La soupe aux herbes
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Français

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Description

Orphelin à 9 ans, Giovanni est élevé par son oncle et sa grand-mère. Des gens simples et illettrés qui considèrent que point n’est besoin de savoir lire et écrire pour traire les vaches. L’important est de savoir compter ses sous.


Baptisé « L’araignée » par les enfants du village en raison de sa silhouette d’enfant chétif, il n’a d’autre ami que son fidèle Patou qu’il a éduqué très jeune à rassembler le troupeau, et une passion, les plantes sauvages qui guérissent et qui n’ont aucun secret pour lui.


L’adolescent, depuis son plus jeune âge, aime en secret la jolie Anna-Maria, à laquelle il ne semble pas indifférent.



Mais un drame viendra bouleverser la vie des deux jeunes gens.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9791034809622
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La soupe aux herbes
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Soana


La soupe aux herbes


Couverture : Maïka


Publié dans la Collection Electrons-Libres





© Evidence Editions 2018


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PROLOGUE



Giovanni avait froid ! Très froid !
— Il faut que je me décide à rentrer du bois pour la cheminée, se dit-il.
La neige recouvrait le tas de bois qu’il avait patiemment monté durant tout l’été en prévision de cet hiver qui s’annonçait rude. Il venait de terminer sa soupe aux herbes. Le feu dans l’âtre commençait à s’éteindre, faisant baisser la température à l’intérieur de la cabane dans laquelle il vivait depuis déjà 3 ans. Chez lui, pas de cuisinière. Il préparait tous ses repas au chaudron, lequel était suspendu à l’intérieur de la vieille cheminée qu’il avait restaurée tant bien que mal lorsqu’il avait découvert cette cahute. À l’origine, elle appartenait à son oncle qui l’occupait lors de la transhumance, elle lui revint donc de plein droit comme la ferme et les champs. Il faut dire que lesdits repas n’étaient guère variés et ne demandaient d’autres instruments de cuisine que ce chaudron, dans lequel cuisait et recuisait la même soupe aux herbes, parfois agrémentée de quelques pommes de terre, ou de rares et maigres carottes qu’il avait pu récolter sur son lopin de terre où pas grand-chose ne poussait à cette altitude.
Trois longues années déjà qu’il avait quitté le village, ses bruits, sa vie et surtout ses habitants. Ceux-là c’est sûr, il ne les regrettait pas, que lui avaient-ils apporté depuis le jour de sa naissance ? Rien, si ce n’est que des moqueries, des quolibets voir des insultes. Certes, il n’était jamais allé à l’école, ou si peu ! Pas d’instruction, pas de véritable éducation, mais il avait une telle connaissance des plantes et des animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages, qu’il suscitait souvent des jalousies. Ne venait-on pas des quatre coins de la région pour lui demander des conseils alors qu’il n’était encore qu’un gamin à peine sorti de l’enfance ? On venait lui demander de l’aide aussi lorsqu’ une chèvre, un âne ou une vache faisait un abcès du sabot ou une crise de « gonfle ». Chez lui pas de médicaments, ni d’instruments de chirurgie, mais seulement un couteau de type couteau suisse qu’il affectionnait pour tous les petits accessoires inclus dans son manche. Des herbes sauvages séchées, bien répertoriées et rangées dans des tiroirs de bois qu’il avait lui-même confectionnés composaient sa pharmacie « du Bon Dieu ». Ce couteau, il l’avait un jour reçu en cadeau de son oncle. Il lui était d’autant plus précieux que Pino était plutôt avare de présents. Il le tenait toujours bien aiguisé. Les tiroirs étaient placés sous des étagères sur lesquelles trônaient des bocaux contenant des préparations simples ou plus ou moins mystérieuses dont il avait le secret ! Tout était étiqueté d’une écriture malhabile, celle d’un enfant du cours élémentaire, niveau qu’il avait atteint déjà avec tant de difficultés qu’il avait ensuite, au décès de ses parents, renoncé à poursuivre sa scolarité. Dans sa jeunesse, l’école n’était pas obligatoire comme elle peut l’être de nos jours. Son oncle, Pino, le frère de son père, qui l’avait « récupéré » lors de la tragédie, alors qu’il n’avait pas encore 10 ans, n’avait pas insisté. Il avait besoin de lui pour garder chèvres et vaches en journée et n’avait pas dédaigné une main-d’œuvre qui ne lui coûtait rien si ce n’est un bol de soupe le soir ou un peu de polenta arrosée d’une sauce dans laquelle flottaient de rares morceaux de viande. Il ne s’agissait en général que de bas morceaux comme de la queue de bœuf, et rarement un os à moelle qu’après l’avoir bien nettoyé, il offrait ensuite à Pataud son fidèle compagnon.
Pino, veuf depuis de longues années, et dont la mère qui vivait avec eux venait de décéder, ne savait pas cuisiner autre chose que ce genre de ragoût ou de la soupe de légumes, le plus souvent aux herbes que Giovanni avait cueillies en revenant du pâturage. Les soirs où la soupe manquait, Giovanni devait se contenter d’un bol de lait cru dans lequel il trempait du pain de la veille et d’un morceau de fromage dont Pino seul avait le secret et qu’il gardait jalousement. Il n’en était pas peu fier d’ailleurs ! Personne au pays ne faisait d’aussi bons fromages, d’aussi belles tomes et Pino le savait bien ! Il ne s’en tenait pas. Lorsque, dès 5 h du matin il avait chargé sa charrette, attelé Bourriquet, son âne, il partait au marché de Pont Canavese pour les vendre. Dès son arrivée son étalage était pris d’assaut. Ses tomes aux herbes de la montagne ses petits fromages au poivre ou aux épices, tout le monde se les arrachait. Si bien qu’à la maison, il était rare d’en voir sur la table. Non pas que Pino soit radin, mais il préférait quand même les vendre !
C’est dans cette ambiance que Giovanni grandissait tant bien que mal ! Ils habitaient un petit hameau appelé Convento (Le Couvent) en référence à un ancien couvent aujourd’hui désaffecté. L’enfant ne se plaignait jamais. Il avait peu, voire pas d’amis. Son apparence d’enfant pauvre ne séduisait pas les autres garçons ni même les fillettes dont les parents sans être riches étaient à l’aise. Et puis, quel avenir avait un enfant qui passait sa vie au cul des vaches ? Non vraiment ! Il n’était pas une fréquentation pour leur progéniture ! Le pauvre gamin en plus n’avait pas été gâté par la nature ! Il avait un visage ingrat, taillé à la hache comme disait son oncle. Il était frêle comme un roseau, ses jambes ressemblaient à des allumettes et ses bras étaient si longs et si maigres que les gosses l’avaient baptisé « L’Araignée ! » Bof ! Il n’en souffrait pas pour autant ! Certes, il aurait bien aimé faire partie de la bande à Salvatore ! Courir avec eux dans les champs à chasser les papillons, jouer près de la mare à pêcher des grenouilles. Lorsqu’il les voyait passer, traversant en courant le pré dans lequel paissaient paisiblement ses vaches, l’envie était forte de leur crier : « Hé !! Attendez-moi ! Je connais une autre mare où les grenouilles sont encore plus abondantes !! » Mais sa bouche restait muette ! À quoi bon ? Ils ne le remarquaient même pas ou faisaient-ils mine de ne pas le voir.
 
 
 
…CHAPITRE 1…
 
 
 
