Le secret de Noëlle
127 pages
Français

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Le secret de Noëlle , livre ebook

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Description


Quand la chrysalide deviendra papillon




Rien ne va plus pour Noëlle, consultante en ressources humaines en Vendée et, à ses heures perdues, bénévole dans une association de protection de l’enfance qui vise à traquer les cyberpédophiles.



Son époux l’a quittée, sa fille unique ne veut plus la voir, sa famille lui réserve des surprises édifiantes, son patron fait tout pour la faire craquer. Elle tente malgré tout de résister avec détermination et humour...



Une rencontre amoureuse l’aide à supporter ce qui lui arrive mais un coup de théâtre vient compromettre cette lueur d’espoir dans sa traversée du tunnel.



Traquée de toutes parts, sortira-t-elle indemne de ce cauchemar ?



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Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782381539263
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le secret de Noëlle
La SAS 2C4L — NOMBRE7,ainsi que tous les prestataires de production participant à laréalisation de cet ouvrage ne sauraient être tenus pourresponsables de quelque manière que ce soit, du contenu engénéral, de la portée du contenu du texte, ni dela teneur de certains propos en particulier, contenus dans cetouvrage ni dans quelque ouvrage qu’ils produisent à lademande et pour le compte d’un auteur ou d’un éditeurtiers, qui en endosse la pleine et entière responsabilité.
MARTINE MARTIN-COSQUER
Le secret de Noëlle
« Le roman, c’est la clef des chambres interditesde notre maison. »
Louis Aragon
1 / NOËL 1978
Aujourd’hui, c’estle jour de mon huitième anniversaire. Née un vingt-cinqdécembre, mes parents m’ont prénomméeNoëlle. Je ne crois plus au père Noël, ce que jen’ai confié à personne de peur de n’avoirqu’un seul cadeau. Sous le sapin, je saisis deux paquets àmon nom, dénoue le ruban rouge du plus modeste et retire lepapier cadeau. L’écrin noir qu’il dissimulecontient une montre plaquée or au petit cadran rond. Commeelle est ravissante ! Je la mets à mon poignet gauche et,fière, lève le bras pour l’exhiber. Au tour dusecond présent, beaucoup plus volumineux, d’êtredéballé. J’ôte le papier vert recouvertd’étoiles blanches qui enveloppe un coffre en bois clairverni. Que peut-il contenir ? Son couvercle levé, unmicroscope noir, mon rêve, apparaît devant mes yeuxémerveillés. C’est inespéré. Papase tient face à moi, me regarde avec tendresse et fierté.Je me précipite dans ses bras, l’embrasse ainsi quemaman. Après avoir posé le coffret sur la table de lasalle à manger, je sors le microscope. Que vais-je pouvoirobserver ? Papa va chercher une épingle, la nettoie avecde l’alcool et se pique le doigt. Il verse une goutte de sanget l’étale entre deux lames de verre et disposel’ensemble sous l’optique du microscope. À montour de m’installer et regarder. Je règle la molette etsoudain, comme par magie, apparaît une multitude de minusculesronds mauves et luisants au cœur transparent. Je prendsconscience que nous sommes constitués de ces cellules et quechacune d’entre elles est vivante.
Mon frère Fabien, qui adix ans, se réjouit de son cadeau : une élégantemontre LIP. Ma sœur Murielle, plus jeune d’une année,a découvert, avec joie, le manteau écossais qu’elleavait admiré dans une vitrine. Il lui va à ravir. Mesparents nous ont beaucoup gâtés. Kléber, notrepère, gagne bien sa vie. Il est notaire à LaRoche-sur-Yon. Notre mère, Marie-Claire, ne travaille pas pourse consacrer uniquement à notre éducation.
Minuit sonne, c’estl’heure du coucher dans la vaste chambre de l’appartement,située au-dessus de l’étude de Papa. Nous lapartageons à trois. Maman, qui doit nous aimer, mais ne nousle montre pas, nous embrasse hâtivement sans réelletendresse et nous souhaite une excellente nuit. Elle regagne sachambre. Quelques minutes après, comme chaque soir, papa,complètement nu, vient nous souhaiter bonne nuit. Il embrassevivement Fabien qui recule. Il ne semble pas trop aimer ces effusionsnocturnes. Murielle semble aussi fuir ses bisous. Il se dirige versmoi, s’assoit sur le bord de mon lit, me regarde tendrement :
—  Bonne nuit machérie, huit ans, tu es grande maintenant. Papa t’aimefort, tu sais.
