Number one tome 2
128 pages
Français

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Description

Après dix années de vie commune, Ethan n’a pas su, pas voulu choisir entre ses deux amours : Chris et Julia, il a choisi la fuite en retombant dans ses travers passés. Lorsque le trio se croise à une soirée, les sentiments s’affolent, les passions se déchaînent.
Entre mensonges et non-dits, l’harmonie parviendra-t-elle à refaire surface ?

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Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782377805662
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Number One
2 – Explosion
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Steff S.
 
 
Number One
2 – Explosion
 
 
Couverture : Chloé S.
 
 

 
 
© Libertine Editions  2020

 
Mot de l’éditeur
 
Libertine éditions est la maison érotique qui entend tous vos fantasmes. Ici pas de demi-mesure, toutes les formes de sexualité sont autorisées et assouvies.
 
Puisque chacun trouve son plaisir dans des scénarios intimes, chaque lecteur trouvera de quoi animer sa libido ou la rallumer.
Entre histoires vraies et fantasmes inavoués, il n’y a qu’un doigt. Du porno au hors-limite, en passant par le BDSM, le SM et plus encore… Masculin, féminin, le plaisir à deux, trois ou plus. Peu importe, seul le plaisir compte !
Pour faire durer vos lectures, vous trouverez nos ouvrages en format numérique, papier, audio, CD, DVD et plus encore.
Que votre lecture soit chaude et enivrante, c’est tout ce que nous vous souhaitons.
 
Site Internet : www.libertine-editions.fr/
 
 
 
 
Avertissement

 
Texte réservé à un public majeur et averti
 
 
 
 
ETHAN

 
 
 
Je ne suis plus rien.
Ni une pute. Ni un homme d’affaires. Ni un amant.
Je suis une loque humaine, prête à être articulée par n’importe qui. Le n’importe qui de ce soir, c’est Tally. Une femdom complètement allumée dont le but dans la vie est de tester les limites de ses partenaires. Forcément, avec moi, il lui a fallu plus d’une séance pour s’apercevoir que ma zone d’inconfort atteint des cimes qu’elle n’a jamais envisagées. Alors, depuis un mois, je me rends chez elle trois fois par semaine. J’en ressors en homme fracassé de l’extérieur, et requinqué de l’intérieur.
Si mon imagination en matière de sexe est très fertile, la sienne obtient la palme d’or. Je suis arrivé quelques minutes auparavant, et déjà, les jeux sont lancés. Tally a installé un bac à eau transparent au-dessus d’une barre. Elle me regarde, me dévisage, me toise. Je me la ferme, car Madame exige le silence à part lorsqu’elle décrète l’inverse. Son travail est méticuleux, il relève de l’orfèvrerie, c’est une pro du bondage, une experte du sadomasochisme, et une Dominante rigoureuse. Calculatrice et étonnamment intelligente, elle ne laisse rien au hasard. Nos séances dans cette sorte de hangar me libèrent de mes terreurs. Mes peurs se noient dans la douleur quand je suis ici. À présent, je sens que notre relation arrive à son terme, que Tally a exploré toutes mes facettes. Aujourd’hui, soit elle me tue, soit elle me laisse. Et ce n’est pas le genre à commettre un crime. Alors, je m’abandonne totalement à elle.
Ses mains, élégamment manucurées, me capturent les bras, les coincent dans le dos et les ligotent. Elle fait de même avec mes chevilles. Le toucher des cordes éraillant ma peau fait remonter des souvenirs. Des images de nos soirées dans le donjon m’étreignent. Et, tout de suite après, le corps ferme et onduleux de Julia passe devant mes yeux. Je sens son parfum, le goût de ses lèvres sur les miennes…
Tally me ramène au présent, dans cette réalité que je vis depuis que j’ai déguerpi du Montcristal 1 en abandonnant mes deux amours.
— Ce soir, mon mignon, tu vas déguster. On va voir si tu me résistes encore.
Son sourire sardonique ne me touche pas.
Elle croit me faire peur, la meuf ! Laissez-moi rire. Plus elle m’emmènera loin, plus j’oublierai. J’oublierai Chris et Julia. Il n’y a que Manon que je ne souhaite pas rayer de ma mémoire. Je reste son père à jamais.
 
Enfin, Tally met fin à mes sombres pensées en déclenchant les offensives. Une cagoule me couvre la tête, il n’y a qu’un trou pour respirer, chose qui ne sert à rien, puisqu’elle me plonge le haut du corps dans le bac. La température est plutôt fraîche. Rapidement, elle me ressort de l’eau, puis m’y replonge. Elle souhaite certainement m’effrayer, mais il m’en faut plus. Sa main entrave mon cou, me voilà en érection quand elle resserre fermement ses doigts sur ma jugulaire. Et comme je suis à poil, je ne peux rien cacher.
— C’est donc ce qui te fait bander.
Bah ouais ! C’est ce qui m’excite, c’est exactement de cette manière que je prends mon pied, Madame. Et aujourd’hui, mon besoin culmine si haut que je peux flirter avec la mort.
— Putain, ta queue me fait mouiller, petite pétasse.
Et elle me retrempe la tête dans l’eau. Cette fois, j’y reste pendant qu’elle enfonce un gode dans mon cul. L’objet tressaute en moi, m’arrachant des frissons de plaisir. Normal, la pénétration couplée à l’asphyxie, il n’y a que ça de vrai. Pendant que Tally me laboure les couilles de la langue, le vibro s’insère profondément en moi. C’est bon, malsain et super bon. Je commence à sombrer dans l’inconscience quand mon foutre se répand sur la vitre. C’est bizarre comme je me sentais vivant à la frontière des ténèbres. Puis, Tally me repêche. Elle enlève la cagoule et m’étend sur le sol. Ses yeux noisette me sondent l’âme. Soudain, elle craque. Pendant que je crache l’excédent d’eau dans mes poumons, elle s’étale comme une merde sur le sol.
— Excuse-moi, c’était trop. Mais tu es…
Elle peine à me regarder dans les yeux, alors, les siens s’échappent au loin lorsqu’elle continue à me parler.
— Tu es tout ce que je n’ai jamais rencontré. Parle, putain ! Parle ! Pourquoi tu veux mourir ?
Je reprends à peine mes esprits, mais je comprends ce qu’elle me dit. Toutefois, elle n’en saura rien.
— Comment tu t’appelles ?
— Je suis votre chose, Madame.
Elle secoue la tête, ses belles boucles brunes s’éparpillent sur son dos.
— Non, pour de bon, donne-moi ton prénom, si tu ne veux pas me donner ton nom de famille, ce n’est pas grave. Je voudrais graver un prénom sur ton beau visage avant que tu ne partes.
Je me redresse, m’adosse à la vitre du bac à eau. La différence de température me donne la chair de poule.
— Ethan.
Tally me prend la main. Son contact est doux, infiniment agréable. Sa caresse semble la meilleure chose qu’il me soit arrivé depuis…
Ses caresses s’éternisent sur mon torse. Du hardcore, on bascule à un registre plus intime, et ça, je n’en ai pas envie. Alors, j’essaie d’esquiver ses attouchements.
— Je n’ai jamais fait l’amour, Ethan.
Je pivote, la questionnant des yeux.
— Je suis passée de l’adolescente bourrée de complexes à la bombe que tu vois sans passer par la case affection. Je couchais pour m’amuser, pour avoir de l’expérience, et un jour, le BDSM m’a prise dans ses filets. Donc, aucun mec ne m’a fait l’amour. Je suis sûre que, toi, tu es un amant au top.
Ce n’était pas prévu au programme, ce genre de conversation. Je ne sais pas trop comment réagir. Mon humanité a cédé la place à la sorte de serpillière que je suis devenu, vivant dans la rue, sur le trottoir, dans un carton ou ailleurs pourvu que rien ne me rappelle ma condition d’homme fortuné. Pourquoi ? Pourquoi ai-je toujours préféré la dureté de la rue au confort de la maison ? Parce que je me suis toujours fui. Je me suis toujours réfugié où la douleur est présente, car, en ayant mal, je vis. C’est un paradoxe, mais c’est la triste vérité. Et pendant près de dix ans de vie commune avec Chris, ce trait de caractère de ma personnalité a disparu jusqu’à ce que…
Tally abrège de nouveau mes pensées. Sa main délicate se pose sur ma cuisse. Je n’ai aucun sentiment pour elle, simplement un grand intérêt pour ses prouesses BDSM. Cependant, à cet instant, elle me paraît plus femme, plus accessible en tant qu’être humain. Elle a enlevé sa combinaison de latex noire. Je ne l’ai jamais vue nue. Ses formes de déesse, mises au grand jour, montrent qu’elle pratique de l’exercice physique et qu’elle prend soin d’elle. Néanmoins, je n’ai pas envie de lui faire l’amour. La niquer à la rigueur. Mais l’amour… ça, non ! Mon cœur est déjà déchiré en deux, je ne tomberai pas à nouveau dans ce piège. Sinon, il finira en mille morceaux.
— Ethan, fais-moi l’amour, me redemande-t-elle.
Je plisse les yeux, l’air de dire non.
— Alors, saute-moi comme une femme, pas comme une domina. Tu me baiseras dans un lit, toute la nuit. Je paie si tu veux.
Je la regarde encore, manquant de m’étouffer de rire. Oh, putain, ça non plus, je ne l’ai pas fait depuis une éternité. Rire et dormir dans un lit.
— Dans un mois pile, ma fille aura dix ans, lui dis-je.
Pourquoi je lui confie ce détail de ma vie ? L’aveu m’est venu seul. Je crois que j’avais besoin de le dire afin de me libérer de cet étau qui me comprime les boyaux. Il tombe comme un cheveu sur la soupe, mais la pression est retombée, et ça me soulage.
— Si je te donne 500 €, tu auras de quoi lui offrir un beau cadeau, insiste-t-elle, essayant de me convaincre.
Là, je me marre franchement. Putain ! C’est libérateur.
— Qu’est-ce qui t’amuse autant ?
— Rien. Je ne veux pas d’argent, Tally.
Une certaine intimité s’est installée à l’instant où elle a décidé de se débarrasser de son masque de femdom .
— Mais…
— J’ai besoin d’une amie, ce soir. Dîne avec moi et, ensuite, je te baiserai sur un lit, sur un tapis devant un feu de cheminée, où tu voudras.
— C’est délicat.
Ses manières sont tellement celles de mon monde, son vocabulaire, son port de tête… Mais pour elle, je ne suis que la loque humaine qui lui sert de sex-toy . Elle ne sait rien de moi. Et ça vaut mieux pour nous deux, cependant, ce soir, j’aimerais redevenir un homme. J’ignore pourquoi j’y tiens. Est-ce parce que ma période de deuil de mes deux amours est terminée ou juste parce que je ne suis qu’un putain de mec nanti qui a envie de confort ? Peu importe.
— Je sais me tenir quand je veux.
Ce jeu m’amuse. Bien sûr, si l’on se fie aux apparences, je ne risque pas de m’intégrer à un endroit comme un restaurant, même le moins cossu.
— Comme un bon soumis, répond-elle.
— Non, comme un homme, lui dis-je en la fixant dans les yeux.
— OK.
Décidément, je n’attire que les désespérés !
— Rejoins-moi chez moi, à 17 heures, on te trouvera de quoi t’habiller.
— Ce n’est pas la peine, Tally. Dis-moi où tu veux dîner. Aux Mille saisons  ?
Elle sursaute, mais n’ose pas dire non. Dans un murmure, elle répond :
— Le mieux serait de nous rejoindre chez moi avant.
— Très bien. 19 heures, ça te va ?
— Oui.
Sa réponse lui serre la gorge.
 
 
 
 
CHRIS

 
 
 
— Manon, réveille-toi, ma chérie.
— On est arrivés chez grand-mère ?
— Oui.
Manon ouvre la portière, la claque, oubliant même son sac dans la voiture. Chaque jour qui passe me rappelle l’absence d’Ethan. Chaque heure me ramène à ma bêtise, chaque minute, mon cœur se fend de ne plus l’avoir près de moi.
— Chris, entre. Lucinda a préparé son fameux flan.
Manon s’écrie en courant à l’intérieur.
— Youpi !
Ses cheveux descendent en boucles sur son dos de petite fille. Eux aussi me rappellent mon amour… Ethan… Être chez sa mère me laboure le cœur de façon douloureuse, mais je tiens bon pour Manon. Je suis la figure paternelle qui lui manque depuis presque un an. Et l’échéance de son anniversaire resserre le nœud qui m’écrase la cage thoracique.
— Jeanne, comment vous portez-vous ?
— Très bien, merci. Contrairement à toi, il me semble. Allez, entre boire un café.
— Je n’ai pas beaucoup de temps.
— Allons, allons, ne fais pas l’enfant. Tu as besoin de parler, mon grand.
Jeanne ! Elle représente désormais la mère que je n’ai jamais eue. Son caractère pétillant et son amour m’ont aidé à surmonter la fuite d’Ethan. Pourtant, ce devrait être l’inverse, c’est moi qui devrais la soutenir et lui prouver ma reconnaissance. J’ai perdu mon amour, elle a perdu son fils.
Dans la cuisine, Jeanne sort des tasses, prépare le café, tandis qu’elle demande à Manon de goûter dans le patio.
— Jeanne, qu’avez-vous ?
Soudain, elle me semble prête à exploser.
— Je n’ai pas tenu ma promesse, Chris.
— Laquelle ?
— Celle de ne pas chercher Ethan.
Un poids mort se déleste de mes épaules. Je lui souris.
— Merci.
— Tu n’es pas fâché ?
— Non.
Oh, non ! Je suis soulagé. Ethan m’a fait promettre dans une lettre de ne pas chercher à le retrouver, et j’ai exaucé sa volonté. Mais que Jeanne ait rompu ce serment qui ne valait que pour moi m’ôte d’un fardeau trop lourd à porter. Aussitôt, ses mains se posent sur les miennes, annonçant autre chose. Mon cœur chavire, se fracasse, j’ai envie de me taillader avec ce petit couteau qui traîne sur l’évier, d’enfoncer la pointe dans ma peau jusqu’à…
— Il va bien, j’en suis sûre.
Enfin mon rythme cardiaque se calme.
— Vous ne savez pas où il est, n’est-ce pas ?
— Pas encore, mais mon instinct maternel me dit qu’il va bien.
Ça ne suffit pas, bordel ! Ce n’est pas suffisant pour en être certain.
— Chris…
Et voilà, rebelote, mon sang tourne à l’envers, donnant le pouvoir à mes démons. À la moindre contrariété, ils se réapproprient mon esprit. Et je n’ai plus d’emprise là-dessus, plus du tout.
— Je dois t’avouer quelque chose.
Jeanne… elle va mourir, m’abandonner aussi… un reflux gastrique remonte dans ma gorge.
— Ethan et toi… ce n’était pas le fruit du hasard. J’ai voulu vous le dire tant de fois.
— Je ne comprends pas.
— Si vous vous êtes rencontrés, ce n’était pas le destin.
— Pourquoi me dites-vous ça tout de suite ?
— Parce que je veux que tu saches combien je vous aime tous les deux. Et combien j’aime Manon et Julia aussi. Vous êtes les êtres les plus chers à mon cœur. S’il arrivait malheur à l’un d’entre vous, je ne m’en remettrais pas.
Jeanne est un roc. Une explosion nucléaire ne la ferait pas plier, mais ses paroles sont tellement sincères que je devine que c’est la vérité.
— Je te vois, Chris.
Elle remonte mes manches, me montrant les marques sur mes avant-bras.
— Alors, je veux que tu saches. Quand Ethan menait sa vie de… sur le trottoir, Henry et moi avons pleuré toutes les larmes de notre corps. Nous avions perdu notre fils. Nous nous sommes toujours demandé pourquoi. Pourquoi préférait-il se faire maltraiter par des inconnus tandis qu’un foyer aimant l’attendait ? J’ai fait une dépression. Je m’accusais de tous les maux alors que Henry était le seul fautif. Il connaissait le penchant d’Ethan pour les hommes et l’avait surpris avec l’un de ses amants lorsqu’il était adolescent. Tu connais mon petit Ethan, il n’aime pas blesser ceux qu’il aime. Il a caché sa bisexualité comme il le pouvait. Mais moi, je le savais, et je me fichais bien qu’il aime les hommes, les femmes, les deux, pourvu qu’il soit là, avec moi. Son père n’a rien dit jusqu’à ce que l’on apprenne qu’il était condamné.
J’ai un moment de flou. L’air me manque. Je sors respirer à fond. Jeanne n’a pas bougé. Elle attend simplement que je me rasseye et que j’écoute jusqu’au bout. Mes jambes tremblent en reprenant ma place.
— C’était environ une année avant qu’il nous quitte. J’ai surpris une conversation entre Lucinda et Richard.
— Richard ?
— Il sort avec Lucinda, Chris.
— J’ai cru le comprendre.
— Bref, Richard évoquait ton intérêt pour les femmes androgynes.
J’ouvre des yeux ronds.
— Ne sois pas choqué, mon grand. La vie n’est pas toujours ce que nous espérions pour nous-mêmes. Tu ne dois pas t’en vouloir, le cœur est toujours plus coriace que la raison.
— En effet, dis-je en baissant les yeux.
La preuve…
— Richard disait aussi que tu t’obligeais à taire tes orientations sexuelles. Ensuite, mon plan a marché avec son aide et celle de Lucinda.
— Et si ça n’avait pas marché ?
Je suis sidéré par cette déclaration, en même temps, je suis curieux d’en savoir plus.
— Le plan n’a pas fonctionné du premier coup.
Soudain, une bouffée de chaleur me repeint le visage en rouge. Jeanne me caresse la main.
— Enfin, vous vous étiez… rapprochés. Mais je ne sais pas trop ce qui s’est passé ensuite. Vous seuls le savez. Notre vœu de vous rassembler tombait à l’eau, alors Henry a eu l’idée de ce dîner. Il n’a même pas supplié Ethan de venir. Et tout se déroulait à merveille jusqu’à ce que tu t’en ailles. Ensuite, Henry a eu ce fichu malaise, et voilà…
Jeanne a l’air vidée. Elle se verse du café et en avale une gorgée avant de relever les yeux vers moi.
— Que s’est-il passé lors de votre week-end ?
Je n’ai pas la force de lui raconter. Les révélations sur notre rencontre remettent tout en question ou presque. Il y a un point d’ancrage dans notre histoire. Mon amour pour Ethan. Que nous nous soyons rencontrés par la volonté d’une puissance supérieure ou à cause d’un plan mis en place par ses parents. Je l’aime. Il me manque trop. Je suis prêt à tout pour le récupérer. À tout.
 
— Chris ! Tu t’en vas ?
Manon court derrière moi. J’ai complètement oublié de lui dire au revoir.
— Désolé, ma chérie, je dois aller travailler.
— Tu ne me fais pas un câlin avant de partir.
Une petite larme scintille dans ses yeux bleus. Ils ressemblent tant à ceux d’Ethan. C’est dur de la fixer.
— Si, bien sûr, dis-je en la serrant dans mes bras. Excuse-moi, je suis fatigué en ce moment.
— Tu es triste parce que papa ne revient pas. Moi aussi, je suis très triste, j’aimerais qu’il revienne à la maison.
— Il va revenir, ma belle, je te le promets.
Je n’attends pas de réponse de Manon. Je file dans la voiture.
 
 
 
 
ETHAN

 
 
 
Comme convenu, je me trouve devant chez Tally à 19 heures tapantes. J’ai passé ma journée à me faire une beauté. Mon seul et unique retrait d’argent depuis un an n’est pas vraiment passé comme une lettre à la poste. Vous allez me dire que les services postaux perdent le courrier, alors… La tronche du guichetier lorsque je lui ai présenté ma carte d’identité et lui ai demandé six mille euros en liquide. Il a halluciné, a appelé son supérieur, a déclenché les rouages d’une machine infernale. Et je me suis marré comme jamais. Le directeur en personne est descendu, puis m’a accompagné dans son bureau, me dévisageant comme ce que je suis devenu, une merde. Il a vérifié plusieurs fois les codes que je lui ai donnés, s’est renseigné auprès de ma banque centrale. Et, enfin, il m’a tendu une enveloppe contenant la somme en question.
J’ai foncé dans un hôtel, une chaîne ni trop chère ni trop pourrie. Là, j’ai réfléchi à ma vie. Un court instant, parce que Tally compte sur moi. J’ai dit que ce soir, je redeviendrais un homme convenable. Je voulais surtout dire un homme baisable ! Et là, je pense l’être en voyant mon reflet dans les portes de l’immeuble. Dans un costume trois-pièces, sans cravate, parce que, tout de même, il ne faut pas exagérer, j’ai aussi besoin de me ressembler. Me voici un autre. Le barbier a partiellement rasé ma barbe, je me trouve canon avec ce duvet me couvrant le menton et les joues tout en laissant paraître les traits de mon visage. Le coiffeur a fait des merveilles aussi. Mes cheveux, rejetés en arrière, mettent mes yeux en valeur… C’est bon, j’ai terminé de faire l’inventaire comme une minette. C’est mon côté gay qui gagne ce soir, celui qui me poussait à me travestir. Seulement, depuis ma fuite, je n’ai baisé que des femmes. Il est hors de question qu’un mec me défonce. Ce privilège revient à mon angelot quoi qu’il arrive. S’il fallait m’envoyer en l’air seulement avec des meufs toute ma vie pour me préserver lorsque lui et moi serions à nouveau réunis, eh bien, je serais hétéro. Juste pour lui. Je me rends compte que mon besoin soudain de réapparaître en société traduit l’envie de rentrer à la maison. C’est à peu près ma décision avant d’accueillir Tally en bas.
Elle ne me reconnaît pas. J’élève la voix.
— Bonsoir, Tally, tu es très en beauté ce soir.
— Ethan ?
— Oui.
Je m’approche et lui pose un baiser chaste sur la joue. Elle rosit. Putain, l’experte en BDSM s’émeut d’un bisou !
— Ma voiture est au garage, il faut…
Je la stoppe puisqu’elle commence à repousser les portes de l’immeuble.
— J’ai commandé un taxi. Il arrive dans 5, 4, 3, 2…
Cette femme est trop prévisible. Elle a dit 19 h, et il est 19 h 1. J’avais prévu le coup et ai informé le taxi de l’heure précise. La voiture se range le long du trottoir. Nous nous engouffrons à l’arrière. Je donne l’adresse, et nous voilà partis. Tally n’en décroche pas une. C’est le moment de la surprendre. En fait, j’aimerais la choquer plutôt, mais, vu ses pratiques, rien ne sera assez spectaculaire. J’ai quand même préparé quelque chose.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un cadeau.
— Un cadeau ?
Elle paraît surprise.
— Les fleurs, c’est dépassé, non ?
Où est passée la dominante, putain ? On dirait une fille à son premier rendez-vous. Après tout, mon présent va peut-être créer un électrochoc.
— Ouvre, lui dis-je en susurrant à son oreille.
Ma langue effleure son lobe, elle tressaille. La comédie m’amuse. Elle masque seulement mon mal-être. Le manque de Chris se fait sentir de plus en plus. Je ne pense qu’à lui, à elle… aussi, mais surtout à lui.
— C’est bien ce que je pense que c’est ?
Elle cache son cadeau aux yeux du chauffeur qui n’en perd pas une miette. Je commence à comprendre mon attachement à Tally. Elle me rappelle mon angelot dans son donjon, avec ses parties de baise bien cachées au monde tandis qu’il affiche un sérieux irréprochable en société. Exactement comme elle. Je me tape des barres en constatant l’effet de mon paquet sur ma dominatrice préférée. Non seulement mon aspect lui a cloué le bec, mais, en plus, elle se rend compte que je ne suis pas l’être déchu qu’elle pensait.
— Tout à fait.
Elle pâlit. Décidément, le double de Chris – version féminine – se trouve dans le taxi. Oh, que c’est bon ! J’ai l’impression de le sentir, de le voir se courroucer devant mes blagues de mauvais goût. Bien sûr, je continue sur la même lancée, en poussant le bouchon, afin de voir jusqu’où vont ses limites à elle.
— Attends.
Je murmure de nouveau dans son cou. Mon haleine mentholée sur sa peau lui donne des frissons, mais certainement que le doigt que j’enfonce dans sa chatte n’est pas étranger à sa chair de poule.
— Des boules de geishas, Tally. Comme celles que tu m’as insérées dans le cul. Tu te souviens ?
Évidemment, elle s’en souvient.
— Tu voulais un mec, eh bien, voilà, tu en as un, ma belle. Un mec aussi déjanté que tu es une dominante exigeante. N’est-ce pas ce que tu souhaitais ?
Elle me lance un regard, puis reprend contenance. Madame n’est finalement pas si impressionnable que ça. Quel dommage ! Moi qui comptais en profiter à fond. Tant pis, je me contenterai de la niquer toute la nuit.
— Enfile-les.
J’attends. Elle ne bouge pas.
— Ou tu préfères que je le fasse.
— Je préfère.
Elle écarte discrètement les jambes, j’atteins sa chatte déjà lubrifiée par mon doigt. Les deux petites boules attachées l’une à l’autre s’enfoncent gaiement en elle. J’enclenche le bouton de la télécommande dissimulée dans ma poche.
— Ah !
Le chauffeur se retourne instinctivement.
— Une crampe, déclare-t-elle. C’est passé, ce n’est rien.
Je me pisse dessus.
— Arrête de rire !
— Non.
— Je te corrigerai alors, murmure-t-elle.
Putain, un flot de souvenirs remonte, et ça me gâche la fête.
— Ethan !
— Mouais, quoi ?
Elle sent bien que mon humeur a changé.
— Regarde-moi, s’il te plaît.
Son s’il te plaît me foudroie. J’entends celui de Chris dix ans auparavant, le jour où il m’a révélé qu’il avait été violé. Une larme s’échappe. Tally la kidnappe du pouce.
— Ne pense qu’à toi, ce soir.
Elle est...

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