Immersion
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Description

Erotisme - 208 pages


Alice, journaliste dans un magazine féminin, enquête innocemment sur l’univers du BDSM. Elle n’en connaît que la signification des lettres — Bondage, Discipline, Domination, Soumission, Sadisme, Masochisme — et l’extraordinaire engouement du grand public pour ces pratiques réservées jusque-là à une minorité.


Sa curiosité s’éveille lorsqu’elle interviewe l’un des collaborateurs de la boutique Dèmonia. Elle se laisse tenter par une initiation qui ne fera qu’attiser son envie d’aller plus loin.


Au fil des rencontres et des soirées, fascinée par tout ce qu’elle découvre, Alice se retrouve prise dans les filets de ce monde à part. Elle oscille entre la soumission et la domination, entre ses aspirations romantiques et ses désirs sensuels, alterne les moments fusionnels et les phases volages, luttant contre l’amour fou qui menace de tout emporter.



Mais pourquoi faudrait-il choisir ? Relations BDSM, amoureuses, libertines... Alice veut tout vivre à la fois, tiraillée entre ses envies contradictoires.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 46
EAN13 9782379612541
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Immersion

Clarissa Rivière
Clarissa Rivière




Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-254-1
Photo de couverture : Shmeljov
Préambule


Ce roman est né d’un article pour mon blog, Les goûters de Clarissa . Je voulais décrire la Nuit Dèmonia en racontant une histoire avec des personnages imaginaires, des situations inventées.
J’ai mis en scène une héroïne candide qui découvre le BDSM, avec un prénom évocateur, Alice. Une journaliste curieuse qui, au hasard d’un papier à rédiger, pousse la porte de la boutique Dèmonia, et plonge dans un monde merveilleux dont elle ne soupçonnait pas l’existence. Elle se laissera tenter aussi bien par les plaisirs de la soumission que ceux de la domination, au fil de ses rencontres avec un dominant souriant, un soumis charmant.
Mon imagination a pris le relais, j’ai écrit la suite des aventures d’Alice et de son soumis en brodant allègrement, leur faisant vivre mes fantasmes les plus débridés, avec une pincée d’amour et d’humour. Les soirées, les séances s’enchaînent, ils s’attachent l’un à l’autre, au point de perdre parfois le sens des réalités.
Chapitre 1
Flânerie démoniaque


Alex lève les yeux de son écran, son chef vient d’entrer en coup de vent. Il semble lui réserver un mauvais coup avec son regard espiègle.
Le temps presse, Pierre dévoile son jeu sans attendre.
— Alex, il y a encore une journaliste d’un magazine féminin qui souhaite nous interviewer, ça n’arrête plus en ce moment. La bourgeoise découvre le BDSM ! Tu veux bien la recevoir ?
— Mais c’est toi, boss, qui t’occupes de la com ! Moi, je suis le community manager , le web designer , le geek… je cause moins quoi…
— Tu vas assurer, j’en suis sûr ! J’ai un autre truc sur le feu, bonne chance, elle ne va plus tarder.
— Tu aurais pu m’en parler avant !
Ça ne sert à rien de s’égosiller, Pierre a déjà filé.
Alex grimace, légèrement contrarié. Ce rendez-vous tombe mal, il a plein de travail, et faire des courbettes à la presse, c’est pas trop son style.
Il n’a pas le temps de râler plus longtemps, une femme se présente dans son bureau. Une cliente égarée peut-être… Elles viennent parfois, malgré le panneau « privé » posé sur la porte, espérant Dieu sait quoi.
— Bonjour, vous cherchez quelque chose ? Je peux vous aider ?
— Oui, merci, j’ai rendez-vous, je suis journaliste.
— Bienvenue, asseyez-vous ! Je suis le responsable de la boutique en ligne, et de toutes sortes de choses aussi, je vais répondre à vos questions. Je peux vous offrir un café ?

