Le pensionnat
260 pages
Français

Le pensionnat , livre ebook

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Description

Voici une histoire tragique inscrite dans le passé de notre pays. Celle de Nipishish et de ses amis, qui sont transplantés contre leur gré dans un pensionnat indien. Pour le privilège d’apprendre à lire et à compter, les jeunes Amérindiens auront un prix horrible à payer…
Une aventure vécue, écrite dans une langue magnifique, qui restera gravée dans le cœur des lecteurs.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 septembre 2019
Nombre de lectures 6
EAN13 9782897398415
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Michel Noël
lepensionnat
Une histoire vécuepar 150 000 jeunes autochtones
Michel Noël
lepensionnat Une histoire vécue par 150 000 jeunes autochtones
J’ai écrit ce roman en hommage à tous les survivants des « pensionnats indiens » du Canada et à la mémoire de tous celles et ceux qui y ont laissé leur vie. M.N.
Illustration de couverture : R. Binette Illustrations de l'intérieur : Jacques Néwashish
ADO ET COMPAGNIE
AVANTPROPOS
e a In du XïX sîèce, e gouvernement édéra cana-Àdîen a créé de toutes pîèces des pensîonnats îndîens à travers e pays, dans e but d’assîmîer es Amérîndîens et es ïnuîts. Avec ’étroîte compîcîté des înstances reîgîeuses, tant catoîques qu’angîcanes, es représentants de ’État s’en sont prîs aux jeunes car, dîsaîent-îs, c’est auprès des enants qu’î aaît întervenîr pour opérer un cangement radîca et « extîrper ’îndîen qu’î y avaît dans ’ïndîen ». a tragîque îstoîre des pensîonnats trouve son orîgîne à e a In du XïX sîèce orsqu’est né un projet d’éducatîon en troîs voets au servîce de ’assîmîatîon : un premîer voet comportaît une justîIcatîon pour enever es enants de eurs vîages et brîser es amîes autoctones, un deu-xîème contenaît une pédagogîe précîse vîsant à resocîaîser es enants dans es écoes et un troîsîème prévoyaît des açons d’întégrer es dîpômés dans e monde non autoctone. es îdées de ’Égîse et de ’État en matîère d’éducatîon reposaîent sur e prîncîpe, courant à ’époque, qu’î aaît
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soustraîre es enants autoctones à eur « entourage u-neste », es îsoer de eurs parents, de eur amîe et de eur vîage et es garder en permanence dans e cerce de a cîvîîsatîon. Touteoîs, rîen de tout cea ne pouvaît se matérîaîser tant que es enants ne seraîent pas déîvrés des îens quî es attacaîent au mode de vîe de eurs parents, de eur vîage et de eur cuture. es agents cîvîîsateurs des Égîses et du mînîstère e savaîent pertînemment et avaîent surtout conscîence qu’î ne suisaît pas, pour atteîndre eur but, de rassember es enants dans es écoes. ï aaît putôt se î-vrer à une attaque concertée sur eur être proond, sur eur scéma cuture de base et sur eur vîsîon du monde. ï a-aît eur apprendre à voîr e monde comme un îeu euro-péen, où seues es vaeurs et es croyances européennes avaîent un sens, et à renîer es superstîtîons de eurs cutures prîmîtîves. es enants devaîent être coupés non seuement de eurs parents maîs égaement de eur cuture et de eur spîrîtuaîté. Ces enants seraîent donc séparés à jamaîs de eur vîage car, même s’îs retournaîent cez eux, îs se-raîent séparés des eurs par e ossé des génératîons […] C’est jusqu’à cette extrémîté qu’î aaît aer pour que es éèves îndîens cessent d’être des sauvages et accèdent à a cîvîîsatîon.
Extraît du Rapport de a Commîssîon royae sur es peupes autoctones, vo. ï, cap. 10 (Un passé, un avenîr), Gouvernement du Canada, 1996.
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PÉJIK/ CHAPITRE 1
PREMIÈRE PARTIE
NIPISHISH
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LE PENSIONNAT
Mon grand-père s’appelle Wawaté.
C’est ainsi que les Anishnabés nomment
les aurores boréales. Ma grand-mère
s’appelle Kokum. C’est le nom que nous
donnons à la lune lorsqu’elle est ronde.
Ma mère, que j’ai peu connue, porte un beau
nom et un beau prénom. Elle s’appelle Flore
St-Amour. Flore comme une eur sauvage
et Amour pour la plus belle création de
l’humanité. Mon père s’appelle Shipu, ce qui
signiîe Grande Rivière. Et moi, il m’a baptisé
Nipishish, Petite Rivière. Je suis le îls d’une
Grande Rivière et d’une Fleur Sauvage
et le petit-îls des aurores boréaleset de la pleine lune.
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PÉJIK/ CHAPITRE 1
Le missionnaire
’aî des doutes sur a sîncérîté de notre mîssîonnaîre, e J révérend père Beaucêne. Je n’aîme pas son odeur ; î pue a mousse umîde et es campîgnons écrasés. C’est un rusé, ça se voît dans ses petîts yeux vîtreux de beette. Mon père ne ’aîme pas non pus, maîs î n’a pas e coîx. ï uî aut e toérer sans maugréer. es ïndîens n’ont pas e droît de paroe. Comme s’îs n’exîstaîent pas.
En orêt, nous avons des matres absous et omnîprésents : a C.ï.P. (Canadîan ïnternatîona Paper, a pus grande entreprîse orestîère de a régîon), a H.B.C. (Hudson’s Bay Company, magasîn généra et commerce de ourrures), 1 a Poîcemontéeet e cergé. Ce sont eux quî contrôent tout, quî prennent toutes es décîsîons. ïs dîsent que cea vaut mîeux puîsque nous agîssons comme des enants et que, de toute açon, îs ne veuent que notre bîen.
1 Appeatîon courante, autreoîs, de a Gendarmerîe royae du Canada.
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LE PENSIONNAT
Crîtîquer e curé, a poîce montée, a C.ï.P., es bûce-rons, es casseurs, es pêceurs, tous ceux quî envaîssent nos orêts et perturbent notre vîe et nos abîtudes, c’est commettre un pécé morte, s’attîrer es oudres du cîe, s’assurer sur terre une pace de coîx en ener. Comme un ma nécessaîre, nous endurons donc es Bancs en sîence. Nous sommes patîents, c’est connu. Très patîents. Notre toérance n’a pas de îmîtes. e père Beaucêne aît sa mîssîon en orêt quatre oîs par année. Entre-temps, î vît grassement à Manîwakî, dans son presbytère avec sa bonne. e prîntemps, ’été et ’automne, î en proIte pour aîre d’une pîerre deux coups : 2 a mîssîon des ïndîens sur aréserveet, tout à côté, cee des bûcerons bancs dans e camp de a C.ï.P. ï se garde bîen de mêer es deux. e même Dîeu maîs cacun à son tour. ï se présente toujours à Noë aussî, maîs pas pour es ïndîens. a messe de mînuît est strîctement une afaîre de Bancs. Comme îs s’ennuîent à mourîr de eurs amîes et de eurs amîs, es bûcerons, prîsonnîers du boîs, sont d’une générosîté sans borne ce soîr-à, et es bîets de vîngt doars s’amonceent comme un tas de euîes mortes dans e panîer en écorce de boueau que ma mère a aît conectîonner pour e curé. Nous savons que a récote du temps des êtes va dîrectement dans a grosse poce creuse que e mîssîonnaîre dîssîmue sous sa soutane noîre.
2 Une réserve îndîenne est une parcee de terraîn mîse à a dîsposîtîon des autoctones par e gouvernement édéra, quî en garde a proprîété.
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