Les vacances approchaient à grands pas. Déjà, l’atmosphère changeait, le ciel était plus bleu, la lumière plus vive, les oiseaux chantaient plus tôt le matin et jusqu’à la tombée du jour. Assis devant son pupitre, le menton posé sur ses deux mains jointes, Giovanni n’écoutait plus ce que l’instituteur exposait d’une voix monotone. Il était déjà mentalement en vacances et tout en scrutant le ciel, pensait à sa prochaine partie de pêche avec son père. Il aimait aller au lac taquiner la carpe. Son père était réputé pour son adresse à monter carpes, brochets parfois quelques esturgeons qu’il ramenait fièrement à la maison et qui venaient améliorer l’ordinaire. Sa mère n’avait pas son pareil pour les cuisiner.
—  Demain, je vais monter les lignes pour que tout soit prêt pour samedi, papa aura sûrement envie d’aller faire un tour à Strambino , se disait le gamin.
Strambino !! Pour l’enfant cela sonnait comme la promesse d’un long voyage de deux bonnes heures ! Prendre le bus de 6h, chargés tous les deux d’une musette dans laquelle sa mère aurait mis un casse-croûte pour le midi, une bouteille d’eau pour lui et une topette de vin pour son père, ainsi que du matériel de pêche, hameçons, bas de lignes, bouchons, bref, tout ce qui était utile au remplacement au cas de casse. Il se voyait déjà monter dans ce bus, portant fièrement sa canne à pêche sur l’épaule, comme un chasseur porte son fusil. Une bonne demi-heure de marche ensuite et ils auraient rejoint le lac. Il s’agissait en fait d’un vaste étang très poissonneux, mais qui, aux yeux de l’enfant, avait valeur de lac immense. Un bon coup de règle sur la tête le ramena à la réalité.
L’instituteur avait bien vu que Giovanni ne suivait plus le cours et c’était sa manière à lui de lui faire refaire surface.
—  Ah la vache, ça fait mal  !
Mais il se garda bien de s’exprimer à haute voix ! Jusqu’à la dernière minute, l’instituteur enseignait, contrairement aux deux autres classes dans lesquelles un chahut se faisait entendre. La cloche sonna, marquant la fin de la journée et le début des vacances. Les enfants ne se firent pas prier pour déguerpir dans un brouhaha fait de rires et d’interpellations :
— Hé Marina, tu pars cette année ?
— Non, ce sont mes parents qui reçoivent mes cousins de Rome cette fois. On sera un peu plus nombreux pour jouer !
— Et toi Marcello ?
— Je reste aussi, tu sais que maintenant je dois aider mon père à la ferme, mais juste le matin, je serai libre le reste du temps.
Et ainsi chacun d’eux commençait à faire des plans en prévision de ces vacances tant attendues. Pour sûr qu’ils allaient faire de belles balades, même s’ils connaissaient tous les chemins et sentiers, c’était toujours avec le même plaisir qu’ils se retrouvaient, musettes en bandoulière, bien garnies de victuailles pour le goûter. Ainsi, ils se voyaient déjà partir en groupe pour le plan de l’Azzaria ou pour les hauts de Valprato, puis s’installer dans un pré, étaler leurs victuailles qu’ils mettraient en commun juste pour avoir l’impression de faire un vrai pique-nique entre copains. Pendant ce temps, les fillettes se retrouveraient chez l’une ou chez l’autre, pour jouer « à des jeux de filles » puis, quand l’heure du goûter arriverait, c’est à tour de rôle que les mères accueilleraient tout ce petit monde avec de belles tartines de confitures maison et un grand verre de sirop de framboises du jardin, de myrtilles des bois voisins, ou de lait bien frais selon ce que chacune pourrait proposer.
Personne n’avait demandé à l’araignée ce que seraient ses vacances, tous savaient qu’il allait certainement être employé à la ferme de son oncle, comme chaque été, puisque chez ses parents il n’y avait pas de labeur pour lui. Chaque année, donc, pour les vacances, il donnait un coup de main aux foins, ou menait les vaches au pré, ce qui ne lui déplaisait pas. Le gamin n’avait ainsi que peu de loisirs, et de toute façon, personne ne s’en souciait. Il n’avait jamais vraiment été invité à partager leurs jeux ou leurs balades. Il en était ainsi sans que personne ne puisse vraiment l’expliquer. Son aspect d’enfant chétif qui lui avait valu son surnom ne donnait pas envie aux autres enfants de l’avoir pour ami et Giovanni ne faisait rien pour arranger les choses. Lorsque l’un de ses camarades de classe l’interpellait d’un air moqueur pour lui balancer, comme souvent, une plaisanterie de mauvais goût, il ne répondait rien, mais brandissait le majeur de la main droite dans un geste éloquent qui lui valut souvent d’être puni par l’instituteur pour « geste grossier envers son camarade ».Perdu dans ses pensées, il s’approchait de la ferme de ses parents, lorsqu’il vit un rassemblement devant la maison.
— C’est quoi tout ce monde ? On ne reçoit jamais personne ! Ben tiens donc, il y a l’oncle Pino et grand-mère, qu’est-ce qu’ils font là à l’heure de traire les vaches ? C’est pas dans leurs habitudes une visite en semaine, et à cette heure en plus ? Oh et puis on dirait qu’ils me regardent arriver ? J’ai rien fait de mal pourquoi ils m’attendraient ?
Giovanni était arrivé devant la maison et tous les visages se tournèrent vers lui. Il entendait des mots, des expressions qu’il ne comprenait pas, en ignorant la raison :
— Pauvre enfant !
— Que c’est triste !
— Que va-t-il devenir à présent ?
L’oncle Pino le prit par l’épaule et le fit entrer dans la cuisine. Il s’assit sur le banc devant la table, prit les deux mains du gamin dans ses mains calleuses et lui dit :
— Petit ! Un grand malheur est arrivé et……
— Maman ? Papa ? Où êtes-vous ? D’habitude, maman m’a préparé mon goûter quand j’arrive ! Pourquoi pas aujourd’hui ? Elle est où ma mère ?
Le gosse commençait à paniquer, pressentant le pire. L’oncle Pino reprit la parole :
— Assieds-toi gamin et écoute-moi. Tes parents se sont rendus à Ivréa avec la voiture pour faire quelques achats pour la maison, mais au retour dans un virage, un camion les a percutés.
— Ils sont blessés ? Ils sont à l’hôpital ? Je veux aller les voir ! S’il te plait, emmène-moi, je veux les voir !
L’oncle sentit les larmes lui noyer les yeux, lui qui d’habitude passait pour être bourru et savait si bien masquer ses sentiments, ne put retenir un sanglot.
— Non petiot, tu ne peux pas aller les voir, ils ne sont pas à l’hôpital, malheureusement, ils sont morts tous les deux et il faut que tu sois courageux, car…
L’enfant ne lui laissa pas le temps de finir de parler, il s’enfuit en hurlant
— Ce n’est pas vrai ! Mes parents ne sont pas morts tous les deux, ils ne peuvent pas me laisser seul, ils ne peuvent pas m’abandonner !
Il se réfugia à l’écurie où il savait trouver la jument qui servait aux travaux des champs, il l’aimait beaucoup, elle était son amie, sa confidente des bons et mauvais moments et là, c’était pour lui le pire des moments.
L’oncle qui l’avait suivi le trouva sanglotant, les deux bras enserrant le cou de l’animal.
— Qu’est-ce qu’on va devenir ? Qui va s’occuper de nous à présent ? Je ne veux pas être séparé de toi…
— Ne t’inquiète pas, personne ne va vous séparer, je crois que le mieux pour vous deux, c’est que vous veniez à la maison. Coquette trouvera une place à l’écurie aux côtés de Lison et elles se partageront le labeur, et toi, tu me donneras un petit coup de main à la ferme et grand-mère s’occupera bien de toi.
La grand-mère était assise sur le devant de la maison sur le vieux banc de pierre entourée des voisines venues des fermes environnantes, dès que la triste nouvelle s’était sue. Personne n’avait le téléphone, mais tout le monde savait tout dans l’heure. La vieille femme, alors âgée de 80 ans, ne pouvait contenir ses larmes qu’elle essuyait avec son tablier qu’elle n’avait pas pris le temps de retirer lorsque les carabiniers étaient venus les avertir du drame.
— Mais pourquoi eux ? Pourquoi le Seigneur ne m’a pas prise moi, je suis si vieille, j’ai fait ma vie, eux avaient encore de longues années à vivre, et le petiot, qu’est-ce qu’il va devenir maintenant ? Bien sûr, il sera bien avec nous, mais nous ne sommes que de vieilles gens, il a besoin de jeunesse autour de lui et il n’a pas d’amis !
— Ne te fais pas tourner les sangs, lui répondit son amie Carla, je sais que le petit sera bien avec vous, et puis il aime la ferme, les vaches, il aimera aider Pino et, en cas de besoin nous sommes là, nous t’aiderons.
Les autres acquiesçaient d’un simple hochement de tête, la consternation et la tristesse étaient palpables. Il régnait une atmosphère pesante, les hommes assis plus loin sur le banc sous le vieux pin, n’en finissaient plus de maudire cette machine qui les avait tués !
— Bon sang, mais quelle idée d’avoir acheté une voiture ? Je l’ai toujours dit que ces engins étaient dangereux ! Ils ne pouvaient pas se contenter d’un attelage comme nous autres ? La jument aurait aussi bien pu les conduire !
— La jument ne les aurait jamais conduits jusqu’à Ivréa, tu ne te rends pas compte !
— Ils auraient pu demander à l’un de nous de les descendre à Pont Canavese si le bus de Valprato passait trop tard pour eux. Là, ils auraient pris le bus de 10 h et l’un de nous aurait pu aller les récupérer à celui de 18 h, comme nous le faisons tous !
— Tu sais Marco, les jeunes aiment la voiture car elle leur donne un sentiment de liberté !
— Ouais ! Dis plutôt qu’ils ont ainsi l’air d’être riches et veulent éblouir les autres qui n’ont pas les moyens de s’en acheter une !
