Les souvenirs oubliés sont-ils perdus à jamais
62 pages
Français

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Description

Épisode 3 : Trois mois plus tard. Louison se prépare à déménager, à quitter Nantes, son atelier du Passage Pommeraye et ses amies ; pour la première fois elle envisage de retourner à Talloires chez ses parents. Retour salutaire ou échec ?
C'est le printemps, presque l'été, il fait très beau, Louison rejoint son atelier dans le centre ville de Nantes, elle est accompagnée de sa fille Anna...

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Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9791094771242
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières Les souvenirs oubliés sont-ils perdus à jamais Épisode 3 Tout n'est que changement Résumé des épisodes précédents Prologue Chapitre 1 Passage Pommeraye Chapitre 2 Mes amies Chapitre 3 Hélène Chapitre 4 Susanne Chapitre 5 Nuage de canicule Chapitre 6 Galerie de l’horloge À Suivre… L’autrice Bibliographie Page de Copyright Couverture Début de l'épisode 3
MARIE AN AVEL
Les souvenirs oubliés sont-ils perdus à jamais
Tome 1 - Louison
EXP.ÉDITIONS IMAGINAIRES
Épisode 3 Tout n'est que changement
Juin - Trois mois plus tard
Il a beau avoir recours à ses « tresses de nœuds », aide-mémoire appelé « origine du verbe », où chaque nœud représente un dieu, un chef, un voyageur, sa voix oublieuse n’est plus en rapport avec la voix du vent dans les arbres, la voix de la mer houleuse du récif : l’homme n’est plus à la hauteur, il est séparé désormais et démuni.
Kenneth White
Il y a dans tout changement quelque chose d’infâme et d’agréable à la fois, quelque chose qui tient de l’infidélité et du déménagement […]
Charles Baudelaire , Journaux intimes Passage Pommeraye
Résumé des épisodes précédents
Épisode 1 & 2
Épisode 1 : L’été de ses 17 ans Louison a fait une chute grave dans l’escalier de la demeure familiale, suite à une dispute avec ses parents. Lorsqu'elle se réveille à l’hôpital de Neurologie, elle ne se souvient de rien, le traumatisme a provoqué une amnésie. Pour l’aider à retrouver la mémoire, son médecin, le neuropsychiatre Philémon Céleste, lui conseille de tenir un journal régulier.
L’épisode 1 est un extrait du contenu de son journal durant l'hiver qui a suivi cet accident.
Épisode 2 : On la retrouve 23 ans plus tard dans le cabinet de la docteure Mons, Louison est maintenant une femme de 40 ans, elle travaille toujours sur la récupération de sa mémoire, qu'elle retrouve par bribes, rêves, intuitions, elle n'a pas retrouvé totalement le passage de son adolescence. Durant un bref instant on la revoit à 17 ans, en consultation avec le neuropsychiatre Philémon Céleste, dans le parc de l'hôpital.
Épisode 3 : Cet épisode se passe 3 mois plus tard. C'est le printemps, il fait très beau, Louison rejoint son atelier dans le centre ville de Nantes, elle est accompagnée de sa fille Anna...
Prologue
Terrasse d'un café - Louison écrit
Bonjour Némê.
Je profite d'un instant de calme. Il n'y a presque personne dehors à cette heure, il fait très chaud, pas un nuage au ciel. À l'abri derrière un muret de pierres je devine un jardin très fleuri, quelques bouffées de printemps mêlées aux essences de l'été viennent m'effleurer. Je pense aux roses de Théodule Berthelot, comme elles doivent être parfumées, la rose est la reine des fleurs, la fleur des fées, et Théodule leur protecteur. Il me manque. Il n'est rien de plus tendre, de plus charmant qu'une rose. À preuve, les petites filles naissent dedans , je n'ai pas oublié, je ne l'ai pas oublié.
Némê. — Tu es bien nostalgique !
C'est comme si j'avais une conscience plus aiguë du temps qui passe, avec un sentiment étrange de ne pas appartenir à ce monde, il change tellement vite… Tous les chemins que j'avais ouverts, arpentés joyeusement, se referment, j'ai du mal à en voir de nouveaux, en attendant je désherbe, sans cesse, j'essaie d'entretenir jusqu'au bout ce qui me reste de visible et de possible. Ce qui m'attend sera-t-il meilleur ou pire ? En passant devant la vieille vitrine où ils vendent des télés à tube cathodique et des transistors, une boutique d'un autre temps mais qui attire les collectionneurs — je passe tous les matins devant en allant à l'atelier — je me suis arrêtée devant cette image qui passe en boucle sur tous les médias depuis quelques jours, à vélo la liberté est grande pour stopper où l'on veut sans déranger la circulation.
Sur l'écran on voit des jeunes gens sortir de l'océan, ruisselants d'eau, de vagues et de tourments, torse nu et en short ou tout habillés, certains sont jeunes, très jeunes… Ce n'est pas une image en mode plaisir d'été, vacances estivales, "le ciel le soleil et la mer", leur regard est trop tendu, épuisé, inquiet… pourront-ils franchir cette 2e montagne devant eux, pas une montagne d'eau cette fois mais une falaise de béton et de barbelés ?
Peut-être vaut-il mieux apprendre à nager avant de marcher, dans certains pays c'est presque une nécessité, ça peut sauver. De toute façon qu'ils nagent ou pas importe peu si la force des courants en a décidé autrement, certaines déferlantes sont impitoyables.
Némê. — Savoir nager donne un peu d'espoir, ça permet de résister quelque temps.
Mais après, après le bout des forces, si personne ne scrute l'horizon, ne surveille de loin, comme ma bonne fée Molly, toujours sur le qui-vive, au bout du rivage, prête à plonger, non, qu'est-ce que j'dis, ce n'était pas Molly, c'était, c'était qui… maman ? Gisèle en maillot de bain, les pieds dans le sable humide, les cheveux au vent, décoiffée, non, c'est impossible… qui était cette femme qui veillait toujours sur moi… sur tous les rivages… ET JE RECOMMENCE à me demander, que ne donnerais-je pour un éclaircissement total, pour faire entrer enfin toute cette période dans la lumière.
Lorsqu'elles sentent ton corps inerte les vagues te bercent, t'enveloppent, te déposent en leur sein, parfois sur le sable ou un bout de terre… L’humain ne prend pas toujours le temps de te dire adieu, il t'enferme dans un sac, sans cérémonie, sans même un chant pour t'accompagner dans l'inconnu, " attention on pourrait être contaminé ". Instinct de survie ? Peur de regarder la mort ? Sauve qui peut ? Soumission à l'inacceptable ? Où est Antigone ? La désobéissante, la résistante de Sophocle, celle qui se dresse contre la tyrannie et l'obscurité ? Quelle détermination, une noble figure ! Tu la connais sûrement Némê, tu connais les tragédies par cœur. M'en diras-tu quelques mots, tes mots m'éclairent. Elle est inflexible ? Peut-être, comment juger, c'est une lecture qui m'avait bouleversée. Sa beauté m'a émue, sa force intérieure… mais pourquoi en suis-je arrivée à parler d'elle, oui, les images en boucle, la mort qui rôde, la peur…
Il faut faire du sport, entretenir son corps, pas pour affiner sa beauté mais pour le rendre robuste, solide, vigoureux, adapté aux épreuves du XXIe siècle… pas pour participer aux jeux de l'Olympe, pour survivre au manque d'anticipation face aux dangers de notre exploitation infernale de la terre et de tout ce qui y vit, il faut être fort pour affronter les autres humains, les impitoyables, pires que les gouffres de l'océan et l'effroi des déferlantes.
Je me souviens… je plongeais, je nageais longtemps, je m'aventurais le plus loin possible, jusqu'à perdre le souffle, je flottais sous le ciel immense en regardant passer les nuages floconneux. Je me laissais bercer, le corps léger, j'étais en apesanteur, gracieuse comme une baleine. Rouler, sauter dans le tourbillon des vagues, se faire bousculer, masser par le fluide frais et pétillant des gouttelettes blanches, boire la tasse, glisser à bout de forces sur le sable humide. Pendant l'enfance, l'adolescence ? Je me souviens… je nageais par tous les temps, à toutes les saisons, je le sais, la mer me l'a chuchoté, le vent me l'a soufflé… JE LES CROIS. Tu me crois Némê ?
Je me souviens d'une eau douce, paisible plutôt, même s'il lui arrivait de chahuter… une eau amie, complice, si belle avec ses variations de bleus, de verts, de gris, étincelante d'argent sous le soleil d'été, je me sentais protégée. Étais-ce un lac ? une mer intérieure ? dans un golfe ? une crique ? Suivre les images, remonter le fil du temps, je sens…
— Maman !
Louison releva la tête de son bloc-notes.
— Anna ?
— Ça fait un quart d'heure que je t'attends, je te signale que c'est toi qui a les antivols.
— Excuse moi, je n'ai pas vu le temps passer. Tout bas, pour elle, « le temps passe et ne se retourne pas ».
— Quoi ?
— Non, rien.
— Maman ! On y va ?
Chapitre 1 Passage Pommeraye
Lorsque Louison glissa la roue de son vélo dans le râtelier elle eut un pincement au cœur, cette bicyclette repeinte en bleu agrémentée d’un panier à l’avant avait été ses ailes au milieu des embouteillages de la ville. Elle lui aurait presque fait un baiser à sa petite reine du bitume, douze ans de vie commune ça laisse des traces.
Anna ôta la pince qui bloquait sa jupe, elle avait adopté cet accessoire pour pédaler en toute tranquillité et grâce à elle plus aucune trace de cambouis sur ses vêtements. Elle en avait offert une à Louison l’année dernière pour la fête des Mères en lui disant : «  Bonne fête ma petite mère chérie ! Un outil indispensable pour les filles qui aiment faire du vélo en robe  ».
Elle la glissa dans sa poche, souffla et grogna en direction de sa mère :
— Il y a de belles promenades à faire à vélo là-bas ? Ça m’fait trop mal au cœur de laisser mon biclou ici, t’es sûre qu’ils ont des vélos pour nous ?
— Certaine. Tu voudrais le mettre où ? À tes pieds dans la camionnette ? Entre deux cartons, Jeanne, Arthur et le chien ? On ne peut pas les emmener, tu le sais bien. On en a assez discuté.
Anna sortit cinq livres de ses sacoches et les rangea méticuleusement dans son épais sac paquetage, un cadeau de ses grands-parents paternels qui avaient tenu un commerce d’objets maritimes. Elle serra les bretelles en prenant soin de fixer correctement le sac sur son dos, son contenu lui tenait à cœur. Elle détacha les sacoches de son porte-bagages et les donna à sa mère :
— Pas léger la culture ! Je les récupérerai à l’atelier tout à l’heure.
— Tu es sûre qu’elle va prendre les cinq ?
— Violette est fan de mes couves, les collages de ceux de cette année sont de loin les plus réussis, et elle veut un souvenir de moi, t’inquiète maman, fit-elle en ajustant les écouteurs de son baladeur.
— Si tu l’dis !
Louison posa les antivols sur les deux bicyclettes les plus colorées du quartier, elle avait peint la sienne en bleu outremer avec des lignes ondulées plus claires pour faire des vagues, celui de sa fille était vert tilleul moucheté de jaune topaze. Elle se souvint du bonheur presque gourmand d’Anna lorsqu’elle avait découvert les noms des multiples nuances de couleurs, elle avait passé tout un week-end à en rêver et avait fini par opter pour ce mélange rafraîchissant.
Louison se dirigea vers le mur tapissé de boîtes aux lettres et glissa les clés dans celle de Cornélius Priou.
« Je vous assure que ça me fait plaisir ! Vous allez vite apprécier le deux-roues ici. Depuis que j’habite à Nantes, la principale question que je pose avant de me rendre à un rendez-vous c’est, «  avez-vous un local à vélo ?  », une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus s’en passer. »
Son nouveau voisin avait été gêné par sa proposition, même si ça restait un prêt d’une durée indéterminée et qu’elle lui avait à peine laissé le choix, c'était généreux et très appréciable.
Cornélius Priou et son fils venaient d’emménager dans un appartement des étages supérieurs du passage Pommeraye, sur le même palier que son atelier, il avait bredouillé : « Avec les frais du déménagement je ne comptais pas investir...

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