Alice balaie la pièce des yeux, un open space encombré d’ordinateurs, de dossiers, comme dans n’importe quelle entreprise, à une nuance près : la présence d’objets insolites. Des masques de démons, divers accessoires pour pimenter sa vie sexuelle traînent sur les bureaux, en attente de test ou de référencement sans doute. Il est impossible de les ignorer, ils s’exposent, indécents, tel ce godemichet imitant à la perfection la réalité. Ils attirent son regard, la distraient, l’embarrassent aussi ; il est si tôt encore ! La sexualité, c’est comme l’alcool, pas avant la fin de matinée en ce qui la concerne… La curiosité l’emporte, elle observe de plus près. Ce plug, il semble immense, certaines réussissent vraiment à se l’insérer « là » ? Et ces chaussures, comment marcher avec des talons aussi vertigineux ?
Elle s’assoit, sort son calepin pour se donner une contenance, et pose sa première question.
— Merci de me recevoir ! Pouvez-vous me présenter votre boutique ?
Alice s’efforce de rassembler ses idées, de retrouver ses réflexes de journaliste et son professionnalisme. Elle exerce ce métier depuis des années, elle a interviewé des centaines de personnes, sur tous types de sujets, pourquoi est-ce différent cette fois, qu’est-ce qu’il lui arrive ? Certes, il ne s’agit pas de smartphones ou de maquillage, mais de sextoys, de menottes et d’accessoires variés dédiés au plaisir.
Une excitation d’adolescente remplace son flegme légendaire, des frémissements parcourent sa peau. Elle se tortille sur sa chaise, chatouillée, agacée par ces fourmillements électriques. Elle n’est pas née de la dernière pluie pourtant, elle a même hérité de cet interview en raison de sa sensibilité érotique. Ses dernières publications portent sur le libertinage, sujet qu’elle connaît bien ; elle s’y adonne de temps en temps.
Elle prend des notes mécaniquement, opinant du chef à l’intention d’Alex. Il est hors de question qu’il perçoive son trouble ! Elle a du mal à se concentrer sur ses explications, chacun de ses mots l’enflamme, fait naître des fantasmes. Elle commence même à ressentir une tension au creux des jambes. Elle les croise, les décroise nerveusement et se sent rougir jusqu’aux oreilles ! Comment fait-il pour évoquer tranquillement des sujets aussi torrides, sans la moindre gêne ?
Il la regarde fixement, un léger sourire aux lèvres. Il semble lire dans ses pensées, son regard devient taquin, même s’il se montre toujours aussi pédagogue dans ses réponses. Alice baisse les yeux, elle renonce à écrire, éperdue. Car en plus de mener une interview sur l’un des thèmes les plus sulfureux de sa carrière, elle se trouve devant une sorte de Viking au regard perçant, barbu, musclé et tatoué !
Elle doit absolument se reprendre. Elle avale une gorgée de café et grimace. Il est froid, mais il lui donne le petit coup de fouet nécessaire pour prêter à nouveau une oreille attentive. Alex est en train de lui décrire l’utilisation du Womanizer, le fameux sextoy plébiscité par les femmes. Alice voit tout à fait ce dont il s’agit, on en a parlé dans le magazine quand il est sorti. Mais c’est une chose de lire l’article d’une collègue, c’en est une autre d’écouter un homme expliquer son fonctionnement, ses effets… Un homme sexy en plus. Les pensées d’Alice sont en ébullition. Sa voix grave, le sujet évoqué... Elle se maudit de s’emballer autant, quand lui reste professionnel, factuel, tout en continuant d’analyser la jouissance des femmes en expert. Il connaît leur corps, le mécanisme de leur désir, la magie de l’orgasme, sur le bout des doigts. C’est sûrement un amant fabuleux, il maîtrise si bien les secrets du plaisir et le mystère de la féminité.
Alice enlève sa veste, s’évente avec son carnet ; il fait un peu trop chaud dans cette pièce.
— Tenez, un petit cadeau !
Alex lui tend un éventail estampillé « Dèmonia ».
— On les offre en soirées, il fait souvent très chaud ! Et ils sont utiles ici aussi… bon, surtout l’été normalement.
Aucune trace d’ironie dans sa voix, Alice retrouve une certaine assurance en maniant l’éventail, l’air lui fait du bien. Elle sourit intérieurement, un éventail, l’accessoire romantique par excellence ! Plus maintenant...
— Merci ! Je me suis trop couverte ce matin… J’ai bien compris ce qu’est, hum, un stimulateur clitoridien, j’aimerais que l’on aborde vos autres produits phares.
Vite, changer de sujet, ne plus parler d’orgasme, de désir ; le sien devient palpable. Alex ne fait aucune remarque, il se lance dans la description du catalogue de la boutique. Si Alice espérait respirer, elle se trompait lourdement. L’atmosphère se réchauffe encore avec les explications détaillées de tous les supplices imaginables, de magnifiques photos en noir et blanc à l’appui : jeunes femmes menottées, écartelées... Des photos intimes, émouvantes et excitantes à la fois.
— C’est le patron qui les prend, il est doué !
Alice, de plus en plus oppressée, préfère abréger l’entretien. Tant pis, elle se débrouillera pour rédiger son article. Elle balbutie des remerciements, elle a envie de visiter le magasin.
— Bien sûr, n’hésitez pas à revenir me voir si vous avez des questions, vous pouvez laisser vos affaires ici, si vous voulez.

