Les doigts de pieds en bouquet de violettes - Dictionnaire coquin de l amour et du sexe en 369 expre
141 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Les doigts de pieds en bouquet de violettes - Dictionnaire coquin de l'amour et du sexe en 369 expre

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
141 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Exceptionnellement, le livre le plus chaud de l'été sera à classer au rayon dictionnaires.Le dictionnaire coquin de l'amour et du sexe en 365 expressions :Avoir les pieds en bouquet de violettes, s'envoyer en l'air, faire la culbute, cultiver son jardin, travailler la vigne du Seigneur, défriser le petit buisson, arroser le bouton, aller à Béziers, aller à Anvers, faire la bête à deux dos, faire catleya, mener Popaul au cirque, laisser le chat aller au fromage, mettre le petit Jésus dans la crèche, rentrer la voiture dans le garage, faire coulisser l'andouillette, jouer au bilboquet, jouer des cymbales, faire un carton, faire dunlopillo, voir les anges, aller au bonheur, aller aux fraises, courir l'amble, allonger les étriers, donner l'aubade, faire un carton, battre le beurre...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 septembre 2013
Nombre de lectures 12
EAN13 9782360753406
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les Doigts de pied
en bouquet de violettes

Dictionnaire coquin de l’amour
et du sexe en 369 expressions







Sylvie Brunet

© Les Éditions de l’Opportun
16, rue Dupetit-Thouars
75003 PARIS
http://editionsopportun.com

Éditeur : Stéphane Chabenat
Marketing éditorial : Sylvie Pina Geudin
Suivi éditorial : Clotilde Alaguillaume / Servanne Morin (pour l’édition électronique)
Conception graphique : Marion Alfano/ Olo.éditions

ISBN : 978-2-36075-340-6

« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.

Ce document numérique a été réalisé par Pinkart Ltd

« Pensez au sexe, par exemple. L’amour physique conjugal, c’est l’acte répété. L’élément de répétition prédomine sur quelque variation qu’il puisse survenir d’une fois à l’autre. »
David Lodge, Thérapie.


A peine une poignée de mots. Et toujours les mêmes, précis, concrets et sans fioritures : faire l’amour, baiser, tirer, niquer (et son verlan quèn ), serrer, se faire, se taper, démonter, défoncer, troncher.
Mai 68 est déjà loin. Il n’y a plus de combat à mener pour libérer les mots du sexe des interdits qui pèsent sur eux, il faut juste les rendre efficaces, efficients : vagin, verge, orgasme, fellation, cunnilingus , ces mots autrefois qualifiés de « gros », que, pour reprendre Montaigne, « nous ne pouv[i]ons seulement honnêtement nommer », sont devenus monnaie courante. Dans le même temps, on est passé d’une absence quasi totale du sexe à une présence permanente, on est passé de l’évitement par le silence et du contournement par la métaphore à l’étalage connivent d’un discours sexuel modulé en continu par la publicité et les médias. De telle sorte que, si vous demandez aujourd’hui à une adolescente, immergée avec tous les adolescents dans ce bain tiède, son avis sur la question, il y a de fortes chances qu’elle vous réponde sans sourciller qu’elle « s’en bat les couilles », avant de se replonger dans sa lecture du best-seller du moment – narrant, déclinées en cinquante interminables nuances, les étapes de l’initiation sexuelle d’une étudiante par un richissime jeune homme d’affaires –, qu’elle n’interrompra que pour se rendre à l’anniversaire d’une amie, à qui elle apportera en cadeau un sex-toy en forme de petit canard…
Ce brouhaha sexuel va de pair avec une méconnaissance générale des fondements du vocabulaire érotique. Grande serait sans nul doute la surprise de notre adolescente lambda d’apprendre que le « con », qu’elle prend pour un imbécile, est, en fait, le nom plus ancien pour désigner son sexe, que « déconner » ne veut pas dire faire n’importe quoi mais s’applique à l’origine au pénis sortant du con féminin, et que foutre , qu’elle considère comme un synonyme à peine familier de faire, incarnait crûment depuis le xiii e siècle l’action de faire l’amour !
Quant à la multitude des images qui firent la chair du propos érotique depuis l’Antiquité, force est de constater que, si un tout petit nombre connaît encore les faveurs des conversations d’aujourd’hui (telles tirer un coup, s’envoyer en l’air ou tremper son biscuit ), la plupart a sombré dans l’oubli : pourquoi dire feuille de rose quand tout le monde comprendra anulingus , faire voir la feuille à l’envers ou emmener Popaul au cirque quand on peut dire sans détour baiser ? Comme si, par la sexologisation du vocabulaire érotique, qui tient à distance les multiples reflets de la métaphore (par définition incontrôlable, disant toujours autre chose que ce qu’on dit), on voulait s’assurer d’appréhender le sexe à la façon de n’importe quel autre domaine, afin de lui assigner une case dûment étiquetée, quelque part entre l’hygiène, le bien-être et les loisirs… C’est cependant ignorer que les images s’inscrivent aux sources mêmes du vocabulaire sexuel : foutre , qui vient du latin futuere , reposerait sur une racine signifiant planter , le vagin à son sens premier était une gaine, un fourreau, et le vit , que l’on connaît encore grâce à la contrepèterie restée célèbre depuis Rabelais À Beaumont le Vicomte (À beau con le vit monte), était d’abord un levier…
Prenant le contrepied de cet ample mouvement de fonctionnalisation du langage érotique, on proposera ici un voyage à travers la langue libre et ouverte des métaphores transcrivant l’acte sexuel, depuis les origines du français jusqu’à aujourd’hui. Guidés par l’assistance éclairée de bons auteurs littéraires et des meilleurs compilateurs de la verve populaire, on apprendra peu à peu à voir malice sous tous les mots… À commencer par cette « introduction » elle-même, qui revendiquera haut et fort son sens de mot obscène , que lui attribuait Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues !
Pour ce faire, se prévalant du proverbe ancien – et, assurent certains, dûment vérifié par l’expérience – qui a bon nez a bon membre, on jettera à la face du lecteur ce que le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand lança au vicomte de Valvert, lorsque ce dernier lui déclara platement qu’il avait « un nez… très grand » (I, 4) :
— Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme…
En variant le ton, par exemple, tenez :

