Les saisons éternelles
65 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Les saisons éternelles

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
65 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

La vie de Victoria se pare de toutes les exigences de son époque, de la difficulté à grandir au sein d’un foyer décomposé, à la construction de sa vie de femme.


Anne Boleyn cherche à trouver sa place dans un monde où seule la loi du plus fort prévaut, jouant ses meilleures cartes pour s’assurer un avenir meilleur.



Plusieurs siècles les séparent, mais elles seront pourtant confrontées à des épreuves similaires qui bouleverseront leurs existences.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9791034811847
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les saisons éternelles
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Georgina Gay
 
 
Les saisons éternelles
 
 
Couverture : Maïka
 
 
Publié dans la Collection Electrons-Libres
 
 

 
 
© Evidence Editions 2019

 
Mot de l’éditeur
 
Evidence Editions a été créée dans le but de rendre accessible la lecture pour tous, à tout âge et partout. Nous accordons une grande importance à ce que chacun puisse accéder à la littérature actuelle sans barrière de handicap. C’est pourquoi nos ouvrages sont disponibles en format papier, numérique, dyslexique, malvoyant, braille et audio.
Tout notre professionnalisme est mis en œuvre pour que votre lecture soit des plus confortables.
 
En tant que lecteur, vous découvrirez dans nos différentes collections de la littérature jeunesse, de la littérature générale, des témoignages, des livres historiques, des livres sur la santé et le bien-être, du policier, du thriller, de la littérature de l’imaginaire, de la romance sous toutes ses formes et de la littérature érotique.
Nous proposons également des ouvrages de la vie pratique tels que : agendas, cahiers de dédicaces, Bullet journal, DIY (Do It Yourself).
 
Pour prolonger le plaisir de votre lecture, dans notre boutique vous trouverez des goodies à collectionner ainsi que des boxes livresques disponibles toute l’année.
 
Ouvrir un livre Evidence, c’est aller à la rencontre d’émotions exceptionnelles.
 
Vous désirez être informés de nos publications. Pour cela, il vous suffit de nous adresser un courrier électronique à l’adresse suivante :
 
Email : contact@evidence-editions.com
Site internet : www.evidence-boutique.com
 
 
 
 
Pour Gabriel, Clotilde et Sasha.
Donnez vie à vos rêves, et pourchassez les étoiles sans jamais mesurer la distance qui vous sépare d’elles.
 
 
 
 
 
 
 
Anne Boleyn (1500–19 mai 1536)
Victoria (2 février 1980–…)
 
 
 
 
La part de l’autre
 
 
 
Les premières années de notre vie nous laissent peu de souvenirs. Elles sont une part offerte à ceux qui guident nos pas hésitants dans une nouvelle existence, découverte avec crainte et tâtonnements. Cet âge nourrit le culte de la dépendance, où il est impossible de se soustraire émotionnellement et physiquement de ceux sans qui nous ne pourrions survivre à ce monde.
Ce sont les années que nous abandonnons sans conscience, mus par la nécessité et le besoin. Cette étape ne nous appartiendra jamais réellement, nous l’avons vécue sans en avoir maîtrisé les contours. Elle est un écrin, déposé dans les mains de ceux qui disposent des souvenirs perdus, et restera un souffle, une odeur, une sensation, un rêve à peine palpable, comme seuls artefacts des choix impossibles à faire pour nous-mêmes.
Voici venir la première des saisons de notre existence, ou la part de l’autre.
 
Anne
Pensez-vous que l’obscurité abrite en son sein des démons destinés à nous faire tomber ? Existe-t-il des êtres enveloppés dans des capes diaboliques tendant à nous entraîner vers des méandres que nous n’aurions jamais pu imaginer dans nos rêves ou nos cauchemars ? Ces interrogations me pourchassaient étrangement depuis l’enfance, de funestes présages qui résonnaient en moi alors que j’étais trop occupée à vivre pour les écouter. Que n’ai-je prêté oreille à mes songes. Mon corps étendu trouvait encore sa tête rivée à ses épaules…
Je dois me souvenir de tout, retrouver chaque instant de ma vie, chaque morceau de moi avant que ma mémoire ne soit offerte en pâture à mon bourreau et ne se perde à jamais.
Souhaitez-vous que je vous raconte mon histoire ? Tentons de garder nos cœurs hauts pendant que vous me préparez à affronter mon trépas. Tout est si lugubre ici… Essayons de nourrir le temps qu’il me reste d’histoires qui briseront ce silence insupportable.
Soyez forte, s’il vous plaît. Je ne puis garantir que je parvienne encore à tenir et à ne pas sombrer si vous vous mettez à pleurer. Vos joues sont encore plus pâles que les miennes, cela n’a point de sens, bien que votre sollicitude me touche. Asseyez-vous un instant, cela nous permettra peut-être de reprendre nos esprits. Par où allons-nous commencer ? Revenons à mes balbutiements, cela m’aidera à mettre de l’ordre dans ma mémoire et mes idées qui sont bien encombrées aujourd’hui.
Je suis née au sein de l’une des familles les plus respectables d’Angleterre, mais cela vous le savez déjà. Mon enfance fut celle rêvée par toutes les jeunes filles de mon âge. Je réalise avec le recul que tout n’était qu’insouciance, plaisir et expériences bienheureuses. Je goûtais le bon, sentais le meilleur, touchais le plus doux. Je sais aujourd’hui relativiser les maigres aléas que j’avais pu rencontrer au gré de mes pérégrinations.
Mes parents avaient dès ma naissance nourri l’espoir de me voir, ainsi que ma sœur Marie et mon frère Georges, accroître le prestige de notre famille, résultant déjà d’une fort bonne lignée. Ils avaient longuement œuvré à la renommée d’un patronyme qui représentait tout pour eux, et nous étions désormais le pendant de leur bras, héritiers d’un fardeau qu’il fallait porter avec bienséance et vertu, mais aussi avec calcul et volonté farouche de trouver une position acceptable. Nous avions été éduqués dès le plus jeune âge à agir selon ces préceptes. Ils guidaient nos réveils, orientaient nos rêves, tant et si bien que nous n’étions plus que les disciples vaillants d’une cause échappant à notre entendement, et dont nous ne saisissions même pas les contours. Il plaisait à nos parents que leurs enfants agissent de la sorte, c’était là tout ce que nous avions besoin de comprendre, et cela s’avérait suffisant à influencer le moindre de nos gestes ou de nos paroles.
J’aurais pu naître dans un bien plus piètre lit, et je compris tôt les avantages de cet héritage qui, pour moi, n’était pourtant à cette époque qu’une succession d’épreuves bien difficiles à transcender pour une âme d’un si jeune âge. L’amour maternel semblait acquis. Notre mère avait su nous entourer d’une dévotion réconfortante, et prendre soin de nos besoins émotionnels à la mesure de ses capacités. Elle aimait ses enfants, j’en reste convaincue aujourd’hui. Bien sûr, le désir intense de voir se réaliser tous les espoirs placés en nous brûlait en son sein, mais elle savait apporter réconfort et soutien quand le besoin s’en faisait ressentir. Ses bras étaient le château dans lequel nous venions guérir nos peines et nos tremblements, le refuge toujours accueillant qui nous sauvait de nos plaies et de nos meurtrissures. Je n’éprouvais pas les mêmes sentiments pour mon père. Il avait été bien entendu très investi dans notre éducation, mais ses preuves d’affection se faisaient rares, et la crainte qu’il m’inspirait à chacune de mes défaillances était à la mesure de ses attentes, infiniment nombreuses et intenses. Je me souviens avoir si souvent guetté dans son regard le moindre signe d’approbation et de contentement… J’aurais tout donné pour gagner son respect et sa fierté. J’avais appris bien jeune qu’il fallait se plier à ses règles et fournir toujours plus d’efforts pour obtenir une marque d’intérêt de sa part.
Ne vous méprenez pas, je n’ai eu en rien à me plaindre de mes jeunes années. Elles ont glissé sur moi bien plus agréablement que ce ne fut le cas pour bien nombre d’enfants, n’ayant pas eu la chance de bénéficier de toutes les prérogatives qui ont été les miennes. Cette existence était confortable, et nous n’avions à souffrir d’aucun doute sur les privilèges qui deviendraient les nôtres à l’avenir.
Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’étais une enfant espiègle, pleine de vie, curieuse de tout et de chaque nouvelle expérience. Je trouvais des étincelles magiques et pleines de promesses dans les manifestations que me donnait la nature, du magnifique dans les notes de musique qui nous étaient offertes comme divertissement et nous libéraient un temps de nos devoirs d’apprentissage si contraignants. Je me rends compte aujourd’hui que mes premières années furent un cocon protecteur, bien trop vite pourfendu par la lame intransigeante d’un foyer qui m’enseigna que la prochaine étape serait déterminante, et marquerait son empreinte sur le reste de ma vie.
 
