se concentrer tellement le scénario se rejouait sans cesse dans sa tête.
Chaque fois, c’était comme s’il revivait la douleur. Il le ressentait dans son ventre et dans le fond de sa poitrine.
— As-tu fini de me regarder? criait l’un d’eux.
— Tu es tellement laid aujourd’hui. Ta mère t’habille dans les friperies ! commentait un autre.
— Dis quelque chose ! Tu as peur, hein, tu as peur ! vociférait un autre, en lui donnant des coups dans le ventre.
Nicolas avait appris à ne pas riposter. S’il se risquait à dire un mot de plus, il se faisait encore plus humilier. Il était préférable de se taire et d’attendre que ses bourreaux le laissent tranquille. Il souhaitait que tout ça finisse. Jamais il n’osait regarder les gens qui le harcelaient, de peur de les provoquer. Il se faisait tout petit et longeait les murs.
Malgré ça, ils continuaient de le menacer. C’était le souffre-douleur de l’école. Une fois au milieu de tous ces jeunes hommes, que pouvait-il faire? Il était seul, et ils étaient une dizaine. La cause était perdue d’avance. Il ne pouvait qu’encaisser les attaques et souhaiter qu’une aide miraculeuse vienne le sauver.
Évidemment, les jeunes hommes s’arrangeaient toujours pour faire leurs mauvais coups à l’abri des regards, si bien que personne n’était pris en défaut. Ils ne se lâchaient pas.
Il y avait le chef, Raphaël, qui donnait habituellement les ordres, et tous les autres qui l’écoutaient au pied et à la lettre. Nicolas ne connaissait même pas le nom de chacun. Il savait qu’il y avait un Mathieu, un Justin, un Carl et un Alexandre parce qu’il entendait leurs noms criés lors de leurs altercations.
Les étudiants qui étaient témoins de ces scènes préféraient garder le silence par peur de devenir à leur tour des victimes. Un jour, alors que Raphaël voulait le forcer à entrer dans un casier, quelqu’un s’était interposé pour le protéger.
— Ça suffit, je pense que tu peux le laisser tranquille, avait déclaré le garçon d’un ton pacifique, espérant calmer la situation.
Raphaël l’avait pris au collet et l’avait regardé droit dans les yeux d’un air menaçant :
— Tu te mêles de tes affaires ou tu vas le rejoindre dans le casier d’à côté. Qu’est-ce que tu choisis?
Évidemment, l’étudiant avait préféré sauver sa peau plutôt que de jouer les héros.
Nicolas avait appris à ne pas attendre de renfort de la part de ses compagnons de classe et il les comprenait bien d’agir ainsi. Tout ce manège avait commencé alors que Nicolas venait de déménager. Les parents de Nicolas avaient choisi de se séparer après vingt et un ans de vie commune. C’est Chantal, la mère de Nicolas, qui avait obtenu la garde principale de son fils et elle avait choisi de quitter la ville pour bénéficier de la tranquillité de la campagne.
Puisque le père de Nicolas contribuait très peu financièrement, l’argent durement gagné par Chantal servait principalement à combler les besoins primaires de la maisonnée. Ainsi, une fois que l’hypothèque, l’électricité, le téléphone et l’épicerie étaient payés, il ne restait pas beaucoup de sous pour les extra. C’était plutôt rare que Nicolas avait droit à de nouveaux vêtements. Il comprenait que sa mère faisait son possible pour lui offrir une vie décente. Il s’estimait chanceux d’avoir un toit sur la tête et de pouvoir manger ses trois repas par jour. En fait, il acceptait sa situation, contrairement aux élèves qui posaient un regard méprisant sur lui et sa famille.
À son ancienne école, il ne pouvait pas dire qu’il était le plus populaire, mais il avait quelques bons amis sur lesquels il pouvait compter. Il n’avait pas été habitué à autant d’arrogance, si bien qu’il trouvait extrêmement difficile d’être rejeté par ses compagnons.
Dès la première journée où il avait mis les pieds à sa nouvelle école, il avait été regardé de travers par le groupe de garçons. Ils étaient plutôt costauds et avaient l’air arrogant. Ils se promenaient le dos droit en se croyant plus fins que les autres. Nicolas n’avait encore rien fait que déjà, il faisait rire de lui. Ils étaient six à s’être regroupés devant lui, les bras croisés. Ils ne lui avaient d’abord rien dit, mais la façon dont ils le regardaient l’avait laissé de glace. Leurs regards étaient si méprisants que Nicolas n’avait pas été capable de les fixer. Il avait été contraint de baisser la vue. Chacun y allait de son commentaire, c’était à savoir qui serait le plus méchant.