c


J usqu’à il y a à peine quelques courtes décennies, tout ce qui avait trait au sexe s’entourait traditionnellement de silence : « Qu’a faict l’action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire, et si juste, pour n’en oser parler sans vergongne [honte], et pour l’exclure des propos sérieux et réglés ? Nous prononçons hardiment tuer, desrober, trahir ; et cela, nous n’oserions qu’entre les dents » observait Montaigne dans ses Essais (III, 5).
De fait, ellipse, indétermination et euphémisme constituèrent au long des siècles les principaux moyens d’expression de l’idée sexuelle. Gardant en mémoire que Rabelais, digne héritier d’un Moyen Âge volontiers paillard dont les origines remontent à la comédie ancienne d’Aristophane, se demandait dans Le Tiers Livre et Le Quart Livre , à propos du sexe féminin, « comment a nom ? », on aura cependant soin d’approcher ces travestissements stylistiques avec la certitude qu’ils trahissent autant un aveu malicieux d’impuissance à trouver le mot juste qu’une impossibilité de nommer.
Dans tous les cas, il se révélait d’un usage très pratique de remplacer le terme en question par un mot d’allure savante. C’est ainsi que le recours au latin permettait, en plus d’entourer le propos d’une obscurité bienséante, de lui conférer une majesté certaine : on se servait couramment au xviii e siècle pour désigner le sexe de la femme de la conjonction quoniam , signifiant « puisque, parce que », ou de quoniam bonus (ou bono ), « parce qu’il (est) bon », locution qui désigna également au xix e siècle, selon Rigaud, un « gros imbécile », le lien entre sexe féminin et crasse bêtise étant, comme on aura l’occasion de le démontrer plus bas, aisément établi.
On trouve aussi des exemples anciens avec la locution tu autem , « mais toi », et quasimodo , « de la même façon que », qui n’ont pas été retenus pour leur sens mais parce qu’ils appartenaient à des prières bien connues : formule de conclusion des leçons du bréviaire ( tu autem Domine miserere mei , « toi, Seigneur, prends pitié de moi ») et, lors de la messe du premier dimanche après Pâques, premier mot de l’ introït ( quasimodo geniti infantes , « comme des enfants nouveau-nés ») qui désigne l’« entrée » et qu’on retrouvera plus bas, dans les expressions classées au chapitre Pieux .
Latine loqueris ? Comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, en parlant du sexe on s’exprime encore aujourd’hui en latin : le phallus, qui était le membre viril, symbole de fertilité, porté dans les fêtes en l’honneur de Bacchus, a été importé en français en version originale, de même que le pénis et l’utérus, qui ont gardé leur forme et leur sens d’origine. Le coït vient du participe passé du verbe latin co-ire signifiant littéralement « aller avec, ensemble ». Le cunnilingus ou cunnilinctus ainsi que l’anulingus (ou anilingus, anilinctus), que la littérature des libertins du xviii e siècle ne connaissait pas encore, employant pour désigner ces caresses le verbe aujourd’hui tombé en désuétude gamahucher , ils viennent de la réunion de deux mots latins : cunnus (le con) ou anus et le participe passé du verbe lingere , lécher. Quant au faux pénis, le godemiché, il vient (peut-être) d’une forme d’impératif latin, gaude mihi , « réjouis-moi » !
On pouvait aussi faire purement et simplement disparaître le terme jugé incongru en lui substituant d’énigmatiques points de suspension ou le cache-sexe d’un astérisque. Technique qui a traversé les siècles, plus soucieuse de respecter les interdits que la vraisemblance narrative : « Va te faire f », faisait ainsi sortir Stendhal de la bouche du caporal Aubry à l’adresse d’un général ayant trahi l’empereur, sous l’œil éberlué de son héros Fabrice faisant ses premiers pas timides sur un champ de bataille, dans La Chartreuse de Parme. À quoi Alphonse Allais répondait, dans ses Contes humoristiques , avec sa malignité habituelle : « Va te faire f… ! Ce dernier mot en toutes lettres » ! Technique qui sévissait encore en 1946, lorsque Jean-Paul Sartre publia sa pièce de théâtre La Putain respectueuse qui devint, deux ans avant que son auteur ne fût mis à l’ Index librorum prohibitorum par le Vatican, La P… respecteuse . Et l’on pouvait aussi remplacer les termes incriminés par des mots permis, ainsi que, à l’instigation du duc de Montausier, les textes des auteurs grecs et latins avaient été revus ad usum delphini , pour servir à l’étude du Dauphin, fils de Louis XIV. Appliqué à la pièce de Sartre, cela aurait pu donner, avec un peu d’imagination, La Poupée respectueuse ou… La Pédicure respectueuse !
Ces troncations, on s’en doute, ont toujours, et à toutes les époques, magnifiquement servi les œuvres, comme s’en amusait Louis de Landes, dans l’introduction à son Glossaire érotique de la langue française publié à Bruxelles, en 1861 : « Est-il meilleur moyen de l’y fixer [l’attention] que de ne pas imprimer le mot tout entier, puisqu’alors on est forcé de faire des efforts d’imagination pour retrouver ce qui a été omis. […] On croirait vraiment que ce moyen a été inventé par quelque libertin. »


