Le jardin extraordinaire
8 pages
Français

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Le jardin extraordinaire

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Description



Le jardin extraordinaire


Un jardinier séduit et aime une femme grâce à son jardin.





Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 29 novembre 2012
Nombre de lectures 18
EAN13 9782823806137
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

couverture
Michèle Larue

Le jardin extraordinaire

12-21

 

« Et si le propriétaire savait qu’une étrangère visite son jardin ? »

Depuis que nous avions franchi le portail flanqué d’une haute maison de gardien aux murs rouges, la question me brûlait les lèvres. Nous traversions une forêt de bambous. Les larges épaules d’Ahmed me précédaient. Son corps épais glissait en silence entre les tiges feuillues. Après la pluie s’élevait du sol jonché de feuilles jaunies une odeur de glaise. Le premier paysage, une allée d’immenses phœnix robelini au cœur d’une palmeraie, m’avait estomaquée.

— Où as-tu trouvé tous ces arbres centenaires, Ahmed ?

— Près d’Agadir, le long de la côte atlantique. Le gouvernement voit toutes ces transplantations d’un mauvais œil ces derniers temps. Les arbres arrivent désormais de nuit à Marrakech.

Ahmed avait balisé le jardin de belvédères. Un paysage chassait le précédent grâce à un savant calcul des perspectives. Debout sous un auvent de bois rare, nous communions devant la beauté d’oliviers bicentenaires dont l’allée filait maintenant sous nos yeux. Une végétation arachnéenne baignait les troncs, dans le style d’un jardin anglais.

— Il faut dix-huit jardiniers pour les sept hectares de terrain. J’ai créé ce jardin pour un Allemand qui vient deux semaines par an.

La simplicité maghrébine de ses propos renforçait le sentiment d’intimité que la contemplation avait fait sourdre en moi.

Cette fois, sous une coupole de céramique bleue, deux personnes tenaient tout juste, l’une devant l’autre par pudeur, comme dans certains ascenseurs. Je sentais son corps brûlant derrière moi. Une humidité froide montait de la terre. Liautey disait du Maroc que c’était « un pays froid avec un soleil brûlant ». Poussée par la fierté de connaître les pratiques locales, je posai une question indiscrète.

— Le propriétaire a investi au Maroc au moment où l’Europe a adopté l’euro ?

— Comme la plupart des étrangers qui ont acheté ici. Les Marrakchi ont accepté des valises entières de lires, de marks et de d’euros. Le Marocain n’est pas très regardant lorsqu’il s’agit d’argent.

Jalouse du bien d’autrui pour la première fois, j’étais curieuse de savoir quelle manne avait permis à un individu de s’offrir le paradis sur terre.

— Dans quel secteur d’activité travaille le propriétaire ?

— La ferraille.

Un ange souillé de toute la suie du Rhin descendit du ciel. Un nouveau belvédère pavé de briquettes formant au sol une marqueterie nous confrontait à une dune de satin semée de cactées géantes. Au-delà de ce désert artificiel, on apercevait l’Atlas.

Quelques nuages moutonnaient à l’horizon comme dans un ciel de Michel-Ange. Ahmed m’offrit son bras, manche retroussée au coude, pour descendre les marches. Je m’y appuyai légèrement.

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