Il retire le drap et lacouverture qui me recouvrent, me prend dans ses bras, puis caressedoucement ma poitrine et mon ventre. C’est agréable. Sima maman pouvait aussi me caresser ainsi, je ne douterais plus de sonamour. Soudain, en m’embrassant sur la bouche, il me serrecontre lui violemment. C’est désagréable, et j’aimal. Je me débats pour qu’il arrête. Je me retiensd’éclater en sanglots, de crier de peur que maman viennevoir ce qui se passe et me gronde.
Il relâche son étreinte,rabat le drap et la couverture sur mon corps, dépose un baisersur ma bouche, se lève et évacue la chambre rapidementsans prononcer un mot. Je croise les yeux écarquilléset moqueurs de Fabien et j’ai honte sans savoir vraimentpourquoi. Murielle me jette un regard peiné. Les larmescontinuent à couler sur mon visage. Il me faut beaucoup detemps pour m’endormir. Le lendemain, je me lève groggyen pensant que j’ai dû rêver trop fort. Mon papaqui m’aime ne peut pas m’avoir fait aussi mal. Je melève, mon frère est déjà debout :
—  Bonjour, Fabien.
—  J’aitout vu hier soir, sœurette !
—  Tu as vu quoi ?
—  Comme Murielle, tuas embrassé papa sur la bouche et cela ne se fait pas !
—  Tu dis n’importequoi !
Je nie, mais je sais que Fabiena raison, ce que j’ai fait avec papa n’est pas bien. Jeme sens coupable d’avoir trouvé cela agréable audébut et de ne pas m’être assez défendue.
Rejoindre la salle àmanger pour le petit-déjeuner est impensable, mon pèredoit s’y trouver. Je n’oserai plus jamais le regarder enface.
2 /QUARANTE-ANS APRÈS
Mardi 25 décembre 2018
Il est neuf heures du matin,j’émerge avec peine des brumes ouatées de mesrêves dont aucun souvenir ne subsiste. C’est Noël etj’ai 48 ans. Il y a quarante ans aujourd’hui, lejour de mon huitième anniversaire. Insouciante et heureused’être encore une petite fille, je venais d’ouvrirmes cadeaux devant le sapin. Ce jour-là, mon père, sousles yeux de mon frère et de ma sœur, m’a volémon enfance en me violant. Il a tenté de nouveau, je me suisdéfendue. Au bout de plusieurs tentatives, voyant mon refus detout attouchement et craignant mes menaces de révélerses agissements à maman, il a abandonné. Je ne l’auraisjamais dénoncé de crainte de peiner ma mère quiaurait pu me reprocher, par ailleurs, d’attirer autant papa.
Mes parents sont décédés,il y a onze ans, dans un accident de voiture sur l’autoroute.En revenant de leur résidence secondaire périgourdine,un camion, dont le chauffeur s’était endormi, les apercutés. Paix à leur âme !
J’ai rencontré Mikeen 1988. J’avais dix-huit ans, lui 29 ans. Je l’airencontré sur la C.B. (Citizen Band), l’ancêtredes réseaux sociaux. Mon père avait acheté untalkie-walkie (Tokai 500) d’une portée suffisantepour émettre et recevoir hors des limites de notreappartement. S’étant vite lassé de son jouet, jel’ai récupéré. Mes débuts decibiste ont été discrets. Le soir après lecollège et le week-end, je tournais le gros bouton etj’écoutais les échanges entre ces habitués.La plupart étaient des hommes d’un certain âge quitenaient des discours très techniques auxquels je necomprenais rien. Chacun possédait un pseudonyme. Dans mapleine période Prévert : «  Souviens-toiBarbara, il pleuvait sur Brest ce jour-là  »,j’avais choisi comme pseudonyme ce joli prénom du poème.C’était absurde, on m’imaginait séductricealors que ma timidité était maladive !
Un jour, enfin, j’ai osésortir de l’ombre confortable, presser le bouton et ânonnerquelques mots de ma voix d’adolescente craintive et gauche« Appel général de Barbara ». Àl’époque, il y avait peu de femmes cibistes. Le résultatm’a stupéfaite et effrayée. Un nombreconsidérable de ces hommes voulait parler avec cette Barbaraqu’ils avaient idéalisée, et que pouvais-jedignement leur dire ?
De surcroît, je necomprenais pas la moitié des propos baragouinés enlangage cibiste. Ils me répétaient « Quelest ton QRA ? » ? Certains de ces messieurs,plus astucieux que les autres, ont compris qu’ils devaientabandonner ce vocabulaire qui m’était abscons ou letraduire, afin d’avoir une chance d’échanger avecmoi. J’appris ainsi que QRA signifiait domicile. Mais pourquoivoulaient-ils tous savoir où j’habitais ? Sans meméfier, je leur ai confié mon lieu de résidence :La Roche-sur-Yon qui, heureusement pour ma tranquillité, estune ville ce qui préserva mon anonymat.
Devant leur empressement etl’afflux de questions, j’ai cessé d’émettre.Par la suite, j’ai repris, et noué des contactsprivilégiés avec des cibistes qui habitaient dans larégion. Beaucoup avaient fréquenté mon pèrelors de son passage éclair sur la fréquence. Mêmes’ils étaient aussi âgés que lui, je venaisfréquemment échanger avec eux pour lutter contrel’ennui et la solitude qui me rongeaient.
Un jeune s’exprimait àmaintes reprises, un radioamateur qui prenait un malin plaisir àmontrer à tous qu’il communiquait avec le monde entier.Sa puissance était telle qu’il nous couvrait, brouillantainsi nos échanges. Son attitude m’énervaitprodigieusement, mais m’intriguait aussi. Quelle joie del’écouter ! Sa voix était plaisante. Le faitqu’il me snobait réellement ne me déplaisait pas,bien au contraire. Loin de me décourager, le séduiredevint mon objectif.
Son pseudonyme de radioamateurétait « Juliet Mike » et celui decibiste « Titus ». J’appréciais cenom d’empereur romain, qui disait tout et son contraire :titan (géant) ou titi (petit). Néanmoins, « JulietMike » avait ma préférence pour son côté« made in USA » et l’aspect fémininet romantique de Juliet. Et s’il devenait mon Roméo ?
Mon pseudonyme « Barbara »,qui ne convenait plus au contexte, m’exaspérait. UnJacques en débusqua un autre. Prévert, dans mon cœur,fut remplacé par Dutronc : «  Le mondeentier est un cactus  ». Subitement, Barbara semétamorphosa en cactus. Cela rimait parfaitement avec Titus etc’était comme un avertissement : « N’approchepas, qui s’y frotte s’y pique ».
Savais-je, à cetteépoque-là, que le danger tente les jeunes audacieux ?Cela produisit son effet. Sa Majesté Titus voulut connaîtrecette ingénue Barbara qui, d’adolescente extravertie etséductrice comme le laissait imaginer son prénom,sortait soudain tous ses piquants en se transformant en cactus. Il yavait, dans cette métamorphose, matière à enémoustiller plus d’un.
La rencontre eut lieu sur laterrasse d’une brasserie près de la gare de LaRoche-sur-Yon par une journée exquise de printemps. J’arboraisune robe short vaporeuse et fleurie choisie pour l’occasion.Lorsque Titus apparut, je fus séduite immédiatement parces cheveux longs auburn, son regard pénétrant et doux.Loin de le décevoir, la jeune fille mal à l’aise,rousse aux cheveux longs, le subjugua. Mon côté militantpour défendre les plus faibles prit le dessus sur ma timidité.Je lui fis le reproche d’émettre quand les autresparlaient ce qui les couvrait, les empêchant ainsi des’exprimer. Il s’excusa en souriant et me proposa devenir émettre depuis son domicile en utilisant son équipementce qui me permettrait d’échanger avec des radioamateursde tous pays.
Je revis Jean-Michel (sonvéritable prénom), mais pour moi, il resterait toujoursMike sans Juliet trop féminin. Le matériel dans sa caveet l’antenne géante motorisée qui tournait surson toit m’impressionnaient. Nous parvenions à êtreentendus dans de nombreux pays et appréciions particulièrementnos échanges avec les Québécois. J’étaisravie ensuite de recevoir des cartes postales qui témoignaientde ces échanges internationaux sur les ondes.
Il venait parfois chez mesparents. Je me souviens de son vif éclat de rire quand, aulieu d’y apercevoir des cactus, il découvrit dans unejardinière de mon balcon des brins de muguet soutenus par destuteurs confectionnés avec des allumettes !
Deux ans passèrent,j’épousais Mike. Un an après, notre petiteClémence vint au monde. Même si j’étaisheureuse d’avoir un enfant, mes premiers mois de maman furentdifficiles, j’étais fatiguée, déprimée.La petite devait ressentir ma grande détresse et pleurait sansarrêt, ce qui me faisait culpabiliser ; j’étaisune mauvaise maman comme me l’avait dit la sage-femme àsa naissance, mécontente d’avoir étéobligée de sortir ma fille aux forceps.
La reprise de mon activitéprofessionnelle m’a permis de guérir cette dépression.J’étais heureuse et fière de ma fille quej’aimais même si je n’arrivais pas àexprimer cette tendresse. Avec Mike, nous étions un coupleuni, j’étais heureuse avec lui et je pensais que c’étaitla même chose pour lui. Hélas, en 2016, il m’aquittée brutalement pour aller vivre avec sa très jeunesecrétaire de 23 ans qui aurait pu être sa fille.Sa liaison durait depuis deux ans quand elle me fut brutalementrévélée. Lui faisant tellement confiance, aucunsoupçon ne m’avait effleuré. Même si ce futun tsunami dans ma vie, je ne lui en veux pas et nous sommes toujoursen contact. Trop absorbée par mon activitéprofessionnelle, il s’est senti délaissé. Notresexualité n’était pas épanouie par mafaute, puisqu’à chaque rapport, j’avaisl’impression d’être violée. Clémence,qui vient de fêter ses vingt-sept ans, a décidé,il y a trois ans, à la suite d’une violente dispute avecson père, de couper tout contact avec nous et toute safamille. J’étais dans la cuisine quand j’aientendu ma fille et son père se disputer violemment.Extrêmement perturbée, sans avoir assisté àla dispute, j’ai eu tort d’intervenir et de demander àClémence de se calmer. Jean-Michel, malgré mesquestionnements fréquents, ne m’a jamais avouéquel différend était à l’origine de ceconflit. Il prétend ne pas le savoir. J’ai du mal àcroire, même si Clémence est très impulsive,qu’un léger désaccord soit à l’originede ce conflit qui a entraîné la rupture avec notrefille. Mon ex-mari intériorise tous ses sentiments. Il estpossible aussi que notre gendre, qui a toujours rejeté notrefamille, sans qu’on n’en comprenne les raisons, l’aitaussi influencée ? Nous sommes privés de nos deuxpetites-filles : Jeanne, cinq ans, et Chloé, quatre ans.Cela a été très douloureux pour moi de vivre undivorce et le rejet de ma fille adorée. Aujourd’hui, jevais mieux, mais des difficultés professionnelles s’ajoutentà mes malheurs.
Après avoir étéresponsable des ressources humaines d’une PME, je suisconsultante en mobilité au sein d’un grand cabinet. Monmétier consiste à conseiller les entreprises pourl’élaboration de plans sociaux et les salariéslicenciés pour qu’ils puissent rapidement retrouver untravail en adéquation avec leurs compétences,motivations et personnalité. C’est très actif,passionnant et j’ai beaucoup appris en matière derelations humaines, de négociation avec les clients etpartenaires sociaux, de gestion de crises et conflits. Étanten fin de carrière, je fais l’objet, comme tous lesseniors de mon entreprise, de pressions croissantes et agressives dema hiérarchie afin de me pousser à accepter un départnégocié.
Il est temps de me préparerpour me rendre chez ma sœur Murielle fêter Noël etmon anniversaire. Mon frère Fabien sera là sans sonépouse, infirmière dans une clinique, qui estd’astreinte aujourd’hui. Ils n’ont pas eud’enfants. J’aime beaucoup mon frangin. Malgrétout, j’ai l’impression qu’il me dévisageavec les mêmes yeux malsains que cette nuit de Noël oùmon père a abusé de moi en sa présence. J’essayed’esquiver son regard qui me perturbe toujours. C’estinsensé, mais ce blocage, tellement ancré au plusprofond de mon être, ne peut pas disparaître. Fabien,instituteur, a pris sa retraite anticipée il y a un an. Jen’ai pas pu échapper à cette corvéefestive, de crainte de peiner Murielle et son époux enrefusant leur invitation. Cette fête familiale a toujours étédouloureuse pour moi, elle me rappelle trop ce tragique Noël 1978où mon innocence et ma confiance dans les autres se sontévanouies. De surcroît, Clémence et mespetites-filles me manquent encore plus en ce jour.
Auparavant, ma famille seréduisait à Mike et à Clémence qui m’onttous les deux chassée de leur vie. Il ne me reste plus que monfrère et ma sœur. Je crois que j’ai inconsciemmenttransmis à Clémence mon rejet familial. J’ensubis aujourd’hui les conséquences directement. J’aiencore ma grand-mère paternelle à laquelle je suis trèsattachée. Pendant mon enfance, elle m’a procurétendresse et amour, communiqué sa passion de la lecture et étéma seule confidente. Inconcevable, pour autant, de lui dévoilermon sinistre secret qui la meurtrirait. Est-ce un besoin envieillissant, tout en essayant de me libérer du passé,de rester fidèle à mes racines ?
Ma sœur, son épouxCharles-Victor et Bruno, leur fils adopté, habitent unecoquette maison ancienne installée sur un vaste terrain avecpiscine à Beaulieu sous la Roche, charmant village vendéen.Je reste attachée à ma sœur, même si je lasens un peu gênée en ma présence. Étantl’aînée, peut-être se reproche-t-elle den’avoir pas dénoncé les attouchements de mon pèrece qui m’aurait épargné d’en êtreaussi la victime. Nous n’avons jamais abordé cela entrenous. J’ai envie d’en parler, mais sans y parvenir. Cesnon-dits sont les briques et le ciment du mur qui nous sépareet qui ne tombera pas.
Avant de me rendre à lafête familiale, je dois faire un détour par Vairépour aller chercher ma grand-mère paternelle Madeleine qui, à93 ans, ne conduit plus. Elle est ravie de me revoir etm’étreint longuement en m’embrassant.
Pendant le trajet, mesruminations me rendent rêveuse. Que va me réserver cettejournée ? Ces fêtes familiales font parfoisresurgir brutalement certaines rancœurs tues.
Mes pensées sontinterrompues par mamie qui me demande des nouvelles de Clémence.Grand-mère aimante, elle souffre également de sonsilence. Je lui réponds que je n’en ai hélas pas.Les larmes me montent aux yeux malgré mes efforts pour lesretenir. La journée s’annonce mal.
Nous arrivons enfin. Je n’aipas revu Fabien et Murielle depuis Noël dernier. Nos relationssont essentiellement téléphoniques et via les réseauxsociaux. Comme ils ont vieilli ! Murielle, excellentecuisinière, gourmande et allergique au sport, s’est unpeu empâtée. Ils doivent me trouver égalementplus ridée. Depuis un an, un régime m’a faitperdre quinze kilos ce qui n’a pas dû leur échapper.Je ne recevrai pas de félicitations, même si pendant lapériode où je grossissais à vue d’œil,les reproches pleuvaient.
Fabien, après m’avoirembrassée, me lance soudain avec un air d’enterrementinquisiteur :
—  Comment vaClémence ?
—  Je n’en saisrien, toujours aucune nouvelle.
Murielle insiste :
—  Mais as-tu au moinsdes nouvelles de Jeanne et Chloé ?
Ma sœur doit se douter queClémence ne s’est pas manifestée et qu’ellene le fera pas. Son « au moins » terrible etquelque peu pervers m’énerve :
—  Non, Mike et moin’en n’avons pas. S’il te plaît, ne m’enparle plus.
En effet, notre fille nerépondant jamais à nos appels et messages, nous avonscessé, avec mon ex, de téléphoner et d’écrire.Terminés aussi les envois des cadeaux aux petites sans savoirsi elles les ont reçus et si on leur a révéléque c’était Mamie et Papi qui leur offraient. Certainsgrands-parents, dans la même situation, se battent pour voirleurs petits-enfants et obtiennent un droit de visite. Voir Jeanne etChloé, contre la volonté de Clémence etl’attaquer en justice est exclu.
J’essaye de contenir meslarmes et mon envie de fuir. Nous nous asseyons dansles fauteuils du salon. Ma sœur se lève et, avant lechampagne, nous annonce qu’elle va nous lire un texte écriten l’hommage de son époux Charles-Victor qui vientd’être nommé chevalier des palmes académiques.Cette distinction récompense son travail de professeur àla faculté de Médecine de Nantes. N’éprouvantaucune sympathie pour mon beau-frère, homme autoritaire etrigide, j’évite d’échanger avec lui. Il atoujours raison et ses interlocuteurs forcément tort. Filsunique d’un haut fonctionnaire de la République, il avécu toute son enfance dans les palais dorés de laFrance d’outre-mer. Elle indique qu’on fêteaujourd’hui aussi cette nomination honorifique et leursvingt-cinq ans de mariage. Chacun applaudit, même moi, prisedans l’enthousiasme collectif. L’idée me vientqu’au lieu d’offrir à mon beau-frère unlivre sur Napoléon, lui acheter un masque et un tuba pouraccompagner ses palmes aurait été plus approprié.Cette pensée soudaine et farfelue me fait passer des larmes aufou rire avec une envie folle d’entonner la chanson « Lesbourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devientvieux plus ça devient bête… ».J’arrive néanmoins à me contenir pendantl’hommage que ma sœur fait à son époux pourleur anniversaire de mariage, une sorte d’inventaire àla Prévert sous forme d’alphabet :
C comme Charles.
H comme hardi. Tu es téméraireà l’instar de ton illustre prédécesseurdit le hardi.
A comme autoritaire.
R comme rayonnant.
L comme laconique.
E comme énergique.
S comme scorpion, ton signe duzodiaque qui te va à merveille, mon chéri.
V comme ta voix qui porte.
I comme intelligent.
C comme charismatique.
T comme têtu.
O comme organisé, un peutrop pour moi qui aime l’imprévu
R comme rebelle

Cette déclamation pluscritique qu’élogieuse n’était pasréellement un hommage. On sent dans cette touchante etinterminable litanie une femme écrasée par son épouxdominateur qu’elle aime néanmoins. Une penséefurtive surgit, nous allions fêter nos vingt-cinq ans demariage quand Clémence nous a quittés. Elle est évacuéeaussitôt, ne voulant pas être un oiseau de sinistreaugure pour ma sœur et mon beau-frère à qui jesouhaite de vivre encore ensemble de longues et heureuses années.
Murielle n’aura pas eu unmot pour leur fils adoptif Bruno, 21 ans, absent aujourd’hui.Connaissant ma frangine qui justifie tout, le fait qu’elletaise la raison est étrange. Je ne la lui demanderai pas.Adorant son Bruno, elle éprouve des difficultés àaccepter qu’il recherche sa mère biologique. Nésous X, la retrouver est complexe et douloureux, ce qui le perturbeet provoque par moments un rejet de ses parents adoptifs. Comme moi,Murielle a des difficultés à exprimer son amour àceux qu’elle aime. J’en paye à présent lesconséquences. Néanmoins, en pareille circonstance,Clémence aurait été au cœur de mondiscours. En pensant à ma fille, les larmes reviennent.L’excellent champagne et les verrines succulentes préparéespar Murielle me consolent. Au diable le régime en ce jour deNoël.
Après cette envoléelyrique, nous nous échangeons nos cadeaux. Murielle m’offreun joli sweat-shirt noir à capuche avec, sur le devant, unchat blanc angora ressemblant à Perle. Je la remerciechaleureusement en l’embrassant et lui offre le dernier album«  Désobéissance  » deMylène Farmer. Venant de sortir, elle ne l’avait pas etest ravie. Je donne à ma grand-mère le roman «  Aupetit bonheur la chance  » d’AurélieValognes. Je suis sûre qu’il lui plaira. J’ouvreminutieusement le présent de mamie et découvre unsuperbe portefeuille en cuir bleu. Elle a dû se rendre compteque le mien était usé. Ma grand-mère, siattentionnée, voit tout.
Mon cadeau pour Fabien, le parkamatelassé rouge du Vendée Globe, lui va àmerveille et le ravit. Il m’offre un bijou comme chaque année,un collier pendentif rond en opale bleue qui me plaît beaucoup.
Nous passons à table. Jefélicite Murielle pour sa décoration chic etharmonieuse. Elle m’assène, sur un ton inquisiteur :
—  Et tes amours,Noëlle ?
—  Mes uniques amourssont Clémence, Jeanne et Chloé !
—  Je me suis malexprimée. As-tu rencontré quelqu’un d’autre ?
—  Oui peut-être,mais c’est prématuré pour en parler !
Effectivement, j’ai faitune curieuse et agréable rencontre l’autre jour auxSables-d’Olonne. Assise sur le banc, face au vieux manègeen bord de mer, fascinée par les chevaux de bois quitournaient, je venais d’écrire le poème qu’ilsm’avaient inspiré. C’est alors qu’un hommeélégant, la soixantaine, coiffé d’unchapeau noir à large bord m’adresse un signe de la main.Le manège s’arrête. Il descend prestement, faitdébarquer une petite-fille du carrosse de Cendrillon oùelle était montée, la prend par la main et se dirigevers moi en souriant :
—  Je me prénommePascal et vous ?
—  Noëlle.
—  Qu’écrivez-vous ?
—  Un poème surce manège.
—  J’aime lapoésie, pouvez-vous me lire quelques vers ?
—  Pourquoi pas !
Et je me lance :
Tournezsans vous arrêter, Courageux chevaux de bois. Tournezsans vous détourner. Toujours et encore tout droit.
Nousattrapons le tournis. Pourquoi donc encore tourner ? Est-cedonc cela la vie ? Quelle est notre destinée ?
Tournezet obéissez, Courageux chevaux de bois Tournez sans vousquestionner Dans la musique et la joie
Tournonssans nous arrêter. Tournons sans nous retourner. Pour nosenfants un autre tour. Nous avançons par amour.
Ma lecture terminée, jeme tourne vers lui. Le regard charmé, il me confie son plaisirde monter sur un canasson du manège coiffé de sonchapeau et tourner en s’imaginant chevaucher un superbe et fierétalon blanc dans les steppes mongoles. Il me tend sa carte devisite avec ses coordonnées pour lui adresser par mail monpoème.
Murielle se tait, mais c’étaitsans compter sur mamie qui, à mes côtés, meconfie d’un air attristé :
—  Je suis âgéeNoëlle, j’aimerais tant que tu te remaries pour que jepuisse connaître ton futur compagnon avant de mourir.
—  Promis mamie, dèsque j’aurai un projet de vie commune avec un homme, je t’enparlerai.
Mon frère ; pourcombler le silence que la réplique de mamie a instauré,se croit bon d’ajouter :
—  Noëlle, c’estaffligeant de vieillir dans la solitude, penses-y !
—  Mieux vaut êtreseule que mal accompagnée. Mon objectif pour ma retraite estde continuer à avoir une vie active citoyenne et socialetournée vers les autres, pratiquer le sport et écriredes romans. Rassure-toi Fabien, je ne m’ennuierai pas.
Murielle sert son délicieuxfoie gras cuit maison, déposé sur des toasts de pain etde betteraves. Pendant ce temps, son époux, Charles-Victor,qui a l’air de dépérir d’ennui, pianotenerveusement sur son smartphone.
Fabien, ne supportant pas cesilence, nous raconte une histoire humoristique comme il le fait àchaque déjeuner familial :
C’est une petite fillequi lors du repas de Noël s’exclame « Je nesuis plus vierge » ce qui casse l’ambiance. Le père,choqué, reproche à son épouse de donner lemauvais exemple en s’habillant et se maquillant comme uneprostituée et en se promenant nue sur la plage et dansl’appartement. Elle lui réplique que c’est lui leresponsable, car il ramène ses maîtresses à lamaison. La petite fille regarde ses parents et leur avoue que cen’est pas de leur faute, mais celle du curé ! « Ducuré ! » S’exclament en chœur sesparents horrifiés : « Oui, du curé, jedevais être la vierge dans la crèche vivante de Noël,mais il a préféré une autre petite fille »,répond l’enfant.
Nous éclatons tous derire. Merci à Fabien d’avoir détendu l’atmosphèremême si le début de son histoire, qui augurait du pire,m’a quelque peu effrayée !
Mamie Madeleine demande àMurielle la raison de l’absence de Bruno. C’est fou commema grand-mère, en vieillissant, aime aborder les sujetstabous. Elle est pardonnable. Aimant beaucoup Bruno, sonarrière-petit-fils, elle s’inquiète pour lui. Masœur lui avoue n’avoir plus de nouvelles depuis un mois,Bruno laissant leurs appels sans réponse. Cela ne les surprendguère, puisque disparaître régulièrementpour revenir ensuite comme si rien ne s’était passéfait partie de ses habitudes. Mon neveu aime ses parents adoptifs,mais tant que sa mère biologique ne sera pas retrouvée,il s’en voudra de les chérir et d’accepter leuramour.
Fabien, vraisemblablement pourréconforter notre sœur, ajoute que Murielle a raison dene pas s’inquiéter. La semaine dernière, parhasard, il a rencontré Bruno dans un centre commercial de LaRoche-sur-Yon accompagné d’une femme bien plus âgéeque lui arborant un gilet jaune et accompagné d’ungarçonnet dans une poussette. Ceci conforte mon avis. Nepouvant retrouver sa mère, il s’attache à desfemmes plus âgées qui pourraient l’être etqui appartiennent à la classe populaire et non à labourgeoisie vendéenne comme ses parents adoptifs .
Murielle, interdite, s’arrêtede servir le chapon avec sa garniture de marrons et purée decéleri, et demande à notre frère :
—  Quand tu précisesbien plus âgée, tu veux dire quel âge ?
—  Une quarantained’années !
Fabien, se rendant enfin comptequ’il agit comme un éléphant dans un magasin deporcelaine et que ces propos incongrus, au lieu d’apaiserMurielle, l’inquiètent davantage :
—  Elle estcertainement plus jeune, je ne l’ai pas bien vue. Semblantembarrassé, il ne me l’a pas présentée.
Charles Édouard reposeson smartphone et sort de son mutisme :
—  Mon fils fréquenteune femme gilet jaune qui a vingt ans de plus que lui et qui pourraitêtre sa mère ! Murielle, tu sais maintenant oùle trouver. Il doit passer son temps sur le grand rond-point de laRoche à manifester avec tous les gueux. Qu’avons-nousfait à Dieu pour mériter cela ?
—  Cesse de surnommerles gilets jaunes « les gueux » et cesse dedire « mon fils », c’est le nôtreCharles Édouard !
Mamie avec la sagesse qui lacaractérise calme l’atmosphère   :
—  Cette femme estpeut-être sa mère. Si c’était le cas, jem’en réjouirais pour Bruno. Après toutes lesrecherches entreprises, il pourrait l’avoir retrouvée.Certains y parviennent. C’est important pour son équilibrede connaître ses origines et les raisons de son abandon. Ilnous aime et nos relations seront meilleures après.

Murielle termine de servir sondélicieux chapon. Tout le monde la félicite pour sestalents culinaires.
Le repas s’éternisedans un silence pesant coupé par le bruit des fourchettes etdes couteaux. Fabien est le premier à le briser et, déveine,c’est à moi qu’il s’adresse   :
—  Noëlle,comment va ton travail ? Tu dois être surchargéeavec tous les plans sociaux de la région. Au moins, tu nerisques pas de te retrouver au chômage dans ton métier.