P our évoquer l’acte sexuel proprement dit, on pouvait, en lieu et place des mots directs, opter pour des pronoms qui, en dépit de leur nature dite « démonstrative » (cela) ou « personnelle » (l’, le, la), permettaient de maintenir l’objet du discours dans une imprécision et un flou de bon aloi :
Le faire
Relevé dès le xv e siècle.
Se le faire faire ou se le laisser faire
Ces deux derniers étant surtout appliqués à une femme.
« La LXVI e nouvelle traicte d’une jeune simple femme de village qui se le laissa faire pour des souliers et à la requeste de son mary les redonnast, comme cy après vous sera dit. » (Ph. de Vigneulles, Les Cent Nouvelles nouvelles , 1515)
Faire cela ou ça
« Que moyennant vingt écus à la rose,
Je fis cela , que chacun bien suppose. » (F. Villon, Ballade , xv e siècle)
Faire ça qu’est bon
Faire , le verbe d’action par excellence, entre dans la composition de très nombreuses locutions exprimant le rapport sexuel, acte fondateur s’il en est. On pouvait aussi user de pronoms qui, cette fois, portent bien leur nom d’« indéfinis » : tout, je ne sais quoi, quelque chose, rien…
Avoir eu ou fait quelque chose avec une femme ou un homme
C’est avoir couché ensemble, « une ou plusieurs fois », précise Delvau.
« Me veut-on accuser d’ avoir fait dans ce bois
Quelque chose avec luy contre ce que je dois ? » (H. de Racan, Les Bergeries , 1632)
Ou bien préférer des adverbes locatifs qui préciseront le lieu de l’action : devant, par-devant, derrière…
Mettre dedans
« Elle remuoit et tempestoit, se tresmoussant si fort que je ne sçay si j’ay mis dedans ou dehors. » (Fr. Béroalde de Verville, Le Moyen de parvenir , 1610)
À l’instar de Rabelais, on peut aussi feindre de n’en pas connaître ou d’en avoir oublié le nom exact, et faire appel à des termes génériques et vagues : truc, chose, cas, fait . Ainsi, les variations autour de « la chose » sont très courantes depuis le xvi e siècle, le masculin le chose étant réservé à l’organe masculin ou féminin. Très tôt aussi fut forgé le verbe du premier groupe choser pour transcrire l’action de :
Faire la chose, la bonne chose, la meilleure chose du monde, la chose de nuit, la choserie ou la chosette
Ce dernier étant un diminutif qui ajoute une dimension de jeu et de légèreté.
« Ce beau sexe n’a plus de pudeur sur le front
Si vous ne l’en priez, vous luy faites affront
Et s’ il fait la chosette , il veut bien qu’on le sçache. » (J. du Lorens, Satires , 1646)
Faire la chose pourquoi
Datée également du xvi e siècle, elle semble faire écho au quoniam latin.
L’expression date du xvi e siècle, casé pouvant désigner le membre masculin (alias cas pendu ) ou féminin (dit aussi cas à barbe ), mais aussi être pris comme substitut d’un mot désignant une partie du corps commençant par la même lettre, montrer son cas . Il faut savoir que cas , spécialisé dès le Moyen Âge dans le domaine du droit pour désigner une affaire, un délit, constitue en même temps une ancienne forme du mot chas , trou de l’aiguille où l’on glisse le fil…
« Qui a froid aux pieds, la roupie au nez, et le cas mou,
S’il demande à le faire, c’est un fou. » (F . Béroalde de Verville, Le Moyen de parvenir , 1610)
Aller au fait
Révèle dès le xvi e siècle une nature franche et directe, qui ne s’encombre pas de préliminaires inutiles.
« Il crut qu’ au fait il pouvait droit aller
Sans blesser sa délicatesse. » (A. Piron, Poésies badines et facétieuses , xviii e siècle)
Faire le truc
S’est spécialisé au xix e siècle dans le vocabulaire de la prostitution pour désigner le racolage et un rapport tarifé. De la même façon que chose, machin ou bidule, il s’emploie également pour désigner ce qu’on préfère ne pas nommer, le sexe masculin ou féminin.
« D’abord, il m’a dit qu’il s’rongeait d’chagrin de m’voir faire le truc sur les boulevards. » (F. Carco, Jésus-la-Caille , 1914)


c



M ais comment parler de la « chose » plus clairement sans pour autant la dire ? En quels termes l’évoquer dans les salons, en toute bienséance, sans offusquer les oreilles des jeunes filles ni encourir les foudres des dames ? Le registre de l’amour courtois, la rhétorique de la galanterie et les itinéraires raffinés de la carte du Tendre offraient une palette de couleurs pastel du plus bel effet dont nos ancêtres usèrent largement.
Faire la cour
Entretient un flou artistique sur le stade où en est la relation, quand le sens obscène prêté à la locution laisserait supposer que la cour est déjà bel et bien faite !
« Dès que tout le monde fut retiré, elle lui écrivit un petit billet, ne doutant pas qu’il ne vînt lui faire la cour dans son lit » (Voltaire, La Princesse de Babylone, 1768)
Avoir accointance
« Jamais ils ne purent avoir accointance mystique l’un de l’autre, qui fut cause qu’après plusieurs procédures, R. fut déclaré impuissant »
(F. Béroalde de Verville, Le Moyen de parvenir , 1610)
Le nom accointance et le verbe s’accointer , que l’on gratifiera volontiers aujourd’hui d’un sens péjoratif (cf. « il a des accointances dans le milieu du grand banditisme »), s’employaient, dès le Moyen Âge, pour parler d’une relation amicale entre deux personnes, avant de s’appliquer à une certaine relation entre un homme et une femme.
Avoir eu (ou pris) quelques libertés
… Avec quelqu’un, ou plutôt quelqu’une, puisque l’expression est relevée par Furetière en 1690, pour désigner un « homme qui a eu des privautés suspectes avec une femme ».
« Resté à sa toilette, dont il me parut que les plus essentiels devoirs lui étaient tout à fait nouveaux, je pris avec elle quelques libertés » (Crébillon Fils, Lettres athéniennes extraites du porte-feuille d’Alcibiade, 1771)
Recueillir le fruit de l’amour
Métaphore poétique qui nous donne un avant-goût du jardin où nous nous promènerons plus bas.
« Ce fruit d’amour vaut bien la peine qu’on le cueille . » (J. Mairet, Les Galanteries du duc d’Ossonne, 1636)

L’image peut même se faire plus précise, sans pour autant porter atteinte à la pudeur :
Se joindre charnellement (ou se joindre)
Attesté dès le xvi e siècle, l’adverbe charnellement s’employant couramment en opposition à l’adverbe spirituellement .
« Charnellement se joindre avec sa parenté
En France, c’est inceste ; en Perse, charité. » (M. Régnier, Les Satires , 1609)
Avoir de l’intimité avec quelqu’un
S’est appliqué à une liaison amoureuse à partir du xviii e siècle.
« Bonaparte apprit à cette seconde femme à lui devenir infidèle, ainsi que l’avait été la première, en trompant lui-même son propre lit par son intimité avec Marie-Louise avant la célébration du mariage religieux » (F. de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe , 1848)
Dans la langue moderne, il semblerait que le prolixe San-Antonio lui-même, alias Frédéric Dard – patronyme qui le prédestinait au maniement des concepts érotiques, le dard étant, en plus de l’aiguillon de certains animaux, une ancienne arme de jet ! –, se soit également essayé (une fois n’est pas coutume) à la périphrase pudique dans l’expression :
S’engager dans une histoire d’amour
Expression presque fleur bleue si, en y regardant à deux fois, on ne finissait par voir anguille sous roche dans le choix du verbe s’engager !
Des sonnets d’amour du xvi e siècle aux tragédies classiques, vaste est le réservoir de locutions qui peuvent être gratifiées de sous-entendus sexuels :
Éteindre, ralentir sa braise
« Triomphez bien heureux, jouyssez de vostre aise
Et estaignez l’ardeur de l’amoureuse braise . » (J. Yver, Le Printemps , 1572)
Une braise d’autant plus incontestablement amoureuse qu’à la prononciation, la langue peut fourcher et lui retirer son r !
Céder à la flamme, aux ardeurs
Expression qui laisse entrevoir, derrière une noble formule, un désir très très impérieux.
Subir les derniers outrages
S’applique à dissimuler sous des termes du registre élevé ce qu’il faut bien appeler un viol.
« Le docteur Cullerre [parlait] de la possibilité pour une femme de subir les derniers outrages pendant le sommeil hypnotique, sans qu’elle en ait au réveil la moindre conscience. » (A. Belot, Alphonsine , 1887)
Toutefois, croire que le mot baiser , au siècle des grands auteurs de théâtre, n’avait que le sens pudique d’embrasser, et que c’est seulement par la suite qu’il se serait spécialisé dans le coït, est un contresens que dénonçait déjà Duneton dans La Puce à l’oreille , en 1978 :
« Que les élèves se rassurent, ils n’ont pas l’esprit plus mal tourné que les spectateurs du Malade imaginaire , lesquels éclataient bel et bien de rire en 1673 au “baiserai-je, papa ?” [ … ] En réalité baiser , coïter, est à l’origine un euphémisme de foutre – le terme exact – et remonte dans cet emploi au moins au xv e siècle, sinon plus haut. »
Quoiqu’il faille assurément attendre le xviii e pour baiser à couilles rabattues et le xix e siècle pour préciser le trait par la plume de Delvau : baiser à la papa, à la dragonne, en épicier, à la paresseuse ou sur le pouce , il y a tout lieu de croire qu’on ne lisait pas le premier vers de ce sonnet de Louise Labé composé en 1555 sans arrière-pensée : « Baise m’encor, rebaise moy et baise. »