Victoria
Rares étaient les souvenirs de sa petite enfance que Victoria portait encore en sa mémoire. Ce n’étaient que des éclairs qui passaient çà et là, une odeur, un lieu, des sensations qui lui semblaient déjà connues ou visitées. Ils étaient semblables à des vies antérieures, des moments qu’elle aurait vécus sans qu’ils eussent imprimé dans son esprit de souvenirs tangibles. C’était une part de son existence étrangement oubliée, à la faveur peut-être de ceux qui l’avaient engendrée. Les souffrances de la première année d’abord, et leur incroyable tumulte. Être arrachée à un cocon chaud, protecteur, pour subir la lumière et le froid, la déchirure de la première respiration. Les douleurs éparses et intenses ensuite, la nourriture qu’il fallait apprendre à assimiler, cette sensation de brûlure qui tordait le ventre. Puis les dents qui perçaient, malmenant une bouche qui ne pouvait que crier sa peine et son incompréhension face à ces obstacles injustes et insensés. Peut-être était-il préférable qu’elle ne se souvînt pas de ces instants. Il y avait pourtant les bras et la chaleur de celui qui serrait, étreignait, tentant par tous les moyens de réconforter ce petit corps qui n’était pas en mesure d’exprimer ni de chasser les maux qui le tenaillaient.
C’était la part de sa vie que Victoria avait remise entre les mains de ceux qui lui avaient donné naissance, et à qui l’enfant s’agrippait comme une extension d’elle-même. Ceux qui nourrissaient, lavaient, soignaient, ceux qui étaient devenus tout un univers de dépendance dont il était inconcevable de se passer.
Victoria naquit le 2 février 1980 à 5 h 43. Ses parents la couvaient du regard comme un trésor. Elle s’apaisait au contact de leur peau, laissant s’évanouir le souvenir du traumatisme de sa naissance, à la faveur de l’attention salvatrice qui lui était prodiguée par ces deux visages, corps et bras, qui seraient à présent son univers, intense et fusionnel. Le reste du monde n’était qu’une ombre qui enveloppait les deux piliers dont elle appréciait la chaleur et l’odeur, seules sensations capables de la rassurer une fois que tous les autres besoins avaient été sustentés. Victoria n’avait pas conscience de sa propre existence, elle était un prolongement, un membre à part entière de ce corps qui l’abreuvait, la nourrissait, et lui prodiguait les meilleurs soins. Cette situation était confortable, il était doux de se sentir appartenir à un tout, et de se laisser aller à ses instincts primaires, sans avoir à porter le fardeau de sa nature. Les jours passèrent, et avec eux se révélèrent de nouvelles aptitudes dont elle n’avait pas encore soupçonné l’existence.
Une révolution était en marche. Victoria distinguait peu à peu les formes, les couleurs, et l’envie d’en découvrir toujours plus la gagnait lentement. L’enfant apercevait sa main qui dansait devant ses yeux, et comprit qu’elle pouvait l’utiliser. Son corps entier était un espace dense et mouvant, apte à lui offrir des sensations extraordinaires qu’elle était avide d’expérimenter. La petite fille était enfin capable d’attraper cette chose qui dansait et tintait devant son visage, ce qui exalta ses parents, ravis de voir leur enfant acquérir de nouvelles compétences, et passer avec brio les étapes attendrissantes pour lesquelles ils l’avaient tant sollicitée. La vie de Victoria était parfaite. Ses journées étaient rythmées par ses progrès incessants, et par la motivation des encouragements parentaux. Rien ne pouvait entraver l’ardeur avec laquelle son envie d’apprendre et d’évoluer s’affirmait un peu plus chaque jour.
Pourtant, son existence fut bouleversée par un événement qu’elle ne parvenait pas à comprendre. La douce chaleur maternelle était par moments remplacée par de nouveaux corps et des odeurs inconnues. La sensation réconfortante des bras de ses parents se perdait à la faveur des cris impatients d’autres enfants, qui cherchaient à attirer l’attention des assistantes maternelles, faisant de leur mieux pour apporter à chacun ce dont il avait besoin. Victoria rejetait ce nouveau monde, suscitant l’inquiétude de ses nouvelles gardiennes qui peinaient à la rassurer, et à lui faire accepter les rythmes et exigences de la vie en communauté.
Le temps du confort était révolu. Cette nouvelle étape était vécue comme un enfer par celle qui ne se nourrissait plus que de frustration et d’incompréhension. La crèche était devenue une angoisse qui prenait corps au matin, lorsqu’elle était arrachée des bras de sa mère, pour s’atténuer à la fin de la journée, lorsque celle-ci réapparaissait pour lui offrir son salut. Les assistantes maternelles tentèrent de déculpabiliser Laurence, la mère de Victoria, lui expliquant que l’adaptation était parfois difficile, mais que le temps ferait son œuvre, et que son enfant finirait par s’y habituer.
Il n’en fut malheureusement rien. La petite fille regardait autour d’elle, cherchant à comprendre les bruits, les pleurs, les déambulations des autres enfants qui l’effrayaient, rejetant les femmes qui se prenaient pour sa mère, et qui tentaient vainement de la cajoler et de la nourrir. Ces imposteurs n’obtiendraient rien de sa part, ainsi en avait-elle décidé.
La culpabilité maternelle, s’ajoutant à l’inquiétude du personnel de la crèche, donna gain de cause à Victoria. Laurence ne pouvait supporter de voir sa fille en souffrance, et prit une décision radicale en mettant sa carrière entre parenthèses pour se consacrer pleinement à elle. La jeune mère, prête à tout pour assurer la meilleure qualité de vie possible à son enfant, était en mesure de s’offrir ce luxe.
