Les fleurs du bien
577 pages
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Description

L’amour, le désir, la séduction, la sensualité et la sexualité, ouvrent pour l’homme et la femme, la voie de l’épanouissement. La féminité est placée sous le regard attentif d’un homme pour qui la sexualité librement consentie, peut enrichir la vie d’un couple.


Ce roman prend le lecteur à contre-pied, bousculant les clichés et plaçant la femme au-dessus de tout. En parcourant cette histoire on ne voit plus la relation homme-femme avec le même regard. On y découvre que l’amour, la tolérance, la liberté et l’absence de jalousie, sont essentiels à une relation sereine et éternelle.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 10
EAN13 9782902427079
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les fleurs
du bien
Livre 1 : La conquête
 
Du même auteur
 
EN PLONGEANT DANS L’UNIVERS DE MA MÉMOIRE
Tome I : D’une éclosion de vie à une autre (biographie romancée)
Tome II : Histoires et pensées d’un homme-Nouvelles (essais).
2040 BASCULEMENT CIVILISATIONNEL Pour la France et le Monde
SEXUALITE-POUVOIR et RELIGION
LA SEXUALITE DANS L’HISTOIRE
LE LABYRINTHE.
 
 
Bernard Nilles
Les fleurs
du bien
Livre 1 : La conquête
 


 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant droit ou ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
©2020, Bernard Nilles
Édition : Plumes de Mimi éditions,
122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
 
ISBN : 9782902427079
 
Dépôt légal : 07/2020
 
Bernard Nilles
Bernard Nilles,  est originaire de lorraine. Il fit ses études secondaires dans un lycée de Thionville, puis passa deux années d’études supérieures à Grenoble et enfin à l’École Nationale d’Ingénieurs de Brest d’où il sortit ingénieur. Depuis, il exerça des responsabilités dans de grandes sociétés. Il interviendra dans des cabinets internationaux de conseil comme consultant et dirigeant dans le domaine du management, la communication et la motivation du personnel. Il fera sur ces sujets de nombreuses études avant de se consacrer depuis quelques années à l’écriture comme écrivain sur des sujets très éclectiques.
Pour cet écrivain les sujets qu’il traite sont d’inspiration humaniste, sociétale et politique, sans oublier que pour lui, la femme reste la solution qui pourra conduire l’humanité vers le bonheur. Or les femmes sont regardées comme des objets de plaisir. Il pense que les femmes doivent partager les pouvoirs dans tous les domaines de la vie privée et publique.
 
 
 
 
À ma femme,
       
        Source d’inspiration depuis que je l’ai rencontrée.
        Elle embellit ma vie.
 
Table des matières
CHAPITRE I : FONDATION DE LA DIMENSION SPIRITUELLE DE L’AMOUR ET DE LA LIBERTÉ
CHAPITRE II : LE CIEL EST REMPLI D'ÉTOILES À CONQUÉRIR (partie 1)
CHAPITRE II : LE CIEL EST REMPLI D'ÉTOILES À CONQUÉRIR (partie 2)
CHAPITRE III : RÉFLEXIONS ET CONFIDENCES DE JULIEN
CHAPITRE IV : L’AMOUR DURABLE CHOISI PAR LE HASARD
CHAPITRE V : ET DIEU CRÉA LA FEMME
CHAPITRE VI : L’AMOUR SE MULTIPLIAIT AVEC LES FÉMINITÉS (partie 1)
CHAPITRE VI : L’AMOUR SE MULTIPLIAIT AVEC LES FÉMINITÉS (partie 2)
CHAPITRE VI : L’AMOUR SE MULTIPLIAIT AVEC LES FÉMINITÉS (partie 3)
CHAPITRE VII : LES AMOURS D’UN COUPLE ANDROGYNE (partie 1)
CHAPITRE VII : LES AMOURS D’UN COUPLE ANDROGYNE (partie 2)
CHAPITRE VII : LES AMOURS D’UN COUPLE ANDROGYNE (partie 3)
CHAPITRE VII : LES AMOURS D’UN COUPLE ANDROGYNE (partie 4)
LE SABOT DE VENUS
CHAPITRE VIII : LA TRANSITION AVEC LE BOLÉRO DE RAVEL (partie 1)
CHAPITRE VIII : LA TRANSITION AVEC LE BOLÉRO DE RAVEL (partie 2)
CHAPITRE IX : AMOUR ET PHILOSOPHIE
CHAPITRE X : LA VRAIE NATURE MASCULINE DANS SA SYMPLECTIQUE AVEC LA FÉMINITÉ
CHAPITRE XI : AMOUR SINGULIER ET PLURIEL DANS SA DIMENSION PHILOSOPHIQUE ET SOCIÉTALE
CHAPITRE XII : LA LUXURE DES HOMMES DE POUVOIR
CHAPITRE XIII : L’EXTASE TANTRIQUE
CHAPITRE XIV : SEXUALITÉ ET HOMOSEXUALITÉ (partie 1)
CHAPITRE XIV : SEXUALITÉ ET HOMOSEXUALITÉ (partie 2)
CHAPITRE XV : LA SYMBIOSE AU FÉMININ ET AU MASCULIN
TRANSITION ENTRE LE TOME I ET LE TOME II
BIBLIOGRAPHIE
LES PRINCIPAUX AUTEURS CITES OU AYANT INSPIRE L’AUTEUR.
INDEX :
 
 
Préface
Sur la première de couverture deux orchidées appelées « Sabot de Vénus ». La pollinisation de la fleur s’effectue par des abeilles. Si l’une s’aventure et se pose au bord de la lèvre en forme de poche elle glisse vers l’intérieur et ne pourra ressortir que par le fond du calice en étant forcée d’effectuer une fertilisation croisée en déposant ou en se chargeant de pollen.
 
 
Avant-propos
  Note de l’auteur :
 
 Julien fera la découverte des mystères de la féminité dès son adolescence. Il approchera les filles et les femmes d’une façon plutôt spirituelle avant de s’intéresser à leur enveloppe charnelle. Les conquêtes se succéderont jusqu’à ce qu’il rencontre l’amour avec Sabine et Réjane. Quand il apprendra que les deux jeunes filles qu’il aime sont enceintes, il sera soumis à un choix difficile. Il fera celui de la déraison en épousant Sabine et celui de la raison en conservant sa relation avec Réjane. La conception de l’amour pour Julien est essentiellement spirituelle et le corps n’existe que pour le plaisir. Cette philosophie sera partagée avec Sabine en s’appuyant sur une volonté commune de liberté sexuelle entre les époux, exprimée dans la complicité et la confiance en évitant les aspects destructeurs de la jalousie. Sabine est belle et sensuelle avec sa longue chevelure et inspire Julien pour multiplier des expériences centrées sur le plaisir en accroissant leur amour. Il fera la rencontre avec une Indienne qui l’initiera à la sexualité tantrique. La sexualité libre permet à l’amour de se sublimer en cohérence avec chacun : « Telle est ta sexualité et tel tu es », ce qui se vérifiera dans son milieu professionnel et privé où il découvrira le comportement parfois odieux des hommes au travers d’un risque de viol pour son épouse. Il sera confronté à l’homosexualité au masculin et au féminin, ainsi que le comportement incestueux d’une amie pour des motifs inhabituels. Le couple acceptera Réjane comme amie intime. Tout au long du roman, des scènes voluptueuses et sensuelles sont décrites avec philosophie et poésie.
 

La conquête
 
Le passé venait de s’inviter au présent. Comme le cycle indéfini de la fleur, la vie obéissait à la même loi, permettant à l’espèce humaine de se perpétuer, jusqu’au jour où le mouvement et l’envie cesseraient par manque d’énergie. « Le germe engendre la fleur, puis le fruit. Mais le germe continue dans la plante, pour permettre la renaissance d’une nouvelle fleur et d’un nouveau fruit ». (1)
Platon considérait que l’homme naissait directement du sol, sans la médiation de la sexualité et de la reproduction et il ne mourrait pas en se perpétuant. «  L’homme engendré jadis du sein de la terre (…), les vieillards revenaient à l’état d’enfants, les morts enfouis en terre devaient conséquemment se reconstituer sur place et remontera la vie, entraînée par cette volte-face ». L’amour recomposait l’antique nature en s’efforçant de fondre deux êtres en un, pour atteindre l’extase. Si l’étreinte avait lieu entre un homme et une femme, ils pourraient enfanter ou prendre du plaisir ; et si elle avait lieu entre deux personnes du même sexe, la satiété du plaisir finirait par les séparer pour un temps (…) et c’est depuis ce moment-là que date l’amour inné entre les hommes.
La sagesse d’Épicure, quant à elle, invitait à jouir de la vie, non pas le plus longtemps possible, mais le mieux possible, comme une nécessité qui inspira le poète à cueillir la fleur de la jeunesse, avant que la vieillesse ne vienne ternir sa beauté et que nous ne devenions plus que les ombres apparentes de ce que nous étions. L’espoir pouvait faire jaillir quelques étincelles d’esprit avant cette issue fatale pour donner l’impression d’avoir existé.
 
Un ami de Julien, prénommé Armand, passait sa vie entre le travail et la recherche d’un jupon à séduire. Pour ses divertissements dans la continuité de l’époque où il était étudiant, il avait toujours eu besoin d’avoir une femme à conquérir pour satisfaire son grand besoin de sexualité. L’érotisme au féminin était sa seconde nature. Il aimait surtout les femmes entreprenantes, pas toujours très intelligentes, mais dont le charme et la beauté étaient toujours pour lui à l’origine de ses désirs les plus insatiables. En semaine, il s’épuisait à faire l’amour avec diverses féminités et le week-end il retrouvait avec sa femme les vraies valeurs et les sentiments qui permettaient de rencontrer le bonheur au présent. Sa philosophie de vie était de se faire du bien pour répondre aux exigences imposées par son corps, afin que son âme puisse désirer y rester. Armand ne savait pas prendre ces moments importants et utiles pour réfléchir sur des questions plus essentielles qui pouvaient donner un sens à l’existence. Agir était aussi une fuite sur le dérisoire de la vie. C’était sa manière bien à lui de vouloir exister. Gagner un contrat, un marché ou conquérir une femme restait dans la cohérence avec sa vision du monde.
Quand Julien, son meilleur ami, lui fit la remarque qu’il pensait « être » en agissant, alors que c’était justement dans ce cas-là qu’il n’existait pas, il eut sur l’instant du mal à le comprendre. En effet disait-il : « il faut réfléchir pour exister et l’action n’est que la forme exécutoire de la pensée pour atteindre le beau, le grandiose ou le sublime ». Il répondait que la remarque semblait pertinente et qu’il était grand temps qu’il y songea pour ne pas s’égarer sur de mauvais chemins avant de poursuivre sa vie. Jouir du plaisir d’une réussite professionnelle ou avoir un orgasme avec une femme était presque la même chose pour lui. Dans les deux cas, il ouvrait une bouteille de champagne pour faire remonter les bulles qui finissaient par s’évanouir en surface.
 Toute action devait être imprégnée par le sens qu’on voulait bien lui donner, afin de ne pas perdre de vue l’essentiel qui devait nous conduire vers un certain accomplissement. Chercher à irradier ceux que l’on aimait, mais aussi séduire et convaincre les hommes et les femmes par l’esprit, la qualité des raisonnements et la profondeur des sensibilités que l’on avait au fond de soi. Faire triompher l’amour sous toutes ses formes, comme l’avaient pensé et expérimenté les philosophes grecs de l’antiquité.
 
Sabine et Julien avaient fait rêver tous ceux qui les avaient connus à l’époque où ils étaient étudiants, par l’expression communicative et rayonnante de leur amour. Vingt ans plus tard, ils n’avaient pas changé, comme si le temps n’avait eu aucun effet sur eux. Sabine avait certes perdu sa longue chevelure frisottante de l’époque. Une chevelure ondoyante qui descendait sur ses épaules et s’épanouissait sur la rondeur de ses seins, quand elle les ramenait sur le devant pour en faire une parure naturelle.
Aujourd’hui avec ses quarante ans, Sabine était plus féminine que jamais, de façon naturelle, sans aucune sophistication et sa jeunesse apparaissait toujours comme une image d’arrière-plan indélébile.
Julien avait pris un peu de poids, avec une chevelure devenue plus rare. Son esprit caustique et ses idéaux étaient restés intacts, montrant qu’il avait gardé le feu sacré d’autrefois. Avec son épouse, il continuait de montrer son optimisme face à la vie pour participer au progrès, qu’il soit scientifique, technique ou humaniste. Il considérait d’ailleurs qu’un progrès scientifique qui n’avait pas d’effet sur la solidarité entre les hommes ne servait à rien.
Sur l’amour, Sabine et Julien partageaient une vision commune où ils considéraient que la sexualité devait pour chacun rester libre, dans une totale complicité et sans effet sur leurs sentiments réciproques. Leur parcours de vie était en ce sens un modèle. Julien considérait que la spiritualité était primordiale dans les premiers échanges avec une femme pour la conquérir et ensuite, tout au long de la vie. Pour eux, la sexualité n’était pas confondue avec l’amour. Seul le plaisir était recherché sous toutes les formes convenables, au même titre que tous les autres, faisant du bien à l’esprit, comme au corps.
La liberté est sans cesse confrontée à des situations nouvelles et à des valeurs évolutives, ce qui impose dans le couple un dialogue permanent pour conserver l’harmonie. Il s’agit autant de la liberté de penser, de décider, que de la liberté sexuelle ; mais aussi la liberté d’être dans son entièreté et enfin la liberté d’exister par elle-même, avec ou sans raison.
Julien plaçait la liberté au-dessus de sa propre capacité à l’accepter, faisant de la souffrance qu’elle induisait parfois, un plaisir supplémentaire pour lui-même. Pour lui, c’était l’amour qu’il fallait toujours servir en premier ; qu’il soit individuel, ou pluriel avec les autres femmes et hommes de l’espèce humaine qui en valaient la peine. Pour les autres, il estimait qu’il valait mieux passer son chemin.
            
 
 
 
Chapitre I :
Fondation de la dimension spirituelle de l’amour et de la liberté
La fleur cristalline de la création
 
Julien était né au début de la deuxième moitié du vingtième siècle, après la deuxième guerre mondiale. C’était la période dite du « baby-boom » et de prospérité économique retrouvée, appelée « les trois glorieuses ».
Sa mère avait accepté d’être fécondée par une immense armée de soldats appelés spermatozoïdes, munis de leur flagelle, pour se mouvoir en désordre. Une concurrence impitoyable s’engageait avec des mouvements de queue variés, pour aller à la conquête d’une citadelle où se cachait la plus belle fleur cristalline de la création. Un à un et en désordre, ils franchissaient monts et vallées humides, ondes de brumes et ressacs où la plupart sombraient bien avant de pouvoir franchir le dernier couloir qui menait vers le lieu protégé, là où se trouvait le fabuleux joyau.
Sur des dizaines de millions partis au départ, quelques centaines de valeureux guerriers se faisaient encore concurrence pour être gagnés par les charmes scintillants de la belle. Elle les laissa un moment montrer leurs ardeurs les plus insolites avant de décider de se laisser pénétrer par le plus mobile, le plus beau, le plus fort et donc jugé intuitivement le plus compatible. Il y avait bien un combat de conquête gagné de haute lutte par le plus valeureux de tous ces prétentieux dont elle laissa un peu de place pour qu’il entrât dans l’espace où était gardé son prodigieux trésor afin de se laisser féconder. Une osmose parfaite venait de se produire pour unir deux entités en une seule, afin de créer l’embryon androgyne d’un être unique qui deviendrait, par le plus grand des hasards, un garçon ; un être un peu plus masculin que féminin. On lui donnerait le prénom de Julien.
 
Dès cet instant, Julien fut constamment entouré par la compagnie des femmes, et ce serait le cas toute sa vie durant, comme s’il avait voulu compléter sa part féminine manquante. Sa mère avait sculpté l’être de chair en lui donnant la vie et était la créatrice des bases initiales de sa conscience.
Lors de sa première journée sur terre, il avait entendu des bruits variés qui illustraient le tumulte du monde. Il sursautait instinctivement à chaque fois, alors que ses yeux regardaient sans voir. Adulte, il remarquerait que beaucoup de personnes ne voyaient rien, tout en ayant pourtant les yeux grands ouverts.
Dans les premiers mois de son existence, il avait souvent des picotements dans son ventre, ce qui signifiait qu’un nectar blanchâtre l’attendait pour le servir. Quand il ne venait pas, il était angoissé. C’était dans ces moments privilégiés qu’il fut marqué à vie par la splendeur et les bienfaits d’un sein de femme, tout en rondeur, comme une sculpture parfaite. Les succions qu’il accomplissait par réflexe lui permettaient de vivre avant de pouvoir exister. Il découvrait sans comprendre la grandeur nourricière de la féminité.
Peu à peu, il apprenait à distinguer des formes et son environnement immédiat se révélait lentement, comme la traversée d’une nappe de brouillard qui se dissipait peu à peu.
Sa mère, comme Gaïa, la déesse mère, était à l’origine de sa vie et lui apporta tous les potentiels de sa vie future. Quand elle lui parlait, il ne comprenait rien, alors qu’il n’était pourtant pas sourd. Son cerveau retenait juste les phrases chargées d’amour, sans en percevoir le sens. Il ne faisait qu’en jouir en attendant le jour où il pourrait comprendre.  
 