T oujours dans la même veine euphé- mistique, on peut transcrire la relation physique en une subtile gradation de manifestations effusives allant de la joie à la liesse :
Faire la belle joie , la petite joie
En évoquant le mot joie , viennent immédiatement à l’esprit les filles de joie dont Brassens nous assure que « c’est pas tous les jours qu’elles rigolent », ainsi que les joyeuses qui désignent en argot les testicules. De fait, avant d’incarner en français moderne un sentiment qui se manifeste, la joie, de la même famille étymologique que se réjouir et jouir (du latin gaudere ), s’appliquait anciennement à la jouissance amoureuse.
C’est à ce titre-là qu’elle se communique et se partage à deux :
Se donner de la joie
Goûter les joies de ce monde
« Ils soupèrent, puis ils se couchèrent, puis s’embrassèrent, et puis ils firent la belle joye. » (F. Béroalde de Verville, Le Moyen de parvenir , 1610)
Avoir contentement
Contenter l’envie , ses désirs
Cette expression – et la précédente – suggère des amants (ou, du moins, l’un des deux) comblés, ayant atteint la pleine mesure de leur satisfaction, des amants « contents » au sens premier du mot, à savoir apaisés parce qu’ils ont obtenu tout ce qu’ils désiraient (cf. avoir son content, tout son content ).
« Puisqu’un autre a contentement
De son amour encommencé. » (J. Grévin, Les Esbahis , 1562)
« On prétend que s’il a encore envie des filles, il ne peut plus guère contenter ses désirs . » (Colette, Claudine à l’école , 1900)
À distinguer de la satisfaction, qui, selon Littré, beaucoup moins étendue que le contentement, et « bornée à une circonstance particulière », ne serait en définitive qu’assouvissement d’un désir immédiat…
Nuances qui se révèlent somme toute de peu de poids pour nos amants engagés dans un rapport sexuel :
Se donner de la satisfaction
« Mais il l’effondrera, la malheureuse ! Car c’est un rude mâle et, comme disent les cuisinières, capable de donner bien de la satisfaction à une femme. » (G. Flaubert, Correspondance , 1852)
Céder au désir impérieux, mener l’acte d’amour jusqu’à son achèvement, permettent donc de retrouver le calme et la sérénité :
Accomplir son désir , plaisir
« Il disait à ses gens de la tenir par les bras tandis que Robin accompliroit son désir. » (Ch. Sorel, xvii e siècle)
(Se) faire bien aise
Relevé par Le Roux dans son Dictionnaire comique (1718) comme signifiant « dans le sens libre, donner du plaisir à une femme ». Il existe une autre version de ce contentement, l’adjectif « aise » suggérant explicitement dès ses emplois les plus anciens l’idée de confort et d’épanouissement du corps.
« Car une fille ne veut jamais accorder de parolle ce qu’elle laisse prendre de fait, et est bien aise d’estre ravie. » (O. de Turnèbe, Les Contens , 1584)
Aller au bonheur
On n’est plus du tout dans la demi-mesure avec cette expression qui marque un état de satisfaction maximale, et s’est répandue dans le langage familier du xix e siècle.
« La mère Laroche, soixante-quatorze ans : “Eh bien ! Louis, on ne va pas souvent au bonheur ?” » (Ed. et J. de Goncourt, Journal , 1852)
Être le plus heureux des hommes
Périphrase très courante au xviii e siècle pour signifier qu’on entretenait une relation charnelle avec une dame.
« Elle était émue, elle soupirait : je ne trouvai plus qu’une faible résistance, et je devins le plus heureux des hommes . » (Ch. Pinot Duclos, Les Confessions du comte de °°° , 1742)
Prendre charnelle liesse
Cette expression, fréquemment employée au xvi e siècle, ne laisse pas de sonner étrangement à nos oreilles modernes habituées à ne plus entendre la liesse dans un contexte intime mais comme une manifestation de joie collective (cf. la foule en liesse ).
« Et les amoureux en joye et liesse à l’ayde d’Amour jouyrent longtemps de leurs plaisirs. » (J. Flore, Contes amoureux , 1537)
En montant d’un cran, on parviendra même jusqu’à la félicité, dont Flaubert rappelle, dans son Dictionnaire des idées reçues , qu’elle est « toujours parfaite ».
Faire la félicité de quelqu’un
« Thérèse répondit fort ingénûment que, pour le présent, elle ne connoissoit pas de plus grand bonheur que celui de faire ma félicité » (C. Godard d’Aucour, Mémoires turcs , 1743)
Et l’émotion suscitée peut être assez forte pour arracher des larmes :
Pleurer entre les deux guichets
On peut gager que le verbe pleurer , comme son antonyme, rire , qui dès le xvi e siècle, transcrivait à lui seul l’acte sexuel, traduit ici les débordements d’une joie excessive. Mais pas seulement… Les sécrétions lacrymales sont de toute évidence à rattacher à d’autres sécrétions corporelles, l’argot de la fin du xix e siècle attribuant à pleurer soit le sens d’uriner (cf. aller faire pleurer le gosse que Cellard date des années 1930) ou de décharger , à savoir éjaculer. Par ailleurs, Oudin relève déjà en 1640 l’expression potière du petit guichet pour désigner une sage-femme (alors qu’en argot moderne, le petit guichet désignera plutôt l’anus), et le Dictionnaire de l’Académie , dans son édition de 1762, explique que le guichet est « une petite porte pratiquée dans une grande », guichets désignant les « petites portes d’une ville, d’une forteresse, d’un château, d’une prison ». Ainsi, le pénis est assimilé à un prisonnier introduit dans sa prison par les petites portes du sexe féminin…
D’autres préfèrent témoigner des marques de tendresse :
Faire un câlin
L’expression, apparue vers la fin des années 1970, qui substituait à l’acte sexuel l’image rassurante d’une caresse enfantine, présentait l’avantage incontestable de pouvoir tomber dans toutes les oreilles, et elle a connu une grande faveur dans le langage de la publicité et dans la langue familière.
« Dire baiser à la place de dire faire l’amour , d’accord, c’est peut-être grossier. Mais employer à la place l’expression : Faire un câlin , alors ça, je trouve ça de la plus obscène des vulgarités. » (J.-L. Benoziglio, La Voix des mauvais jours et des chagrins rentrés , 2004)
Sentir douceur d’homme
Expression prononcée par une femme, qui, plus qu’à la tendresse de l’échange, fait implicitement référence à la sensation que procure à un sexe féminin le contact avec un sexe masculin, lequel jouera également ici le rôle de friandise, sucrerie, sens couramment attribué à « douceur(s) » au xix e siècle.
« Il y a plus de quarante ans que je n’ai senti douceur d’homme. » (T. Desaccords, xvi e siècle)
Ou bien apporter des preuves de considération ou d’attachement profond :
Donner des preuves d’estime, d’amitié ou d’amour
« Il ne m’a donné d’autres preuves d’amour que celles qu’on accorde aux prostituées. »
(Z. Oldenbourg, Les Cités charnelles ou l’Histoire de Roger de Montbrun, 1961)
Ou encore, recourir à la plus rebattue des formules :
Faire l’amour
« Ensuite, nous avons fait l’amour (on ne fait pas l’amour, c’est lui qui nous fait). »
(A. Hardellet, Lourdes, lentes… , 1969)
C’est incontestablement la reine de toutes ces expressions recensées, celle qui peut se targuer d’une très grande longévité – depuis le xvi e siècle – en même temps que d’une réussite exceptionnelle. Il faut dire qu’elle ne manque pas d’atouts : le fameux verbe faire , dont on signalait plus tôt le caractère indispensable pour transcrire l’acte sexuel, et amour , mot convoité entre tous ! Pourtant, l’idée de mettre en œuvre un sentiment est quelque peu étrange, si l’on y réfléchit… Allier le concret verbe faire à un mot abstrait pour dire la relation sexuelle fut cependant un tour très productif : faire la joie, la félicité, son vouloir, son talent, etc.
« Au xvii e siècle, explique Guiraud, l’expression a le sens abstrait de “faire la cour”, “exprimer ses sentiments amoureux.” » Il serait plus juste de dire que c’est sa valeur dominante, puisque le sens érotique de l’expression, sous-entendu dès le xvi e siècle, ne triomphera définitivement du sens courtois qu’au xix e siècle.
« Mlle De Kerkabon voulut absolument savoir comment on disait faire l’amour , il lui répondit trovander , et soutint non sans apparence de raison que ces mots-là valaient bien les mots français et anglais qui leur correspondaient. » (Voltaire, L’Ingénu : histoire véritable, 1767)