Telle Alice au pays des merveilles, la journaliste entre dans un nouveau monde, un immense espace dédié aux plaisirs du BDSM et ses jeux particuliers, tout est prévu pour endurer ou infliger de délicieuses souffrances. Elle se dirige naturellement vers les rayons les plus familiers : les vêtements. Des jupes, des bustiers, des robes s’offrent à perte de vue ! Toutes ces tenues lui donnent envie de faire la fête, de la façon la plus décadente qui soit, dans une orgie de cuir ou de vinyle. Elle ne résiste pas à la tentation d’en essayer quelques-unes. Elle se tortille pour se glisser dans une combinaison moulante, se sent toute nue dans des robes fines comme une seconde peau, aux décolletés vertigineux, indécentes à force d’être courtes. Elle enfile des soutiens-gorge qui ne cachent rien, un corset. Il est difficile de le lacer seule, elle l’abandonne à regret, n’osant appeler à l’aide le vendeur concentré derrière la caisse. Elle palpe discrètement les différentes matières, s’imprègne du contact étrangement doux, collant du latex, hume l’odeur du cuir... Son choix s’arrête sur une robe noire toute simple en wetlook, facile à enfiler… et à retirer ! Elle épouse parfaitement ses formes, Alice se trouve sexy, dangereuse ; une amazone des temps modernes investie de nouveaux pouvoirs ! Elle en oublie sa mission tant elle se pique au jeu.
Elle quitte enfin la cabine d’essayage, prête à affronter les rayons des accessoires. Elle ne prend pas le temps de se changer, elle garde sa robe fetish. En cette heure matinale, il y a peu de clients encore, elle pourra juger de l’effet dans un miroir, une fois équipée d’un martinet ou d’une cravache. La panoplie complète de la domina, il ne lui manquera qu’un soumis au bout d’une laisse !
Elle ne fait que passer, songeuse, devant la vitrine des cages de chasteté. Les masques contraignant la respiration lui donnent la chair de poule, elle se détourne aussi des instruments gynécologiques, des pinces à seins... Elle préfère contempler longuement les plugs brillant comme des bijoux, les sextoys pleins de promesses, les jolis masques vénitiens en dentelle de métal, avant de s’arrêter devant un mur couvert de martinets. Un martinet noir et rouge attire son attention. Il est en daim, très doux. Elle le manipule avec précaution.