La résidence de l’amour éternel
 
Les parents de Julien s’étaient mariés pendant la deuxième guerre mondiale, selon la tradition catholique, à une époque où les démocraties étaient en danger, laissant la place aux barbarismes les plus arbitraires, avec le nazisme en Allemagne et le fascisme en Italie. Au pays de Goethe, Kant, Hegel, Nietzsche, Mozart, on assassinait la grandeur de la pensée, pour construire un ordre nouveau de mille ans, promis, selon Hitler et ses sbires, à « une race dite supérieure ».
L’amour était encore le seul espace d’humanité pour ne pas sombrer. Un amour solidaire pour la patrie, singulier pour une femme ou un homme, était ce qui restait de raison de vivre, pour tous ceux qui étaient encore inspirés par l’esprit de liberté.
La mère de Julien, Christine, était l’incarnation de l’amour. C’était une jolie femme qui avait de la bienveillance auprès de tout le monde. Son fils aîné, Julien, fut imprégné par cet amour maternel, si bien qu’il regardait les femmes, comme des sources harmonieuses auprès desquelles on pouvait rencontrer le bonheur.
Frédéric, le père de Julien, avait été séduit par Christine, dont la gaîté et l’altruisme se répandaient dans le voisinage et bien au-delà, de sorte qu’on aimait lui rendre visite pour entendre sa philosophie de la vie. Elle était plutôt instruite, parlait plusieurs langues, dont l’anglais et l’allemand, en dehors du français, sa langue maternelle.
Frédéric exerçait une activité de décorateur de l’espace scénique, de pièces de théâtres jouées dans la région ; et ce fut lors d’une soirée au théâtre de la ville où l’on présentait « le Dom Juan » de Molière qu’il rencontra celle qui devint un an plus tard, son épouse. Ils s’opposèrent vivement sur le contenu libertin de la pièce, où l’on pouvait découvrir un Dom Juan séducteur et constamment infidèle, dont la parole n’avait de sens que pour séduire. Mais ils finirent par trouver leurs points de convergences pour se déclarer une fidélité éternelle.
Après leur mariage, le couple s’installa dans la demeure familiale, où cent soixante ans plus tôt avait vécu Adélaïde Déchaux, quand elle fut conquise par le jeune général révolutionnaire, Lazare Hoche, au seuil de la gloire en étant commandant de l’armée de Moselle. La beauté blonde de l’incomparable Adélaïde, vainquit le général lors d’un bal magnifique organisé en l’honneur des jeunes filles et femmes de la ville de garnison où il séjourna (1). Il tomba éperdument amoureux de cette jeune fille de seize ans. Les échanges épistolaires devinrent quotidiens, durant un an, avant de pouvoir obtenir l’accord paternel pour l’épouser. Adélaïde habitait chez son père et la maison devint un des lieux de résidence du couple. Lazare son époux, mourut quatre années plus tard en pleine gloire, emporté par une hémoptysie à vingt-neuf ans. Sa femme n’avait que vingt ans à sa mort et lui voua tout au long de sa vie un véritable culte durant plus de soixante ans. On raconta qu’à quatre-vingts ans, malgré son âge, elle rougissait encore, tant son âme était restée pure et fidèle à son glorieux époux.
Ce fut dans la chambre où le général et sa jeune épousée passèrent leurs plus belles nuits d’amour, que naquit Julien, fruit de l’amour de Christine et de Frédéric. Le père de Julien fut emporté huit ans plus tard des suites d’une erreur médicale, à l’âge de trente-six ans, laissant son épouse de trente ans, lui vouer un amour éternel durant plus de cinquante ans après sa mort.
Julien resta imprégné de l’histoire d’Adélaïde et de celle de sa mère qui eurent des destinées semblables au regard de l’amour et dans la même résidence. Elle conserva elle aussi une fidélité éternelle à son époux, disparu à la fleur de l’âge.
 Au-dessus du lit situé face aux fenêtres, une corne d’abondance était sculptée dans la pierre pour signifier qu’elle était une source inépuisable de tous les bienfaits, capable comme la chèvre Amalthée (2), de nourrir Zeus au cours de son enfance. Ce fut l’inverse qui se produisit pour ces deux femmes pour lesquelles l’amour était au-dessus de tout. Sa mère lui raconta souvent cette histoire pour qu’il s’en imprégnât comme d’un exemple d’amour spirituel indépassable. En même temps, elle poursuivait ses narrations et ses leçons moralisatrices pour faire de Julien un homme qui aimerait les femmes.
 
Le venin d’une vipère
 
La mère de Julien avait une sœur, Prudence, plus jeune qu’elle de trois ans. Quand elle épousa Frédéric, celle-ci fut habitée par une jalousie chronique et durable envers elle. Les causes de ce comportement étaient dans son âme. Elle aimait les grandes idées et ses amours se coloraient d’admiration et de passions platoniques. Pour elle, l’esprit était au-dessus de la chair, qui n’était rien. En cela, elle était en symbiose avec les Évangiles qui annonçaient que « l’affection de la chair, c’est la mort, tandis que le désir de l’esprit, c’est la vie et la paix (…) ; la chair est hostile à Dieu car elle ne se soumet pas à la loi divine et même elle ne le peut pas ». Elle avait cette vision christique où les plaisirs spirituels étaient plus féconds que ceux de la chair. Les comportements sexuels entre un homme et une femme devaient s’accomplir sans plaisir dans l’unique but de faire un enfant. L’absence dans sa vie, d’amour pour un homme unique, l’entraîna vers des amours spirituels pluriels avec des hommes inaccessibles, porteurs de grandeurs humanistes ou religieuses. Ainsi, instinctivement, elle cherchait à détruire les amours où le plaisir charnel était présent.
En sa qualité de résistante elle aimait la patrie et par là-même tous les hommes en difficulté morale ou physique, ce qui pouvait expliquer son absence d’amour pour un seul. Après la guerre, il lui fallait trouver des pôles d’intérêts nouveaux. La période de paix était facile à vivre. Cependant elle était sans gloire  ; quand la précédente avait été difficile et risquée, mais exaltante. Elle avait essayé d’épouser « Dieu » en entrant dans les ordres, chez les sœurs Carmélites  (3), mais n’avait pas osé prononcer ses vœux.
La dimension spirituelle d’un Dieu sans visage était finalement trop intangible par rapport à son besoin d’admiration auprès d’êtres visibles et tangibles, imprégnés d’esprit.
 