L ’un donne et l’autre reçoit, dans un rapport où les rôles s’échangent sans cesse, dirait-on aujourd’hui du rapport amoureux entre un homme et une femme. Mais cette idée n’est pas présente dans les expressions anciennes, tout imprégnées de notre héritage de la fine amor du Moyen Âge, lequel nous a fondés pendant des siècles à considérer l’amant comme celui qui quête et arrache de haute lutte les faveurs de sa dame.
Dans cette distribution des rôles codifiée, on pouvait dire en se plaçant du point de vue de la femme :
Faire le don d’amour , d’amoureuse liesse ou merci ou simplement le don de merci
Attesté dès le xv e siècle, merci étant à prendre à son sens fort de « grâce ».
« Je veux que ce soit moi qui vous ai fait le premier don d’amour » (H. de Balzac, Annette et le Criminel , 1824)
« Je ne fais que requérir
Sans acquérir
Le don d’amoureuse liesse. » (Cl. Marot, L’Adolescence Clémentine, 1538)
« Vous avez été cette nuit un des plus galants chevaliers à qui l’on ait oncques octroyé le gentil don d’amoureuse merci. » (Crébillon Fils, La Nuit et le Moment , 1755)
Avoir des bontés
« Mais que d’agrafes à défaire ou à arracher ! Le valet de chambre de Mme M°°°, pour qui les dévotes l’accusent d’ avoir des bontés , n’a pas sans doute à se livrer à tant de travaux d’accès. » (M. Yourcenar, Quoi ? L’ Éternité , 1988)
Accorder ses dernières faveurs
À savoir « les plus grandes marques d’amour qu’une femme puisse donner à un homme », comme l’explique en 1762 le Dictionnaire de l’Académie .
« On se tue à vous faire un aveu des plus doux ;
Cependant ce n’est pas encore assez pour vous,
Et l’on ne peut aller jusqu’à vous satisfaire,
Qu’aux dernières faveurs on ne pousse l’affaire ? » (Molière, Le Tartuffe ou l’Imposteur , 1669)
Combler les vœux
Expression qui, en un temps où les vœux n’étaient pas encore l’apanage du jour de l’An et des jeunes mariés, faisait allusion aux désirs amoureux.
« Car, pour combler les vœux , calmer la fièvre ardente
Du pauvre solitaire et qui n’est pas de bois,
Nulle n’est comparable à l’épouse inconstante » (G. Brassens, À l’ombre des maris , 1972)
Avoir des complaisances
« Il m’a fait entendre qu’une femme qui s’expose sur un vaisseau doit avoir certaines complaisances pour son capitaine. » (L’Abbé Prévost, Le Philosophe anglais ou Histoire de Monsieur Cleveland, fils naturel de Cromwell , 1731)
Avoir été bonne pour un homme
Expression relevée par Rigaud en 1888 avec la définition suivante : « s’être livrée à un homme, dans le jargon des bourgeoises qui ne savent rien refuser ».
Et du point de vue de l’homme :
Demander l’aumône amoureuse
« Il demanda l’aumône amoureuse. » (Ph. de Vigneulles, Les Cent Nouvelles nouvelles, 1515)
Avoir les bonnes grâces ou les bontés
« N’espérez pas que je vous laisse posséder tranquillement les bonnes grâces de la dame que vous venez de voir au château. » (A.-R. Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane, 1732)
Obtenir les (dernières) faveurs
Traduit sans détour par Delvau de cette manière : « être reçu à cuisses ouvertes » par une femme.
Ou encore, aux connotations très franchement galantes :
Avoir une bonne fortune
Signifie « qui campe un séducteur prompt à saisir l’occasion lorsqu’elle se présente ».
« Le marquis n’était ni hâbleur ni vantard ouvertement. Il était de trop bonne compagnie pour raconter les bonnes fortunes qu’il avait eues , et pour inventer celles qu’il n’avait plus. » (G. Sand, Les Beaux Messieurs de Bois-Doré , 1858)
Obtenir tout d’une femme
« Il y a une dame de considération dans le monde qui veut faire châtier un jeune homme, pour l’avoir méprisée après avoir tout obtenu d’elle . » ( L’Histoire de Zaïrette , La Popelinière, xviii e siècle)
« J’avoue aussi que quelque peu que vous accordiez, on doit en être plus flatté que d’ obtenir tout d’une autre. » (Crébillon Fils, Le Sopha , 1742)
Merci, don, bontés, faveurs, complaisances, bonnes grâces… : tous ces termes, qui relèvent d’un vocabulaire élevé allant du code chevaleresque à la rhétorique des usages de la cour, se trouvent ainsi détournés pour servir, non sans une pointe d’humour, la cause de l’imagerie sexuelle.




L ’acte d’amour peut être conçu en termes didactiques : c’est un savoir dispensé par un maître à son élève, qui fait preuve d’un zèle studieux et appliqué.
Recevoir une leçon
L’expression s’appliquait couramment à une femme initiée à l’acte sexuel, mais pouvait aussi s’employer dans la bouche d’un tout jeune homme guidé par des mains expertes, ou encore qualifier deux élèves également avides de connaissances.
« Je reçus avec autant d’étonnement que de plaisir une charmante leçon que je répétai plusieurs fois. » (J.-B. Louvet de Couvray, Une année dans la vie du chevalier de Faublas, 1787)
« Cependant nos deux jeunes amans s’étoient trop bien trouvés de la première leçon de l’amour pour ne pas retourner à son école. » (Ch. Duclot Pinot, Acajou et Zirphile , 1744)
On se souvient naturellement du Candide , de Voltaire, lu en classe de collège sous la houlette d’un professeur de français qui ne s’attardait guère sur le passage où Cunégonde, alors qu’elle se promène dans le petit bois près du château, est témoin d’une scène dont elle ne perd pas une miette :
Donner une leçon de physique expérimentale
« Un jour Cunégonde vit entre les broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile. » (1759)
Mais la matière enseignée pouvait différer sans que fût modifié le sens de l’expression :
Donner des leçons de droit
Il ne faut pas craindre de voir dans cette référence au « droit » une allusion au membre masculin en érection. Et le titre de docteur en droit s’appliquait malicieusement, au xix e siècle, où, tel le Frédéric de L’ Éducation sentimentale de Flaubert, de nombreux jeunes bourgeois, baccalauréat en poche, entreprenaient de faire leur droit, à un adepte du coït !
Sous la plume de San-Antonio, la leçon dispensée piocherait plutôt dans le domaine de l’histoire religieuse :
Expliquer ce que le Créateur avait derrière la tête lorsqu’il a conçu et réalisé les dames et les messieurs.
Les métaphores livresques abondent également :
Ouvrir son livre
Attitude studieuse dont on découvre qu’elle est exclusivement féminine, puisque le livre en question désigne le sexe de la femme.
« Ma belle à ce concert gentille
Ouvrit son livre allègrement. » ( Le Cabinet Satyrique , xvii e siècle)
« Elle se mit sur le dos et ramenant ses cuisses sur son ventre, les genoux pliés, elle ouvrit ses jambes comme un livre . » (G. Apollinaire, Les Onze mille verges , 1907)
Toujours empruntée au xvii e siècle, Duneton relève dans son Bouquet des expressions imagées (1990) la métaphore filée :
Lire dans le livre où l’on tourne les feuillets avec les genoux
On laissera au lecteur la liberté d’élucubrer sur l’intervention de ces genoux, en se limitant à l’image des feuillets chargés de symboliser le sexe féminin, comme le confirment les locutions tou rner le feuille t, tourner la page, employées pour suggérer une sodomie :
« Si quelquefois il me prend fantaisie,
Comme on dit, de tourner le feuillet,
Vous me refusez net. » (A. Piron, xviii e siècle)
Dans Le Quart Livre (XXXII), Rabelais mettait en scène Quaresmeprenant qui « écrivoit sus parchemin velu avecques son gros guallimart », image qui n’acquiert son sens leste que lorsqu’on a débusqué derrière ce « parchemin velu (ou pelu) » un pubis et sous cet incompréhensible guallimart la partie de l’écritoire où l’on met ses plumes !
Dans le même sens, utilisant le même support :
Brouiller le parchemin
L’expression impose l’image d’une peau toute barbouillée par un jet d’encre hâtif.
« Nos mignons fringants et bruyants
Qui brouillent notre parchemin. » ( Œuvres , tome 1, G. Coquillart, xv e siècle)
Et Rigaud complète, au xix e siècle, par la locution observée « dans le jargon des savants » :
Collationner les textes
Autre allusion de nature livresque :
Commencer un roman par la queue
À savoir, traduit Delvau, « baiser d’abord la femme pour laquelle on bande et, après, lui faire la cour comme si on ne l’avait pas encore possédée ». Le terme queue s’employait couramment autrefois pour parler de la fin de quelque chose – on parlait ainsi joliment, aux premiers sursauts de printemps, de la queue de l’hiver . Et l’expression prendre le roman par la queue , comme l’explique Littré, signifiait, chez Molière notamment, « vivre maritalement avant le mariage, ou parler de mariage avant de parler d’amour ». Et, plus largement, commencer le roman par la queue signifiait « commencer une histoire par où on devrait la finir ». Le jeu de mots était trop tentant pour que le vocabulaire érotique ne se saisît pas de cette queue-là…
« Dès qu’elle eut repris ses esprits, la marquise me dit : “Vous êtes un bien singulier jeune homme ! Ne vous lasserez-vous jamais de prendre ainsi le roman par la queue ?” » (J.-B. Louvet de Couvray, Une année dans la vie du chevalier de Faublas, 1787)
Dans le même registre, on disait, en argot de la fin du xix e siècle, d’une prostituée occupée par un client, qu’ elle est en lecture ou qu’ elle est sous presse .
Mais l’activité en question peut aussi requérir des compétences mathématiques :
Faire un cinq-à-sept
Expression apparue au xx e siècle, qui rappellera aux amants cinéphiles le titre d’un film d’Agnès Varda en 1962, Cléo de 5 à 7 .
Le « cinq à sept » (écrit avec ou sans traits d’union) désignait d’abord une réception organisée en fin d’après-midi, puis, en un temps aujourd’hui nimbé d’irréalité où les téléphones portables n’existaient pas, la marge horaire comprise entre le travail et le retour au foyer, qui laissait place à toutes les libertés, et en particulier aux rendez-vous galants, lesquels, même déplacés à un autre horaire de la journée, conservèrent néanmoins cette appellation chiffrée ! Pour ne pas se mettre en retard, il fallait toutefois le faire en cinq sec (qui provient, quant à lui, d’un jeu de cartes appelé l’écart é qui se remportait en une seule manche de cinq points) !
« M. Dumont, lui, trompait sa femme de cinq à sept , rentrait dîner, et à neuf heures et demie comme il disait : “Au pieu”. » (R. Crevel, La Mort difficile , 1926)
En se servant toujours du même chiffre, on pourra aussi faire cinq contre un , expression qui sert à décrire, en argot du xx e siècle, la lutte des cinq doigts de la main livrée contre un seul membre, dans la masturbation.
Pour en revenir à nos calculs coïtaux, l’expression faire compter les solives à une femme signifie, commente Delvau, « la renverser sur le dos et la baiser vivement – acte pendant lequel, tout en jouissant, elle regarde au plafond et non ailleurs. » Explication, en effet, tout à fait indispensable, puisque l’idée de jouissance est loin de s’imposer dans cette image d’une femme en train de se livrer au comptage des pièces de soutènement de la charpente, ou des toiles d’araignées suspendues du plafond, ou des fissures dans le plâtre des moulures…
« Être dans l’inaction ! C’est un martyre pour une personne aussi vive et aussi active que vous. Hélas ! Comme vous dites, compter les solives ou vous faire malade est une étrange extrémité. » (Mme de Sévigné, Correspondance , 1696)
Par ailleurs, il est tout à fait indispensable, si l’on veut prendre son pied , de bien savoir calculer !
On aura l’occasion de croiser à nouveau ce pied plus bas, mais il convient d’ores et déjà de le rallier à ses synonymes :
Prendre son fade , son taf, son mare, son pied ou son panard
Toutes expressions qui transcrivent l’idée du partage d’un butin. Dans l’argot des voleurs du xix e siècle, ces mots désignaient en effet la part qui revient à chacun des escrocs qui ont participé à une opération frauduleuse. Ainsi, fader signifie, comme le dit Rigaud, « partager, compter », et toucher son fade , « de l’ancien argot des voleurs » est « passé dans le vocabulaire des ouvriers » avec le sens de « toucher sa paye ». J’en ai mon pied signifiait, selon Virmaître, « j’en ai assez, j’ai pris la part qui me revenait », le pied étant ici l’ancienne unité de mesure équivalant à trente-deux centimètres. De là, les termes auraient été appliqués, dans le registre de la prostitution, à la part de plaisir prise lors d’un rapport, d’abord plutôt par la femme, puis par les deux partenaires. On verra cependant plus loin (cf. pâmé ! ) qu’il existe aussi des partisans d’une réelle prise du pied au moment de la jouissance…
« Du salon, nous arrivaient les rires des michetons et des gonzesses, surmontés par le gémissement invraisemblable d’une fille qui prenait son fade . » (A. Simonin, Touchez pas au grisbi , 1953)

