Les soleils incendiés
59 pages
Français

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Les soleils incendiés

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Description

Du présent au passé, entre l’ombre et la lumière, ce récit nous guide à pas feutrés à travers un paysage étrange, habité de personnages parfois insolites, souvent tendres.
Sous les soleils calcinés couve une mémoire perdue qui n’attend que de se libérer. À travers l’innocence de deux enfants, Caroline et Emmett, la réalité se transforme et s’accomplit.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 mars 2013
Nombre de lectures 2
EAN13 9782895973638
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les soleils incendiés
DE LA MÊME AUTEURE
Romans, récits et nouvelles
Fantômier David, 2005.
Les soleils incendiés David, 2004. Prix Émile-Ollivier 2006, Prix Champlain 2006, Prix des lecteurs Radio-Canada 2005.
L’harmonica David, 2000.
Mademoiselle Cassie David, 1999. 2e éd., revue, 2003. Prix LeDroit 2000.
L’envers de toi David, 1997.
Nouvelles volantes David, 1994.
Œuvres – Jeunesse
La couleur des voyages (illustrations de Gilles Lacombe) Vermillon, 2008. Manuscrit gagnant du concours de la Fondation franco-ontarienne.
Les bernaches en voyage (illustrations de Hugo Dompierre) David, 2001.
Marie-Andrée Donovan
Les soleils incendiés
Récit
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Donovan, Marie-Andrée, 1947-
Les soleils incendiés/Marie-Andrée Donovan
(Voix narratives et oniriques)
ISBN : 2-89597-015-7
PS8557.O565S652004 C843’.54 C2003-907361-0
ISBN ePub : 978-2-89597-363-8

L’auteure remercie la Ville d’Ottawa de son appui financier.

Les Éditions David remercient le Conseil des Arts du Canada, le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario, la Ville d’Ottawa et le gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada.

Les Éditions David
335-B, rue Cumberland
Ottawa (Ontario) K1N 7J3

Téléphone : 613-830-3336 / Télécopieur : 613-830-2819

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www.editionsdavid.com

Tous droits réservés.
Dépôt légal (Québec et Ottawa), 1 er trimestre 2004
à mon oncle, Albert Donovan, par qui le Nord m’est redevenu réel
I À petit feu
Sans histoires
Dès le début, elle se fait secrète. Elle m’habite, mais ne se dévoile que par bribes. Discrète, difficile à saisir, impossible à apprivoiser. J’ai beau l’interroger, la supplier, la menacer d’abandon, pis, l’ignorer, elle continue de se nourrir de moi. De me consumer à petit feu.
Elle me provoque. Me culpabilise. Sournoise, elle tente de me séduire. Maligne, elle m’incite à la croire et à tout accepter. Comme si je n’y pouvais rien.
Ce serait si simple de se créer à partir de rien. Sans histoires.
II Fragments d’enfance
Les sandales rouges
Émerveillée, la petite fille reconnut qu’elle n’allait pas mourir.
Le printemps, qui venait de s’éveiller, l’invitait à s’aventurer à l’extérieur, en dépit du sol humide. Elle ouvrit la porte et s’avança de quelques pas sur le balcon.
En sentant la chaleur du soleil sur son visage, elle leva les mains jusqu’à la hauteur de son nez, hésita, puis les porta à ses joues enflées, recouvertes d’une longue bande de coton blanc qui lui passait sous le menton pour former une boucle au-dessus de sa tête.
Intimidée par ses oreilles de lapin, elle hésita encore une fois avant de descendre de la galerie. Son accoutrement la gênait un peu.
Pourtant, elle ne put résister longtemps au désir de s’aventurer sur le gazon frais. Elle s’élança en sautant comme un chevreau, afin d’étrenner sa première paire de sandales. Des sandales rouges par surcroît !
Après l’appendicectomie et l’ablation des amygdales, qu’est-ce que c’est que les oreillons ? Elle était grande après tout. Une grande fille de six ans.
Sa courte vie lui paraissait pourtant bien longue. Dans toutes les pièces de la maison, elle sentait la présence de vieux secrets qui rôdaient depuis des générations, comme des fantômes affamés de lumière et de vérité.
Souvenirs interdits
Caroline entendait encore l’étrange silence qui s’était installé dans la chambre des garçons en cette soirée pluvieuse. C’était pendant la récitation du chapelet en famille. Sa mère et ses frères étaient à genoux autour du grand lit, coudes appuyés sur la couverture de laine grise ornée d’une rayure rouge à chaque bout. Ils penchaient la tête jusqu’à poser leur figure dans leurs mains. La petite était assise sur ses talons.
Un coup de feu en provenance du salon permit de constater que le père n’était pas agenouillé dans la chambre.
On n’a plus jamais récité le chapelet en famille.
Auparavant, Caroline ignorait que l’on puisse se blesser également par en-dedans. Depuis, tout a changé.
Le silence s’imposa. Chacun demeura muré en soi comme s’il était coupé du monde. Les journées s’étendaient dans leur lumière et dans leur nuit : elles ne comprenaient pas le chavirement qui venait de se produire. Seul témoin véritable, la maison conservait son visage austère et fermé.
Tout s’était engouffré dans ce soir-là. Comme si un trou immense s’était creusé dans la nuit.
Papiers peints
La petite fille s’enfouit la tête sous les couvertures. Elle se recroquevilla, de façon à former une toute petite boule, et ne bougea plus, sauf pour pratiquer de sa main droite un tunnel qui laisserait entrer l’air. Elle n’aurait plus raison d’avoir peur. Ni de l’obscurité, ni des coups de feu. Ni des souris qui couraient sous son lit.
Car elle les avait bien vues, les souris. Elles grugeaient le papier peint qui couvrait l’intersection des murs en leur laissant un couloir parfait. Mais Caroline les entendait plus souvent qu’elle ne les voyait.
Elle ne savait pas qui, des souris ou d’elle-même, avait le plus à craindre. Mais elle examinait toujours attentivement tous les recoins de sa chambre avant de descendre du lit, le matin. Quand elle s’y décidait enfin, elle courait pieds nus jusqu’à la cuisine et s’installait d’un saut sur le banc gris, en repliant les jambes sous sa robe de nuit.
En dépit du couloir adopté par les souris, seul le papier peint demeurait familier, comme la figure d’une grand-mère accueillante. Un soupçon de bonheur s’en dégageait. Parfois, la petite voyait un champ fleuri où gambadaient des chèvres enjouées. À d’autres moments, de nombreux enfants qui s’amusaient dans le sable. Le papier peint servait de toile de fond pour de très beaux rêves.
Pourtant, la tristesse prit le dessus. Les grandes personnes avaient un regard de pierre. Vide et froid, comme le garde-manger. On ne se reconnaissait plus entre soi. Les paroles finirent par s’éteindre complètement. Les éclats de rire n’existaient que dans de vagues souvenirs.
Est-ce pour toutes ces raisons que le regard se mit à dominer la parole ? Il devint l’unique langage toléré. Il épiait, il soupçonnait, il commandait. Les yeux n’avaient pas à fournir d’explications, ils se contentaient de s’alourdir : leur menace figeait tout ce qu’ils touchaient. La peur persistait, silencieuse, comme l’ombre de chaque geste.
Le moulin à scie
La vie devait pourtant continuer, et ses menus soucis avec elle. Caroline se laissa transporter à l’école dans l’immense panier de fer installé à l’avant de la bicyclette de son grand frère. Elle enviait les maisons de chaque côté de la route. Leur beauté, leur chaleur, leur gaieté, tout d’elles paraissait si paisible et si calme.
Elle devinait que Réjean pensait comme elle, même s’il ne lui en disait rien, assujetti, lui aussi, à la loi du silence. Mais elle était loin de s’imaginer que, lui aussi, un jour, s’envolerait. Avant même qu’elle ait pu lui dire qu’elle l’aimait.
Sur une courte distance, quand elle longeait la rivière Mattagami, la route se faisait observatoire. C’était comme si elle dominait le reste du monde. On voyait l’eau qui sautillait, éveillée soudain par la poussée des remous. Les rayons de soleil la faisaient briller dans tous ses replis. Les arbres — des épinettes et des trembles avec, ici et là, quelques bouleaux isolés — se dressaient le long des berges comme les gardiens du Nord.
Si l’on s’arrêtait quelques minutes au tournant de la rue Riverside, on apercevait des troncs d’arbres qui flottaient sur la rivière. Parfois, ils semblaient pris d’une folie inexplicable et se mettaient à tourner sur eux-mêmes à toute vitesse.
À l’insu de leurs parents, de jeunes téméraires — des garçons, bien entendu — s’aventuraient à courir sur les troncs, en sautant de l’un à l’autre et en criant autant de joie que de peur.
Caroline se demandait parfois vers quel moulin à scie invisible elle s’acheminait.
Grand-père Bouchard
L’endroit préféré de la petite fille était la grange de son grand-père, qui habitait à côté de chez elle. Ce n’était pas tout à fait une grange : plutôt une espèce d’atelier où son grand-père entreposait des milliers de choses inutiles. « C’est mon musée », disait-il. « C’est sa cabane à bouderie », disait grand-mère en riant. C’est là que grand-père se réfugiait quand grand-mère n’était pas de bonne humeur.
Depuis des semaines, cet été-là, la petite observait son grand-père qui mettait un soin inusité à fabriquer une grande caisse en bois.
Au début, il n’y avait qu’une dizaine de planches étendues sur deux chevalets. Son grand-père avait déposé tous les outils nécessaires sur un gros tonneau à l’envers : un marteau, des pinces, des clous, une varlope, du papier à poncer, des crayons plats, une équerre, de la colle, un pinceau large et un pinceau étroit.
Après avoir taillé des dents à chaque bout des planches, grand-père Bouchard s’était mis à passer la varlope. Sa main gauche entourait le pommeau métallique à l’avant et, de la droite, il tenait le manche de bois à l’arrière de la varlope. D’un seul élan, les deux bras faisaient glisser l’outil le long de la planche. À chaque passage, son genou gauche semblait prolonger le mouvement de la varlope. De fines lanières de bois frisaient et tombaient sur le plancher, répandant une douce odeur de bois frais.
Le grand-père penchait la tête au-dessus du bois pour que le coup de varlope soit égal partout. Ensuite, il passait la main sur toute la surface pour s’assurer qu’elle était bien douce. Enfin, il essuyait sa main sur sa salopette pour enlever la poussière.
Caroline était intriguée, mais elle ne posait pas de questions. À l’occasion, son grand-père jetait un coup d’œil vers elle. Quand il la voyait tourner autour de ses chevalets avec le plus grand sérieux, il souriait tendrement.
Comme son grand-père, la petite fille portait un crayon au-dessus de l’oreille. Grand-père Bouchard l’appelait son petit contremaître. Elle s’approchait, reculait, hésitait, mais ne touchait à rien. Elle attendait le bon moment pour demander à son grand-père ce qu’il fabriquait.
Souvent, elle s’assoyait sur la balançoire que son grand-père avait construite dans l’atelier. La balançoire était faite d’un câble en « U » attaché à une poutre. Une planche, coupée en « V » au centre de chaque bout, s’enclenchait dans le creux du cable et lui servait de siège. C’est de là que Caroline pouvait le mieux observer son grand-père.
Elle savait que son grand-père ne lui dirait pas ce qu’il confectionnait avant de l’avoir terminé.

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