Les Arcanes d Hemera
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Les Arcanes d'Hemera

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Description

"Croyez-vous en une vie après la mort, mademoiselle Rivière ?"


C'est un discours pour le moins intrigant que tient le directeur adjoint de l'Organisation à Allyn, après lui avoir fortement conseillé de le suivre dans un lieu mystérieux.


D'après lui, Allyn possèderait le même don qu'Axel, son frère défunt, à savoir celui de circuler dans un monde parallèle... mais dans quel but ?


Tout cela la laisse perplexe. Même si depuis deux mois elle vit une situation pour le moins surprenante, ce n'est pas pour autant qu'elle va croire en ce genre de choses.


Et pourtant...


Entraînée par le flot de révélations et le désir d'en apprendre plus sur son frère, elle doit se rendre à l'évidence, l'Organisaion et la mission qui lui est confiée semblent bien réelles ! Et presque tous comptent sur elle pour reprendre le poste qu'Axel a laissé vacant.


Allyn va donc se retrouver confrontée à un univers dont elle ignorait l'existence, et devoir supporter un coéquipier lunatique qui refuse de travailler avec elle pour une raison encore obscure...

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 12
EAN13 9782490630011
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


D'après lui, Allyn possèderait le même don qu'Axel, son frère défunt, à savoir celui de circuler dans un monde parallèle... mais dans quel but ?


Tout cela la laisse perplexe. Même si depuis deux mois elle vit une situation pour le moins surprenante, ce n'est pas pour autant qu'elle va croire en ce genre de choses.


Et pourtant...


Entraînée par le flot de révélations et le désir d'en apprendre plus sur son frère, elle doit se rendre à l'évidence, l'Organisaion et la mission qui lui est confiée semblent bien réelles ! Et presque tous comptent sur elle pour reprendre le poste qu'Axel a laissé vacant.


Allyn va donc se retrouver confrontée à un univers dont elle ignorait l'existence, et devoir supporter un coéquipier lunatique qui refuse de travailler avec elle pour une raison encore obscure...

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Elyna E.C.
Les Arcane s d’Hemera


© Inceptio Éditions, 2018
Inceptio Éditions
13 rue de l’Espérance
La Pouëze
49370 ERDRE EN ANJOU
www.inceptioeditions.com


Prologue
— Anna !
Axel s’égosilla pour la quatrième fois, sans succès. Son sens de l’orientation lui faisait défaut et cela n’arrangeait en rien sa morosité : toutes ces allées de marbre blanc ­étincelant allaient finir par le rendre fou. Quant à ce soleil ! Jamais il n’aurait cru qu’un jour il en viendrait à regretter ses ­promenades dans les Affres.
— Anna !
Axel tourna sur lui-même, parvenu à un embranchement dépourvu d’indications. Ses doigts tirèrent sur les racines de ses cheveux blonds afin de ménager son impatience. C’est qu’il s’agissait à présent de la jouer stratégique s’il ne voulait pas perdre les dernières gouttes de sang froid qu’il conservait avec difficulté.
—  Вы что - то ищете , молодой человек !? 1
Axel n’avait rien compris à ce que cet homme vêtu d’une tunique d’un autre siècle lui avait beuglé depuis sa pelouse, et il ne chercha pas à s’étendre sur le sujet. Au loin, discernable entre deux saules pleureurs balayés par le vent, se tenait la bâtisse qu’il avait si longuement cherchée au cours de sa promenade agitée.
Avec ses tourelles taillées dans la roche saillante d’une falaise, la demeure en question était pourtant la plus originale des environs, ce qui n’était pas peu dire lorsqu’on avait l’occasion de jeter un coup d’œil au voisinage. Seulement voilà, le refuge d’Anna brillait de par son intolérable provocation, si bien qu’aucun Ange Gardien n’avait accepté d’indiquer le chemin à Axel.
— Bon sang, tu pourrais répondre quand je t’appelle ! J’ai cru que je ne te retrouverai jamais.
Axel se figea aux côtés de son amie. Immobile et le bras tendu, Anna gardait les yeux rivés sur un dolmen de pierre, où reposait sa paume de main, et ne semblait pas s’être aperçue de sa présence.
— Allô la Terre, tu es parmi nous ?
Bien qu’il sût pertinemment qu’Anna détestait qu’on la dérange dans ce genre d’occasion, Axel ne put résister à la tentation de la bousculer pour lui faire rompre le contact avec la pierre froide.
— Axel ! Espèce d’idiot ! Tu m’as fait peur.
— Et toi aussi tu fais flipper, tu décroches de là parfois ?
— Pour faire quoi ?
À cette question pleine de bon sens, Axel fut incapable d’apporter une réponse.
— Ça tombe bien que tu sois là, ajouta-t-elle en baissant les yeux vers la pelouse verdoyante, j’ai quelque chose à te montrer.
— Dois-je me méfier ?
— Ça risque de ne pas te plaire.
Axel réprima un grognement.
— Je te vois venir… Anna, si c’est encore pour plaider la cause d’Aldrik, laisse tomber, ça n’en vaut pas la peine. Tu sais très bien que je ne…
— Je ne te ferai pas cet affront, Axel, le coupa-t-elle. Et je suis très sérieuse, viens voir ça.
Le front plissé, Axel étudia l’expression figée de son amie lorsqu’elle pivota face au dolmen afin d’y reposer sa paume. Il n’était pas, pour sa part, très familier avec cet instrument. Ce dernier exigeait une sacrée maîtrise, non pas physique, mais mentale ; car il était toujours difficile de se confronter au monde des vivants tout en en étant soi-même privé pour l’éternité.
— Anna… Je sais que tu adores ce truc, mais sérieusement, ce sera sans moi.
— Reste !
Le cri qu’elle laissa échapper attisa sa curiosité. On pouvait qualifier Anna de bien des façons, mais l’hystérie n’en faisait pas partie.
— Ils cherchent à te remplacer, Axel, articula-t-elle avec difficulté. Je crois que tu devrais voir ça.
Sans comprendre un tra î tre mot de son discours, Axel céda à ses exigences et se positionna à ses côtés pour profiter de l’écran que leur offrait le dolmen sur leur ancienne dimension.
— Si tu savais comme je suis désolée pour tout…, baragouina-t-elle au bord des larmes. Si je n’avais pas… Si je n’étais pas… Je suis vraiment, vraiment désolée. Mais avec Lucas à ses côtés, tu peux être certain que…
Mais Axel ne l’écoutait plus. Perdu dans la contemplation d’un monde dont il était désormais exclu, il se liquéfia devant la terrible vérité qui s’imposait, alors qu’il observait les protagonistes se mouvoir dans une salle blanche qu’il connaissait fort bien. Il identifia le directeur adjoint et ses manières guindées. Et surtout, ces cheveux châtains. Ces merveilleux cheveux châtains qu’Allyn avait hérités de leur mère. Comment l’Organisation avait-elle réussi à lui mettre la main dessus !? Après tous les moyens qu’il avait mis en œuvre pour les en empêcher ! Cela, Axel n’avait aucun moyen de le deviner. Une chose était sûre toutefois : il ne donnait pas cher de la vie de sa sœur à présent que la machine était lancée.

1-Cherchez-vous quelque chose, jeune homme ? (traduction russe)


1
Un long soupir m’accompagne tandis que je me laisse couler sur le dossier de mon fauteuil. Récapitulons : le sol est en train de sécher, les DASRI 2 sont prêts à être embarqués et la mise à jour de l’ordi est enfin terminée. Je crois qu’on est bon.
— J’ai envie d’un sandwich, confessé-je.
Maël hausse un sourcil, car il sait que cette figure comique m’arrache toujours un sourire. Assis comme à son habitude sur la commode où je range mon matériel en rab, il me scrute avec insistance.
— Un repas de rêve pour celle qui ne mange pas de la journée, me taquine-t-il.
— Attends, je ne te parle pas de la vieille tranche de jambon entre deux mies de pain là ! Mais du bon gros sandwich avec overdose de garniture de chez Phil. Tu crois qu’il sera encore ouvert, le temps de rentrer ? ajouté-je avec une pointe d’angoisse.
— Autant partir tout de suite pour ne pas prendre de risque, approuve-t-il en haussant les épaules. Tu as terminé, non ?
Maël n’attend pas que j’éteigne les néons qui m’aveuglent à longueur de journée pour traverser la porte de mon cabinet. En parfaite reine des tocs à répétition, je vérifie trois fois d’avoir bien éteint le chauffage avant d’attraper mon manteau et de suivre ses pas. Hélas, j’ai à peine amorcé un mouvement vers la sortie que mon ami réapparaît à reculons, les pas cadencés comme ceux d’un robot.
— Maël ?
— Tu as fini ta journée, on est bien d’accord ?
— Oui, pourquoi ?
— Il y a des mecs qui poireautent dans ta salle d’attente.
— Hein ?
Honteuse à l’idée d’avoir négligé un aspect de mon planning, je consulte mon agenda sur mon smartphone avant de secouer la tête pour manifester mon incompréhension.
— C’est à n’y rien comprendre… J’espère que Magalie ne s’est pas encore une fois embrouillée avec les rendez-vous.
— Oui, il ne manquerait plus que tu rates ton sandwich à cause de ces types, raille-t-il.
Faisant fi de son sarcasme, j’ouvre enfin pour accueillir mes visiteurs. Ils sont trois, deux hommes bruns au maintien strict et parés de somptueux costumes noirs, encadrant un rouquin d’approximativement quarante ans. Un instant, je me demande si ce type n’est pas un détraqué paranoïaque venu faire une prise de sang en urgence. Ce ne serait pas la première fois que mon karma m’attirerait les pires cinglés du quartier. Toutefois, j’ai d’ordinaire l’habitude de compter sur la présence rassurante de mes deux collègues kinés et de ma consœur. Ce soir, tout le monde est rentré chez soi bien avant moi et je ne peux me vanter de n’avoir que Maël pour roue de secours ; c’est-à-dire un jeune homme aussi drôle que charmant, mais qui serait tout aussi capable de me défendre que d’ouvrir une porte.
—Vous aviez rendez-vous ? lancé-je en guise de préambule. Parce que ma collègue est partie et que je ne vous ai pas trouvés sur mon agenda.
— Mademoiselle Rivière ! s’exclame celui du milieu en se levant pour me tendre une main que je serre. Enchanté de faire votre connaissance. Vous êtes bien Allyn Rivière, n’est-ce pas ?
L’homme aux cheveux roux carotte pivote pour adresser un regard de reproche à l’un de ses compères. Sans doute espère-t-il pouvoir rejeter la faute sur lui dans le cas où ils se seraient trompés d’interlocutrice.
— C’est bien moi, confirmé-je en remontant l’anse de mon sac à main sur mon épaule. Et vous n’avez pas répondu à ma question : avons-nous rendez-vous ?
— Non ! Grand Dieu, non, pouffe-t-il en fourrant ses mains dans ses poches de pantalon. Mais permettez-moi de me présenter à mon tour et vous comprendrez : Loïc Fortin, directeur adjoint de l’Organisation. Et voici Léo et Grégory, mes hommes de main.
Des bruits de sauterelles semblent germer dans l’enceinte restreinte de la salle d’attente. À mesure que le temps passe et que je demeure silencieuse, j’admire le sourire confiant de monsieur Fortin se décomposer pour afficher une moue perplexe.
— Je vois… Ainsi Axel vous a bel et bien tenue à l’écart de nos affaires. Je pensais qu’il aurait au moins vanté ses exploits lors de réunions de famille.
Axel !?
Mes jambes m’abandonnent tandis que je me sens tanguer, mon dos attiré par la surface stable d’un mur. Je ne peux le vérifier, mais je jurerais que mon teint a blêmi en l’espace de quelques secondes.
— Allyn ! Est-ce que ça va ? s’inquiète Maël.
— Mademoiselle ?
Je les dévisage un à un, mon ami prévenant, puis les trois olibrius qui n’aspirent qu’à me gâcher ma soirée pourtant bien méritée.
— Comment connaissiez-vous mon frère ? les interrogé-je, le front plissé et le regard méfiant. Vous faites partie de la même banque ?
Ça coule de source lorsqu’on prête attention à leurs vêtements : ces types respirent le luxe. Axel n’était pas du genre à s’habiller sur son trente-et-un, un simple jean et un t-shirt troué auraient suffi à son bonheur. Mais ce n’est pas pour autant qu’il ne savait pas se vêtir avec élégance quand les circonstances l’exigeaient. Le dernier costume de sa vie – mon cœur se serre à ce souvenir – il l’a emporté avec lui dans la tombe. Je n’étais pas présente le jour de l’enterrement, mes médecins me l’avaient formellement interdit, mais ma tutrice m’a assuré qu’il n’avait jamais été aussi beau.
— Nous travaillions ensemble, effectivement. Allyn, je vous prie de m’excuser si je parais trop enthousiaste en de pareilles circonstances, mais c’est une chance infinie pour nous d’avoir pu vous mettre la main dessus.
À les entendre, on pourrait croire que je suis une espèce en voie de disparition… alors que je ne suis qu’une simple infirmière essayant de vivre au jour le jour depuis le sinistre accident qui m’a coûté le dernier membre de ma famille et ma santé mentale. Un coup d’œil à Maël, qui reste silencieux mais tendu, me ramène à ces sinistres premières heures de convalescence. Dans mon malheur, j’ai au moins ramené une chose positive de l’hôpital : un ami. Un ami quelque peu fantomatique, mais qui n’a pas son pareil pour me dégriser quand la déprime se fait trop ressentir.
Maël m’adresse une moue hésitante, de toute évidence il ne sait pas quoi penser de cette histoire. Mon regard louche alors en direction de Léo et Grégory, avant de revenir sur Loïc. C’est moi ou ce type me fixe comme s’il prévoyait de me bouffer !? Je dois blâmer ma paranoïa pour ce qui va suivre :
— Écoutez, c’était vraiment charmant de faire votre connaissance, et très bizarre aussi, seulement il est tard et j’aimerais rentrer chez moi. Alors si vous pouviez…
Le rouquin s’avance d’un pas, quand moi j’en esquisse un pour me retrouver au niveau du chambranle de ma porte. Il est tard, trop tard. Dois-je blâmer mes collègues d’avoir une vie en dehors de leur travail ou dois-je en vouloir à mon zèle exemplaire de ces derniers temps ? Prenons les choses comme elles viennent : si ces types aux airs plus qu’étranges sont des amis d’Axel, je n’ai rien à craindre.