Cette résolution avait été facile à prendre, telle une profession de foi, pour celle qui avait eu tant de mal à offrir à son couple ce don d’eux-mêmes. Elle avait longtemps tenté de fonder une famille avec son époux avant que Victoria ne vînt au monde ; mais ses nombreux échecs avaient été à la hauteur de son impatience, incommensurables et dévastateurs. Des années leur avaient été nécessaires pour que le rêve devînt réalité, et qu’il éclairât d’une lumière nouvelle leur vie de couple vacillante, abîmée par les épreuves. Le nom qu’ils donnèrent à leur fille reflétait le sentiment de leur victoire contre l’adversité. Laurence était donc déterminée à apporter à son enfant tout ce qui était nécessaire à son bien-être, quelles qu’en fussent les conséquences, même si elle devait mettre en berne ses autres aspirations, et que ses nuits lui rappelaient souvent que d’autres occupations lui manquaient. Il y avait de la lassitude parfois, l’incompréhension de ceux qui ne mesuraient pas la complexité et la difficulté de la tâche aussi. Mais Laurence pesait à sa juste valeur cet abandon d’elle-même, à la faveur d’une autre personne en devenir, qui concentrait désormais tous ses espoirs.
Victoria fut rassurée de retrouver le cocon protecteur qui lui avait cruellement été enlevé, pendant un temps trop long pour sa si jeune vie. Les journées étaient désormais bercées par les habitudes saines et bienfaitrices que sa mère entretenait consciencieusement, s’émerveillant de chaque progrès, et de tous les sourires de sa miraculeuse progéniture, qui étaient autant de récompenses pour son travail bien fait. Les premiers pas, les nouveaux mots devenaient des fêtes que Laurence célébrait avec sa fille, tête-à-tête intime qui faisait ressortir le meilleur d’elle-même. Victoria vivait une période forte et fusionnelle avec celle qui représentait tout, et qui était à même de la rassurer mieux que personne, sans se rendre compte que, petit à petit, et malgré toutes les bonnes intentions, le mal faisait son nid. Ne pouvant plus tendre à l’accomplissement social qui aurait dû être le sien, Laurence reportait toutes ses ambitions sur son enfant. L’excellence serait le maître mot. Elle réussirait sa vie, développerait des capacités exceptionnelles. Tout était déjà programmé et étudié pour lui garantir les meilleures chances d’atteindre le but qui lui était fixé, sans qu’elle pût encore en avoir conscience. Les mots, les gestes, l’appétit de réussite se dessinaient lentement dans une éducation qui faisait de la petite fille une icône vivante, personnification de tous les desseins inaccomplis qui ne rêvaient plus que de prendre leur envol.
Victoria n’en avait cure, elle était aimée, vénérée par une mère qui voyait également en la regardant l’extension miraculeuse de son propre corps.
Les premières années passèrent sans que personne s’en aperçût. Les bougies se soufflaient à un rythme effréné, presque inquiétant, pour des parents qui voyaient tous les jours de leur vie se consumer sans pause ni refuge. Victoria, elle, profitait de chaque instant. Sa quête incessante de nouveauté épuisait sa mère, mais celle-ci s’en accommodait de bon gré. Le monde devenait un terrain de jeu propice aux expériences, tout devait être goûté, testé et pesé dans la balance de ce qui retenait son attention ou ses plaisirs.
La première rentrée scolaire fut un supplice, mais Laurence resta infaillible. Il était temps pour sa petite fille de laisser son empreinte irréprochable dans les annales du monde de l’Éducation nationale. C’était la première étape du reste de sa vie, et de ce qui allait être attendu d’elle. Les pleurs constants qui retentissaient invariablement chaque matin ne changeaient rien à la détermination affichée du sein maternel, qui ne laisserait plus un seul caprice prendre le pas sur ses décisions. Pour le bien de celle qui était promise à un avenir radieux, ses parents lui imposaient une discipline sans faille, qu’ils nourrissaient des meilleures théories et des exemples conseillés par les plus grandes méthodes d’éducation.
Ses activités furent choisies avec soin. La petite fille commença très tôt le piano, puis suivit des cours de dessin dans un atelier renommé. La fierté de ses parents n’avait d’égal que les regards impressionnés des amis et de la famille, étonnés de voir ce petit être se distinguer avec autant de brio de ses congénères. Pour Victoria, il n’y avait rien de plus naturel. L’approbation de ses géniteurs suffisait à son bonheur, étant prête à exécuter toutes leurs volontés pour que leurs bras accueillants s’ouvrissent et la chérissent. Elle ne souhaitait qu’être aimée de ses parents, eux qui savaient et connaissaient tout, maîtrisaient le monde, la protégeant quoi qu’il advînt. La petite fille se pliait de bonne grâce à leurs exigences, et montrait le meilleur d’elle-même pour gagner jour après jour l’affection de ceux qui avaient placé l’excellence au centre de leurs préoccupations.
Victoria entra au cours préparatoire avec une année d’avance. Elle se serait bien passée de cette futilité pour continuer à évoluer avec les enfants de son âge, mais la messe était dite, le petit prodige était bien trop en avance pour perdre son temps un an de plus en classe de maternelle. Ses parents se montrèrent enthousiastes à cette idée, Victoria n’en fut que plus obéissante. Les journées étaient parfois difficiles pour la petite fille qui peinait à trouver sa place. Mais son père la rassurait, soutenant qu’elle était un être à part, bien capable de surmonter les difficultés et de transcender les épreuves, pour en faire des expériences positives lui permettant d’avancer dans la vie. Victoria ne pouvait qu’acquiescer, faire contre mauvaise fortune bon cœur et offrir à ses parents l’attitude de petite écolière irréprochable qui était attendue de sa personne.
Elle persévéra donc, assidue, prête à fournir les efforts nécessaires pour trouver grâce à leurs yeux.
 
La part du diable
 
 
 
Au fur et à mesure que nous grandissons, la saison de l’enfance s’efface peu à peu pour laisser place à un autre âge. Cette étape nourrit la nécessité de se découvrir, et de s’affranchir de ceux qui guidaient nos pas jusqu’alors. L’anatomie changeante se révèle dans une nouveauté bouleversante, qui apporte avec elle les interrogations, les tentatives de comprendre le monde, et sa propre personne.
L’attrait de l’interdit, la volonté de se démarquer et de s’affirmer apparaissent sans crier gare. L’apprentissage de la liberté, la rébellion deviennent des besoins essentiels qui ne sauraient être brimés.
Apprendre autrement, en étant l’acteur et le conteur de nos vies, devenir celui caché dans les méandres de notre être, n’ayant encore été qu’effleurés. Rompre aussi le lien fusionnel qui existait auparavant entre ceux tendant à vivre leur propre existence et des parents les guidant depuis la naissance.
Se rebeller face à l’autorité, l’ultime nécessité de se détacher de ce qui est trop proche de nous-mêmes afin de se forger une personnalité propre et unique.
Tant d’expériences à vivre, de découvertes à faire, sans se soucier, ou bien peu, des conséquences.
L’enfance s’efface pour offrir au diable la part qui lui est due.
 
Anne
L’insouciance des jeunes années ne dura pas bien longtemps. Les souvenirs me reviennent peut-être trop peu nombreux pour que je puisse bien les juger. Je me remémore bien mieux les étapes suivantes de ma vie, et l’intensité particulière de celle qui me happa juste après.
Mon père sut, par ses talents et le respect dont il jouissait auprès du roi, m’offrir des places de dame de compagnie au sein des cours les plus fastueuses. J’excellais dans ce rôle. Mes aises et ma verve en société n’avaient d’égales que ma soif d’apprendre, et mon envie de vivre un destin d’exception. J’avais été taillée dans le plus précieux des bois, et j’entendais bien y faire honneur.
Mon père… S’était-il douté un seul instant que les ténèbres allaient s’abattre sur notre famille ? M’aurait-il jetée en pâture aux fauves s’il avait anticipé le destin que nos ambitions nous réservaient ? Il était un loup parmi les loups, mais pas assez fort pour diriger la meute apparemment…
Je m’égare, pardonnez-moi. Je vais reprendre le cours de mon récit en vous contant une...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents