La Compagnie des glaces
109 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

La Compagnie des glaces , livre ebook

-

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
109 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Une nouvelle ère glaciaire s’est abattue sur la Terre. La planète tout entière est recouverte d’une épaisse couche de glace qui a englouti les anciennes villes et l’ancien monde.

Heureusement, la Compagnie est là. Elle a développé un immense réseau de voies ferrées, sur lequel circulent des villes mobiles recouvertes de dômes. Là, depuis des centaines d’années, se presse ce qu’il reste d’une humanité frigorifiée... et soumise.

Pour ne pas perdre son pouvoir, la Compagnie interdit tout progrès qui permettrait à l’humanité de se passer du rail. Et malheur à ceux qui, comme Lien Rag, tentent de défier son autorité.

Pourchassé par les hommes de la Compagnie, encerclé par une nature hostile, il est pourtant bien décidé à libérer l’humanité de l’existence misérable dans laquelle elle est maintenue.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 janvier 2014
Nombre de lectures 17
EAN13 9791025100851
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

G.-J. ARNAUD
LA COMPAGNIE DES GLACES
La Compagnie des glaces T.1

French Pulp Éditions

Anticipation
1
Lien Rag attendit près d’une heure d’être reçu par le lieutenant de la Sécurité. De la pièce où il se trouvait, il dominait Grand Star Station. C’était l’un des principaux points stratégiques où la vue était aussi globale que dans n’importe quel dispaching d’aiguillage. Les voies s’alignaient à perte de vue jusqu’à un faux horizon qui n’était autre que l’arrondi du dôme, à des kilomètres de distance. Il leva les yeux machinalement et pour la première fois aperçut les Hommes du Froid, les Hommes Roux à moins de cent mètres de distance. Ils habitaient en permanence sur le dôme, passaient leur vie à le nettoyer en échange de nourriture et de pacotille. Ils vivaient nus ou presque et supportaient des températures effrayantes en dessous de zéro. Lien en distinguait quatre, tous des hommes. Malgré le haillon qui ceinturait leur taille, leur sexe restait apparent, long et ballottant entre leurs jambes. Par hasard un jour la femme d’un gouverneur ou d’un directeur de la Compagnie avait levé les yeux vers la verrière et découvert la nudité de ces hommes, s’en était offusquée. Les services de la Sécurité avaient bien essayé de leur faire endosser des vêtements, mais les Roux n’avaient jamais accepté pareille contrainte.
Dans la salle d’attente, il y avait un gros homme au teint très rouge qui leva lui aussi les yeux et haussa les épaules :
— Vous parlez d’une vie, à poil par moins cinquante et nettoyant la neige. Il suffirait de chauffer le dôme pour ne pas avoir besoin d’eux.
— Cela reviendrait plus cher à la Compagnie, expliqua Lien.
— Vous venez retirer la boîte rouge ?
— Non, répondit Lien agacé.
— La mienne a sauté l’autre jour et ils m’accusent d’avoir essayé de la truquer… Je suis grossiste en viande et je suis toujours sur les rails mais ma femme habite Lake Station.
Une petite ville au nord, auprès d’un petit lac d’eau chaude, laquelle jaillissait naturellement des glaces. On disait qu’un réacteur nucléaire se trouvait à l’origine du phénomène, mais comme on ne relevait que peu de trace de radioactivité, Lien n’y croyait guère.
— C’est bien, là-bas. La vie est assez confortable… Mais je n’y passe qu’un jour ou deux par semaine. Et encore. Ma femme me rejoint parfois. Elle a un petit loco-car. On pourrait y vivre.
Il devait gagner beaucoup d’argent, pensa Lien qui n’avait jamais un sou de côté.
— Excusez-moi, dit-il.
Son nom venait d’apparaître en lettres lumineuses sur la porte noire du lieutenant de la Sécurité. Ce dernier était un Asiate de petite taille, rond et tassé sur lui-même. Il portait des lunettes à l’ancienne, mais Lien pensa que c’était par pure coquetterie. On n’aurait jamais admis un myope à la Sécurité.
— Lien Rag, glaciologue ? Vous avez déposé une demande pour un vapeur. Je voudrais d’autres précisions pour compléter votre dossier.
— Oui, bien sûr, fit Lien prudent. Voyez-vous, lieutenant Skoll…
Il venait de lire son nom sur sa vareuse noire bordée de rouge.
— … Je suis amené à emprunter pour mes travaux d’anciennes voies abandonnées qui ne sont plus sous tension électrique.
— Vous disposez de batteries.
— Oui, mais de cette façon je ne dispose que d’un rayon d’action limité, alors qu’un vapeur me permettrait de me rendre dans des régions désertiques, là où la glace conserve une certaine pureté.
Le lieutenant Skoll ôta ses lunettes et les essuya avec son mouchoir. Il avait dû voir un vieux film et prenait plaisir à répéter ce geste d’un acteur.
— De quelles voies s’agit-il ?
— Elles sont toutes répertoriées, lieutenant. Je n’utilise que des documents officiels tirés des archives de la Compagnie.
— Bien sûr, bien sûr. Vous n’avez jamais entendu parler de la Voie Oblique ? Lien Rag n’hésita pas :
— Si. Mais je ne l’ai jamais rencontrée.
— Vous travaillez dans le secteur 3 de la Province 17 ?
— Exactement.
— Vous ne trouveriez pas de combustible pour un vapeur.
— Il existe des forêts sous glacières exploitées par des bûcherons isolés. Et puis nous pourrions en emporter également.
Mais il y avait certainement une opposition occulte venue d’en haut. Un glaciologue n’avait jamais eu droit à un vapeur. Seuls les hauts personnages de la Compagnie, les services de Sécurité et d’entretien y avaient droit.
Le lieutenant Skoll prit quelques notes en marge de sa demande et hocha la tête :
— Très bien… Je vais transmettre…
— Puis-je espérer ?
— Dans huit jours vous aurez la réponse.
— Mais je dois repartir demain… Pour une campagne d’un mois.
— Je n’y peux rien.
Dans la salle d’attente, le grossiste en viande lui jeta un regard interrogateur auquel il ne répondit pas. Si l’homme avait trafiqué la boite rouge de sa loco, il risquait un an de camp de travail dans une cité ferroviaire de la zone nord, aux limites des territoires acquis par la Compagnie. Plus loin c’était le front, la guerre permanente avec la Compagnie du Grand-Nord. Lien avait servi deux ans dans un train blindé qui opérait entre les lignes. Un jour ils avaient sauté sur une mine et il avait été réformé car sa jambe droite avait été salement touchée.
Il rejoignit son adjoint Farell dans la brasserie proche de la Sécurité, secoua la tête lorsque son ami lui adressa un hochement de tête interrogateur.
— Réponse dans ‘huit jours mais je pense que c’est cuit.
— Dommage. Tu veux une bière ? Chaude ?
— Non, une vodka.
Farell lui parla avec enthousiasme d’un train-cabaret qui faisait halte dans Grand Star Station, en route pour le sud.
— Il y a de ces filles… J’ai envie d’y aller ce soir. Le truc est extra et occupe dix voies. Tu te rends compte ?
— Il parait, dit Lien, qu’ils déplacent toute une ville, F-Station. J’ai entendu ça ce matin dans les rumeurs. Cent mille habitants. Trois ou quatre cents voies sur la ligne principale du Grand-Nord.
— Une ville ? En même temps ? Mais pourquoi ? Lien avala sa vodka d’un coup et poussa un soupir d’agrément.
— Sédition. On a commencé par leur couper le courant, mais ils ont continué.
— Comment faisaient-ils, avec le froid ?
— On ne sait pas. Ils ont dû brûler tout ce qu’ils pouvaient. Pour finir la Compagnie a pris la décision de les déménager. Demain la ligne du Grand-Nord sera coupée jusqu’à la nuit. Mais ils ne passeront pas ici.
Ils sortirent et Lien leva les yeux vers le dôme, aperçut des Hommes Roux qui attaquaient la neige à coups de pelle.
— Tu t’intéresses à eux maintenant, dit Farell. Ce n’est pas la première fois que tu lèves la tête vers la verrière…
— Personne n’a jamais réellement essayé de savoir pourquoi ils supportaient le froid, eux. En près de deux cent cinquante ans de nouvelle période glaciaire, juste quelques études sans intérêt.
— Ils refusent le contact et à la moindre alerte disparaissent. Ils se réfugient là où personne ne peut aller en loco. Tiens, viens voir le train du gouverneur de la Province 17… Quinze voies d’un coup. Un palace… Et des femmes en fourrures, des serviteurs… D’ailleurs on ne peut pas tellement approcher, il y a des gardes.
Comme ils approchaient, il y eut un remous dans la foule et Lien vit une jeune femme blonde enfouie dans une fourrure blanche qui passait, l’air dédaigneux. Derrière elle suivaient deux filles vêtues plus simplement, portant des paquets.
— Ça, c’est la fille du gouverneur. Elle vient de faire des achats. Il parait qu’elle est toujours nue sous son manteau.
Lien éclata de rire :
— Si tu crois ces légendes !…
— C’est vrai… C’est le chef du convoi qui me l’a dit.
Un parfum étrange, audacieux et léger à la fois flotta un instant dans le sillage de la fille et Lien éprouva comme une mélancolie subite qui ne le quitta que difficilement.
Farell s’exclamait devant les deux énormes locos, monstres d’acier qui parfois s’environnaient de vapeur, attelées au train du gouverneur de la 17e Province. Le palace sur rails occupait effectivement quinze voies et avait l’importance d’un palais. On devait pouv

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents