Coups tordus
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Description



Nouvelles érotiques - 180 pages



Dans une relation amoureuse, il suffit parfois de peu de chose pour que tout dérape...



Une parole maladroite ou de trop, un non-dit, un incident dans le parcours qui devrait mener au septième ciel et les choses partent en vrille. La déception, la colère nous étreignent alors plus sûrement que le ou la partenaire qui aurait dû nous faire grimper aux rideaux. Un moment de pur mysticisme gâché, faisant lamentablement dérailler l’aller simple pour la félicité.



De navrantes anecdotes vécues sont rassemblées ici, sous les plumes inspirées de Clarissa et Julie-Anne, pour votre plus grand plaisir... et quelques éclats de rire.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 10
EAN13 9782379611445
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Coups tordus
Et autres affligeants récits


Clarissa Rivière
Julie-Anne de Sée
Coups tordus
Et autres affligeants récits


Clarissa Rivière
Julie-Anne de Sée




Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-144-5
Photo de couverture : Erstudiostok
Préliminaires

Dans une relation amoureuse, il suffit parfois de peu de chose pour que tout dérape...
Une parole maladroite ou de trop, un non-dit, un incident dans le parcours qui devrait mener au septième ciel et les choses partent en vrille. La déception, la colère nous étreignent alors plus sûrement que celui – ou celle – qui aurait dû nous faire grimper aux rideaux. Il – elle – vient de gâcher un moment de pur mysticisme, ou attendu comme tel, faisant lamentablement dérailler l’aller simple pour la félicité.
Au palmarès des navrantes balourdises, nos amis les hommes occupent souvent le devant de la scène. Pour s’en convaincre, il suffit de rassembler quelques amies un soir de match de Ligue 1 et d’écouter les confidences échangées autour du spritz et autres mojitos...
Monsieur, ne vous précipitez pas pour vérifier si vous avez l’heur de figurer en bonne place dans ce recueil. Si certaines histoires sont authentiques sur le fond – ténu, au demeurant –, la vérité criante et embarrassante a été déguisée avec un malin plaisir.
D’ailleurs, force est de constater que les dames commettent aussi parfois certaines indélicatesses et non des moindres.
Quelques-unes de ces navrantes anecdotes vécues sont rassemblées ici. L’imagination de leurs deux autrices a fait le reste. Pour avoir un jour elles-mêmes ri jaune, elles souhaitent à présent simplement partager… leurs éclats de rire.
Les Aventures de Caroline
Clarissa Rivière


I - Fantasme à haut risque

À trente-sept ans, Caroline venait de divorcer et se réjouissait de retrouver sa liberté. Elle allait s’amuser et profiter de la vie ! Elle commença par s’inscrire sur un site de rencontres, et découvrit avec ravissement tout un monde de possibilités. Elle consacrait désormais toutes ses soirées à son ordinateur. Elle examinait les profils correspondant à ses critères, faisait son marché, avant d’envoyer des messages comme autant de bouteilles à la mer.
Caroline se sentait comme un poisson dans l’eau, elle chattait jusqu’à l’ivresse avec d’innombrables partenaires de jeux, les provoquait pour rire. Eux aussi semblaient prêts à toutes les folies. Tant d’occasions lui donnaient le vertige ! Elle se montrait bientôt capable de mener de front plusieurs conversations à la fois, grisée d’être courtisée, désirée. Elle n’osait pas aller plus loin pour l’instant, franchir le pas au point de les rencontrer dans la vie réelle. Elle restait prudemment derrière son écran, heureuse de ces relations virtuelles. Ses soupirants la priaient souvent de leur accorder un rendez-vous, sans parvenir à la convaincre. Elle préférait même interrompre les échanges s’ils devenaient trop pressants, et se tourner vers d’autres prétendants. Elle maudissait sa timidité, après tout, si elle s’était inscrite sur ce site, c’était pour se donner du bon temps, oublier les moments difficiles de sa rupture. Qui se permettrait de la juger ? Elle était libre, pourquoi hésiter...
L’un de ses contacts lui fit une proposition qui leva toutes ses résistances.
— Accepteriez-vous un rendez-vous dans le noir complet ? Nous ne nous verrions pas, nous ferions connaissance à tâtons...
Caroline sourit, comment n’y avait-elle songé plus tôt ? Ce fantasme devint le sien, elle s’imaginait déjà se glisser contre un corps inconnu, le découvrant de ses mains, de ses lèvres, ses sens exacerbés par la privation de la vue… Elle s’empressa d’accepter, de plus en plus excitée à la perspective de leur soirée. En plus, Philippe avait l’air drôlement mignon d’après sa photo de profil, un quadragénaire plein d’énergie.

Le cœur battant, Caroline poussa la porte d’entrée, entrebâillée comme prévu. Elle s’avança sur la pointe des pieds dans l’appartement silencieux, se remémorant les instructions de Philippe. Tourner à gauche dans le couloir, pousser ensuite la première porte à droite, celle de la chambre, compter alors trois pas pour trouver son lit... Tout se déroulait comme dans son rêve. Elle progressait lentement, les bras levés devant elle comme une somnambule. Elle se heurta au lit, une main attrapa sa taille. Elle poussa un petit cri de surprise, deux bras l’enlacèrent aussitôt, tandis que des baisers légers se déposaient sur son cou, ses épaules, ses lèvres... Des baisers délicieux qui réveillèrent son désir. Caroline se pressa contre le torse de l’inconnu, lui rendit ses caresses, ses baisers avec enthousiasme. Bientôt, ils ne maîtrisaient plus rien et se jetèrent l’un sur l’autre, s’arrachèrent leurs vêtements. Ils se découvrirent avec la frénésie des premières fois, ivres de se goûter, de s’offrir, de se posséder l’un l’autre. C’était follement excitant de ne rien voir. Caroline se montrait plutôt timide en général, gênée par le regard de l’autre, mais là, elle s’enhardit, pleine d’audace puisqu’il ne voyait rien. Elle prit son sexe dans sa bouche avec gourmandise, se délecta de lui offrir une longue fellation sans avoir à se soucier de son regard. Elle lui offrit son corps, tous ses complexes oubliés, s’ouvrit à sa langue, ses doigts, et se tendit sous de délicieux orgasmes. Ils s’aimèrent passionnément, avant que Philippe ne jouisse à son tour.
Comblés de leur étreinte, ils se reposaient dans les bras l’un de l’autre, bavardaient de tout et de rien, se caressaient paresseusement. Caroline se blottissait dans les bras de son amant, heureuse de ce moment de tendresse après tant de fougue. Le portable de Philippe sonna, une musique stridente qui rompit le charme de ces instants hors du temps.
— Excuse-moi, je dois regarder qui m’appelle, c’est peut-être urgent.
La lumière de l’écran éclaira vivement le visage de Philippe. Caroline cligna des yeux, elle ne put s’empêcher de le regarder à la dérobée. Elle sursauta et faillit bondir hors du lit. Il était bien plus vieux que sur sa photo de profil ! Des rides parcouraient son front, le contour de ses yeux, il était presque chauve, et ses cheveux clairsemés étaient blancs comme neige. Il devait avoir plus de soixante ans, au moins vingt ans de plus que sur sa photo !
La jeune femme se redressa, horrifiée. Elle venait de s’offrir à un homme qui aurait pu largement être son père. Il l’avait embrassée, léchée, pénétrée... Elle en avait presque des haut-le-cœur. Son rêve se transformait en cauchemar. Philippe parlait toujours au téléphone, une histoire d’emprunt bancaire. Caroline ne pensait plus qu’à se sauver, elle se dépêcha de sortir du lit, récupéra ses vêtements. Elle lui fit un petit signe de la main et fila, toute nue, craignant qu’il ne la rappelle. Elle se rhabilla dans l’entrée, tremblante, avant de franchir le seuil avec soulagement.

Caroline ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même, elle s’était jetée dans la gueule du loup sans réfléchir, trop impatiente, n’écoutant que ses désirs. Quel fiasco ! Elle retiendrait la leçon. La prochaine fois, elle se montrerait prudente.
Son corps, lui, n’était pas tout à fait en phase avec ces sages résolutions. Il se souvenait surtout de l’excitation, de la jouissance ressenties... Caroline se ressaisit, elle raya Philippe de ses contacts et se promit que son prochain rendez-vous à l’aveugle, s’il avait lieu, serait à la hauteur de son fantasme. Même sans voir son amant, elle en voulait un jeune et beau !
II - Entorse au programme

Sa récente expérience dans le noir ne dissuada pas Caroline. Sa contrariété s’était même calmée. Après tout, tant qu’elle ne voyait rien, elle n’avait pas eu à se plaindre... Jusqu’au moment fatidique de la découverte du visage du vilain menteur. Elle aurait bien volontiers retenté l’aventure, finalement très excitante.
Quelques semaines plus tard, elle accepta sans hésiter un nouveau rendez-vous sans se voir, avec un homme plus jeune qu’elle, cette fois. Un peu de chair fraîche lui ferait oublier sa dernière mésaventure ! Pierrick semblait très séduisant, il était même craquant, avec ses grands yeux bleus. Il venait de quitter ses parents, s’installait dans son studio.
— Il était temps que je vole de mes propres ailes, j’en pouvais plus ! Tu seras ma première invitée...
Caroline souriait, amusée de son enthousiasme. Elle lui demanda une photo récente, histoire d’éviter les mauvaises surprises, et reçut aussitôt un selfie. Pierrick était décidément vraiment mignon, elle accepta le rendez-vous sans hésiter, les yeux fixés sur sa photo. Un beau brun, barbu, musclé d’après ce qu’elle pouvait deviner, plus jeune qu’elle, certes, mais viril, sûrement tatoué. Elle frémissait en imaginant des mains impatientes la déshabiller, la caresser, effleurer son sexe…

Pleine d’allégresse, Caroline se mit en route vers le studio de Pierrick, elle espérait seulement qu’il n’était pas puceau. Elle souhaitait un amant expérimenté, pas un débutant intimidé par une dame au point de vouloir faire l’amour dans l’obscurité, avec des mains moites et une érection fléchissante. Elle se rassura, ce genre de rendez-vous ne pouvait émaner que d’un homme ayant déjà bien vécu, cherchant à pimenter ses rencontres.
Elle se présenta à nouveau devant une porte entrebâillée qu’elle poussa, le cœur battant. Les volets du studio avaient été soigneusement baissés, elle referma la porte derrière elle, et se retrouva plongée dans le noir total, indécise.
— Tu vas tout droit, le lit se trouve au fond de la pièce. Viens vite, je suis tout excité !
Guidée par la voix, Caroline s’avança à l’aveuglette. Mais cet étourdi avait omis de préciser qu’en raison de son emménagement récent, quantité de cartons traînaient partout. Ils étaient invisibles dans le noir et formaient un véritable parcours du combattant, empilés en désordre. Elle se cogna une fois, deux fois. Caroline jura et se frotta les genoux, légèrement refroidie. Elle poursuivit sa route avec précaution, les mains toujours en avant pour contourner les obstacles, de plus en plus stressée.
Elle ne réussit pas à éviter un objet à terre, un tapis enroulé peut-être. Elle s’y prit les pieds, trébucha, avant de s’effondrer de tout son long sur le sol. En voulant se relever, elle ne put retenir un cri de douleur. Paniqué, le jeune homme alluma sa lampe de chevet et se précipita pour l’aider. Il était totalement nu et Caroline constata que son érection était en train de fondre comme neige au soleil. Si la jeune femme n’avait pas eu aussi mal, la situation l’aurait fait sourire. Mais elle avait plutôt envie de pleurer tant sa cheville enflée la faisait souffrir. Lorsqu’elle était enfant, elle s’était fait deux grosses entorses, sa cheville était restée fragile. Pierrick l’aida tant bien que mal à s’asseoir sur un fauteuil, inquiet. Il se sentait coupable. Comment avait-il pu être assez stupide pour laisser tous ces cartons ? Il s’agenouilla, prit le pied de Caroline dans sa main, lui arrachant un gémissement. Il n’y avait aucun doute possible, elle venait de se blesser.
— Je t’emmène aux urgences, ma voiture est garée en bas, juste devant l’immeuble.
Caroline secoua la tête. Elle ne souhaitait qu’une chose, s’enfuir au plus vite, se retrouver seule avec sa cheville tordue. Elle le remercia de son offre, rassembla ce qui lui restait de dignité, et sortit du studio à cloche-pied, en grimaçant. Et de la vie de ce grand benêt.
III - Surchauffe

Quelque peu échaudée par ses dernières aventures, Caroline hésita longtemps avant d’accepter une nouvelle rencontre dans le noir. Elle était devenue méfiante, craignant de tomber encore dans un piège. La jeune femme se contentait des rendez-vous habituels dans des cafés.
Son fantasme gardait tout son pouvoir cependant, elle y pensait souvent, et finit par se remettre en quête du candidat idéal. Cette fois, c’était elle qui allait choisir sa proie. Elle se lança dans des sélections de profils, tria, prit des contacts... Elle les élimina tous les uns après les autres. Bientôt, il ne restait plus que Thomas.
Ils bavardèrent longtemps, échangèrent des messages, des SMS, des photos. Il la fit rire, la séduisit avec son énergie, son enthousiasme. Caroline ne résista plus, elle s’avoua vaincue et accepta de venir chez lui, pour tenter de réaliser son fantasme une nouvelle fois. Sans en avoir l’air, elle le soumit à une batterie de questions afin d’être sûre de ne pas s’exposer à une mauvaise surprise. Il y répondit de bonne grâce, pimentant ses propos d’allusions coquines qui la firent bien rire.
Elle se sentit confiante, cette fois, en pénétrant une fois encore dans un lieu inconnu, toutes lumières éteintes.
Thomas l’attendait, elle le rejoignit sans encombre jusqu’à son lit. De puissants bras d’homme se refermèrent sur elle. Tremblante de désir, elle enfouit sa tête contre un torse légèrement velu, qui fleurait bon le savon. Une barbe la fit frissonner tandis que des lèvres douces déposaient des baisers sur ses joues, dans son cou, avant de se poser sur les siennes. Leur baiser fut long, savoureux, moelleux ; Caroline mourait d’envie de faire l’amour. De grandes mains la déshabillèrent rapidement pour explorer son corps de caresses. Les doigts ne tardèrent pas à atteindre son intimité toute moite, ils s’y arrêtèrent un instant, la fouillèrent délicatement. Ils la quittèrent, une queue raide réclamait son dû. Thomas mit un préservatif et la pénétra aussitôt, commençant à aller et venir avec vigueur.
C’était si bon d’être prise ainsi avec passion, et même un rien de sauvagerie ! Caroline s’abandonnait au plaisir qu’elle sentait monter irrésistiblement. Elle accompagnait les mouvements de son partenaire avec enthousiasme, se réjouissant de l’orgasme grondant dans son corps, sur le point d’exploser.
Soudain, quelque chose la déconcentra, un étrange phénomène se produisait. Thomas avait tellement chaud qu’il transpirait abondamment. Des gouttes de sueur perlaient sur son front et tombaient en pluie sur le visage de la jeune femme. Cela devint vite franchement désagréable. Elle avait beau tourner la tête en tous sens, l’averse tiède continuait de se déverser dans son cou, ses oreilles. Son partenaire dut croire qu’elle manifestait son plaisir, aussi accéléra-t-il l’allure. Il prit sa tête entre ses mains, empêchant toute tentative d’échappatoire.
Le summum fut atteint quand une goutte de sueur tomba directement dans son œil, la brûlant horriblement. Thomas paraissait sur le point de jouir, Caroline n’eut pas le cœur d’interrompre son orgasme. Elle ferma les yeux, endura le déluge salé qui inondait ses joues, sa bouche. Sous l’effet de l’irritation de son œil, elle se mit à pleurer, rajoutant ses larmes au désastre, le visage désormais complètement trempé. Il ne jouirait donc jamais ! Galvanisé, Thomas poursuivait sa cavalcade avec force, il semblait capable de tenir encore des heures. Excédée, Caroline le fit basculer sur le côté, l’obligeant à changer de position. Elle s’essuya au passage avec le drap, tout aussi mouillé que ses joues et son ventre. Légèrement dégoûtée, elle le chevaucha comme une furie, espérant en finir au plus vite. Il ne résista plus, poussa enfin un long râle de plaisir.
Caroline ne s’attarda pas, elle se précipita sous la douche, et resta longtemps sous l’eau tiède, dans l’espoir de calmer son œil enflammé.

Elle ne rappela pas Thomas.
Tout compte fait, elle renonça définitivement à rencontrer des inconnus dans le noir.
Pierre et les louves
Julie-Anne de Sée


I - Mission Jacuzzi

Suzon, comme l’appellent affectueusement ses deux employés dans la petite entreprise qu’elle a créée, croule sous les appels de clients. Même si l’électricien, Jean-Marie, et Pierre, le plombier, ne rechignent jamais à la tâche, elle se demande si elle ne va pas devoir recruter un autre artisan. Jamais elle n’aurait songé, un an auparavant, en ouvrant sa société de dépannages, qu’elle aurait un tel succès. La qualité irréprochable des travaux effectués par ses deux ouvriers n’y est certainement pas étrangère. Suzanne a su donner sa chance à ces deux hommes si dissemblables : Jean-Marie a la petite cinquantaine, le cheveu grisonnant et la brioche naissante. Pierre est un jeune et beau garçon de dix-huit ans, débarqué un an plus tôt de sa Normandie natale dans la capitale, simplement avec son CAP en poche et un maigre bagage. Suzanne avait publié une offre d’emploi, il y avait répondu. Le courant était immédiatement passé, il fut embauché. Suzanne ne regrette pas d’avoir fait confiance à ce tout jeune homme en lui donnant son premier vrai travail : les retours des clients sont toujours très positifs.
Aujourd’hui, quand il arrive au « siège » – une pièce de l’appartement de Suzanne pompeusement baptisée « Bureaux » –, sa patronne l’attend impatiemment, un grand sourire aux lèvres.
— Bonjour, mon p’tit, ne te pose pas, tu pars tout de suite. Un problème de jacuzzi qui ne fait plus de bulles. Tiens, voilà l’adresse… Va !
Elle lui met dans la main un bout de papier sur lequel elle a griffonné le nom d’une rue du 16 e arrondissement de Paris et celui de la station de métro la plus proche : rue de la Pompe.
— C’est drôle ça, comme nom de station, surtout quand je vais réparer ce genre de matériel !
— Tu ne crois pas si bien dire, répond Suzon, qui affiche un sourire de plus en plus hilare. Allez, sauve-toi, et… prends tout ton temps, je connais bien ces clients, ils sont exigeants !
En sortant du métro, Pierre emprunte la rue de la Pompe et se dirige vers le numéro indiqué sur son papier. Il sonne à l’interphone, pénètre dans le hall au sol de marbre d’un bel immeuble en pierres de taille. Il délaisse l’ascenseur pour grimper quatre à quatre l’escalier aux marches recouvertes d’une épaisse moquette rouge. Au cinquième, il sonne à l’unique porte palière. Elle s’entrouvre, la tête blonde d’une jeune femme apparaît dans l’entrebâillement. Après qu’il s’est présenté, elle ouvre plus largement pour le faire entrer, referme derrière lui. Pierre est totalement ébahi, a du mal à en croire ses yeux. Elle lui demande de la suivre pour le mener à la salle de bains. L’appartement est immense. Ils traversent un salon aux dimensions de hall de gare, contournent un piano à queue avant d’arriver dans une salle à manger non moins impressionnante. Un couloir, ensuite, avec de multiples portes, et enfin, une immense pièce, salle d’eau au centre de laquelle trône le jacuzzi. Comme tout ce qu’il vient d’apercevoir, ce bain doit pouvoir accueillir facilement six personnes. Il est plein à ras bord, mais aucun bouillonnement ne vient en friser la surface, ce pour quoi Pierre doit intervenir.
Ce n’est pas seulement la magnificence des lieux qui impressionne le jeune homme et l’a fait rougir. La propriétaire qui lui a servi de guide ne porte pour tout vêtement qu’un string minuscule ! En lui emboîtant le pas, il a eu tout le loisir de contempler son petit cul pommé, ses mollets gentiment galbés par les hauts talons de mules noires strassées, ses seins haut perchés quand elle se tournait à demi pour s’assurer qu’il suivait bien. Très troublé, et afin de dissimuler l’effet que la tenue de la jeune femme a immédiatement eu sur sa masculinité, les oreilles en feu et le rouge aux joues, il s’empresse de s’affairer sur l’appareil dont il commence à démonter le tablier afin d’accéder au cœur du problème. Agenouillé, il a les yeux au niveau de l’eau et du haut des trois marches qui mènent aux bienfaits de la balnéothérapie. Il s’active avec son tournevis quand il prend de plein fouet la vision de la jolie dame – une vraie blonde ! – arrivée en haut des marches. Elle ôte langoureusement son string en le faisant glisser à ses pieds et, d’un petit coup agile, l’envoie vers Pierre qui le reçoit sur la tête. Rire cristallin et moqueur de la naïade qui vient de s’immerger et s’allonge sur le dos. Elle tient en travers du jacuzzi, les pointes des seins dressées vers le ciel, sa toison dorée se donnant à voir quand elle écarte les cuisses et bascule son bassin. Pierre à présent bande comme un bouc et son visage a viré au rouge écarlate. Il tente de dissimuler la bosse qui saille sous la ceinture de son pantalon, honteux et éperdu de désir. Le jeune homme ne sait quelle contenance adopter, meurt d’envie de sauter dans cette eau qu’il devine chaude encore, retrouver cette femme, la posséder ! Doit-il comprendre dans ses mouvements de sirène en rut qu’elle l’encourage à le rejoindre ? C’est qu’il n’a pas eu de nombreuses partenaires jusqu’alors, même si, aux bals de villages, les petites Normandes n’avaient pas froid aux yeux. Elle le regarde, se passe la langue sur les lèvres, l’invite semble claire… Que faire ? D’abord, se concentrer sur le travail. Il a fini d’ouvrir la trappe qui permet l’accès aux entrailles de la machine. En fait, il s’aperçoit très vite que le dérangement est minime : juste un tuyau de l’appareil qui s’est débranché et qu’il suffit de rebrancher pour que tout rentre dans l’ordre. C’est curieux d’ailleurs, l’idée traverse l’esprit de Pierre que cela aurait non seulement pu être fait intentionnellement, mais encore que cette panne qui n’en était pas une ne nécessitait pas l’intervention d’un professionnel. À peine a-t-il remis les choses en place que les bulles se mettent à sourdre de l’eau pour enrober de leur effervescence le corps nu toujours offert à la convoitise du jeune plombier dont la queue semble prête à exploser. Mais non, sa timidité, l’idée que cette merveille qui semble s’offrir est sa cliente, non, non, décidément, il ne peut pas, même s’il en meurt d’envie. Il remonte ce qu’il a dû démonter et fait constater à la dame que tout est en état de bon fonctionnement. Pour toute réponse, elle pousse un profond soupir, lève les yeux au ciel avant de lui dire qu’elle ne le raccompagne pas, il connaît le chemin. Un peu penaud, se maudissant aussi, Pierre est sur le point de sortir de l’appartement quand la porte s’ouvre, le faisant violemment sursauter. Un bel homme d’une petite quarantaine d’années entre, le toise, avant de se présenter comme le maître de céans et de lui demander, avec le sourire :
— C’est vous le plombier ? Avez-vous bien dépanné ma femme ?
Pierre s’empourpre encore, il lui semble que l’allusion est à peine voilée, bien que sa conscience soit parfaitement tranquille. Il se sauve rapidement, indique que les bureaux enverront la facture. Il regagne le bercail. Suzon lui ouvre, les mains sur les hanches et toujours ce grand sourire aux lèvres.
— Alors, demande-t-elle, tout s’est bien passé ?
Pierre raconte, déballe, mais quand il avoue n’avoir pas touché un seul cheveu de la baigneuse, sa patronne éclate de rire.
— Décidément, tu es encore bien niais, mon p’tit… Jean-Marie, lui, a été moins bête que toi et a largement profité de l’aubaine. Ces clients font souvent appel à nous. En libertins accomplis et joueurs, ils offrent toujours à notre personnel de petits extras…
II - Proposition indécente
 
— Tu n’as pas le temps de te poser, tu vas directement dans le 8 e . Une petite rue derrière les Champs-Élysées, ce n’est pas tout près. Un lavabo à changer, le client a acheté le nouveau matériel, ce sera simple et rapide. Allez, hop ! C’est parti, courage !
Pierre vient à peine d’arriver au « bureau » que, déjà, Suzon le pousse en sens inverse. Elle lui plaque en éclatant de rire un Post-it porteur de l’adresse sur le front. Le...

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