Alice sursaute, Alex vient de surgir à ses côtés. Il s’empare du martinet.
— C’est un martinet warm-up , il est parfait pour démarrer une séance, préparer la peau avant les martinets en cuir. Il faut y aller progressivement pour que le plaisir soit au rendez-vous ! Je vais vous montrer…
Tout en parlant, il promène les lanières du martinet sur ses bras nus, dans son cou, pour qu’elle éprouve la douceur de cette caresse particulière.
— Il est tellement doux qu’on peut même en jouer sur les seins…
Alice frissonne, de frayeur et de désir mêlés.
— On peut l’utiliser plus fort aussi. On va le tester sur la paume de vos mains, si vous êtes d’accord.
Comme une écolière d’autrefois, la journaliste tend ses mains et reçoit quelques coups de martinet administrés d’une poigne de fer. Alex sait parfaitement mesurer sa force, il dose ses coups afin qu’ils la réchauffent tout entière, sans lui faire mal.
Il lui fait un clin d’œil.
— Jolie robe ! Je vois que vous vous équipez de pied en cap ! Un conseil : avant de s’improviser dominatrice, il faut connaître les sensations de l’autre côté de la barrière, expérimenter la soumission. Fermez les yeux !
Alice obtempère aussitôt. Elle ne sait pas trop pourquoi… il est si sûr de lui ! Il agit avec naturel, la jeune femme se sent en confiance, elle s’abandonne. Il n’y a pas l’ombre d’une ambiguïté entre eux, ou s’il y en a, c’est de son fait, à elle. Alex veut simplement lui montrer, lui apprendre, l’aider à découvrir cet univers en sautant quelques étapes. Elle pousse un petit cri de surprise, il est en train d’enrouler autour de sa tête une sorte de scotch.
— Ne craignez rien, ça ne colle pas, c’est du bondage tape , il ne colle que sur lui-même, c’est pourquoi je fais deux tours. Voilà, vous avez les yeux bandés ! Je pourrais l’utiliser aussi pour vous lier les mains, mais je vais prendre de vraies menottes.
Il tire ses bras en arrière, accroche les menottes. Le clic de fermeture fait bondir le cœur d’Alice.
— Si vous êtes souple, je pourrais attacher vos chevilles, les relier à vos bras…
Alex ne lâche pas ses poignets. Il sent son pouls s’accélérer, sa peau devenir moite ; Alice s’est tendue. Il préfère la libérer, ça fait peut-être beaucoup pour une première fois, même si elle semble avoir quelques dispositions. Il a bien noté la façon dont elle lui a obéi sur-le-champ, fermant les yeux tout de suite, et son abandon ensuite, quand il l’a attachée.
Il enlève le bondage tape.
— Vous pouvez ouvrir les yeux. Je vois que vous aimez bien les oreilles de chat !
Il lui sourit, amusé. Alice lève les yeux, elle a oublié d’enlever un serre-tête avec des oreilles en cuir noir.
— Vous devriez aimer le thème de notre prochaine soirée : Contes de fées , vous êtes déjà en chatte bottée avec ces oreilles et vos bottes ! Tenez, c’est pour vous, cela vous aidera à compléter votre article !
Encore étourdie, Alice prend les papiers que lui tend Alex, deux invitations pour la Nuit Dèmonia. Sur le billet, l’Alice du conte de fées, vêtue d’une robe en latex bleu ciel, lui fait signe de la suivre plus loin au pays des merveilles. Elle balbutie des remerciements, des paroles confuses. Elle doit partir, elle est en retard.
— Revenez quand vous voulez si vous en avez besoin pour votre travail ! Ou pour des emplettes… Sinon, je chercherai une chatte bottée lors de la Nuit Dèmonia !

Alice n’attendra pas cette soirée, elle a déjà envie de le revoir. Elle n’a pas osé poser toutes ses questions ni essayé toutes les robes. Elle voudrait tester d’autres choses aussi, un martinet de cuir, et puis le paddle, la roue crantée peut-être.
Pourvu que ce soit Alex qui l’accueille à nouveau.
Chapitre 2
Première séance
 
 
Alice se mordille les lèvres nerveusement, elle tourne et retourne un message dans ses pensées. Elle aimerait écrire à Alex, lui dire qu’elle souhaite le voir. C’est sans doute un peu tôt, sa visite de la boutique Dèmonia est si récente, que va-t-il s’imaginer… Elle secoue la tête, elle doit vraiment arrêter ces enfantillages, ces hésitations ridicules ; elle n’a plus quinze ans ! Elle est journaliste, elle a besoin de lui pour rédiger son article, et il lui a proposé son aide, c’est aussi simple que ça. Son papier n’avance pas, sa rédac’chef vient de la relancer.
Elle ignore la petite voix qui tente de lui souffler quelque chose. Il ne s’agit pas uniquement de conscience professionnelle, d’autres motivations inavouables sont en jeu, comme un regard brûlant et des bras forts, son trouble quand il lui a bandé les yeux, l’a attachée. Elle aimerait renouveler l’expérience, pourquoi se le cacher ! A-t-elle frissonné de peur, parce que c’était la première fois, ou de plaisir ? Elle n’arrive pas à savoir à quel point cela lui a plu. Elle sait seulement qu’elle a aimé ces sensations inédites, être prise en main, qu’on s’occupe d’elle... Elle voudrait recommencer.
Alice se concentre, elle n’écoute plus que la voix de la raison et ses arguments imparables : si elle veut être crédible dans ses propos sur le BDSM, elle doit donner de sa personne, s’imprégner de l’ambiance, vivre une séance pour de bon, se mettre dans la peau d’une soumise, au lieu de se contenter de paroles en l’air. C’était trop court la dernière fois pour qu’elle réalise vraiment ce qui se passe.
Elle dira à Alex qu’il lui faut tester d’autres pratiques pour en parler en toute connaissance de cause, ressentir leurs effets dans sa chair, en douceur comme il l’a fait avec son martinet noir et rouge. Un martinet qui orne à présent le bureau mis à sa disposition le temps de son enquête. Elle caresse souvent distraitement ses lanières, au grand amusement de ses collègues qui rient sous cape. Ce reportage sur le sadomasochisme lui tourne la tête ! Alice surprend leurs regards, elle se sent jugée, moquée. Elle se promet de regagner son indépendance dès qu’elle aura terminé sa mission. Elle pensait que ce serait sympa de rejoindre un magazine prestigieux, de faire partie d’une équipe, mais finalement, comme dans sa vie personnelle, elle tient à sa liberté plus que tout ! Elle travaillerait mieux dans la quiétude de son appartement, loin des regards inquisiteurs et des commérages. Il lui tarde de retrouver son statut de free-lance, elle qui se réjouissait d’avoir décroché ce contrat ! Dès qu’on empiète sur sa liberté, c’est plus fort qu’elle, elle n’a qu’une envie, s’enfuir, le plus vite possible.
Elle prend une grande inspiration et lui écrit, sans tergiverser plus longtemps : 
 
Bonjour ! Merci encore pour notre rendez-vous de jeudi dernier. J’aimerais creuser plusieurs points, et je me pose des questions sur certains accessoires. Quand puis-je revenir vous interviewer sans vous déranger ? En fin d’après-midi, cela m’arrangerait mieux. En vous remerciant...
 
Ils seraient plus tranquilles à l’approche de la fermeture, et puis, qui sait, quand tout le monde sera parti...
Alex l’étonne une fois de plus, simple et direct :
Venez à partir de 19 h 30, comme ça, nous serons seuls.
 
Alice minaude, ravie.
Je ne voudrais pas vous obliger à faire des heures sup' quand même...
 
Pas de souci, ce sera avec plaisir ! Quand vous voulez, prévenez-moi la veille pour vérifier que je ne suis pas en rendez-vous à l’extérieur.
 
Les pensées en effervescence, Alice ferme sa messagerie ; elle préfère s’en tenir là. Elle se met à tripoter rêveusement son martinet. Elle l’apportera, histoire qu’il vive son baptême du feu. 
 
Quelques jours plus tard, Alice se présente devant la boutique et sonne, le cœur battant. Elle se promet de rester sur un plan strictement professionnel, rien dans son attitude ne trahira son trouble. Elle gardera une parfaite maîtrise d’elle-même, posera ses questions, méthodiquement, justifiera son enquête avec des arguments soigneusement préparés… Mais Alex ne lui laisse pas le temps de dérouler ses beaux discours, il perturbe d’entrée de jeu toutes ses bonnes résolutions. Il l’accueille en lui tendant une minuscule robe en wetlook, Alice bredouille un timide merci. Elle se demande si elle va réussir à l’enfiler.
— Pour comprendre le BDSM, le mieux c’est d’en faire pleinement l’expérience ! Je peux vous décrire pendant des heures les différentes pratiques, la gamme des martinets, leur effet sur la peau… mais rien ne vaut le fait de l’éprouver soi-même, directement sur son corps. Vous allez mettre cette robe ! Plonger dans l’ambiance, s’immerger dans cette atmosphère si particulière, cela commence par les vêtements, ils nous métamorphosent, nous préparent… Ensuite, on peut aussi prévoir des bougies, de l’encens, de la musique classique, selon les goûts, mais attention à ne pas tomber dans des clichés. L’essentiel, ce sont les sensations. Laissez-vous aller, vous devez juste me faire confiance et savourer le plaisir de l’abandon.
Alex noue le lacet au dos de sa robe, Alice se retient de rire, il la chatouille. Il complète sa tenue en fixant un collier de cuir autour de son cou, avant de poser un bandeau soyeux sur ses yeux, une douce caresse sur son visage qui l’aveugle totalement. Alice apprécie le poids du collier, une contrainte légère qui en annonce d’autres. Elle ne voit rien, se retrouve impuissante et n’a d’autre choix que de se laisser faire. Elle s’en remet à son initiateur, attendant son bon vouloir. C’est agréable de ne plus surveiller son langage, son attitude, de ne plus se soucier d’être à la hauteur, de ce qu’il pense, de n’être plus qu’un jouet entre ses mains ! Elle doit absolument graver ses impressions dans sa mémoire, ce sentiment unique de ne plus s’appartenir : elle n’a pas choisi sa robe, elle est privée de la vue, un collier symbolise sa condition, elle ne sait pas ce qui va lui arriver... Le trac lui noue le ventre, mais l’impatience et la curiosité l’emportent. Elle se sent en confiance.
 
Alex saisit son bras et la guide dans une salle au fond du magasin. Il lui retire le bandeau des yeux. Alice découvre une pièce très claire, équipée d’une immense croix de Saint-André.
— C’est le studio de Pierre, c’est là qu’il prend ses belles photos pour le site, le blog, le calendrier... Je vais vous bander les yeux à nouveau, on ressent mieux quand on ne voit rien, la vue prime sur les autres sens sinon. Si vous ne vous sentez pas bien, si j’y vais trop fort, n’hésitez pas à me le dire, je m’adapterai. Mon but est de vous initier aux plaisirs du BDSM, de vous les faire aimer peut-être, alors on va y aller gentiment…
— On choisit un safe word  ?
— Si vous voulez… Je préfère que l’on reste connectés, guetter vos réactions, observer votre peau se colorer, vos expressions... l’utilisation du safe word sonne la fin de la séance. Ne vous inquiétez pas, je lirai sur votre visage à livre ouvert, même sans voir vos yeux ! Cependant, si vous y tenez...
Alice prend sa respiration, d’autres soucis la préoccupent.
— Vous allez me faire tester le fouet aussi ?
— On manque de recul dans cette pièce. Si vous souhaitez l’expérimenter, il faudrait vous rendre dans certaines soirées.
— Comme la Nuit Dèmonia ?
— La Nuit Dèmonia est tout indiquée pour découvrir le milieu fetish et le BDSM, mais la pratique du fouet nécessite pas mal de place, et mille cinq cents personnes, cela représente beaucoup de monde, trop pour une véritable séance de fouet, même si on en voit parfois. D’autres soirées sont mieux adaptées, nous en reparlerons si vous voulez. Aujourd’hui, je vous propose de reprendre là où nous nous sommes arrêtés la dernière fois, avec le martinet en daim que vous avez acheté, car c’est un martinet warm-up , recommandé pour démarrer. Ensuite, je vous ferai goûter quelques-uns des produits de la maison... Tournez-moi le dos, appuyez-vous contre la croix, oui, comme ça. Pour l’instant, je vais m’en tenir à des caresses. Tout va bien ?
Alice ne répond pas, concentrée sur les frôlements des lanières du martinet sur sa peau. Elle tente d’analyser le flot d’émotions qui la submerge, avant de lâcher prise et recevoir de plein fouet un tsunami de sensations dans tout son corps. La séance est lancée. Alex change de martinet, son geste se renforce, les caresses de cuir gagnent en intensité. Être privée de la vue exacerbe ses autres sens, elle l’entend inspirer quand il prend son élan, juste avant que les lanières ne s’abattent sur ses fesses.
Alex cesse de la flageller, Alice guette le moindre bruit pour essayer de deviner ce qui l’attend. Chaînes cognant contre le bois de la croix, clic des menottes autour de ses poignets : il va l’attacher ! Il écarte ses bras, arrime les menottes aux anneaux en métal situés aux extrémités de la croix. Le BDSM emprunte tant à la religion : les symboles, les rituels… l’esthétique aussi ! Elle en parlera dans son article. C’est sa dernière pensée consciente avant de perdre le contrôle et d’offrir son dos, ses fesses, ses jambes, aux morsures des lanières du martinet. La voix d’Alex la ramène brusquement à la réalité.
— Vous êtes prête à supporter des sensations plus fortes ?
Alice se raidit. Elle est prise de vertiges, sa tête tourne, elle n’est pas certaine de vouloir aller plus loin. 
— Vous semblez un peu anxieuse... Il faut se détendre pour profiter d’une séance ! J’ai une idée avant de passer aux choses sérieuses, pas d’inquiétude, vous n’aurez pas besoin de safe word .
Alex la détache le temps de la retourner, avant de l’attacher à nouveau, dos à la croix cette fois.
Un léger vrombissement se fait entendre, un petit moteur se met en marche... un sextoy ! Alex l’approche, le place au bon endroit sous sa robe. Alice reconnaît aussitôt un Womanizer, même si elle n’a pas eu l’occasion de le tester. C’est plus doux, plus précis qu’un sextoy traditionnel. Infiniment plus efficace... Demain, elle s’en achète un ! Ne rien voir lui permet d’oublier l’environnement, l’homme qui manie l’engin. Elle s’abandonne à ses sensations, au plaisir qui monte, irrésistible, et explose. L’orgasme déferle dans son corps, plus fort que jamais, car elle est attachée, et ne peut se tordre en tous sens à sa guise.
La jouissance lui a toujours donné une folle envie de faire l’amour, et cette fois, c’est pire encore, rien ne peut calmer son excitation, elle voudrait être possédée, aimée passionnément. La frustration la rend dingue, elle ne parvient pas à libérer ses mains, impossible d’attraper son tortionnaire. Si elle ne peut être prise, alors, elle appelle les coups de tous ses vœux, qu’ils anéantissent son désir inassouvi. Elle est prête à être battue à toute volée, les coups de cravache remplaceront les coups de reins. Tout pour apaiser ce désir qui la consume et compenser l’absence de sexe ! Rajouter d’autres brûlures sur sa peau, et être comblée, différemment.
Alice bascule dans une nouvelle dimension et s’y plonge corps et âme. Un univers de sensations pures, il n’y a plus de temps ni de lieu. Il la frappe lentement, fermement, pour l’éternité, de façon hypnotique. Des endorphines se libèrent, jaillissent en un torrent, baignent son cerveau et l’emmènent dans un monde où douleur et plaisir se confondent.
Alex se tait, il la laisse voyager, partir loin, perdre conscience avec la réalité et profiter de ces sensations bienheureuses. Il varie les instruments, monte peu à peu en puissance, afin qu’elle éprouve des souffrances de plus en plus intenses et de la guider en douceur sur ce chemin exigeant.
 
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