Number one tome 3 -  Golden Number
140 pages
Français

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Number one tome 3 - Golden Number , livre ebook

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Description

Chris purge sa peine dans une clinique après qu’il a enlevé Ethan et tenté de se suicider.


Ethan, contraint de diriger Tommerman et Moreuil industries, reprend le cours d’une vie qu’il n’a toujours pas choisie. Il endosse tant bien que mal son rôle de chef d’entreprise faisant passer les gens qu’il aime avant ses envies.


Julia, qui forme la pointe de ce triangle amoureux, reste en retrait, mais jusqu’à quand ?


Les limites de chacun sont-elles franchies ? Sont-ils tous trois arrivés au bout de leur histoire commune ?


Les tourments de l’amour torturent les âmes parfois plus qu’il ne faut. Dans ce chaos, chacun à sa manière, va devoir se battre pour trouver sa place.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782377805686
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Number One
3 – Golden Number
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Steff S.
 
 
Number One
3 – Golden Number
 
 
Couverture : Chloé S.
 
 

 
 
© Libertine Editions  2021

 
Mot de l’éditeur
 
Libertine éditions est la maison érotique qui entend tous vos fantasmes. Ici pas de demi-mesure, toutes les formes de sexualité sont autorisées et assouvies.
 
Puisque chacun trouve son plaisir dans des scénarios intimes, chaque lecteur trouvera de quoi animer sa libido ou la rallumer.
Entre histoires vraies et fantasmes inavoués, il n’y a qu’un doigt. Du porno au hors-limite, en passant par le BDSM, le SM et plus encore… Masculin, féminin, le plaisir à deux, trois ou plus. Peu importe, seul le plaisir compte !
Pour faire durer vos lectures, vous trouverez nos ouvrages en format numérique, papier, audio, CD, DVD et plus encore.
Que votre lecture soit chaude et enivrante, c’est tout ce que nous vous souhaitons.
 
Site Internet : www.libertine-editions.fr/
 
 
 
 
Avertissement

 
Texte réservé à un public majeur et averti
 
 
 
 
ETHAN

 
 
 
Nous sommes perdus.
Vraiment perdus.
Je suis rentré en France hier. Il a fallu plusieurs jours à Julia pour régurgiter ce qu’elle a avalé durant de très longs mois. J’ai donc prolongé mon séjour de quelques jours. Manon était ravie, moi, moins. Liam non plus n’a pas vu d’un bon œil que je squatte chez eux finalement. Mais au vu de la bombe qui a explosé, il n’y avait pas d’autre solution que celle de poser mes valises chez Julia. Elle avait trop besoin de moi. Hiroshima, c’est du pipi de chat par rapport à ce qu’elle m’a révélé. Ses mots sont encore coincés en travers de ma gorge. Si elle les a vomis, moi, j’ai du mal à déglutir.
Coincé entre le canapé et la table basse, le cul sur le tapis, j’attends simplement d’avoir une idée de génie qui résoudrait tous nos problèmes, une étincelle qui viendrait nous tirer du bourbier de nos vies. Dommage, le père Noël est déjà passé ! Il m’aurait octroyé un vœu, un seul. Et voici ce que j’aurais souhaité : retrouver le calme. L’agitation perpétuelle commence à me rendre nerveux. Moi qui suis habituellement adepte du laisse couler , je m’énerve pour un rien. Le facteur déclencheur de mon état est indéniablement le manque de sexe. Ça a toujours été pour moi une manière de décompresser. Or, il y a bien longtemps que je n’ai pas baisé, tout simplement baisé comme une bête, toute une nuit jusqu’à avoir le cul en compote, les couilles douloureuses et la bouche irritée par une barbe. En clair, j’ai envie de Chris ! J’ai envie de Julia… aussi.
Pour l’instant, mes envies attendront, car il n’y a personne à la maison. Ma mère se trouve je ne sais où avec un ami. Nos différends avant mon départ ne se sont pas apaisés. La communication entre nous deux est rompue. Si bien qu’elle n’a pas jugé bon de m’informer de son calendrier. Je me retrouve donc seul comme un con dans le séjour à regarder la télé en divaguant, songeant à des options aussi débiles les unes que les autres. Rien ne nous sortira de la mouise, j’en ai peur.
Mes pensées m’ont tenu des heures. Il est midi, j’ai une dalle à crever, mais je n’ai pas le courage de bouger. Mes yeux, happés par la télé, fixent les images sans vraiment les comprendre. Les programmes s’enchaînent. Je ne zappe même pas à l’heure de l’émission sur les agents immobiliers. Les dialogues tout prêts m’hypnotisent presque. Ils ressemblent à une douce musique de fond. Le son est mis au minimum, pourtant j’entends quand même ce qui se dit.
— Chris, que recherchez-vous ?
— L’amour, dit-il sur un ton taquin.
— Ma consœur vous aidera dans ce domaine. En ce qui concerne l’immobilier, vous pouvez compter sur moi.
J’attrape la télécommande, enfonce le bouton off en m’étouffant. Entendre son prénom m’a complètement réveillé. Mais bien entendu, mon enfer ne s’arrête pas là, à la coupure de la télé. Son prénom tambourine dans ma pauvre caboche. J’ai pensé à lui juste avant, cependant, tout de suite, c’est une autre affaire. Mon angelot s’installe dans une partie de mon cerveau, l’autre est occupée par mes besoins primaires. Toutefois, j’attrape quand même mon téléphone, et m’apprête à l’appeler. C’est clair, Lilia me tuera si je tente de lui parler. Si je réussis, je doute de survivre plus de deux minutes dans le cas où elle l’apprendrait, de fait, je m’abstiens, reposant sagement mon téléphone. Parce que, là, je crois qu’au niveau des emmerdes, ce serait la crotte qui boucherait les chiottes. En caisse de résonance à mes métaphores merdiques, je me lève afin d’aller me soulager. J’en profiterai pour me doucher. Ça sent le rat mort ici.
 
Propre comme un sou neuf, j’entame quelques pas vers la cuisine, me disant que Lucinda a sûrement laissé des boîtes au congélateur. Sur le chemin, je passe devant le bureau de mon père. Des éclats de voix stoppent ma progression. J’identifie les deux personnes, puis me concentre sur leur conversation. Mon cœur fait un bond, ma tête éclate en comprenant de quoi il s’agit. Putain ! Je retiens mon hurlement dans ma paume de main et me la mords.
Non !!!
Ça ne s’arrêtera donc jamais !
Les soucis s’accumulent, et voilà que la pile est tellement haute qu’elle tangue. J’ai bien peur qu’elle tombe du mauvais côté. Le côté où je foutrais tout en l’air d’une seule phrase. Je suis à ça de passer à l’action. À un chouia de déraper, je m’admoneste en me disant que je dois penser à Manon, à Chris, à Julia. Le tiercé gagnant ne change pas. Ma fille se place en haut du podium, entourée de Chris qui vient en second, et ensuite de Julia, la challenger. Elle est en lice pour les qualifications, mais n’obtient jamais la médaille d’or ni celle d’argent. Je finis de résumer ma pitoyable existence et me recentre sur la discussion, une conversation plutôt houleuse. Le ton monte. Je n’ose pas m’interposer, pourtant, je devrais. Mais l’effort semble surhumain pour un mec comme moi dont la vie n’est qu’une suite d’explosifs qui pètent les uns après les autres. Moi qui pensais que les aveux de Julia détrônaient tout, je me suis bien planté.
Afin que la pilule passe mieux, je cours dehors. Au passage, j’enfile un blouson. La neige tombe à gros flocons, mais ça ne me freine pas, au contraire, le froid gèlera peut-être mon cœur. Au moins, je ne le sentirai pas battre si fort.
Je me suis caché au fond du parc, à l’abri, sous le kiosque, là où je me réfugiais tout petit. Ma mère finissait toujours par me cueillir et me ramener à mon père. Souvent, je fuyais parce que j’avais fait une connerie. Le souvenir m’arrache un sourire. Illico, le présent s’impose. Putain, comment ma mère a-t-elle pu me cacher un truc pareil ? La question tourne, tourne, ça mouline comme dans une centrifugeuse. Et putain, j’aimerais plonger dans une hallu déclenchée par une bonne dope du style un peu de crack ou un autre truc dans le genre. Mais je n’ai pas ça sous la main. Sous peu, de toute façon, je n’aurai plus de doigts ni de mains, elles sont congelées. Je les fourre donc dans mes poches. Soudain, je m’aperçois de ce que l’une d’elles contient. Oh, putain, oui ! J’avais caché un pétard dans la doublure afin de passer la sécurité à l’aéroport. Je quitte mon anorak en arrachant la couture. Dans l’autre poche, il y a un briquet. Je suis sauvé… enfin presque ! Pour tout dire, le joint ne me délivrera pas vraiment des tuiles qui m’assomment en permanence, mais, au moins, j’aurai un moment de répit. J’arrêterai de ruminer.
Une bonne demi-heure passe pendant laquelle je tire sur la marie-jeanne. La fumée envahit le dôme du kiosque. Je l’inhale afin de ne pas en perdre une miette.
— Ce n’est pas bon pour la santé.
Mes fesses entament une montée dans les airs tellement j’ai peur, puis se recollent à la chaise dans l’instant.
— Maman !
Pris en flagrant délit. J’essaie de dissimuler le pétard par tous les moyens. Ce que je récolte, ce sont les moqueries de ma mère.
— Qu’est-ce que tu fais, Ethan ?
— Rien… je…
— Arrête tes simagrées. Pose ce poison.
En petit garçon obéissant, je mets le mégot sur le bord d’une pierre.
— Tu nous as entendues, ta tante et moi au téléphone, n’est-ce pas ?
Inutile de mentir. Ma mère possède un détecteur de mensonges intégré.
— Oui.
Les larmes s’engorgent, me coupant la respiration.
— Comment tu as pu me cacher ça ? Maman ! Et Julia qui…
Je ne peux plus rien retenir, sinon, j’exploserai sur-le-champ. Ma mère me caresse les cheveux. Ils ne sont pas secs, le froid les a raidis.
— Je sais, mon chéri.
— Tu sais ?
— Oui.
— Comment ?
Quelle question ! Elle sait tout sur tout, alors la question est superflue.
— Je n’en peux plus, maman. Si tu savais comme je regrette.
— Ah, ça, je ne savais pas, répond-elle en m’embrassant le front. Tu grandis enfin, mon garçon.
— Maman ?
— Oui, mon chéri.
— J’ai peur.
Elle me serre fort contre elle.
— Rentrons, veux-tu, nous allons mourir de froid.
Mes yeux rencontrent les siens, lui disant muettement que je m’en fous de mourir, que ça m’arrangerait.
— Je ne veux jamais entendre ça de ta bouche, Ethan, jamais ! Réfléchis, et dis-moi ce que tu as ressenti quand Chris a tenté de t’abandonner de cette façon.
Je baisse les yeux, honteux. Ma mère me frictionne par-dessus ma doudoune dans un geste plein d’amour et de tendresse. Ces deux sentiments qui me font défaut en ce moment. Je manque cruellement d’amour, de tendresse et de sexe. Sur ce dernier point, ma mère ne peut rien pour moi, à part me ramener Chris. Parce qu’en plus de vouloir du sexe, je n’en veux qu’avec lui. C’est un sacré problème.
 
Nous nous installons dans le petit salon. La cheminée crépite, la température est un peu élevée, mais elle me permet de dégeler. Ma mère va préparer du chocolat chaud, puis revient chargée d’un plateau rempli de gâteaux, de boissons chaudes.
— Lucinda a confectionné tes préférés.
Les sablés en forme de bonhomme de neige. Je ris doucement.
— On a l’âge de son cœur, et de son estomac, rajoute-t-elle. Allez, mange ! Tu as la peau sur les os.
La nourriture n’a pas été ma préoccupation principale ces derniers temps. Mon dernier vrai repas remonte au dîner de Noël. Je me suis obligé à manger parce que Manon me surveillait à table.
Le sujet principal, nous ne l’abordons pas. Pourtant, il est au bord de nos lèvres, prêt à sortir, mais aucun de nous deux n’ose ouvrir le débat.
— Qu’as-tu prévu pour ce soir ?
— Ce soir, rien.
Pourquoi aurais-je prévu quoi que ce soit ?
— C’est la Saint-Sylvestre, mon chéri. Tu ne comptes tout de même pas entamer une nouvelle année seul, j’espère. Des amis ont dû t’inviter.
Merde ! Je la regarde avec un air de chien battu.
— Non ?
— Non.
— Eh bien, que dirais-tu d’accompagner ta vieille mère au restaurant ? J’ai réservé chez Jérémy. Il me doit quelques faveurs, un couvert de plus ne devrait pas poser de problèmes.
Je hoche la tête en signe d’assentiment.
— Parfait, va te préparer. Lucien vient me chercher à dix-neuf heures.
Putain, je suis sur le cul. Ma mère fréquente un homme.
— Ne fais pas cette tête, Ethan, crois-tu que ta mère ne soit pas une femme comme les autres ? Moi aussi, j’ai besoin de…
 
Ah, non ! Je n’écouterai pas ma mère me parler de sa vie intime. Je fonce dans ma chambre en criant :
— Je vais me préparer.
D’ici, je l’entends exploser de rire.
Dans tout ça, nous n’avons toujours pas discuté. Je décide de revenir en arrière. Je me plante dans l’embrasure de la porte. Son sourire disparaît aussitôt.
— Avant de partir, il faut que tu me dises, maman.
— Très bien, viens avec moi.
Elle m’entraîne dans le bureau.
 
 
 
 
ETHAN

 
 
 
— Jeanne, tu es magnifique, ma chérie.
— Lucien, voici mon fils, Ethan. Ethan, je te présente Lucien, un ami… mon ami.
Ma mère rougit. C’est une première dans sa vie. Du moins, c’est la première pour moi. Je m’avance vers le fameux Lucien. C’est un homme de belle allure, il a une belle crinière blanche, des yeux bleu-vert délavés et une peau ridée. On peut dire qu’il est baisable pour son âge.
— Enchanté de vous rencontrer.
— Votre mère m’a beaucoup parlé de vous.
Ah, ouais ! Parce que, moi, elle ne m’a jamais parlé de lui. Un peu comme Julia n’a pas jugé bon de mentionner qu’elle vit avec Liam.
 
Nous arrivons au restaurant. Ma mère et Lucien saluent une multitude de personnes pendant que j’attends notre table au comptoir.
— Mon ami, Ethan Moreuil ! Putain, tu me suis, mon pote ! T’es toujours là où je suis.
Ou l’inverse ! Mais qu’est-ce qu’il fout dans un resto quatre étoiles un soir comme celui-ci ?
— Bjorn, bonsoir.
À son habitude, il me salue en me serrant dans ses bras. En revanche, j’esquive son bisou. Il exagère !
— Comment vas-tu ?
— Bien, bien, merci.
— Tu es avec la bombasse de la partouze ? me demande-t-il aussi discrètement que cela lui est possible.
— Non. Je suis avec ma mère.
— Ah ! C’est donc pour ça que tu fais la gueule.
— Pas du tout !
Il rigole. Personnellement, je n’ai pas la moindre envie de rire, surtout quand ma mère s’approche.
— Madame Moreuil, enchanté de faire votre connaissance. Bjorn Bor, un ami d’Ethan.
Heureusement, les présentations sont écourtées par le serveur qui nous presse de rejoindre notre table. Bjorn a le temps de me refiler une carte sur laquelle il a noté les coordonnées de sa petite fête de ce soir. Je n’irai pas. Je ne trahirai pas Chris une fois de plus simplement pour assouvir mes pulsions. Ce qui s’est passé avec Julia ne se rapporte pas à de la tromperie. D’ailleurs, il n’y a pas eu de pénétration, techniquement, je ne l’ai pas cocufié. C’est un peu tiré par les cheveux, mais il faut bien que je me rassure d’une manière ou d’une autre.
 
Un long moment plus tard, à table, ma mère et moi nous lançons des regards insistants. Elle m’encourage des yeux à manger. Mais la nourriture ne passe pas. Je dépiaute le morceau de faisan aux truffes et essaie d’en avaler de petits bouts. Seulement, ma glotte est bloquée par notre conversation précédente. Ça m’a définitivement coupé l’appétit.
Ma mère me somme de manger encore une fois en se cachant derrière sa serviette. Lucien semble comprendre que nous avons besoin de parler. Il s’excuse et part aux toilettes.
— Ethan, fais un effort, je t’en prie.
— Je vais essayer, maman.
— Mon chéri. J’ai conscience que tu es secoué…
— Secoué ! Je suis abasourdi, maman. Comment as-tu pu te taire si longtemps ?
— Nous reviendrons là-dessus plus tard, je te promets. Pour l’instant, fais bonne figure. S’il te plaît.
— OK.
— Et aussi, pourrais-tu me rendre service ?
Elle saute du coq à l’âne, mais j’acquiesce, me demandant ce qu’elle veut.
— Lucien et moi voudrions un peu d’intimité ce soir. C’est le Nouvel An et, depuis que tu es à la maison avec Manon, nous n’avons pas eu l’occasion de nous retrouver en tête-à-tête. La maison de Chris est à moins d’un quart d’heure. Pourrais-tu dormir là-bas ce soir ?
Je rêve, là ! Ma mère me vire et, en plus, elle me jette chez Chris. Je ne supporterai jamais de me retrouver chez moi sans lui, sans Manon, sans personne. J’ai déjà l’estomac en vrac, elle m’achève en m’arrachant le cœur.
La fin du repas me stresse au plus haut point. Je redoute d’être là-bas, de dormir dans notre lit, de… J’en chialerais, mais j’ai appris à me tenir en public.
On sonne les douze coups de minuit. Dix minutes plus tard, Lucien et ma mère frétillent d’impatience. Ils prétendent qu’ils sont fatigués, mais je vois clair dans leur jeu. Je ne préfère pas m’imaginer ma mère en train de forniquer. Déjà qu’avec mon père, l’image me dérangeait, mais là…
 
La limousine s’arrête devant la maison, la maison de Chris, la mienne. Ça a tout de même été mon foyer durant neuf ans, une période plus longue que tous les endroits où j’ai créché si l’on décompte chez mes parents.
— Encore bonne année, mon chéri. J’enverrai une voiture te chercher demain soir.
Je sors les larmes aux yeux. Ma mère fait preuve de si peu de compassion que j’en crierais de douleur. Elle aussi me punit. Elle souhaite me donner une leçon pour toutes mes erreurs. Eh bien, c’est gagné !
— Bonne année à vous aussi. Lucien, ravi de vous avoir rencontré.
— Nous aurons l’occasion de nous revoir, fiston.
Fiston. Non, mais !
Je claque la portière, puis pénètre dans la maison. Le vide m’oppresse. Il flotte quelque chose de malsain dans l’air. J’ai du mal à me réapproprier le lieu. Pourtant, lorsque Chris m’a enlevé, je ressentais l’inverse. Ça ne tenait qu’à une chose : LUI. Sans lui, n’importe quel espace me semblerait bizarre. Pour disperser le malaise, je me précipite dans la chambre, m’empare d’un de ses vêtements et fais de même dans la chambre de Manon en récupérant son coussin favori. Une fois ma collecte terminée, je me désape, puis enfile un tee-shirt de Chris. Il n’y a pas son odeur, mais c’est comme si. Je ne souhaite pas dormir dans la chambre, je n’y arriverai pas, alors, je m’installe dans le salon, face au lac. Il brille à la surface comme les yeux de mon angelot quand il jouit. Sur ce beau tableau, je m’endors, des rêves chauds plein la tête. Après les rêves, les cauchemars me réveillent. C’est ici que Chris s’est ouvert les veines, ici que, perdu, j’ai tenté de le réanimer. J’entends sa voix me dire ne me pardonne pas .
Je me rendors.
— Chris !!!
Mon cri me réveille en sursaut.
Soudain, je m’aperçois que le soleil s’est levé. Nous adorions regarder le soleil éclairer le lac lorsque nous nous endormions sur le sofa après avoir baisé des heures. Les souvenirs de nos ébats me mettent dans un état de dingue. Je tire sur la couette que j’ai rapportée pour dormir, et sans surprise, mon boxer abrite ma trique. Elle forme une sorte de tipi.
— Putain, Chris, tu me manques trop.
En réponse à ma remarque à haute voix, un raclement de gorge me répond. J’ai une peur bleue.
— Tu me manques aussi, Ethan.
— Chris ! Tu t’es enfui ?
Voilà quel genre de question débile me vient tandis que je devrais me précipiter vers lui.
— Lilia m’a libéré sous caution.
Oh !
— Ma mère se porte garante, je suppose.
Il incline la tête.
— Richard me ramène demain.
Soudain revigoré par sa présence, je saute du sofa, enjambe le dossier et le rejoins en l’attrapant dans mes bras.
— Ne perdons pas de temps, alors. Embrasse-moi, mon ange.
Chris fond sur ma bouche. Son menton carré me râpe la peau malgré le duvet de ma barbe. Je kiffe cette sensation. Le joint d’hier m’a procuré moins d’effet.
— Bonne année, Ethan.
— J’espère, mon cœur, j’espère, murmuré-je contre ses lèvres en pressant l’arrière de son crâne.
Je ne veux pas qu’il s’écarte plus que ces quelques centimètres. Je le veux contre moi, en moi, pour moi.
Sa bouche se réapproprie la mienne. Son baiser est doux. Trop doux. Grrr ! Je le force à me rouler une vraie pelle. Ma langue fouille sa bouche plus loin, plus vite. Mes caresses sur ses cheveux se raffermissent. Chris se détache tranquillement et me repousse. Putain, qu’on m’assassine tout de suite ! Il sent que je me contracte. Je repense à son message lorsque je marinais seul dans ma chambre d’hôtel à New York. Ce qu’il m’a dit par texto m’a achevé, de là, j’ai eu envie de me défouler. Ce n’est pas le moment pour mettre le sujet sur le tapis, toutefois, il le faudra. À force de former des nœuds avec la corde de nos vies, on va finir par vraiment s’étrangler si l’on ne se décide pas à les défaire un jour ou l’autre, en voilà un de plus à délier.
— Ne me laisse pas, Chris, je t’en supplie, ne fais pas ça. Pas encore une fois.
Il me couve du regard, passe la main sur ma joue. Rapidement, je l’emprisonne et la porte à ma bouche.
— Je ne te planterai pas, je veux juste goûter ton corps en entier. J’en ai rêvé toutes les nuits à l’hôpital. Laisse-moi faire.
Oh ! Que son désir soit satisfait ! Tant qu’il ne m’envoie pas paître, tout me va.
— Je t’ai regardé dormir, m’avoue-t-il dans un souffle.
Nos yeux plongent dans ceux de l’autre. La lumière naturelle de ses yeux s’est éteinte, il ne subsiste qu’un infime rayon terni par les médicaments.
— Ethan…
— Mon amour, dis-moi, je t’écoute.
— J’ai peur.
Et moi donc ! Mais j’accepte avec joie sa franchise. Il a sûrement beaucoup pris sur lui pour le dire. Je dois être aussi honnête.
— Moi aussi. Mais nous allons nous en sortir, je te promets.
 
Les paroles ne sont plus d’actualité après notre échange. Seule la tension sexuelle nous entoure désormais. À sa façon de me regarder, j’ai l’impression qu’il a l’intention de me manger. Il se lèche déjà les babines. Je bande à mort, ressentant par avance sa langue sur ma peau. Il me met au supplice en prolongeant mon attente. Qu’il me touche, bordel ! Ma peau chauffe. Mon corps surchauffe quand il ôte mon tee-shirt, découvrant mon torse. Ses lèvres se posent délicatement sur mes tétons. Il suffit de ce simple contact pour qu’ils durcissent. J’aimerais un peu plus d’énergie, mais je me souviens de notre baise dans la salle de bains, et me résous à lui donner ce qu’il demande, même si cela ne répond pas à mes désirs. Après ce que j’ai enduré ces jours derniers, qu’il me baise ou qu’il me fasse l’amour façon guimauve, ça m’est égal, bien que je sois plus fan de chocolat 99 % cacao, fort en goût, amer, aux arômes poivrés. Mais s’il faut se contenter de chocolat blanc, pourvu que ce soit avec mon angelot, je suis OK.
 
Chris me reprend dans ses bras. Ils sont si sécurisants. Je m’y blottis en massant son dos. Quand je le caresse le long de la colonne vertébrale, je m’aperçois que sa perte de poids est flagrante. Je sens ses os tandis que, normalement, mes doigts se délectent de ses muscles noueux.
— Je t’aime, Ethan, je ne te l’ai pas dit souvent, mais je t’aime.
Son souffle chaud me chatouille le cou. C’est bon. Son je t’aime n’a rien à voir avec son je n’aime que toi dont il m’a assommé à la partouze de Bjorn. Il est sincère.
— Mon amour.
Je chuchote dans son oreille. Ma langue frôle son lobe, aussitôt, sa queue répond à l’appel. Il m’offre mon plus beau cadeau de Nouvel An. Nous nous embrassons à perdre haleine si bien que Chris suffoque. Je l’oblige à reprendre son souffle sans quitter l’écrin de ses bras. J’attends que sa respiration redevienne normale, et le couvre de baisers dans le cou, sur les joues, sur le nez, partout où cela m’est possible. Je reviens à ses joues, m’attardant sur l’arête de son nez. Mes lèvres le piquettent de bisous, puis reprennent virulemment sa bouche. Je l’embrasserais comme ça des heures. Il suffoque de nouveau, alors, je le calme en caressant son visage. Comme j’aime effleurer les courbes masculines de son front ! J’adore me perdre dans le sillon de ses paupières, et me râper la peau sur ses joues mal rasées.
— Tu as rasé ta barbe.
— Je l’avais laissée pousser pour…
Ses derniers mots crèvent dans sa bouche. Ils me tuent au passage. Il s’est laissé pousser la barbe pour être méconnaissable lorsqu’il m’a enlevé, d’après ce que je comprends.
— Chut !
Je ponctue ce chut par un baiser sur le coin de sa lèvre.
— Avec ou sans, tu es mon angelot, mon amour, mon homme.
— Ethan…
Ah, non ! Je ne lui donnerai pas le droit de casser ce moment unique en s’apitoyant sur ce qu’il a commis, ce qu’il aurait dû faire ou ne pas faire.
— On s’en branle de tout ça. Tout ce qui compte, c’est toi et moi, là, tout de suite. J’ai envie de toi, Chris, j’ai envie que tu me baises, j’ai envie qu’on dorme l’un contre l’autre. J’ai envie de te sentir au réveil, d’entendre ta voix marmonner en me disant bonjour.
Il sourit.
— J’ai faim, dit-il.
Merde ! Je prends sur moi… encore.
— Tu veux que je te prépare quelque chose ? Il n’y a sûrement pas grand-chose, mais…
— C’est de toi que j’ai faim, Ethan.
Putain, oui ! Là, je suis d’accord.
— Croque-moi, je suis à toi.
— Tu es à moi, dit-il en écho.
Aussitôt, mon boxer tombe au sol. Chris me détaille des pieds à la tête. Un frisson me longe le corps. Mes épaules soubresautent. Les poils de mes bras se dressent. Et ma queue grossit, se rigidifie de nouveau.
— Ce morceau, je le garde pour la fin, susurre-t-il en passant son pouce sur ma queue.
Sa voix se pare d’une intonation super sexy. Elle me rappelle le ton qu’il a employé à notre rencontre dans la voiture. De l’érotisme à l’état brut, je m’étais dit. C’est exactement ça à l’instant, en plus intense.
— Allonge-toi.
J’amorce un pas vers le canapé, mais mon homme fait non de la tête. Il désigne le comptoir du bar. Putain, je le retrouve, c’est bon ! Je me dirige là-bas, monte dessus et m’allonge.
— Tss, sur l’autre côté.
Hé ! Comment je m’y prends pour me mettre sur le ventre avec mon gendarme ? Finalement, je me débrouille en tirant ma queue de façon à la caser sur mon ventre. Dès que je suis installé, Chris commence son repas. La pointe de sa langue vient effleurer ma voûte plantaire. Des fourmis de plaisir escaladent la paroi de mes jambes et finissent leur périple dans mes couilles. Je meurs de bonheur.
Sa langue passe sur mon mollet, puis s’arrête dans le creux du genou. Cette pause est insupportable. Je suis à la limite de l’explosion tellement son jeu s’avère sensuel. Il n’y a pas à dire, j’aime tout de lui, même la douceur. Chris repart, traçant un chemin sur ma cuisse. Il saute les fesses, dommage ! Et s’attaque à mon dos. Son ascension me fait frémir. Il me calotte d’une poigne ferme et douce à la fois.
Je succombe.
— Ne bouge pas.
Waouh ! Sa voix m’emporte dans notre monde, celui qui nous appartenait. Quand sa langue vient titiller ma nuque, sa caresse m’allume. Au sens propre, parce que je ressens un feu m’envahir de toutes parts. Il poursuit en dessinant des traits sur tout le tour.
— Retourne-toi, chuchote-t-il. Et ferme les yeux.
J’adore la nouvelle année. Mon vœu se réalise. Pour le moment, je ne souhaite rien de plus. Enfin si… qu’il me suce, mais cela ne saurait tarder. Je le sens s’impatienter. Il n’a jamais su tenir ses jeux jusqu’au bout. Effectivement, à peine me suis-je positionné sur le dos qu’il gobe ma trique d’un coup sec.
— Oh, putain, mon amour !
Il paraît tellement excité par ma queue qu’il oublie ce qu’il y a autour. D’ailleurs, moi aussi.
— Chris ! crié-je. Chris… je vais décharger, mon amour…
Je me retiens, je serre les poings, puis une giclée s’échappe. Chris ne lâche pas ma queue, il l’enfonce profondément dans sa gorge, avalant ma sève en essayant d’inspirer. J’ai la trouille qu’il se sente mal, alors, je le force à arrêter.
 
 
 
 
CHRIS

 
 
 
Quand l’infirmier m’a proposé une sortie hier, j’ai cru qu’il s’agissait d’une balade hors les murs de la clinique. Mais ensuite, Lilia m’a téléphoné, me donnant le feu vert pour rentrer chez moi au jour de l’an à condition que Jeanne veille sur moi de loin. La joie de sortir a tout de suite été balayée par la trouille de me retrouver seul à la maison. Et puis, j’ai vu Ethan dormir sur le sofa. Sa gueule d’ange et son petit cul à tomber m’ont instantanément rassuré. Je l’ai observé comme ça au moins deux heures, réapprenant les contours de son visage, humant son odeur de ma place. Je n’étais pas sûr de sa réaction à son réveil. Je n’étais pas sûr qu’il veuille encore de moi après le message que je lui ai envoyé.
Dans un moment de délire, j’ai attrapé mon portable – puisque Lilia m’a rendu mon bien – et lui ai balancé des horreurs. Au milieu de mes remontrances, je lui ai avoué pourquoi j’ai basculé. Sa fuite a été une catastrophe, le départ de Julia m’a anéanti, mais une autre nouvelle m’a encore plus sonné. Mon père est mort. Non que son décès m’ait particulièrement affecté, mais l’annonce tardive m’a désorienté. Les funérailles étaient passées. Son notaire m’a joint afin de régler le testament. Dans une lettre, mon père m’a avoué que la loi lui interdisait de me déshériter. Et que s’il avait pu s’en détourner, il l’aurait fait. Il a ajouté que la lettre me parviendrait après son enterrement, car il se retournerait dans sa tombe s’il savait que son fils gay assisterait aux obsèques. Salopard jusqu’au bout !
Je me suis senti seul au monde.
Une seule personne sur terre pouvait me réconforter. Ethan. J’ai donc mis en œuvre un plan visant à le séquestrer. Mon plan s’articulait en deux temps. Celui où je l’aurais pour moi, une dernière fois, où je lui avouerais tout ce que j’ai tu ; et un second où je me donnerais la mort. J’ai même contacté mes avocats afin qu’il hérite de tous mes biens et que Manon en ait une partie. Ainsi, sa fille serait à l’abri du besoin dans l’hypothèse où son père déconnerait.
 
— Chris, mon cœur, ça va ?
Je suis prostré, me remémorant ces douloureux instants pendant que le sperme d’Ethan dégouline de mes lèvres. Il s’empresse d’éponger le filet sur mes commissures, m’embrassant dans la foulée.
— Viens là.
Je suis vidé d’énergie tout à coup. Il me tire sur le sofa. Lui, nu comme un ver, moi, tout habillé. Ethan me prend la main, martèle ma paume de bisous. Ses câlins me redonnent l’envie de lui. Il comprend mon désir, et est en train de penser au moyen de me satisfaire tout en me ménageant. Aucun homme ne lui ressemble. Il combine parfaitement la douceur d’une femme, la force d’un homme et la servitude d’un soumis sexuel. Si seulement sa bisexualité et son cœur d’artichaut ne nous causaient pas autant d’ennuis…
— Mon amour, tu es beau, si beau. Dis-moi que tu m’aimes.
Je touche sa joue duveteuse, lui souriant autant que ma tension me le permet.
— Je t’aime, Ethan. Je n’aime…
Je me ravise. Selon Lilia, je dois bannir ce genre de propos. Julia avait tenu le même discours sur l’amour exclusif. Alors, je me reprends.
...

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