— Avez-vous vu le nouveau ? Je ne sais pas ce qu’il fait ici, avait crié haut et fort Raphaël, en regardant tous les autres élèves qui passaient à leurs côtés.
— J’espère que tu ne comptes pas trop te faire des amis ! On n’aime pas les petits nouveaux ! avait ajouté un second garçon, en se bombant le torse.
—Tes parents ne doivent pas avoir assez d’argent pour acheter du savon, ça pue jusqu’ici! avait renchéri un de ses acolytes en faisant une moue de dégoût.
Cette première journée, Nicolas s’en souviendrait toujours. Cet épisode avait donné naissance à un calvaire qui se poursuivait encore.
— Je gage que tu vas aller bavasser ça à ton ti-professeur… Tu fais tellement pitié! avait ajouté un autre, alors que la cloche annonçant le début des cours venait de retentir.
Les autres membres de la bande s’étaient esclaffés, tandis que des centaines d’étudiants s’empressaient d’entrer dans l’école. La plupart poursuivaient leur chemin sans se soucier de ce que pouvait vivre Nicolas. À la limite, la situation pouvait sembler normale pour certains.
—Les petits amis dehors me font mal, ils me donnent des tapes! avait ajouté un certain Carl, en imitant une voix enfantine.
C’est à ce moment que deux garçons s’étaient rués sur Nicolas en le poussant par terre. Ils l’avaient roué de coups de pieds comme s’il n’était rien de plus qu’un sac à ordures. À cet instant, il n’y avait rien d’autre qui pouvait mieux décrire comment il s’était senti. Il avait véritablement eu l’impression d’être un déchet, un bon à rien… Il aurait voulu disparaître, là, à cet instant précis.
Après tout, qui voudrait bien de lui maintenant? Personne n’osait l’approcher de peur de se faire humilier à son tour. Nicolas aurait tout donné pour rentrer chez lui. Il ressentait de la honte juste à l’idée de passer la porte et de faire face aux regards qui s’abattraient sur lui. Il ne voulait attirer ni mépris ni pitié. Il ne voulait que s’effacer, rester couché ici et qu’on l’oublie pour un bout de temps.
Souffrant, il s’était tout de même relevé péniblement pour entamer une première journée dans sa nouvelle école… Quand il était entré dans sa classe, les regards s’étaient portés sur lui. Le jeune, défait, n’osait regarder personne en face, mais il avait tout de même surpris certains sourires en coin. Il sentait son pouls résonner jusque dans ses oreilles.
Il se doutait bien que personne ne voulait qu’il prenne place à ses côtés. Il s’assit en avant, dans la première rangée. Il crut entendre un commentaire chuchoté venant de plus loin derrière, mais il ne se retourna pas. Il se demandait comment il finirait la journée.
Chapitre 4 Pensées
Les cours du matin étaient endormants. Alors que son professeur de français tentait d’expliquer les règles du participe passé employé avec les auxiliaires être et avoir, Jade continuait de penser à la lettre écrite de la main de sa grand-mère. Elle ne cessait de réfléchir à ce supposé don qu’elle devait avoir. Peu d’indices lui permettaient présentement d’y croire, hormis ce fameux rêve qui se répétait sans cesse. Comment se pouvait-il que Claire sache qu’elle allait faire un tel songe? Y avait-il un message caché dans ce cauchemar? Que devait-elle y comprendre? Qui était donc ce garçon couché par terre? Le connaissait-elle? Est-ce que quelque chose la reliait d’une manière ou d’une autre à lui?
Les expériences passées lui avaient appris à faire confiance à son intuition. Quand elle était plus petite, elle suivait un cours de ballet-jazz et un jour, elle avait dit à ses parents qu’elle ne se sentait pas bien, si bien qu’ils avaient retardé leur départ, le temps qu’elle reprenne du mieux. Finalement, en se rendant à l’école de danse, ils avaient constaté qu’un accident venait de se produire sur le chemin qu’ils empruntaient.
Les parents de Jade avaient vite réalisé qu’ils auraient pu être impliqués si leur fille n’avait pas eu ce malaise. Une autre fois, sans trop savoir pourquoi, elle avait choisi de changer de chemin pour rentrer de l’école. Elle avait alors été interceptée par une jeune femme qui avait couru vers elle, guidée par la panique.
La dame avait laissé ses clés dans le contact de la voiture alors que les portes étaient verrouillées et que ses deux enfants étaient à l’intérieur. Jade avait couru au dépanneur le plus près pour appeler un chauffeur de taxi qui était venu déverrouiller la porte.
Jade était donc convaincue qu’elle devait déchiffrer ce rêve. Un frisson parcourut son corps lorsqu’elle se remémora le cri de la femme. Pourquoi tout ça lui arrivait-il à elle ?
Pourquoi ce rêve se répétait-il inlassablement depuis une semaine ? Tant de questions qui demeuraient malheureusement sans réponse.
Voulant agir avant qu’il ne soit trop tard, elle cherchait à résoudre ce casse-tête le plus rapidement possible.
Elle était perdue dans ses pensées lorsque la cloche annonçant la fin des cours du matin retentit. Tout le monde était pressé de quitter sa salle de classe pour aller se remplir l’estomac. Ceux qui habitaient près de l’école retournaient à la maison, certains se permettaient d’engouffrer une frite et un hamburger au restaurant et les autres trouvaient refuge à la cafétéria. Les corridors débordaient d’élèves. Jade ne cessait d’observer les gens. Partout où elle se promenait, elle demeurait à l’affût d’un signe qui pourrait la mettre sur une bonne piste.
— As-tu un lunch, Jade? lui demanda Maude lorsqu’elle fut à ses côtés. Maude avait dû accélérer pour arriver à la hauteur de Jade.
Jade demeura muette, elle ne semblait même pas avoir perçu un mot de ce que lui avait dit Maude.
— Jade, est-ce que tu m’entends ? As-tu un lunch? tenta à nouveau sa meilleure amie, en agitant sa main à quelques reprises devant son visage.
—Ah ! Excuse-moi, j’étais dans la lune…Oui, j’ai apporté mon dîner. On mange ensemble?
— Je passe à mon casier, et on se rejoint à la même table que d’habitude. J’ai hâte de connaître le nom du joli garçon qui te fait perdre la tête ! fit Maude pour se moquer.
— Ha ! Ha ! Très drôle… lui répondit simplement Jade en tournant les yeux.
Maude avait toujours eu un excellent sens de l’humour. Elle ne manquait jamais une occasion de taquiner son amie. Jade aurait bien sûr préféré que ses pensées soient à ce point monopolisées en raison de l’amour. Si seulement le garçon qu’elle avait en tête était un amoureux potentiel. Malheureusement, pour l’instant, c’était complètement autre chose qui lui torturait l’esprit. Elle était bien loin des préoccupations amoureuses. Jade se demandait ce qu’elle répondrait à Maude lorsque celle-ci la questionnerait sur la raison de son égarement passager.
Elle pourrait lui parler de son rêve. Mais non, elle avait bien trop peur de ce que Maude en penserait. Par contre, son amie pourrait sans doute l’aider à y voir plus clair. Elle n’avait encore abordé le sujet avec personne.
Jade s’installa à leur table habituelle et ouvrit sa boîte à lunch. Elle avait tellement faim qu’elle ne put s’empêcher de commencer à grignoter quelques crudités en attendant son amie.
—Bon, alors, qui occupe tant tes pensées, ma belle Jade ? demanda subitement Maude en s’assoyant face à elle. Ses cheveux blonds mi-longs tombaient doucement sur ses épaules. Elle avait un air coquin.
— Personne, tu le sais bien. J’étais dans la lune, c’est tout. Ça arrive à tout le monde, dit tout bonnement Jade pour sa défense.
Les deux filles tournèrent la tête en direction d’une bande de jeunes qui s’étaient mis à rire très fort. Il semblait que quelqu’un avait fait une mauvaise blague à un ami.
Maude reprit :
— Ça peut se produire à l’occasion, effectivement. Dans ton cas, il me semble que ça fait une semaine que tu as la tête ailleurs. Je ne vois que l’amour qui puisse apporter une explication à tout ça !
— Bon, tu as raison, répondit Jade au milieu du brouhaha régnant dans la cafétéria.
—Je le savais! Qui est ce jeune homme? Maude avait haussé la voix pour se faire comprendre.
— Laisse-moi t’expliquer… Tu as raison de penser que quelque chose me tracasse depuis quelques jours, mais je te jure que je n’ai pas de nouvelle flamme. C’est… autre chose…
— Qu’est-ce que c’est alors ? Tu ne vas pas me laisser comme ça sans m’en dire plus! dit Maude, avec curiosité.
Jade baissa le ton, le temps qu’un élève passe derrière Maude avec un cabaret dans les mains.
— Je ne suis pas à l’aise d’en discuter ici. Si tu veux, ce soir, on s’appellera et je te raconterai tout. Il faut que tu me promettes de ne rien répéter, par exemple. Ça me demande déjà tout mon courage de t’en parler. Tu vas devoir garder ça pour toi.
— Ah non ! Ce soir, je ne peux pas ! J’ai promis à mon cousin d’aller le voir jouer au soccer, déclara Maude, déçue.
— Tu m’appelleras dès que tu seras de retour, proposa Maude.
— Je risque de revenir trop tard. Ma tante nous a invités à aller chez elle après.
—Appelle-moi demain, alors, je serai à la maison.
— C’est loin, tu es certaine que tu ne veux pas m’en glisser un mot tout de suite? tenta Maude.
— Non, Maude, n’insiste pas, dit Jade en hochant la tête.
— C’est compris, je vais essayer de patienter jusque-là…
Maude était intriguée. Elle avait déjà hâte au lendemain pour en apprendre davantage.
Chapitre 5 Carapace
Lorsque Nicolas était revenu de l’école, il avait tout de suite reconnu, par l’odeur, ce qui serait servi sur la table pour le souper. Les effluves d’une bonne sauce à spaghetti étaient venus lui titiller les narines.
— Allô, mon grand ! Tu as passé une belle journée ? interrogea sa mère, dès qu’elle vit son fils entrer dans la cuisine.
Pendant que la sauce continuait de mijoter à feu doux, Chantal attendit que les bouillons dans son chaudron lui indiquent que l’eau avait atteint le point d’ébullition.
— Oui, comme d’habitude. Il ne s’est pas passé grand-chose de spécial.
Nicolas ne laissait jamais rien paraître de ce qui se déroulait à l’école. Sa mère ne pouvait se douter de rien. Les fois où il lui était arrivé d’avoir des marques sur le corps, il avait esquivé la question en inventant une réponse de son cru : il avait reçu un coup de coude durant un cours d’éducation physique ou encore un ballon l’avait malencontreusement atteint au visage dans la cour de récréation.
Chaque fois, sa mère le croyait, ce qui le sauvait de longues explications. Le jeune homme ne voulait surtout pas que sa mère se plaigne à la direction de l’école. Il savait que c’est ce qu’elle aurait fait si elle avait été mise au courant. Évidemment, elle aurait agi ainsi pour son bien, mais Nicolas avait beaucoup trop peur des répercussions qu’un tel bavardage aurait pu créer chez ses assaillants. Il se souvenait de Damien, un jeune garçon, à son ancienne école, qui se faisait constamment harceler par une bande de jeunes. Quand le père de Damien avait su ce qu’il vivait à l’école, il était allé rencontrer la direction. Dans la même journée, des mesures avaient été mises en place pour punir les jeunes en question.
Pas plus tard que le soir même, Damien avait eu la peur de sa vie. Alors qu’il revenait à pied à la maison, ses assaillants avaient choisi de l’intercepter au parc. Ils l’avaient tellement malmené qu’il avait failli s’évanouir sur place. Nicolas craignait que la même chose ne lui arrive.
De toute façon, une fois qu’il arrivait à la maison, il fermait la porte sur la journée qu’il venait de passer. C’était en quelque sorte son havre de paix. Chez lui, il se savait en sécurité. En fait, c’était malheureux, mais il pouvait dire que c’était le seul endroit où il retrouvait un peu de quiétude. C’est dans ce refuge qu’il oubliait les sarcasmes, les paroles blessantes et les regards méprisants du quotidien.
Cet après-midi encore, dans son cours d’anglais, il avait choisi de travailler seul. L’enseignant avait demandé au groupe de former des équipes. Nicolas redoutait constamment ce moment. Plutôt que de se faire rejeter, il préférait se retirer et donner l’impression que ce choix avait été fait de plein gré. À l’intérieur de lui, même si c’était insensé, il espérait toujours qu’au moins un élève se retourne vers lui avec un regard entendu qui voudrait dire : « On fait équipe ensemble. » Il s’était fait à l’idée que ça n’arriverait jamais. Lorsque son professeur le questionnait, il répondait seulement qu’il préférait travailler seul.
Quand il eut terminé de déguster son repas, Nicolas monta à sa chambre pour jouer sur sa console de jeux vidéo. C’est en tuant des zombies qu’il se défoulait et qu’il évacuait la colère accumulée dans la journée. Il n’éprouvait aucune difficulté à se mettre dans la peau du personnage principal de son jeu. Il décapitait les créatures qui osaient se pointer devant lui pour lui barrer la route. Il avait parfois une pensée envers ceux qui l’intimidaient à l’école. À défaut de pouvoir se défendre face à eux, il prenait sa revanche dans ce monde virtuel où tout était permis.
Quelquefois, il se surprenait à imaginer les zombies se métamorphoser et prendre les traits de certaines personnes qu’il connaissait. Ces excès de violence, où il ne faisait de mal à personne, lui permettaient d’évacuer certaines frustrations et de se soulager.
Lorsqu’il eut terminé sa partie, l’adolescent jeta un rapide coup d’oeil à sa page Facebook. Le jeune homme aimait bien y prendre des nouvelles des amis de son ancienne école. Il n’apprit pas grand-chose, mis à part que son ami Hugo avait maintenant un nouveau chien à la maison et que Vincent n’avait pas réussi son examen de français. Il vérifia également ses courriels.
Les deux premiers étaient des publicités inutiles et le troisième provenait de Mathieu… Durocher... Nicolas reçut comme une décharge électrique dans la poitrine. S’il ne se trompait pas, c’était un gars de la bande à Raphaël. Il n’y avait pas d’objet dans le message ; il cliqua dessus et de gros caractères rouges apparurent devant lui. Nicolas ne lisait pas tout, mais des mots lui sautaient aux yeux : con, nul, bon à rien, niaiseux…
C’était rempli de propos haineux à son sujet. Nicolas cliqua sur « supprimer » et se prit la tête entre les mains. Sa mâchoire se crispa et ses poings se serrèrent. Il commençait à réaliser que, même la sécurité de son foyer n’était plus préservée…
Chapitre 6 Les confidences
Jade était assise sur son lit, les écouteurs dans les oreilles. Elle laissait aller ses pensées dans son journal intime. C’était sa façon à elle de se confier, de se libérer un peu de tout ce qui hantait son esprit et, du même coup, de s’évader, de faire le vide dans sa tête et de se retrouver avec elle-même. C’était souvent comme ça la fin de semaine. Elle aimait bien s’enfermer dans son havre de paix, le iPod sur les oreilles, avec le volume réglé au maximum.
— Jade ! Téléphone ! lança sa mère du bas des escaliers.
La porte fermée et son groupe préféré chantant à tue-tête dans ses oreilles l’empêchèrent de percevoir les cris de sa mère. Celle-ci avait beau hausser le ton, rien n’y faisait. Jade sursauta lorsque Stéphanie, sa mère, entra dans sa chambre.
— Veux-tu bien enlever ce bidule de tes oreilles ? Je hurle depuis tantôt et tu n’entends rien ! la réprimanda sa mère, exaspérée.
— Qu’est-ce qui se passe ? lui répondit Jade, en retirant ses écouteurs.
— Tu es demandée au téléphone, c’est Maude.
— Tu n’avais qu’à venir me le dire, tu le sais, que j’écoute ma musique... Je le prends dans ma chambre.
Sa mère la quitta en levant les yeux au ciel. La jeune fille laissa échapper un long soupir.
— Ça va te rendre sourde, ce truc-là ! ne put s’empêcher de ronchonner Stéphanie.
Jade savait que sa meilleure amie avait hâte de poursuivre la discussion amorcée la journée précédente. En grande curieuse qu’elle était, c’était certain qu’elle désirait en savoir plus.
— Bon, j’ai dû me retenir de ne pas t’appeler plus tôt, fit Maude pour commencer. Je m’étais juré de terminer mon devoir de maths avant de te lâcher un coup de fil. Je t’assure que ça m’a grandement motivée à faire mon algèbre. Alors, qu’est-ce qui se passe, ma belle Jade ? demanda-t-elle, curieuse.
Tout à coup, Jade n’était plus certaine qu’elle désirait parler de toute cette histoire à Maude. Une partie d’elle avait peur qu’elle la prenne pour une folle, qu’elle lui dise d’aller se faire soigner. En même temps, elle se raisonna et pensa que ce n’était pas sa meilleure amie pour rien. Si elle ne pouvait même pas jouer franc-jeu avec elle, elle ne pourrait faire confiance à personne d’autre dans son entourage. Elle décida de plonger et de tout lui raconter. Jade baissa le ton pour ne pas être entendue par sa mère.
— Tu vas sûrement trouver ça stupide, mais je fais de drôles de rêves ces temps-ci, commença Jade. En fait, je pourrais plutôt qualifier ces rêves de cauchemars.
L’adolescente laissa son journal intime sur sa table de chevet et y déposa son stylo.
—Ça peut arriver à tout le monde. Tu en fais beaucoup ? questionna Maude.
— Disons que c’est le même qui vient me hanter continuellement depuis une semaine. Ce qui est encore plus étrange, c’est que, chaque fois, je me réveille à la même heure, annonça Jade d’un ton légèrement embarrassé.
Elle rongeait nerveusement ses ongles.
— Voyons donc ! C’est effectivement bizarre.
—Je n’en ai parlé à personne. J’aimerais vraiment que tu gardes ça pour toi, Maude! s’exclama Jade d’un ton ferme.
Maude jura de ne rien dire.
— Mais là, parle-moi de ce cauchemar que tu fais constamment, insista Maude.
Jade avait si souvent écrit les mêmes mots dans son carnet de rêves qu’elle put les répéter de manière quasi textuelle à Maude. Celle-ci se surprit à avoir des frissons sur les bras. Elle comprenait que Jade se sente torturée par ce cauchemar.
— J’ai terriblement peur que ce soit un rêve prémonitoire, je me dis qu’il faut sûrement que je saisisse quelque chose qui m’échappe, poursuivit Jade.
—Est-ce que c’est la première fois que ça t’arrive ? enchaîna Maude.
Jade remonta les coussins qu’elle avait placés derrière son dos pour être bien installée dans son lit.
— C’est la première fois qu’un rêve se répète ainsi. Cependant, j’ai déjà eu un pressentiment très fort que quelque chose allait arriver et ça s’était véritablement produit.
— Tu es sérieuse? Tu es vraiment hot! s’exclama Maude. J’espère que tu vas me mettre au courant si tu as une prémonition à mon sujet, ajouta-t-elle en riant.
Jade se sentit faiblir, elle ne trouva rien à redire. Devant le mutisme de Jade, Maude fit ses propres déductions.
— Non ! Tu sais quelque chose à propos de moi… répondit-elle, paniquée.
—Non…Mais, disons que la prémonition dont je te parlais, celle que j’ai eue par le passé… Eh bien… C’était le malaise de ta mère.
Chapitre 7 La prémonition
C’était il y a un mois. Rien ne pourrait effacer de sa mémoire les émotions entourant ce matin-là d’octobre. Il faisait froid. Le vent faisait tomber les rares feuilles qui étaient encore accrochées aux arbres. Dès que Jade avait posé les pieds dans la cour d’école, elle avait aperçu sa meilleure amie en larmes.
Elle avait aussitôt été complètement atterrée. La peur retenait ses pas, l’empêchant d’avancer pour aller la rejoindre. Elle s’était sentie angoissée à l’idée de connaître la vérité, de savoir ce qui pouvait causer tant de peine à Maude. Si, par malheur, ce qu’elle avait pressenti était réellement arrivé… Aussitôt que Maude avait vu Jade, elle avait foncé droit vers elle et s’était littéralement jetée dans ses bras. Complètement ravagée, Maude avait réussi à prononcer ces quelques mots à l’oreille de son amie, d’une voix cassée :
— Jade… C’est ma mère… Elle est à l’hôpital…
C’est à ce moment que Jade avait compris que la vision qu’elle avait eue n’était pas seulement une illusion.
— Mais voyons, que lui est-il arrivé? l’avait questionnée Jade, d’un ton qui se voulait chaleureux. Elle avait de la peine à ne pas laisser paraître l’angoisse qui la rongeait. Même si elle avait déjà une réponse en tête, elle s’était demandé si Maude lui confirmerait ses pensées. Cherchant à maîtriser ses émotions, Maude avait réussi à mettre de l’ordre dans ses pensées pour expliquer :
— Elle a eu un malaise hier. Dans la journée, nous avons visité mes grandsparents. Tout allait bien. Au retour, elle a mentionné à mon père qu’elle se sentait fatiguée. Il a baissé un peu la vitre de l’auto parce qu’elle avait mal au coeur. Maman pensait qu’elle faisait une indigestion…
Maude avait repris son souffle pour continuer ses explications.

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