L enthymème dans Le Nom de la rose d Umberto Eco
226 pages
Français

L'enthymème dans Le Nom de la rose d'Umberto Eco

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Français

Description

Cet essai pose des bases en vue d'un approfondissement des phénomènes cognitifs inférentiels dans le discours de fiction. Les détectives les plus célèbres de l'histoire de la littérature ont résolu des énigmes apparemment insolubles grâce à un double processus mental : induction et déduction.
Si le polar implique la présence d'une énigme, le raisonnement doit être à la fois empirique et probable. Or l'enthymème, syllogisme de la rhétorique présente ces deux qualités. Frère Guillaume de Baskerville, le détective de Le Nom de la rose, fera usage de cette puissante opération cognitive qu'est l'enthymème pour essayer de dévoiler le mystère qui plane sur une abbaye bénédictine du nord de l'Italie au début du XIVe siècle.

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Date de parution 25 juillet 2019
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140127427
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Exrait

Si le polar implique la présence d'une énigme, le raisonnement doit être à la fois empirique et probable. Or l'enthymème, syllogisme de la rhétorique présente ces deux qualités. Frère Guillaume de Baskerville, le détective de Le Nom de la rose, fera usage de cette puissante opération cognitive qu'est l'enthymème pour essayer de dévoiler le mystère qui plane sur une abbaye bénédictine du nord de l'Italie au début du XIVe siècle.
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Cet essai pose des bases en vue d’un approfondissement des phénomènes cognitifs inférentiels dans le discours de îction. Il y est notamment question de sonder la démarche discursive naturelle permettant d’accéder à la construction du sens implicite. Les détectives des plus célèbres polars de l’histoire de la littérature ont trouvé la clé d’énigmes apparemment insolubles grâce à une opération mentale qui se fonde sur un double processus : d’une part, celui de l’induction et, de l’autre, celui de la déduction. Si le polar implique la présence d’au moins une énigme, le raisonnement censé l’analyser doit savoir expliquer cette dimension implicite. En d’autres termes, il doit être à la fois empirique et probable. Or l’enthymème, syllogisme de la rhétorique, entendu non seulement comme une structure logique, mais aussi comme un processus cognitif, présente ces deux qualités. Suivant l’exemple de Sherlock Holmes et de Hercule Poirot, Frère Guillaume de Baskerville, le détective de , fera usage de cette puissante opération cognitive qu’est l’enthymème pour essayer de dévoiler le mystère qui plane sur une abbaye bénédictine du nord de l’Italie au début du siècle.
l’Université de Las Palmas de G. C. où elle enseigne la langue et la littérature française. Elle a également enseigné à l’Université Lumière Lyon-2 et à l’Université Pablo de Olavide de Séville. Elle est l’auteure d’ouvrages et de nombreux articles concernant les études littéraires et linguistiques. Ses recherches actuelles portent sur l’analyse (sur corpus) du discours.
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Daniela Ventura
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L’ENTHYMÈME DANS LE NOM DE LA ROSE D’UMBERTO ECO
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L’enthymème dans Le Nom de la rosed’Umberto Eco
Sémantiques Collection dirigée par Thierry Ponchon Déjà parus Édouard NGAMOUNTSIKA,Analyse sémantico-discursive de la proposition incise dans la presse écrite congolaise, 2019.Yoan BOUDES, Zinaida GEYLIKMAN, Pauline LAMBERT, Adeline SANCHEZ,Rythmes d’évolution du français médiéval. Volume II. Observations d’après quelques textes de savoir, 2019. Thierry PONCHON & ELENA VLADIMIRSKA,Dire l’autre voir autrui, l’altérité dans la langue et les discours, 2016. Christiane MORINET,Ce que l’écrit fait au sujet parlant. Un cheminement intellectuel, 2016. Samuel BIDAUD,La vicariance en français et dans les langues romanes (italien, espagnol, portugais), 2016. Boris LOBATCHEV,L’Autrement-perçu des langues, 2015. Nathalie GLAUDERT,Théorie de la marque et complexité linguistique, 2014. Stéphane GIRARD,Plasticien, écrivain, suicidé. Ethos auctorial et paratopie suicidaire chez Édouard Levé, 2014. María Dolores VIVERO GARCÍA,Frontières de l’humour, 2013. Antoine GAUTIER et Thomas VERJANS (dir.),Comme, comment, combien, Concurrence et complémentarité, 2013. Aviv AMIT,Continuité et changements dans les contacts linguistiques à travers l’histoire de la langue française,2013 Christiane MORINET,Du parlé à l’écrit dans les études, 2012. Jonas Makamina BENA,Terminologie grammaticale et nomenclature des formes verbales, 2011. André ROMAN,Grammaire systématique de la langue arabe, 2011. Julien LONGHI,Visées discursives et dynamiques du sens commun, 2011.
Daniela Ventura
L’enthymème dans Le Nom de la rosed’Umberto Eco
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-15406-0 EAN : 9782343154060
AVANT-PROPOS
Cette étudepose des bases en vue d’un approfondissement desphénomènes cognitifs inférentiels dans le discours de fiction. Nous nousproposons notamment de sonder la dé-marche discursive naturellepermettant d’accéder à la construction du sens implicite. Pour ce faire, nous montre-rons le fonctionnement du raisonnement enthymématique dansLe Nom de la rosed’Umberto Eco. Nous travaillerons sur la version française (que nous citerons) tout en suivant de très près, et d’abord, la version originale en italien. Bien que difficile à ranger dans un genre concret, ce roman 1 s’inscrit manifestement (voirApostille au « Nom de la rose »,1985 a) dans la lignée du roman policier ‘classique’ e 2 ou ‘roman à énigme’ codifié auXIXetsiècle par E. A. Poe qui a connu son épanouissement entre les deux guerres. Selon M. Chastaing (1976 : 27), les histoires policières classiques correspondent auxDetective stories, elles sont nées en Grande-Bretagne et ont comme héros officiel Sherlock Holmes. Suivant T. Todorov, le ‘roman à énigme’ serait l’une des formes du roman policier. Il se caractérise par la présence de deux histoires : celle du crime et celle de
1  Chemin faisant, tout au long de cette étude, nous nous verrons obligée de nuancer cette affirmation, car,LNrest un roman qui im-plique une approche particulière (souvent ironique) au monde fictionnel et, plus concrètement, au polar qui n’est pas pris et assumé par l’auteur au ‘sens propre’ (selon la conception d’E. A. Poe ou d’A. C. Doyle), mais comme une réactualisation de ce dernier à des nouvelles fins : « La réponse post-moderne au moderne consiste à reconnaître que le passé, étant donné qu’il ne peut être détruit parce que sa destruction conduit au silence, doit être revisité : avec ironie, d’une façon non innocente » (U. Eco, 1985 a : 77). 2  J. Dupuy (1974 : 21) remarque que « Poe, en créant la nouvelle policière, invente un jeu dont il détermine les règles (elles ont cours aujourd’hui encore) ».
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l’enquête. Lors de l’enquête, le détective fait son apprentis-sage en examinant « indice après indice, piste après piste » (1978 : 11). Dans ce genre d’histoires, il est question d’une énigme à déchiffrer. Pour ce faire, le détective mène une enquête scientifique en partant d’indices matériels (quête empirique) et en émettant des hypothèses (quête logique) qui devront être confirmées et prouvées. Les références intertextuelles implicites auChien des Baskervillede Baskerville dans le roman (Guillaume d’U. Eco) et aux personnages Holmes et Watson (Adso, dansLe Nom de la roseC. Doyle (dialogisme in-) de A. 3 tertextuel) nous confirment queLNrest (aussi) un ‘roman à énigme’. Confirmation qui nous vient de l’auteur lui-même lorsqu’il avoue (ironiquement ?) : « J’avais envie d’empoisonner un moine » (U. Eco, 1985 a : 18). D’ailleurs, l’un des titres que l’auteur avait envisagé de donner dans un premier temps à son romantitre écarté par la suite (U. Eco, 1985 a:8)était bel et bienL’abbaye du crime, titre indiscutablement dans ‘l’air du temps’ du roman policier, quoique sans doute moins ‘suggestif’ que le définitif, un titre qui fourvoie (exprès) le lecteur. Mais pourquoi avoir choisi de mener cette étude surLe Nom de la rose? La raison essentielle de ce choix se trouve, en amont, dans un article de J. J. Vega y Vega (1997) qui, le premier, avait associéLe Nom de la roseà l’enthymème. Il y démontrait que la logique fictionnelle du roman (et notamment celui d’U. Eco) se trouve être un domaine d’application idéale de ce raisonnement naturel : «Le Nom de la rose, c’est l’enthymème » (J. J. Vega y Vega, 1997 : 202). Son analyse du passage initial du roman, où Guillaume de Baskerville donne une « preuve » de sa sagacité en établissant une relation entre lesigne et le signatumest concluante  aristotéliciens, : Guillaume
3 U. Eco affirme que « les livres parlent toujours d’autres livres, et chaque histoire raconte une histoire déjà racontée » (1985 a :25).
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raisonne d’une manière enthymématique. Cet article a ré-veillé en nous l’intérêt pour ce sujet. Nous avons, donc, pris le relais en analysant le roman dans sa totalité et en profondeur. La deuxième raison de notre choix se trouve chez U. Eco lui-même : en expliquant les raisons de son choix relatif à l’époque où se déroule son récit, l’auteur nous dit equ’il s’est vu obligé de le situer auXIVsiècle plutôt qu’au e e XII ouXIII siècles (qu’il connaissait mieux), pour une raison fondamentale et qui est à tout point révélatrice et per-tinente pour notre étude : […] j’avais besoin d’un investigateur, anglais si possible (cita-tion intertextuelle), qui ait un grand sens de l’observation et une particulière sensibilité àl’interprétation des indicesquali-. Ces tés, on ne les trouvait que dans le milieu franciscain, et après Roger Bacon ; en outre, on n’a une théorie développée des signes que chez les occamistes ; plus exactement, cette théorie existait avant, mais avant, soit l’interprétation des signes était de type symbolique, soit elle tendait à lire dans les signes les idées et les universaux. C’est seulement chez Bacon ou Occam qu’on utilise les signes pour aller vers la connaissance des individus. (U. Eco, 1985 a : 31-32) Ce n’est ni le premier titre du roman, ni le rappel explicite e aux grands détectives de la littérature duXIXet du siècle e début duXX, ni non plus l’enquête criminelle que Guillaume de Baskerville doit mener dans l’abbaye qui font deLe Nom de la roseun roman policier virtuellement ‘adé-quat’ à une lecture enthymématique : il l’est dans la mesure où l’auteur nous a volontairement laissé des signes (parse-mant la narration) à interpréter, afin qu’une parfaite coopération (U. Eco, 1965) entre auteur et lecteur ait lieu amenant ce dernier au plaisir de la découverte.Le Nom de la rose: il est n’est pas un ‘simple’ roman policier incontestablement une invitation à découvrir et à interpréter les signes ; signes qui se trouvent être (à côté des vraisem-blances) les principaux piliers du raisonnement enthymé-matique ; signes qui avaient été étudiés et illustrés par
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Aristote et dont l’interprétation amène (à juste titre et bien avant R. Bacon) à la connaissance, car « le signe estce qui nous fait connaître» (Aristote,Premiers Analytiques, 27, 4 70b 2 ; cnqs. ). Ceci dit, notre approche ne sera pas à pro-prement parler sémiotique. U. Eco nous lance un défi. Un défi comparable à celui que, dans la fiction de son roman, frère Guillaume s’apprête à accepter : détective amateur, il fait preuve d’une grande capacité interprétative des indices, souvent « illisibles » et « obscurs » pour le commun des mortels, qui lui sont offerts pour arriver à la découverte du mystère qui y plane. Tout au long de l’histoire, il sera appelé à faire usage de cette opération cognitive qu’est l’enthymème pour dévoiler le mystère et arriver, enfin, à la vérité. Aussi, la tâche que nous souhaitons entreprendre en établissant un pont entre le roman de cet illustre sémioticien et l’enthymème est-elle doublement motivée. 1)D’une part, elle l’est par la fiction elle-même qui met en jeu un détective qui cherche (et enseigne) à « reconnaître les traces par lesquelles le monde nous parle comme un 5 grand livre » (Le Nom de la rose, 1982 : 36) . Au début du roman, le premier jour, Guillaume de Barskerville « fournit une preuve de sa grande sagacité » (Le Nom de la rose, 1982 : 33) en déduisant la nature du cheval (Brunel), que les moines cherchent affolés. Nous avons là une déclaration d’intentions (inférentielles) que nous ne saurions délaisser.Le Nom de la roseest, en ce sens et sans doute, l’exemplification littéraire de la théorie du signe d’U. Eco.
4 C’est nous qui soulignons.utiliserons désormais cette Nous abréviation. 5  Pour les citations de la version française deLe Nom de la rose, nous ferons référence à l’édition de 1982 (Éditions Grasset & Fasquelle).
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2)Notre tâche est, d’autre part, motivée par le parcours scientifique de l’auteur lui-même. Il nous semble que ce n’est pas par hasard si un sémioticien s’est intéressé au roman policier. Nous savons que la réflexion sur la nature de la démarche interprétative du détective dans le roman policier ne lui est pas étrangère. C’est notamment dans Lesde l’interprétation Limites  (1992), qu’il apparente la démarche du détective des romans à énigme à quatre processus sémiotiques, à savoir l’abduction hypercodée, l’abduction hypocodée, l’abduction créative et laméta-abduction. Le processus abductif avait déjà été objet de réflexion dans “Horns, Hooves, Insteps : Some Hypotheses on the Three Types of Abduction” (1988 a) et dansThe Sign of Three. Dupin, Holmes, Peirce(U. Eco and T. A. Sebeok, 1988 b) où il était question du roman policier ‘classique’. Les propos de T. A. Sebeok et le rappel à Ch. S. Peirce sur le signe y avaient par ailleurs un rôle non négligeable. D’une certaine manière, on pourrait dire queLe Nom de la roseest,in fine, de la sémiotique appliquée. Ce double parcours (qui, en réalité, n’en fait qu’un) de l’auteur nous invite à aller au-delà d’une étude érudito-litté-raire de son roman : une réflexion menée en profondeur, sur son fond indiciel, nous paraît cruciale pour la compréhen-sion du message que le roman ‘cache’ savamment. Notre approche est nécessairement interdisciplinaire : l’étude s’inscrit dans le cadre de la rhétorique, de la linguis-tique et des études littéraires. Nous ferons référence aux principales œuvres d’Aristote (à laRhétoriqueet auxPre-6 miers Analytiquesmais aussi à la notamment, Poétique)
6  Comme le remarque fort bien Ph. Beck, « poétique et rhétorique ont le probable (sinon la logique entière) en commun. […] Il y a du
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