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Les Filles de la section Caméléon , livre ebook

237

pages

Français

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2022

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La guerre de 14 vécue à travers le quotidien d'ouvrières, la Section Caméléon, expertes dans l'art du camouflage. Grâce à ce roman, Martine Marie Muller ouvre une page méconnue de notre Histoire et rend un hommage vivant, vibrant, puissant, à une communauté de femmes solidaires et hautes en couleur.3 août 1914. Le premier mort français de la guerre ne fut pas le fait d'un Allemand... mais d'une femme qui repoussait les assauts de son mari ! Sous le nom de Colline La Chance, celle-ci se réfugie à Amiens. Et elle sera la chance de la Citadelle, village abandonné que vont peupler deux cents femmes rejetées, filles mères, veuves... Là, sous la direction du peintre Scévola, chef de la toute nouvelle section Caméléon, et de ses décorateurs de théâtre, elles vont devenir expertes dans l'art naissant du camouflage qui doit épargner la vie des soldats, en fabriquant faux arbres, fausses vaches, faux chevaux, vestes " caméléon ".C'est toute la vie de cette communauté d'ouvrières solidaires, gouailleuses, émouvantes que l'on découvre autour de Colline. Elles réapprennent à aimer, à survivre, à retrouver l'estime d'elles-mêmes au milieu des surprises de l'existence... Comme l'arrivée d'un chien, un certain Rintintin...Une histoire vraie, magnifique, qui célèbre des oubliées de l'Histoire.
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Date de parution

16 juin 2022

EAN13

9782258197893

Langue

Français

Du même auteur
Terre-Mégère , Robert Laffont, 1993
Les Amants du pont d’Espagne , Robert Laffont, 1995
Froidure, le berger magnifique , Robert Laffont, 1997, prix du Printemps du Livre
Terres brûlantes , Robert Laffont, 1998
La Porte , Robert Laffont, 1999, Prix Mémoire d’Oc
Les Ronces de fer , Robert Laffont, 2000
Adieu la vie, adieu l’amour , Robert Laffont, 2001
Les Cèdres du roi , Robert Laffont, 2002
Le Dernier des Pénitents , Robert Laffont, 2003, Prix Maupassant
Je l’appellerai Eden , Robert Laffont, 2004
L’Homme de la frontière , Robert Laffont, 2005
Quai des Amériques , Robert Laffont, 2006
Les Enfants de l’Arche , Robert Laffont, 2008
La Belle Camarade , Robert Laffont, 2009
La Trilogie des servantes , Robert Laffont :
1. Mademoiselle des Palissages , 2010
2. La Servante de Monsieur Vincent , 2010
3. La Servante noire , 2011
La vie était belle , Robert Laffont, 2013
Nuage bleu sur ciel de craie , Presses de la Cité, 2017
La Saga des Bécasseaux, Presses de la Cité, 2018
Dieu aime les rousses , Presses de la Cité, 2020
À ma sœur Isabelle qui, comme mon héroïne Colline, est une endurante
Sommaire
Titre
Du même auteur
Dédicace
1914
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
1915
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
1916
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
1917
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
1918
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre
Juin 1932
Chapitre
Note de l'auteur
Copyright
18 juin 1932, Asnières
Là-bas, elle avait oublié jusqu’à l’existence de la pluie. En faisant ses bagages, prendre un parapluie ne lui avait pas traversé l’esprit. D’ailleurs, y aurait-elle pensé qu’elle n’aurait su où en trouver un dans la maison.
Et il pleuvait encore. Des quais de Brest jusqu’à Paris, il lui semblait n’avoir rencontré que la pluie.
Elle se tenait, très droite, devant le trou béant dont le fossoyeur jaillit lestement, couvert de boue.
Elle contempla à nouveau le petit cercueil de plomb, posé le long de la fosse. Ils avaient fait tous deux un si long voyage.
Elle redressa son chapeau, chassa l’eau de son visage ; l’homme retira sa casquette, s’essuya le front, planta sa pelle dans un tas de terre et alluma une cigarette.
— Vous avez fait la guerre, monsieur ? demanda-t-elle, pour dire quelque chose.
— Moi ? Oh, non… le cœur…
— Ah… vous êtes cardiaque ?
— Non… trop sensible…
Elle hocha la tête, comme si elle le comprenait.
1914
1

Le premier mort français de la guerre ne le fut pas du fait d’un Allemand, mais de sa femme.
Quand le tocsin avait sonné, elle s’était figée, les mains dans la pâte à tarte. Il lui avait semblé que la vie s’était arrêtée partout en France et elle demeura pétrifiée dans une vision d’épouvante. Elle l’avait senti jusqu’au fond des tripes, pire qu’une colique, ce dimanche 2 août 1914 allait déferler comme un torrent, envahir les villes et les villages, fracassant les portes, arpentant les chemins, gravissant les montagnes, passant les cols et dévalant jusqu’au fond des plaines, remontant le cours des fleuves, troublant le silence des morts, ruisselant sur les visages ravagés des femmes, excitant les hommes d’une colère sauvage, s’imposant partout dans un mouvement de stupeur et de joie, de résignation et d’allégresse, d’enthousiasme et de terreur.
Ce qui avait donné à beaucoup l’envie de sauter leur femme avant d’aller sauter sur une mine. À Jean aussi. Pour son malheur. « Colette, ma poulette… » avait-il dégoisé, la truffe rutilante, les bajoues gonflées, l’haleine lourde des verres de vin lampés dans tous les cabarets du village. Elle s’était dit : Un viol de plus, et je me tue. Ou je le tue.
À son grand soulagement, trop soûl au soir du 2 août, il s’abattit sur le lit conjugal et dormit. Mais le lendemain, dans la soirée, avant de partir pour la caserne avec son ordre de mobilisation en poche, il se mit à chanter « Le régiment de Sambre et Meuse » en dégrafant son pantalon. « Colette, ma poulette… » C’était l’hallali, le cri de guerre du mâle en rut. Elle se cala dans le coin de la cheminée et lui lança :
— Si tu me touches, je te tue !
— Laisse donc ça aux Allemands, petite garce ! hoqueta-t-il, le pantalon sur les chevilles, tâtant d’une main la protubérance de son caleçon.
Il trottina droit sur elle comme un pingouin, l’œil allumé, l’écume aux lèvres. Elle ne réfléchit pas ; elle saisit le Christ, en croix sur son pied de bronze, planté sur la cheminée, un cadeau de mariage de tante Juliette, qui était clarisse. Amen ! Coup de massue sur la tempe gauche. Il tomba très lentement, le regard stupide, la bouche ouverte sur un hoquet muet.
Avec un grand calme qui l’effraya davantage que le corps étendu et la tempe ensanglantée, elle lui fit les poches et glissa deux billets de cinq francs dans son corsage. Puis elle prit son chapeau, son manteau, son sac à main et une petite valise de cuir bouilli où elle jeta trois frusques, un fromage et une miche de pain. Elle laissa la clé sur la porte et une fois dans le hangar, après avoir ficelé la valise sur le porte-bagages, elle monta sur la bicyclette que lui avait léguée son père. Jean n’avait-il pas assez grogné contre cette extravagance qui faisait de lui la risée du village, la poulette du Jean qui roulait à bicyclette, comme le facteur !
 
Au carrefour Saint-Antoine, elle hésita, renfonça son chapeau sur sa tête, puis choisit la route d’Amiens. Deux cents kilomètres à faire, d’après ce qu’elle avait noté sur le calendrier des Postes, étape par étape. Ça prendrait le temps qu’il faudrait, en espérant ne croiser aucun soldat en goguette. Pour autant, elle n’était pas inquiète ; son père avait toujours dit d’elle qu’elle était une endurante. Une teigneuse, ajoutait sa mère, paix à son âme, mais le ciment, comparé au cœur de cette mère-là, c’était du caramel mou. La nuit tombante était claire et sèche, le ciel déjà tout piqueté d’étoiles, ce qui lui parut de bon augure.
Disparaître. Effacer les traces. Se couler dans le camouflage d’une autre vie. N’importe laquelle. C’était tout ce qu’elle avait en tête tandis que le monde roulait, plus fou qu’un train fou, droit vers le précipice.
2

Devinant la lisière d’Amiens, elle descendit de bicyclette. Au bout d’un chemin où elle s’était arrêtée, un lieu étrange attira son attention. Il était flanqué d’une mince rivière serpentant au milieu de l’immensité plate des champs que brisait au loin la crête d’un bois. Trop épuisée pour continuer jusqu’à la ville, elle avança sur le chemin caillouteux et entra. Ce fut du moins l’impression qu’elle ressentit. Elle pénétrait dans un mystère, au cœur d’un monde aussi clos qu’un nid, un anneau de maisonnettes de briques qui s’épaulaient en formant une ronde étrange. Ce village semblait avoir poussé par magie sur la plaine, ramassé autour d’un point fixe, un bâtiment de pierre vers lequel s’orientaient les fenêtres. C’était peut-être une ancienne grange, avec quelque chose d’une chapelle, son clocheton d’ardoise dressant sa pointe ébréchée dans la nuit, sentinelle sereine de ce lieu abandonné. Un auvent pointu, incongru et disproportionné, reposait sur des arceaux de colombages et abritait la haute porte close. Rouillée et le bec en berne au-dessus d’une auge en pierre, une pompe flanquait le coin du bâtiment.
Rêvait-elle ? L’épuisement lui donnait-il la berlue ? Des fées malicieuses allaient-elles jaillir des fenêtres brisées des maisonnettes, voleter au-dessus des mauvaises herbes qui avaient envahi la cour et les étroites allées de briques qui, devant chaque porte, invitaient à entrer ? Ah ! Elle était bien toujours une sotte fille de la campagne, superstitieuse et ignorante ! On eût plutôt dit un village de poupées, douillet et accueillant. Il respirait la bonne entente qui avait dû présider, un jour, à la construction d’un tel lieu et à la vie de ses habitants. Elle crut voir s’animer les femmes, discutant sur le pas de leur porte, le balai à la main, les hommes allant et venant, un outil sur l’épaule, et tout un peuple d’enfants se poursuivant au milieu de la volaille.
En contournant la chapelle, elle découvrit, au-delà du cercle des maisonnettes, une bâtisse aussi longue qu’un paquebot. Le flanc qui faisait face au village était percé d’une haute porte coulissante, fermée d’une chaîne. À quelle œuvre collective, désormais abandonnée, et sans doute depuis des années, avaient-ils dû tous participer avant de disparaître ?
Elle revint sur ses pas, fit le tour de la place. La porte d’une des maisonnettes céda enfin à sa pression. Elle pénétra dans la petite pièce avec sa bicyclette, dérangea une famille de souris lovée dans un tas de paille. Elle se laissa tomber sur le sol de briques, près de la cheminée froide, sans plus une goutte de force dans les muscles. Le sommeil la saisit et elle sentit les grands bras du lieu l’envelopper doucement.
3

Finalement, Amiens n’avait peut-être pas été une si bonne idée pour effacer ses traces. À moins que Colette ne s’y trouvât elle-même totalement effacée, absorbée, évacuée par le chaos qui fit éclater la ville à la fin du mois d’août. Les troupes anglaises et françaises s’égaillaient dans toutes les directions, à pied, à cheval, franchissant la Somme, comme si le front restait le but d’un jeu de piste mal organisé. Amiens avait l’all

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