Sauf que ce type continue de te dévisager avec un sourire flippant !
— À ton avis, quel est le plus efficace entre la lame de bistouri et l’aiguille souillée contre ce genre de mec ? s’enquiert Maël comme s’il sollicitait mon avis sur la future garniture de mon dîner.
— Nous ne vous voulons aucun mal, assure monsieur Fortin. Nous représentons les intérêts d’Axel et j’ai l’honneur de vous informer que vous allez nous être d’une grande aide.
Je retiens un gloussement nerveux.
— D’une grande aide, vraiment ? Vous comptez sur moi pour participer à une campagne de vaccination ?
Mon interlocuteur se contente de nier d’un signe de tête, l’air amusé.
— Malgré tout mon respect pour votre profession, ce n’est pas cet aspect de votre personnalité qui m’a attiré jusqu’ici.
— Et alors quoi ?
Loïc jette un coup d’œil en arrière, échange un regard avec ledit Léo, puis revient vers moi après avoir conclu leur discussion silencieuse d’un hochement du menton.
— Je vais vous demander de nous suivre sans protester, m’informe-t-il alors que les gorilles s’approchent dangereusement. Le temps presse, mademoiselle, il vous faut absolument nous faire confiance.
Leur faire confiance !? Non, mais ils sont tombés sur la tête !
— Ne m’approchez pas !
— Nous ne vous voulons aucun mal.
— Allyn, enferme-toi dans ton cabinet ! s’écrie Maël.
Ses conseils sont inutiles, j’ai déjà balancé mon sac dans la salle et essaye de faire de la porte un rempart digne de ce nom contre ces fous. Hélas, il ne me faut pas deux secondes pour être contrée dans mon effort par les deux hommes de main.
— Espèce de sales tarés ! s’époumone mon ami invisible, torturé par le fait de ne pouvoir m’être d’aucune aide. Vous allez la laisser tranquille !?
Il s’écoule une brève seconde durant laquelle mon instinct de survie s’éteint. Cet interlude, je le dois au regard couvant de Léo, le premier gorille à avoir réussi à m’atteindre. Ce dernier n’a pas décoché un mot de toute la confrontation, à l’instar de son collègue, et pourtant ses yeux paraissent vouloir me pondre un roman.
— Ayez confiance, me murmure-t-il, nous étions des amis d’Axel.
— Je ne vous crois pas, chuchoté-je, aucune personne digne d’être estimée par mon frère ne me traiterait de la sorte.
— Monsieur Fortin s’y prend mal mais je vous conjure de l’écouter, je vous promets qu’il ne vous sera fait aucun mal.
— Léo, intervient le concerné, est-ce qu’il y a un problème ?
— Aucun, monsieur Fortin, Allyn est prête à nous accompagner.
Sans relâcher son emprise sur mon bras, Léo accentue l’intensité de son regard avant de reporter son attention sur le reste de la salle. On est d’accord que tout chez ces types donne envie de s’enfuir en courant, et pourtant, je ne peux me départir de cette étrange impression ; c’est comme si, au fond de moi, quelque chose étouffait ma conscience et me criait de les suivre pour connaître le fin mot de toute cette histoire.
— Je jure que s’ils te font du mal, je les hanterai jusqu’à la fin de leur vie, s’indigne Maël en les fusillant de ses iris bleutés furieux.
— Si seulement quelqu’un d’autre que moi pouvait te voir, je me sentirais un peu plus touchée par cette promesse, soufflé-je à mi-mot, tandis que l’on me conduit hors de la salle d’attente. Vous permettez que je ferme, au moins ? m’enquiers-je auprès de mes ravisseurs.
— Mais naturellement, nous ne sommes pas des sauvages, Allyn, se défend Loïc en haussant les épaules.
Je me retiens de lever les yeux au ciel alors que je me débats contre cette fichue clé qui me donne toujours du fil à retordre. J’ai l’espoir de croiser dans la rue un passant qui aura le courage de venir à mon secours, mais ces types ont tout prévu : une longue berline noire aux vitres teintées nous attend à deux pas de l’entrée du centre médical.
Je suis fichue ! Ces types vont me tuer.
— Je veux rentrer chez moi, protesté-je une dernière fois en luttant à contresens. Laissez-moi partir !
— Montez dans cette voiture, m’ordonne-t-on.
La poigne des gorilles est ferme mais jamais douloureuse, je dois leur concéder ce point. J’ignore lequel appuie sur le sommet de mon crâne pour me faire basculer à l’intérieur, mais je me retrouve vite prisonnière de leurs filets, avec un pincement au cœur à l’instant où j’entends les fermetures automatiques des portes résonner dans l’espace clos.
— Enfin ! se réjouit Loïc qui a pris place à mes côtés. Ne vous tracassez pas, ma chère, je vous assure que d’ici quelques heures, tout vous semblera clair comme de l’eau de roche.
— Oh, mais je vous assure, tout me paraît déjà très clair : vous êtes des dingues et je vais me retrouver à la une des infos dès demain matin.
Il s’esclaffe, ce que je trouve de très mauvais goût.
— Croyez-moi, Allyn, si nous avions l’intention de nous en prendre à vous, une nuit ne suffirait pas aux autorités pour vous retrouver.
J’échange un regard paniqué avec Maël qui s’est glissé à mes pieds, à moitié avalé par le dossier du siège du mort, faute de place, et ferme les yeux afin d’adresser ma toute première prière silencieuse.
S’il vous plaît, faites que je m’en sorte. Je vous jure de ne plus jamais me plaindre de ma vie de merde, je ferai les samedis de Magalie, je serai gentille avec la folle dingue, je prendrai le temps d’appeler plus souvent Emma… Mais faites que je sorte de là en un seul morceau !
— Je te conseille de dormir un peu, lance Maël après un coup d’œil au GPS . Il y en a pour près de deux heures de route.
Sérieusement ?
Je soupire et m’abandonne contre l’appui-tête. Mes yeux défilent sur les passants naïfs qui se hâtent de rentrer chez eux après une dure semaine de labeur. Que ne donnerais-je pas pour être à leur place…
Dure semaine ? tiqué-je en me redressant. Oh non ! Nous sommes vendredi ! Magalie n’aura aucun moyen de savoir que j’ai disparu avant lundi matin ! Ces petits enfoirés ont bien préparé leur coup.
Je jette un coup d’œil rapide à mes ravisseurs qui se sont réfugiés dans le silence. Que comptent-ils faire de moi ? Je n’ai pas d’argent, du moins pas plus qu’un individu lambda, et je ne possède pas plus de qualités qu’une autre femme prise au hasard dans la rue. Non, la seule différence qui fait de moi la cruche emprisonnée d’une berline noire, c’est ma parenté avec Axel. Dans quoi cet idiot est-il donc allé se fourrer !
Je grommelle à son intention durant l’heure qui suit, ne m’interrompant que pour contempler les reliefs imposants des chaînes de montagnes que nous avons fini par atteindre. La ville est loin, tout comme l’illusion de ma liberté. Et pourtant, c’est avec une logique qui me dépasse complètement que j’en viens à pleurer pour le sandwich que je ne pourrai finalement jamais m’acheter.

2-Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectueux


2
Contrairement aux conseils de Maël, je n’ai pas fermé l’œil de tout le trajet. Pourtant il est vingt-trois heures passées lorsque nous nous garons enfin. Nous n’avons pas quitté les montagnes, ou plutôt, je nous soupçonne de nous être terrés dans une de ces cuvettes naturelles perdues au milieu de nulle part. À ce stade des événements, je ne serais pas étonnée si un géant barbu venait nous chercher avec une lampe à pétrole pour nous conduire au milieu du lac des Bouillouses.
— Pas fâché d’arriver ! se réjouit Loïc en quittant la berline. Grégory, allez prévenir Josias que nous sommes arrivés. Et vous ma chère, venez donc par ici !
Après un regard échangé avec Maël, nous rejoignons mon kidnappeur qui nous attend devant une maison. De cette dernière, je suis incapable d’en déterminer la taille, faute de lumière ; les deux colonnes de pierre qui ornent l’entrée me donnent toutefois un léger indice sur le style de bâtisse dans laquelle je m’apprête à fourrer les pieds.
S’ils tiennent leur richesse de leurs kidnappings, je suis dans la merde…
— Désirez-vous boire ou manger quelque chose ? me propose Loïc alors que l’intensité du hall d’entrée m’aveugle après plus de deux heures passées dans le noir quasi complet.
Pour qu’ils me droguent et me revendent au trafic de femmes à la première occasion ?
— Non merci.
— Vous êtes sûre ? Très bien, alors suivez-moi.
Docile, je marche dans ses pas lorsqu’une forme imposante captive mon regard à l’autre bout de la pièce et me fait piler net.
— Allyn ? s’enquiert Maël.
Dans son élan, il m’est passé au travers au lieu de ­s’arrêter derrière moi.
— N’as-tu jamais rien vu d’aussi beau ? murmuré-je, consciente que je dois donner l’impression de parler dans le vide.
Je m’approche afin d’admirer le travail d’artiste qu’il a fallu développer pour composer pareille merveille. Je dirais qu’il s’agit d’un assemblage de marbre blanc et de bronze, si finement reliés les uns aux autres qu’on les croirait indissociables, comme nés d’un seul bloc. En son centre, une plume d’un blanc éclatant, pigmentée d’ombrages noirs, et insérés tout autour d’elle, des engrenages fantaisistes de toutes formes et de toute beauté. Cette œuvre me parle bien plus que je ne pourrais l’expliquer, et pour cause, je n’ai jamais été friande d’art moderne. ­­Il se dégage néanmoins une telle prestance de cette composition que je refuse de la classer parmi tant d’autres. Ce serait difficile à expliquer sans passer pour une folle, mais je jurerais avoir vu la plume bouger, comme si elle était capable de respirer.
— La mascotte de notre organisation, plaisante monsieur Fortin que je n’ai pas senti approcher. Une vraie splendeur, n’est-ce pas ? Je constate d’ailleurs que vous n’y êtes pas insensible.
— Il serait difficile de le nier, admets-je sans parvenir à la quitter des yeux.
— Croyez-moi, vous aurez tout loisir de l’admirer de plus près plus tard. En attendant veuillez me suivre.
Je décroche de ma contemplation avec difficulté, et quand j’y parviens enfin, la candeur qui m’avait envahie se dissipe au profit de mon angoisse.
— N’oublie pas que ces types ne sont pas tes amis, souligne Maël qui a certainement perçu mon trouble. Je ne leur fais pas confiance.
— Moi non plus, crois-moi, chuchoté-je.
Nous déambulons un moment à travers de vastes couloirs et différents étages. À mesure que les minutes défilent, j’en arrive à deux conclusions. La première, c’est que le bâtiment est encore plus spacieux que je ne l’avais imaginé de prime abord, et la seconde, qu’il me serait impossible de me retrouver dans ce dédale si jamais ­l’occasion de m’enfuir en courant se présentait.
— Oh non… Attendez-moi là un instant, vous voulez bien ?
De toute évidence, Loïc est arrivé aux mêmes conclusions que moi s’il accepte de relâcher temporairement sa vigilance.
— De toute manière, je serais incapable de rentrer à pied, grommelé-je pour moi-même.
— À ton avis, qui sont ces types ?
Je consulte Maël du regard avant de porter plus attention à la scène qui se joue devant nous. Monsieur Fortin m’a abandonnée pour s’entretenir avec deux hommes qui poireautent devant une porte blanche, probablement notre destination puisque nous avons atteint la fin du couloir. Je ne perçois pas leur échange, mais devine néanmoins que quelque chose ne tourne pas rond, et pour cause : le plus jeune individu du groupe ne tarde pas à attraper Loïc par le col de sa chemise afin de le plaquer contre le mur.
Ça y est, c’est officiel : ce type est mon meilleur allié en ces lieux.
— Harper ! Calmez-vous ! s’écrie mon ravisseur, tandis que le troisième homme tente tant bien que mal d’arranger la situation. Au nom du ciel, vous avez perdu la tête !?
— C’est vous qui n’allez pas tarder à perdre la vôtre, Loïc, et plus tôt que vous ne le pensez !
J’admire l’excité se débattre avec vigueur, après que trois gorilles qui me sont inconnus m’aient bousculée sur leur passage afin de le maîtriser.
— Laissez-moi, bande de lâches !
Les paupières écarquillées, je ne bouge pas d’un pouce, tandis que le jeune homme se fait embarquer par les hommes en noir. Nous n’échangeons qu’un bref regard, au cours duquel je jurerais qu’il tente de m’assassiner par l’intermédiaire de ses iris brûlants de haine, puis il disparaît au détour d’un virage et sa voix s’évanouit à mesure que la distance se creuse entre nous.
Je tremble face à autant de démence. Dans quel délire suis-je donc tombée ? Loïc, de son côté, renoue sa cravate comme si tout cela relevait de la routine, puis m’adresse un signe de la main pour m’inviter à les rejoindre, lui et l’homme qui a essayé de lui venir en aide.
— Allyn, je vous prie de nous excuser pour ce fâcheux incident. Permettez-moi de vous présenter Josias Marvan, il me seconde avec habilité depuis de nombreuses années et sera chargé de vous faire visiter les lieux lorsque j’aurai fini de vous présenter les faits.
Ledit Josias est un peu plus âgé que monsieur Fortin. Ses cheveux sont rasés sur les côtés, comme chez tout homme qui assume sa calvitie, et ses rides d’expression sont accentuées par le sourire sincère qu’il m’adresse en me tendant la main. C’est idiot de juger sur une simple apparence, mais je le trouve tout de suite sympathique : le genre que j’accueille avec plaisir lorsqu’il s’agit de patients.
— Je suis enchanté, Allyn.
En temps normal, j’aurais dit « pareillement ». Ce soir, je me contente d’un hochement de tête.
— Entrons, vous voulez bien.
Loïc ouvre la marche et nous pénétrons dans une vaste salle à la blancheur éblouissante. Il faudrait que je pense à leur demander la marque de leurs produits d’entretien, car il y a longtemps que le lino du cabinet a rendu l’âme en comparaison. Je suis invitée à prendre place en face des deux hommes, le long d’une table ovale, et la situation n’est pas sans me rappeler mes oraux lors desquels mes pics de stress atteignaient leur apogée. Inutile de préciser que je n’en mène pas plus large actuellement.
— Tout d’abord, commence monsieur Fortin, je vous présente mes excuses pour les manières cavalières que nous avons manifestées pour vous attirer ici. Sachez que seule l’urgence de la situation nous a conduits à vous traiter de la sorte et qu’il n’était pas dans nos intentions de vous faire peur. Sachant cela, j’espère que vous parviendrez à vous détendre assez pour écouter ce que je m’apprête à vous narrer, car des vies sont en jeu à l’instant même où nous avons cette conversation.
Le stress, la fatigue, ou la faim peut-être, font que je pouffe sans retenue suite au sérieux rocambolesque de mon interlocuteur. Je tourne la tête vers Maël, qui continue de les dévisager avec méfiance, puis reporte mon attention sur les deux hommes trop solennels pour avoir l’intention de crier « caméra cachée ! »
— Vous n’êtes pas sérieux ? lancé-je quand le silence me pèse.
— Au contraire, Allyn, je suis tout ce qu’il y a de plus sérieux.
Loïc se penche en avant, de sorte à laisser ses avant-bras reposer sur la table blanche, et poursuit :
— Je suis fier d’être le directeur adjoint de l’Organisation, comme je vous l’ai précisé un peu plus tôt à votre cabinet. Ce poste s’accompagne de deux responsabilités : assurer la liaison avec mes supérieurs et permettre aux rouages de cette institution de fonctionner sans accrocs.
— Et en quoi consiste votre société ? ...

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