—  Détrompe-toi,Fabien, je peux m’y trouver rapidement, comme tous lesquinquagénaires dont je m’occupe qui coûtent tropchers aux entreprises ! Elles profitent d’un plan desauvegarde de l’emploi pour les remplacer par des jeunes auxsalaires moins élevés. À défaut, lesseniors sont harcelés afin de leur faire accepter un départnégocié. Dans beaucoup d’entreprises, les quadraschassent les quinquas.
La remarque populiste de monfrère laisse penser que, conseillant les salariéslicenciés économiques, je travaille chez les vautourscomme me l’a déjà asséné un de mesamis.
Murielle sort à son tourde son silence  :
—  Tu es harcelée !
—  Non, pas vraiment.Disons qu’on me fait subir des pressions désagréables,mais je tiens le coup. En contrepartie, quelle satisfaction lorsqueles salariés conseillés, et notamment les plus âgés,retrouvent du travail et que les entreprises et les partenairessociaux m’expriment leur reconnaissance. Cela me permet detenir.
Je ne dis pas totalement lavérité à Murielle, ce que mon manager me faitsubir dépasse le stade des pressions désagréables.Pour éviter que ce harcèlement devienne insupportable,j’ai, avec l’aide d’une avocate, entamé uneprocédure prud’homale. Je me hâte de changer desujet et me concentre à nouveau sur mon assiette.
Quel délice cette bûcheframboise à la crème au beurre, pâtisséepar ma sœur ! Je la félicite tout en la maudissantpour ce dessert aussi calorique dont elle m’a attribuéla plus grosse part. Ma sœur souhaite me remplumer. Peut-êtrequ’inconsciemment, la réussite de mon régime lacontrarie. En effet, Murielle en a suivi beaucoup, sans jamaisparvenir à perdre du poids ! Famille, je vous hais…Je vous aime.
Après le café,pour clôturer cette fête, place à latraditionnelle photo de famille. Cette année, s’installercôte à côte est aisé puisque nous ne sommesque cinq. Charles-Victor installe son smartphone sur son trépiedà selfie nous rejoint et prononce le mot magique « cheese ! ».Tout le monde sourit béatement sauf moi. Clic, clac…Merci Kodak, plutôt merci la pomme ! Je me suis figéeparce que le « cheese » de Charles-Victor m’afait penser que Murielle a oublié de servir le fromage. Mêmesi c’est mon mets préféré, ma ligneappréciera d’en être privée ! Chacun àson tour installe son smartphone sur le trépied, sauf mamiequi n’en possède pas. Je lui imprimerai ma photo pourqu’elle conserve un souvenir de ce Noël.
Après avoir raccompagnéma grand-mère chez elle, je retrouve avec plaisir mon petitnid douillet des Sables-d’Olonne.
Disposant d’un peu detemps, j’adresse par mail à Pascal, le chevalier mongoldu manège, mon poème avec mes coordonnées.
Après un dînerfrugal composé d’un yaourt et d’une pomme,fatiguée de cette journée d’agapes et dedéceptions familiales, je me couche et continue la lecture duroman «  Le lambeau  ». Philippe Lançon,journaliste de Charlie Hebdo, y raconte sa difficile et lentereconstruction physique et psychologique après l’attentatdont il est un des seuls survivants. Lire au lit un roman, quel qu’ensoit son intérêt, demeure le meilleur des somnifères,je m’endors rapidement.
Mercredi 26 décembre 2018
5 h 30 le lendemainPerle, mon réveil de poils blancs, vient se blottir contre moien ronronnant suffisamment pour me sortir de mes rêves, maisdiscrètement afin de ne pas m’énerver. Au boutd’un moment, constatant mon immobilisme, elle me laboure leventre avec ses pattes. J’aimerais tant rester au lit !
Comme chaque matin, m’éveillerpar-ci, me lever par-là.
Dans le miroir de ma chambre,les yeux ahuris d’une chouette ébouriffée meregardent avec stupéfaction. Je me dirige vers mon bureau,allume l’ordinateur pour lui laisser le temps de chauffer puism’installe sur le canapé. Mon réveil sur pattesbondit sur l’accoudoir. Me recoucher serait délicieux,mais je saisis le peigne à chat…
Comme chaque matin, caresserpar-ci, brosser par-là.
Je me dirige vers la cuisineafin de garnir son bol d’eau fraîche et lui offrir descroquettes pour chat de luxe. En vieillissant, devenant délicate,elle n’y touche presque pas. Pourquoi donc lui en mettreautant ?
Comme chaque matin, gâterpar-ci, gaver par-là.
M’installant à monbureau, la consultation de mes mails et de Facebook va occuper montemps. Je supprime les nombreux spams non filtrés, les envoisde fleurs, bisous, cœurs reçus de certains amisFacebook. Les débordements affectifs, pourtant biensympathiques, sont exaspérants.
Comme chaque matin, lire par-ci,effacer par-là.
...

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