La paix avait transformé Prudence en vipère toujours prête à cracher son venin. Par pure jalousie envers sa sœur, elle préférait empoisonner le climat familial avec ses comportements détestables. Très souvent, Prudence orchestrait des conflits futiles pour une règle non appliquée, un désordre ou un objet ayant changé de place. Le coupable désigné était presque toujours Julien parce qu’il était le plus jeune. Mais c’était ne pas compter sur son esprit malicieux et sur la confiance que lui témoignait chaque fois sa mère en pareil cas. Ces situations rocambolesques eurent auprès de Julien un effet salutaire en lui faisant comprendre l’importance de la tolérance. Il comprit aussi qu’il était stupide de perdre du temps à vouloir régler des vétilles et que cela ne pouvait qu’engendrer des conflits inutiles. Pendant ce temps, une conscience d’enfant se construisait en imprimant dans la mémoire de Julien une image féminine détestable à l’encontre de sa tante. Elle n’obtint que très rarement satisfaction dans ses actions accusatrices, ce qui la poussait à changer d’attitude vis-à-vis de son filleul avec qui elle décida finalement de parler comme à un adulte.
Il avait une telle capacité à semer le doute auprès des grandes personnes que cela amoindrissait les effets escomptés. Piégée, elle abandonnait sans gloire et en silence le combat, dans l’attente de construire une nouvelle tracasserie. Pour Julien, il se forgeait ainsi dans sa mémoire deux images de la féminité, totalement aux antipodes l’une de l’autre. L’une idéale incarnée par sa mère et l’autre représentante de ce qu’il fallait éviter à tout prix.
 
Tolérances et vertus entre les sexes
 
Ce fut bien après le conflit mondial que Christine et Frédéric décidèrent de donner la vie à trois enfants, Julien, puis sa sœur Juliette et son frère Romain, comme pour témoigner d’une profonde espérance dans l’avenir.
La mère de julien avait un sens de la justice et de la vérité qu’elle manifestait à chaque occasion, dès qu’elle pouvait s’assurer que ses enfants avaient la capacité de comprendre. La vérité était pour elle un gage de respect pour autrui. Elle racontait que c’était au cours de l’enfance que les principales vertus pouvaient être acquises et qu’ensuite en étant adulte, on réagissait souvent par instinct ou par réflexe, plus qu’avec raison. Elle disait aussi qu’on pouvait se tromper sur les apparences et qu’il fallait toujours éclairer une situation par le dialogue avant de décider. Ce qu’elle oubliait dans ce raisonnement était que toutes les personnes n’étaient pas forcément honnêtes et en ce sens, elle s’inspirait davantage du sermon sur la montagne de Jésus disant que « si quelqu’un te frappe la joue droite, tends lui aussi la gauche » ; ce qui n’était pas la meilleure façon de régler un problème.
Pour elle, la vulgarité dans les relations était destructrice, car elle annihilait toutes possibilités d’amour entre deux personnes. Elle aimait les bonnes manières et le beau, qui avaient le pouvoir de l’entraîner vers une certaine candeur. Ces réflexions et contradictions seraient une référence maternelle dans les divers compartiments de sa vie privée et sociétale. Et l’on pourrait dire dans sa vie intellectuelle, spirituelle et sexuelle. Ainsi elle le mit au monde deux fois.
La première fois, lors d’une éclosion de vie qui fut composée de matière en potentialité d’énergie et une seconde fois en potentialité de conscience et de spiritualité tout au long de son enfance et de son adolescence.
 Beaucoup plus tard, il découvrirait qu’une pensée vraie ne pouvait jamais devenir vulgaire, quand elle était soumise au raisonnement avec un souci de tolérance et de liberté entre les sexes.
 Il pensait que la pornographie, par exemple, plaçait la femme en position de jouet sexuel pour les hommes et en ce sens elle ne faisait que véhiculer l’hégémonie du masculin sur le féminin et cela, il l’avait observé dans la Bible d’abord et dans la société ensuite. Le marché du sexe ne faisait que détruire les valeurs féminines, entraînant une partie des violences sexuelles qu’elles subissaient, en diminuant leur sécurité et donc leur liberté.
Plus tard Julien transposa sa conception égalitaire dans ses relations avec les femmes qu’il rencontrait, permettant d’élever l’amour vers le dépassement de soi et dans le respect de la liberté de l’autre. « La bête ne sera jamais Homme, là où l’Homme peut devenir bête ». Il estimait que l’homme pouvait se grandir à l’infini, mais aussi se réduire à presque rien si les vertus étaient absentes. Ne jamais rien faire dans sa vie qui pourrait porter atteinte aux valeurs acquises et construites après validation par sa raison et sa conscience.
 
Première escapade avec Louise
 
C’était le jour de la « sainte Christine » et donc celui de la fête de la maman de Julien. Il allait vers ses six ans et pour la première fois il s’échappa de la surveillance parentale. Il fut entraîné par Louise qui était venue jouer avec lui après la messe du dimanche. Âgée de trois ans de plus que lui, elle venait souvent le surveiller à la demande de sa mère. C’était la période des moissons et Louise eut l’idée de proposer à Julien d’aller dans les champs de blés qui n’étaient pas très loin, pour faire un bouquet avec les épis qu’ils y trouveraient et en faire un cadeau qu’il pourrait offrir à sa maman. En même temps, ils regarderaient le dur labeur des glaneuses qui devaient finir le ramassage des précieux épis d’épillets. Ainsi ils partirent main dans la main un peu avant midi, au moment où le soleil était presque à son zénith. Lorsqu’ils arrivèrent à la hauteur des trois glaneuses, leurs visages fatigués se détournaient du soleil pour éviter la chaleur brûlante de ses rayons. La présence des deux enfants provoqua l’arrêt inopiné du travail, comme si cela leur octroyait le droit de se reposer. L’une d’entre elles, s’adressa à Julien avec une douceur toute maternelle.
 
— Que viens-tu faire mon petit ? Viendrais-tu nous aider ?
Et lui, ne sachant quoi répondre, ce fut Louise qui répondit qu’ils étaient là pour faire un bouquet pour la maman de Julien dont c’était la fête. Avec un sourire, elle demanda le prénom de sa maman.
— Elle s’appelle Christine, annonça Julien.
—  On dirait que tu as une gentille maman pour vouloir lui faire un cadeau ! Si vous voulez, vous pouvez ramasser tous les épis de blé que vous trouverez et lui faire un gros bouquet. Il y a aussi de jolis coquelicots au bord de la route que vous pouvez prendre également ; ce sera plus joli, dit une des glaneuses.
 
Tous deux étaient songeurs, les yeux inondés par les couleurs dorées de la moisson, et leurs narines emplies de l’odeur âcre de paille sèche et de terre brûlée. Ils étaient sur le point de terminer leur bouquet quand Louise s’arrêta subitement un petit moment en pensant à la bonne idée qu’elle avait eue pour Julien. Plus tard, elle dirait à Julien qu’elle avait vu dans sa chambre le tableau des trois glaneuses peintes par son père, inspiré de l’œuvre du célèbre peintre Jean-François Millet. Elle lui dit alors que cette promenade avait été un peu prémonitoire.
Ils ne s’étaient pas rendu compte de l’heure qui passait, et n’ayant prévenu personne de leur intention, on devait certainement s’inquiéter de leur absence prolongée. Ils quittèrent les glaneuses, qui souhaitèrent en cœur une bonne fête à la maman de Julien.
Sur le chemin du retour, Louise avait les bras chargés de l’œuvre champêtre. Composée « de gerbes d’or, parsemées de papillons rouge écarlate , elle aurait mérité que le meilleur des peintres figuratif puisse immortaliser sur sa toile le spectacle qu’ils offraient tous les deux, le cœur joyeux. Ils avaient tous les deux hâte d’être devant la maman de Julien avec leur surprise. Chaque pas se faisait plus pressant, et ils étaient presque arrivés quand ils virent au loin le père de Julien venant à leur rencontre, juché sur son vélo. Sur le moment ils étaient plutôt ravis de le voir arriver. Lorsqu’il fut à leur hauteur, tout se passa très vite. Il coucha sa bicyclette sur le bas-côté de la route en hurlant : « pourquoi n’avez-vous rien dit avant de partir ? Cela fait près d’une heure que l’on vous cherche un peu partout ». Se jetant sur Louise, il arracha le bouquet qui avait été composé avec amour et qu’elle tenait dans ses bras. Dans un geste de fureur, l’œuvre champêtre finit sa course au sol. Le temps de réaliser ce qui leur arrivait, le père de Julien s’éloigna en disant : « maintenant suivez-moi ; on rentre à la maison ». Son fils courait aussi vite qu’il pouvait en tenant la main de Louise pour rester à bonne distance de son père. Heureusement, en dehors de l’indifférence apparente qu’il montrait, il ne roula pas trop vite pour qu’ils puissent le suivre.
Son père arrivait au début de la côte qui précédait l’arrivée à la maison, quand il commença à ressentir quelques difficultés pour avancer, choisissant de descendre de vélo pour terminer les cent mètres à pied. Il ignora royalement les enfants jusqu’au point d’arrivée, et il donnait l’impression qu’il avait la certitude que tout se passait normalement. Arrivé à destination, il posa son vélo contre le mur et dans un geste d’indifférence, jeta un regard furtif en arrière pour s’assurer que les fugueurs n’étaient pas trop loin.
Le trajet qu’ils venaient de faire sur quelques centaines de mètres en courant derrière lui avait permis d’assécher les larmes de Louise et de Julien qui étaient là comme les deux misérables, « Cosette et Gavroche », unis dans leur déconvenue, sans leur bouquet, avec leur tristesse et leur étonnement sur l’injustice et la mauvaise humeur d’un père. Quand Louise et Julien furent devant sa maman, elle avait déjà compris qu’un petit drame avait dû se produire. Ils lui souhaitèrent une bonne fête et Julien de dire :
 — Papa a jeté le bouquet de blé et de coquelicots qu’on avait ramassé pour toi.
 Elle le prit dans ses bras, le rassurant en lui disant qu’elle imaginait très bien le bouquet magnifique qu’il avait pu faire et qu’il était aussi beau que dans la réalité. Elle fit cette parabole que seule une mère peut raconter :  « tu vois, quand tu n’étais pas encore venu au monde je t’ai souvent imaginé dans mes rêves. Je voyais ton visage, tes yeux, ta bouche et tes oreilles. Pourtant tu n’étais pas encore né. Quand je t’ai vu pour la première fois tu étais comme dans les rêves que j’avais faits. Eh bien, vois-tu, pour ton bouquet perdu c’est pareil pour moi aujourd’hui. Ne sois pas triste, maintenant ».
En s’adressant à son mari, sa maman lui dit avec une voix faite d’une tendre plénitude :
— Tu as été trop sévère ! Tu n’aurais pas dû jeter le bouquet comme tu l’as fait.
Son père resta silencieux. Pour lui, l’incident était clos.
 
Bien des années après le décès de son mari, quand Julien reparla à sa maman de cette histoire ; elle lui présentait l’événement comme une leçon de vie et d’éducation, permettant d’en extraire tous les aspects utiles et maladroits qu’avait eus son père ce jour-là. Pour contrebalancer cette mauvaise humeur, l’amour de sa mère lui avait montré qu’une autre alternative existait et que l’attitude idéale se situait probablement entre les deux. Le réconfort qu’elle lui prodigua ; les remerciements qu’elle lui fit pour son cadeau devenu imaginaire et malgré tout réel, révélaient l’insolite injustice de son père. Il avait donné plus d’importance à la sécurité qu’au sentiment qu’il avait pour son fils.
 Une fois adolescent et repensant à cette histoire, Julien considéra que son père avait simplement exprimé un sentiment d’inquiétude, transformé en colère, quand il l’avait retrouvé avec Louise, pourtant chargée de le surveiller. Chacun de ses parents avait agi avec sa propre sensibilité. Ces deux visions apparemment contradictoires montraient que pour les comprendre, il fallait savoir souffrir, aimer et se parler à soi-même.  
Un besoin d’amour filial
 
Quelques mois plus tard s’amorcèrent les problèmes de santé de son père. Il fut soudainement atteint par des migraines incessantes, qui débutèrent vers la fin de l’été. Dans les semaines qui précédèrent son hospitalisation, il dormait mal et les douleurs étaient de plus en plus fréquentes.
La mère de Julien lui dit un jour :
— Papa va être opéré demain. Il ne restera pas longtemps à l’hôpital et quand il reviendra, il n’aura plus mal aux oreilles et ne sera plus de mauvaise humeur le soir.
C’était un matin où le soleil avait grand-peine à traverser l’épais voile de brume qui s’était installé au cours de la nuit, que celui-ci partit à l’hôpital en taxi, laissant à son fils aîné cette vision d’un père venant l’embrasser affectueusement en disant :
— Ne t’en fais pas mon garçon, papa sera là dans quelques jours ».
 
Ensuite il alla embrasser ses deux autres enfants avec un sourire un peu mélancolique, comme un présage. Sa mère ne montra pas sa relative inquiétude. Elle embrassa son mari, puis le taxi s’éloignant, elle lui fit signe sans savoir qu’il partait vers son destin pour ne jamais revenir. On l’avait opéré pour rien. Il ne se réveilla pas de l’anesthésie. Pourtant, en principe, il ne devait courir aucun risque avec la présence d’une équipe médicale compétente. Prudence, sa belle-sœur, avait pu assister en sa qualité d’infirmière à l’intervention et raconta le déroulement de l’opération. Jamais Julien ne put revoir son père une dernière fois, malgré son insistance instinctive d’enfant. Il avait senti qu’un pilier disparaissait définitivement de son espace de vie.
Sa tante avait déjà imposé à sa mère affaiblie par la triste nouvelle sa vision sur la...

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