— Je ne pense pas que ce soit le moment de critiquer, vous ne croyez pas ? intervint Renato, le plus proche voisin de Pino et aussi son plus vieil ami. Pour l’heure, il nous faut aider Pino et sa mère dans les démarches. Qui va s’occuper du gamin pendant ce temps ?
Aldo et sa femme offrirent de l’accueillir le lendemain pour la journée, libérant ainsi l’oncle et sa mère qui devaient contacter les pompes funèbres, la mairie, etc. Renato qui était allé à l’école jusqu’à la licenza elementare, offrit ses services à Pino qui savait à peine lire, pour l’aider le lendemain à remplir tous les formulaires administratifs, ce qui soulagea autant l’oncle que la grand-mère qui, elle, était totalement illettrée ! Elle soutenait à qui lui en faisait la remarque, que pour traire les vaches et tenir une maison une femme n’a pas besoin de savoir lire ! Ce à quoi Pino surenchérissait en disant que pour labourer, semer et récolter l’homme non plus n’en avait pas l’utilité, tant qu’il savait compter ses sous !! Dans ce domaine personne ne pouvait le rouler, il était méfiant et rusé comme le renard, il avait sa technique et il ne lui manquait jamais le moindre centime.
C’est ainsi que le lendemain dès 8 h, Giovanni fut conduit à Forzo chez Aldo Rossi et son épouse qui l’attendaient et le reçurent avec des sourires qui se voulaient accueillants, mais qui étaient plutôt compatissants. Une bonne odeur de pain chaud à peine sorti du four emplissait la cuisine. Monica installa l’enfant devant un bol de café au lait brûlant et lui coupa de grosses tranches de ce pain dont elle avait le secret. Tout en observant Giovanni du coin de l’œil, elle lui beurra deux belles et grandes tartines qu’elle recouvrit d’une belle couche de confiture de framboises du jardin ! L’enfant n’avait pas voulu prendre son bol de lait que sa grand-mère lui avait préparé, comme sa mère le faisait le matin avant qu’il parte pour l’école. Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit qu’il avait passée à pleurer et n’avait vraiment pas faim ! Pourtant, devant le bol de café au lait et le pain qui sentait si bon, il n’eut pas le cœur de refuser. Il faut dire aussi que du café au lait, il n’en avait encore jamais pris ! Le café était réservé aux adultes, et pour les enfants, le chocolat chaud était destiné aux grandes occasions. Ils devaient se contenter d’ordinaire, d’un bol de lait de la traite du matin. Seulement voilà, Aldo et Monica n’avaient jamais eu d’enfant, donc, pas de chocolat à la maison. C’est ainsi que Giovanni but pour la première fois du café au lait et s’en délecta tout comme il se régala des superbes tartines.
— Ah que voilà une bonne chose ! s’exclama Monica devant le bol vide et les quelques miettes sur la table ! Un enfant de ton âge ne doit jamais avoir le ventre vide, surtout au sortir de la nuit, tu as besoin de te remplir mon gars, il faut manger. À midi, je ferai une salade du jardin et une belle polenta au fromage, bien nourrissante.
Le gamin répondit par un hochement de tête, il sentait qu’il allait encore pleurer, il avait du mal à retenir les larmes qui déjà l’étouffaient. Monica le vit, et le prenant dans ses bras, le fit s’asseoir sur ses genoux.
— Tu sais mon petit, il n’y a pas de honte à pleurer. Je comprends ton chagrin. La vie est cruelle parfois, pleure mon gars, pleure tout ton soûl, ici il n’y a que nous deux.
Giovanni laissa libre cours à son chagrin l’espace d’un moment, puis s’essuyant le nez d’un revers de manche, il redressa la tête et sortit sur le devant de la maison. Il jeta un regard circulaire sur la cour pleine d’herbes folles. Là, il vit la cabane à outils de jardin, il s’y dirigea, prit une pioche et un râteau et commença à désherber le devant de la maison qui en avait bien besoin. Ce n’était pas la priorité du couple, pour eux, les vaches, les chèvres, le jardin, et les terres à ensemencer avaient plus d’importance ! Entendant le bruit des instruments sur la terre, Monica sortit de sa cuisine et le regarda avec stupeur ! Il y mettait toute sa force, piochait avec rage, ratissait, piochait de nouveau ! Un beau tas d’herbes arrachées commençait à se dresser sur un coin de la cour. Monica ne dit rien, elle comprenait que ce gamin avait besoin d’extérioriser sa douleur et sa rancœur contre la vie qui lui ravissait ceux qu’il aimait. Au bout de deux bonnes heures l’endroit était propre, le tas d’herbes avait disparu, les outils avaient regagné leur cabane. Giovanni ruisselant de sueur s’assit sur le banc devant la maison et Monica lui apporta un grand verre d’eau bien fraîche qu’elle venait de tirer du puits ! Il l’accepta avec reconnaissance, il en avait bien besoin. Il faisait chaud et il avait la gorge sèche autant par la poussière qu’il avait soulevée que par l’effort fourni.
 
 
 
 
…CHAPITRE 2…
 
 
 
L’automne commençait à parer la montagne de belles couleurs mordorées. Les châtaigniers livraient leurs fruits lisses et brillants en laissant tomber leurs bogues qui éclataient au contact du sol. Le brouillard matinal laissait de fines perles sur les ollines ( touffes d’herbes si glissantes qu’elles sont nommées ollines en référence à l’huile ) et les premiers colchiques. Tout en suivant ses vaches qui sortaient de l’étable pour gagner leur pâturage, Giovanni glanait quelques châtaignes qu’il enfouissait dans sa musette. Peut-être en ferait-il griller quelques-unes au pré, dans la braise d’un bon un feu de bois pour se réchauffer un peu les mains. Ses doigts gourds, sans gants, lui faisaient déjà mal, mais l’enfant ne renonçait pas à sa cueillette ! Et puis, s’il en restait, ce soir, grand-mère accepterait peut-être qu’il les fasse bouillir pour ensuite les mettre dans un bon bol de lait chaud. Cela améliorerait un peu l’ordinaire. Chemin faisant, il croisa la bande à Salvatore qui, tous endimanchés, descendait à la messe à Ronco Canavese ! Évidemment, comme il s’y attendait, il n’échappa pas aux lazzis et quolibets habituels.
— Alors l’araignée, encore au cul de tes vaches ?
— Tu te parfumes toujours à « bouse de chez Jean Peste » ?
Les gamins s’éloignaient en riant, fiers de leurs tirades, tandis que Giovanni, le majeur pointé vers le ciel, continuait sa route en intimant des ordres à son chien !
— Allez Patou, rassemble ! À droite ! À droite ! Bon Dieu, mais qu’est-ce que tu fabriques ? Allez ! Rassemble !
Le chien courait de droite et de gauche, tentant de faire au mieux pour tenir les vaches regroupées et les faire avancer. Lorsque l’une d’elles se montrait récalcitrante...

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