c


L e vert paradis des amours enfantines » est effectivement aussi « plein de plaisirs furtifs » que le dépeignait Baudelaire, puisqu’il fournit un nombre notable de locutions imagées de l’acte sexuel.
Bêtifiant sous le débordement de leur joie ou par excès de timidité, les amants retrouvent spontanément le vocabulaire de l’enfance, avec ses onomatopées, ses réduplications et ses créations originales.
Faire joujou
Joujou peut représenter le sexe de l’homme ou de la femme (ou encore un simulacre d’organe comme le godemiché), et son usage désigne l’acte sexuel proprement dit. C’est donc un joujou extra qui permet, comme y invitait la chanson de Jacques Dutronc en 1966, de « faire crac boum hue ! ».
« Jérôme est ivre, il veut boire jusqu’au coma, on est assis sur un banc, je chiale, je demande à Jérôme pourquoi il a fait joujou avec moi, pendant des mois à m’enculer. » (D. Belloc, Képas , 1989)
Jouer aux billes
Les billes désignent, sans surprise, les testicules et l’expression s’est employée dès le xvi e siècle pour évoquer un rapport sexuel.
« Nos cœurs avaient faim de tendresse, nos couilles balançaient sec, dures comme des billes , nos queues nous tiraient en avant vers les grosses miches accueillantes de la rue de l’Échiquier. » (F. Cavanna,

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents