À double tranchant, tome 1 : Manipulations
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Description


Jeune flic téméraire mais inexpérimentée, Claire Stevens se retrouve piégée dans une fusillade entre trafiquants. Menacée, elle est contrainte de se réfugier chez la mère de son petit ami Eddie, également policier.



Mais cohabiter avec Antonio, le demi-frère de ce dernier, est la variable qu’elle ne peut maîtriser. Nonchalant et provocateur, à l'opposé de son aîné, Antonio réveille chez Claire un trouble contre lequel elle veut lutter. Quand les actes criminels se mutltiplient, au nom d'une mystérieuse vengeance à assouvir, elle comprend qu’elle ne peut se fier aux apparences...



Dans ce sulfureux jeu de dupes, Claire doit-elle se laisser aller à ses désirs ?



Et si l’amour devenait une arme à double tranchant...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 13
EAN13 9782379930393
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À double tranchant
 
 
 
 
TOME I – Manipulations
 
 
 
 
Feryel
 

 
 
L’auteur est représenté par Black Ink Editions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n’importe quelle forme.
 
Nom de l’ouvrage : À double tranchant, tome 1 : Manipulations
Auteur : FERYEL
Suivi éditorial : Sarah Berziou
 
© Black Ink Editions
Dépôt légal octobre 2019
 
Couverture : © Black Ink Editions. Réalisation Lana Graph. Crédit photos Shutterstock.
ISBN 978-2-37993-039-3
 
Black Ink Editions
23 chemin de Ronflac
17440 Aytré
 
Numéro SIRET 840 658 587 00018
Contact : editions.blackink@gmail.com
Site internet : www.blackinkeditions.com
 
 
 
Table des matières
PROLOGUE
Chapitre 1
Chapitre 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
CHAPITRE 22
CHAPITRE 23
CHAPITRE 24
CHAPITRE 25
CHAPITRE 26
CHAPITRE 27
CHAPITRE 28
CHAPITRE 29
CHAPITRE 30
CHAPITRE 31
CHAPITRE 32
CHAPITRE 33
CHAPITRE 34
CHAPITRE 35
CHAPITRE 36
CHAPITRE 37
CHAPITRE 39
CHAPITRE 39
CHAPITRE 40
CHAPITRE 41
CHAPITRE 42
CHAPITRE 43
CHAPITRE 44
CHAPITRE 45
CHAPITRE 46

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« La peur de la souffrance est parfois bien pire que la souffrance elle-même ... »
 
Paulo Coelho, l'Alchimiste .
 
 
 
PROLOGUE
Comté de DeKalb, Indiana – 30 novembre 2000
Catalina
 
 
Avant la mort, il y a les regrets.
Les mauvais choix, les virages mal négociés.
L’envie de dénicher une machine à voyager dans le temps et tout changer.
Mais jusqu’où faut-il remonter, pour prendre le Mal à sa racine ? Sa sève coule dans mes veines, ses branches s’entortillent autour de mon âme, aussi tranchantes que du barbelé. Comme pour l’emprisonner à jamais.
Elle est là, mon erreur.
Celle d’avoir cru pouvoir y échapper.
Mais on n’échappe pas à la fatalité.
La vérité crue avançait jusqu’ici masquée ; elle m’éclate maintenant à la figure dans toute sa cruauté. C’est fini. Tout est fini.
Une blatte grimpe sur ma jambe. Je tente de la secouer tandis que les cordes qui m’entravent la lacèrent. Stupide fille. Je suis déjà morte, et dans peu de temps, ces petites bêtes s’en donneront à cœur joie. Je suis déjà morte car je vois ma vie défiler sous mes yeux comme on regarde un film de série B. Parce qu’il n’y a rien d’autre à regarder, et qu’en commenter la médiocrité, ça occupe.
Avant la mort, il y a les regrets... En fin de compte, il n’y a rien à regretter. Car rien ni personne n’aurait pu y changer quoi que ce soit. Rien ni personne n’aurait pu nous sauver.
J’espère juste qu’il gardera les yeux fermés...
Le canon sur ma tempe, les miens resteront grands ouverts.
 
 
 
Chapitre 1
Downtown Los Angeles – 16 mars 2016
 
 
— Claire ! Claire Stevens ! Bordel, mais réveille-toi ! Il est où le café ? me fait sursauter Ted en aboyant comme un camé en manque de dope.
Au moins a-t-il le mérite de me tirer de ce foutu cauchemar. Apparemment, ni le bourdonnement incessant des allées et venues, ni le standard téléphonique qui sonne sans interruption n’y sont parvenus.
— Désolée, Ted, j’étais de service cette nuit et j’ai encore du mal à trouver mes marques... Tout compte fait, je crois que je vais rentrer chez moi.
— Pas avant de nous avoir servi le café, tu veux notre mort à tous ou quoi ?
— Ok je vois, soufflé-je. J’en ai pour cinq minutes.
La corvée de café, c’est le passage obligé pour le rookie 1 lambda à la police de Los Angeles. Avec tout ce qui est paperasse bien sûr. Mais voilà, cela fait maintenant six mois que la situation perdure, tandis que je vois mes camarades de promo progresser. À croire que je viens de laisser tomber mes études de Droit pour faire serveuse de donuts et ranger des dossiers ; pire encore, j’ai ma petite idée du pourquoi de cette situation.
De retour sur le plateau, la tasse à la main, je râle.
— Tiens, le voilà ton café, Barnes !
— Je te l’ai déjà dit, c’est Ted pour les intimes.
— On n’est pas intimes, Ducon.
Ses trois collègues pouffent.
— C’est qu’elle a du caractère, la gamine ! Allez, demain si tu es sage, je t’emmène faire une ronde. Ça te changera les idées. Maintenant, rentre chez toi dormir, avant de baver encore sur la table !
— C’est ça ! Gros débile ! lui rétorqué-je en guise de salut, avant de prendre ma veste et de quitter l’open-space.
Ted se montre parfois rustre mais j’apprécie sa bonhomie. Au départ, il a freiné des quatre fers pour être mon tuteur. À ses yeux, du haut de mes vingt-trois ans je ne suis encore qu’un bébé - et une fille par-dessus le marché. Dans son esprit arriéré, une femme attire les regards, donc les emmerdes. Pourtant, je ne fais rien pour, je ne me maquille pratiquement pas. Tout juste un soupçon de mascara pour souligner mes yeux verts, et de mousse à coiffer sur mes longueurs châtain clair que j’attache en chignon pendant le service. Quant au rouge à lèvres, ce n’est clairement pas mon truc. Je lui préfère un baume, qui a au moins l’avantage d’en prendre soin.
Après un quart d’heure de route et une fois mon vieux tacot garé dans la rue, je me rue sur les escaliers avec un seul objectif en tête : rejoindre mon cher cocon et mon lit douillet. Cocon … le mot parfait pour décrire mon deux-pièces à Silverlake : je m’y sens parfaitement à l’aise, bien qu’aussi à l’étroit qu’une chenille en métamorphose. J’y vis seule depuis trois ans, le paye à coups de petits boulots, et maintenant, avec ma maigre paie de jeune flic.
Sans même chercher à me nourrir, je retire mon uniforme pour passer un pyjama. Je le plie soigneusement, range ma plaque et soupire.
J’aimerais tellement aller sur le terrain…
J’en ai besoin.
La sonnette de la porte me sort de mes pensées ; je maudis déjà l’individu qui m’empêche de m’étaler sur mon lit comme un pancake bien épais. J’ai à peine ouvert le loquet qu’une silhouette masculine pousse la porte d’un geste brusque pour m’empoigner la taille. Et écraser sa bouche contre la mienne.
— Eddie ! m’écrié-je avec difficulté, la respiration coupée par le baiser. Je ne pensais plus te croiser en dehors des couloirs du commissariat.
— Ne m’en veux pas, princesse ! Il y a de quoi faire ces derniers jours au boulot.
Eddie… Je lui ai attribué ce surnom qu’il a aussitôt adopté : il en apprécie la sonorité américaine apportée à ses origines mexicaines. Il faut dire qu’Eduardo Cruz représente l’archétype du mâle latino. De sa chevelure noire et épaisse à son regard de braise, jusqu’à son corps musculeux que j’adore parcourir de mes doigts.
— Alors, ta journée ? Raconte-moi, quémandé-je, pendue à son cou. Tu sais bien que je vis par procuration en ce moment !
— Deux meurtres sur la 6ème. Ça en devient presque lassant.
Eddie est flic à la criminelle. Car en plus du bel emballage cadeau qu’est son corps, il en a dans le crâne. Sérieux et appliqué, il a rapidement gravi les échelons ; on lui prédit le même brillant parcours que son père. Sans lui souhaiter la fin tragique qu’il a connue il y a une dizaine d’années : Manuel Cruz accumulait les ennemis au rythme de l’admiration qu’il suscitait. Tellement d’ennemis, que le mystère plane autour de sa mort. Eddie avait à cœur de suivre ses traces, achever son œuvre, et coffrer les responsables.
— C’est toujours mieux que de servir du café à longueur de journée ! soufflé-je.
— Ne t’inquiète pas. Sois patiente, tu l’auras ta dose d’adrénaline. D’un autre côté, ça me rassure de te savoir entre quatre murs, plutôt que dans la jungle là dehors.
Je le repousse, amère.
— Je n’en doute pas.
— Claire, tu ne vas pas recommencer ! Si je te dis que je n’ai rien à voir dans cette histoire de café et de dossiers !
— Tu le dis toi-même, ça te rassure ! Peut-être que ça rassure aussi ton chef que tu n’aies pas à te demander constamment où je suis ? En bref... Qu’est-ce qui les pousse à s’entretuer comme ça depuis quelques mois ?
Eddie se jette sur le sofa et met le temps avant de répondre. Visiblement, il ne digère pas la pique que je lui ai lancée, tout comme je ne supporte pas qu’on me manipule comme un pantin. Que cela vienne de lui, ou de quiconque.
— Demande donc à tes amis des stups que l’on a dans les pattes sur chaque scène de crime !
Je vois très bien où il veut en venir. Les inspecteurs des stups tranchent avec mes collègues d’unité, bien plus âgés. Je me suis liée d’amitié avec eux, je sors parfois après le service en leur compagnie, direction leur pub attitré. J’aime écouter les récits de leurs missions, j’en apprends beaucoup. Surtout avec la guerre des gangs qui agite les nuits chaudes de L.A. ces derniers temps.
— Tu fais le mâle protecteur, et maintenant, le copain jaloux ? le taquiné-je.
Eddie ne peut retenir un sourire et se lève pour me suivre dans la chambre.
— Tu veux que je te montre ce que je peux faire encore ? ajoute-t-il, faisant glisser sur mon épaule nue la bretelle de mon caraco.
Je le pousse sur le lit pour lui grimper dessus à califourchon.
— Et moi, tu veux que je te montre mes talents en arts martiaux ?
— Je veux bien ! Et tes autres talents aussi, reprend-il, avant de me basculer sur le côté pour un baiser profond, qui laisse présager d’une belle lutte à l’horizontale.
Je dois me rendre à l’évidence, je suis tout simplement folle de ces sensations qu’il fait naître au creux de mes reins. De son souffle chaud qui s’égare sur ma peau. De son parfum musqué qui flatte mes narines. De sa respiration saccadée contre mon oreille lorsqu’il vient en moi. Voilà bientôt trois ans que nous sommes en couple, et malgré les nuages – et les orages – qui nous accompagnent depuis mon entrée dans la police, Eddie m’apporte cet équilibre qui semblait jusqu’alors constamment m’échapper.
Tant d’épreuves traversées, et je touche du doigt cet espoir tant convoité.
Celui d’une vie normale.
Mais après l’amour, tandis qu’il dort paisiblement à mes côtés, je fixe le plafond, ne trouvant plus le sommeil.
Car en fait, je n’ai qu’une idée en tête.
Ma première vraie sortie de flic.
Au cœur de la jungle.
Ma dose d’adrénaline.
 
 
 
 
Chapitre 2
Silverlake, Los Angeles – 17 mars 2016
 
 
Le souffle court, j’accélère et manque de trébucher contre une souche. Aussitôt, je me redresse ; tout est sombre et les larmes brouillent ma vue. Mon cœur pulse, m’étourdit, m’assourdit.
Mais j’entends ses pas.
Ses pas qui froissent le tapis de feuilles mortes. Lourds, exigeants, ils se rapprochent, implacables, dans la forêt perfide. L’étau se resserre, prêt à me broyer.
Et je sens son souffle.
Son souffle qui me brûle la peau, comme le ferait le Diable en personne. Mes jambes me trahissent et me lâchent ; je hoquette. Le sol se dérobe, je n’arrive plus à avancer.
—  Tu vas t’en sortir, tu vas...
— Claire !
J’ai si peu dormi qu’Eddie doit me secouer vivement pour me réveiller. J’ai tout le mal du monde à me lever, mais cela m’épargne la suite du cauchemar. Par contre, flemmarder, m’éterniser dans la salle de bains et découper mes tartines en petits morceaux…
— Claire, tu vas être en retard à ton cours. Je te rappelle que la théorie est aussi importante que la pratique, me sermonne-t-il.
L’air hagard, les cheveux en bataille, je traîne des pieds, une tasse de café vide à la main.
— Permets-moi de te rappeler à mon tour que je n’apprends rien, là. J’ai trois années de droit à mon actif, dont un stage chez les commis d’office. Et si je n’ai pas continué, c’est justement parce que ça manquait... d’action.
— Ok, Chuck Norris, plaisante-t-il. Allez viens, je te dépose au central.
—  Idiota, cabrón 2  ! lui lancé-je en enfilant mon t-shirt.
J’adore l’insulter en espagnol. Ces deux années passées aux côtés de la famille Cruz m’ont permis de retravailler les bases apprises avec ma voisine portoricaine à Detroit. Et ce, bien que lui-même déteste parler la langue. Je m’intéresse de près à la culture hispanique, et bois les histoires de sa mère, Guadalupe, comme du petit lait. Ne me reste plus qu’à savoir cuisiner les burritos aussi bien qu’elle.
Une fois la voiture démarrée, Eddie en profite pour me glisser le programme du week-end.
— On dîne chez ma mère samedi, m’informe-t-il avec une pointe d’hésitation.
— Génial ! Ça faisait longtemps, je suis impatiente de la revoir !
— Il est vrai qu’avec ta formation, tes horaires ont changé. Tu es moins disponible, reprend-il, légèrement confus.
Je me tourne vers lui, perplexe.
— Attends... tu ne lui as pas parlé de mon nouveau job ?
— Tu veux qu’elle me tue ? Écoute, Claire, je la connais par cœur. Elle m’en tiendra responsable, me reprochera de t’avoir embarqué dans ce métier dangereux alors que tu aurais pu devenir, pour la citer, une star du barreau ! Très sincèrement, je préfère que tu l’en informes directement.
— J’espère qu’au moins Selena sera là pour m’aider, elle !
Selena, la petite sœur d’Eddie… Aussi adorable qu’intarissable sur tous les sujets. Du haut de ses seize ans, jolie comme un cœur, elle fait déjà des ravages avec ses boucles brunes et ses yeux noirs, aussi pétillants que ceux de son frère.
— Mmh ... oui, elle sera là aussi...
Je le fixe d’un air suspicieux.
— Toi, tu me caches quelque chose. Crache le morceau.
Je le vois gagner en nervosité à chaque parole prononcée. Eddie se comporte toujours de la sorte quand il a quelque chose à me dire, ou à se reprocher.
— Et toi, tu feras un super inspecteur. Bien meilleur que ma mère.
— Ne change pas de sujet, s’il te plaît.
— Mon petit frère sera présent au dîner, finit-il par avouer.
Je me fige instantanément.
— …Ton quoi ?
— Je sais. Tu vas me faire la tête durant des jours pour ne pas t’en avoir parlé. Mais, comprends-moi, il avait disparu de la circulation ces dernières années ! Et puis ça n’est pas vraiment mon frère. Sa mère était…
Je tombe des nues.
— Tu te fous de moi ? Près de trois années ensemble, et c’est maintenant que j’apprends que tu as un frère ?
Son poing vient cogner sur le tableau de bord, il hausse la voix.
— Je n’avais pas envie d’en parler ! On n’a rien en commun, lui et moi ! Et moins je le vois, mieux je me porte !
— Arrête cette voiture immédiatement. Je continue à pied.
— Claire ! Tu ne vas pas commencer ?
— Tu te débrouilles pour m’éloigner du terrain, tu me reproches mon amitié avec les stups, et maintenant, j’apprends que tu me mens depuis trois ans ? Va te faire foutre et laisse-moi descendre ! lancé-je en ouvrant la porte de la voiture en marche.
— Mais tu es malade ou quoi ?! On est en train de rouler !
— Alors arrête-toi, bordel !
Il n’a pas d’autre alternative que de s’exécuter, il connaît parfaitement mon caractère de merde. Excédée, je descends de la voiture et claque la portière. Ces derniers temps, son comportement m’interpelle. M’aurait-il caché d’autres choses ? J’en bous tellement à l’intérieur que je pourrais faire sauter mon chemisier façon couvercle de cocotte-minute. Le pas pressé, j’avance sur le kilomètre qui me sépare du poste quand je m’aperçois qu’il me suit. Mon coup d’œil par-dessus l’épaule semble le surprendre autant que moi : Eddie détourne le regard puis accélère et me dépasse, jusqu’à disparaître de mon champ de vision. En bref, une journée qui démarre sur les chapeaux de roue.
 
***
 
Heureusement, le cours de ce matin sur les méthodes d’investigation vient à point nommé pour me changer les idées. J’enchaîne sur les techniques de combat au gymnase, pour ensuite m’exciter contre un sac de sable qui ressemble vachement à Eddie. Avant de repartir pour le commissariat et ma première ronde avec Barnes, j’ai un trou dans mon emploi du temps. J’en profite pour déjeuner avec les stups sur Downtown. N’en déplaise à Eddie.
— Salut les gars, lancé-je à la cantonade une fois arrivée au restaurant.
— Comment va la plus belle ? me répond du tac au tac Kyle, l’un de ceux avec qui je m’entends le mieux.
Kyle fait partie de la brigade depuis quatre ans et en a vu de belles. Grand blond à l’allure élancée, aux yeux bleus et au sourire ravageur, il ne lui manque que la planche de surf pour se fondre dans le décor des plages de Venice ou Santa Monica.
À ses côtés est assis Ricky, un Cubain au sang chaud qui bave sur tout ce qui porte une jupe. Je prends place face à lui, commande un classique hamburger frites. Il approuve d’un clin d’œil franc qui n’échappe pas à Kesha, la seule fille de la bande, une jolie Afro-Américaine au caractère bien trempé.
— Range ta quéquette, Ricky ! Si Cruz voit ça, il te pète la gueule.
— Si on ne peut même plus plaisanter...
— Calmez-vous les gars ! les rassuré-je en riant. En tout cas, vous avez des mines de déterrés, encore une nuit difficile ?
— Un faux tuyau nous a informés d’un deal important, dit Kyle. On a guetté toute la soirée sur place, pour rien. Soit on s’est fait repérer et ils ont annulé, soit…
— Soit on nous a donné un os à ronger pour détourner notre attention. En tout cas, ils sont devenus beaucoup plus malins qu’avant. Ça devient vraiment difficile de les pister, on est crevés et les cadavres s’accumulent, ajoute Kesha.
Ricky fronce à son tour les sourcils et continue.
— Je pense que...
— Ah tu penses toi maintenant ? ironise Kesha en coupant Ricky, qui grimace.
— Ta gueule, Kesha. Ce que je voulais dire c’est qu’il y a clairement quelque chose qui se trame. Peut-être que Jorge Alvaro s’est fait descendre, et qu’on assiste à une guerre de succession.
— Jorge Alvaro ? lui demandé-je avec curiosité.
— Oui. Le plus gros narco de la côte ouest. On était à deux doigts de le coincer il y a deux ans.
— La période faste. La DEA 3 avait un agent infiltré prêt à faire tomber toutes ces pourritures. Le pauvre s’est fait flinguer juste avant. Et depuis, plus rien, continue Kyle. C’est même pire.
— Ce sont les risques inhérents à une mission d’infiltration. Une double vie, un mensonge permanent, constamment sur le fil du rasoir… reprends-je, songeuse.
— Oui, c’est extrêmement casse-gueule, confirme Kyle.
— J’adorerais !
— Claire Stevens ! Tu as vraiment une case en moins ! C’est le truc le plus dangereux qu’un flic puisse faire. Tu es comme une abeille dans un nid de guêpes, comment tu peux trouver ça trippant ? m’interroge Ricky avec effarement.
— Je suis d’accord. Mais si ça peut permettre à cette merde de moins circuler, je signe tout de suite, rétorqué-je avec détermination.
La discussion porte ensuite sur des sujets bien plus fun. Le dernier film d’action sorti au cinéma, nos goûts musicaux, la femme ou l’homme idéal... On ne s’ennuie jamais avec eux. J’en ai même manqué la dizaine d’appels en absence d’Eddie qui cherche à se faire pardonner.
La fin de la journée se révèle bien moins excitante. Servir du café, encore du café, en attendant que Barnes prenne son service. Et ce n’est qu’en toute fin d’après-midi que mon regard s’illumine à l’arrivée de mon sauveur.
— Ah, Barnes ! Je n’ai jamais été aussi contente de te voir. Je t’ai même préparé ton café.
— Mais c’est que tu es géniale comme fille, bonne à marier, ma parole !
— Ferme-la, Barnes. La prochaine fois, je serai moins gentille.
Il attrape la tasse d’expresso que je lui tends et reprend son sérieux de flic en service.
— Bon, trêve de plaisanterie. Les consignes sont les suivantes. Si je te dis reste dans la voiture, tu restes dans la voiture. Si je te dis reste derrière moi, tu restes derrière moi. Et surtout, tu ne l’ouvres pas. Sauf si je te le demande.
— Eh bien, super programme.
Barnes se gratte l’arrière du crâne d’un air navré.
— Désolé, mais c’est un peu chaud en ce moment, là dehors. De toute manière, on va patrouiller dans un secteur calme.
— Encore mieux, soupiré-je. Moi qui voulais un peu d’action...
— Décidément, la génération jeux vidéo et compagnie, je ne vous comprendrai jamais ! hausse-t-il les épaules.
La ronde de début de soirée se déroule sans encombre. Quelques verbalisations, excès de vitesse en tous genres, choses habituelles dans les quartiers chics de L.A., Barnes prenant soin d’éviter la partie Est.
Vers vingt-deux heures, vient le rituel des agents de police. Deux hot-dogs, sodas et donuts dans la voiture de patrouille. J’ai vraiment faim. Barnes m’observe attentivement engloutir mon sandwich.
— Tu n’es vraiment pas une nana comme les autres, toi !
— Pourquoi tu dis ça ? le questionné-je, la bouche encore pleine de nourriture.
— Tu as de la moutarde sur le menton !
— Merci, que ferais-je sans toi ! réponds-je, l’essuyant du revers de la manche.
— Pas très sexy pour une fille… En fait, je sais. Tu es un mec dans un corps de fille. Voilà. Un mec avec une paire de nibards. Et tu trompes ton monde avec ça. Quand on te voit arriver avec ta bouille de poupée, on a envie de te protéger. Mais celui qui s’approche de trop près, bam  ! Un coup de genou dans les couilles !
— Tu m’as bien cernée en quelques mois, plaisanté-je, avant que nous ne soyons interrompus par une annonce radio.
« Aux véhicules de police présents près du secteur portuaire. Bagarre de sans domicile fixe signalée pour intervention. »
— Tu voulais un peu d’action ? Ça te dirait de jeter un coup d’œil ? Un truc soft pour commencer, on est juste à côté. C’est triste à dire, mais ce genre d’annonces, personne n’y va.
— Pourquoi ça ?
— Parce que tous les flics du commissariat te répondront qu’ils ne sont pas payés pour nettoyer du vomi de SDF.
— C’est terrible, ils ont besoin autant que n’importe qui d’assistance !
— Et voilà le retour de Claire Stevens, le bon samaritain ! Tu verras par toi-même, répond-il en démarrant la voiture.
Cinq minutes plus tard, nous arrivons au niveau du port. Tout est étrangement calme. Seules quelques mouettes livrent bataille près d’une pile de caisses abandonnées, quand trois chats de gouttière jouent aux ombres chinoises avec l’éclairage municipal au loin. L’atmosphère singulière qui émane des lieux me donne l’impression de stationner dans l’antichambre des enfers. On dit que le Diable se cache dans les détails ; il pourrait tout aussi bien se planquer derrière l’un de ces containers.
— Tu ne trouves pas cela bizarre ? dis-je, suspicieuse.
— Ils ont dû se barrer. Ils n’avaient peut-être plus de gnôle.
— Il y en a vraiment beaucoup des SDF qui traînent près des hangars ? Sans lumière ?
— Ça dépend.
— J’ai un mauvais pressentiment. Et s’il s’agissait d’une fausse alerte pour détourner notre attention ?
Barnes se met à rire franchement.
— Je viens de te dire que c’était le genre d’annonces sur lesquelles personne ne se déplace !
— Justement ! Peut-être qu’il se passe autre chose ici !
— Tu me fais chier, Stevens ! Je vais aller jeter un coup d’œil. Rappelle-toi ce que je t’ai dit. Tu t’enfermes, et tu ne bouges pas de la bagnole jusqu’à ce que je revienne.
— Tu ne peux pas y aller seul. Je t’assure, je ne le sens pas. Mon instinct ne me trompe jamais, il y a danger là-bas.
— Je n’ai jamais vu un coin aussi calme ! Écoute, j’ai vingt-trois ans de maison, je sais ce que je fais. Si tu ne me vois pas revenir dans dix minutes, tu appelles les renforts, OK ?
— OK.
Barnes sort nonchalamment de la voiture, et disparaît dans la pénombre.
Je soupire.
Quelque chose cloche, comme si ce désert maritime fourmillait d’ombres malfaisantes. Dans la chaleur de la nuit, je ne vois pas grand-chose, hormis ces chats excités à la conquête d’une benne à ordures. Du fond du siège passager, je scrute les lieux à la recherche d’indices, quand une déflagration déchire le silence de la nuit.
 
 
 
 
CHAPITRE 3
Le port, Los Angeles – 17 mars 2016
 
 
Du sang froid Claire. Garde ton calme, réfléchis.
Je reprends mes esprits, et me jette sur la radio.
— Alerte à toutes les unités, ici l’agent Stevens ! Demande renforts de toute urgence sur le port ! Coup de feu et peut-être un agent touché ! m’époumoné-je au micro.
Avant d’être coupée dans mon élan par une série d’échanges de tirs nourris.
— Code rouge ! Code rouge ! Nombreux individus armés sur le port !
J’éteins la radio, bondis hors de la voiture. Le danger serait d’y rester ; ils finiraient par me coincer avant l’arrivée des renforts. Je sors mon arme de son holster et rase les murs. M’approchant de la source, plusieurs voix distinctes parviennent à mes oreilles.
Dérangée par les battements affolés de mon cœur qui martèlent mes tempes, je tente de me concentrer pour écouter leurs propos dans la langue de Cervantès. Je comprends que nous venons d’interrompre une transaction tournant au pugilat.
Fric contre Drogue. Drogue contre Fric.
Une partie a piégé l’autre, la chasse à l’homme est lancée sur les docks. Ils ne tarderont pas à me trouver.
Tu n’as pas peur de la mort. Tu l’as déjà vue en face.
Alors autant me rendre utile. Les attaquer, c’est courir à notre perte. Les observer, c’est avancer nos pions dans la bataille. Je prie simplement pour que Barnes ait la même idée que moi.
Je m’approche discrètement et, cachée derrière un hangar, distingue quelques visages, que la pénombre ne rend que plus effrayants. Un petit homme à la mine patibulaire et recouvert de tatouages s’agite au centre en hurlant. Deux individus s’éloignent alors dans la direction opposée, armes au poing. Trois autres restent à proximité du Joe Dalton version latino. Lorsqu’il s’écarte, une masse sombre au sol attire mon attention ; une mare de sang se répand autour.
Je porte ma main à ma bouche, étouffe un cri.
Barnes.
Prise de spasmes, je tente de calmer les battements anarchiques de mon cœur. En vain. Il y a une demi-heure, Barnes se moquait de ma passion pour les hot-dogs, de mes manières de garçon manqué. Un bon flic, proche de la retraite, un père aimant qui laisse derrière lui une veuve et deux orphelins.
Je secoue vivement la tête, m’accroupis au sol. C’est impératif, je dois me reprendre et lutter contre ces envies qui m’assaillent. L’envie de vomir. De pleurer. De m’écrouler. De hurler. J’enfouis mon visage entre mes genoux, incapable de réfléchir.
Ça recommence… Comme il y a neuf ans, ça recommence…
Je prends une grande inspiration pour me donner force et courage de continuer, quand j’entends les sirènes au loin.
Les secours arrivent.
Je dois tenir bon. Garder la tête froide jusqu’à ce qu’ils me délivrent de cet enfer. L’espoir renaît en moi ; soulagée, j’esquisse un léger sourire.
Qui s’efface quand je sens un objet dur et froid appuyer contre ma nuque.
— Mais c’est qu’on en trouve de jolies choses dans les ruelles du port ! Lève-toi, chica 4 , m’intime une voix masculine.
Bordel .
Je m’exécute sans broncher. Je peine à distinguer ses traits dans l’obscurité, mais il s’approche assez près pour me permettre d’admirer sa rangée de dents en or et la balafre qui l’éborgne. Mon agresseur me tient en joue, me détaille de la tête aux pieds, le sourire carnassier.
— Jolie poupée… J’ai bien envie de jouer avec ton corps. Donne-moi ton arme. Tout de suite.
Deux têtes de plus et deux fois mon poids ; je lui remets mon automatique sans discuter, qu’il m’arrache des mains pour le jeter au sol. Son regard se porte alors sur ma poitrine. Un grognement d’approbation, et ce gros porc passe sa langue sur ses lèvres asséchées. Mon cœur s’emballe de plus belle ; si je n’agis pas maintenant, je suis finie.
Je décide alors de tenter un geste fou. D’un violent coup de pied, je vise son foie, ce qui le surprend tant et si bien qu’il en tombe à la renverse. Je me précipite sur mon arme, mais il est plus rapide : mon bourreau se relève, l’écarte d’un geste du pied gauche, et me pointe de la sienne.
— Toi, tu as envie que je te fasse mal. Très mal.
Son visage suinte la perversion. Il m’accule au mur, arrache les boutons de ma chemise et presse son 9 millimètres sous mon menton. Des coups de feu se font entendre plus loin, la bataille fait rage à l’autre bout du port.
— Mes collègues arrivent, ils vont te coffrer, salopard ! Tu devrais prendre tes couilles à ton cou si tu veux les sauver ! affirmé-je dans une ultime tentative pour sauver ma peau.
Son rire machiavélique résonne dans la moiteur de la nuit, le canon comprime maintenant mon cou.
— Rien à foutre des flics, ils sont occupés ailleurs. Le port est immense, plein de petites ruelles. Je t’aurai baisée avant.
Le molosse se jette sur moi, je suis autant paniquée qu’écœurée. Je refuse de sentir sa main libre débouclant ma ceinture ; je me dépouille peu à peu de mon enveloppe charnelle, comme pour me délester d’une chose qui ne m’appartient pas. Comme si ce corps dépendait d’une autre, quelqu’un qui pourrait laisser les larmes couler pour moi. Ou comme si j’étais déjà morte, comme si je revenais neuf ans en arrière dans ce bois où tout avait commencé. Il ouvre sa braguette avec précipitation, mais quelque chose le surprend et le tire en arrière. Ses yeux s’ouvrent en grand ; du fond de ses pupilles élargies, la peur me salue. Puis la mort. Puis plus rien. Hormis ce sang qui les teinte de rouge et gicle sur mon visage.
Mon agresseur tombe lourdement au sol. J’ai à peine le temps de comprendre que sa carotide a été sectionnée d’un coup de couteau, dans un geste aussi précis que fatal. À peine le temps, car quelqu’un m’entraîne. Quelqu’un m’a pris la main et m’emmène dans la pénombre.
J’accélère pour arriver à sa hauteur, mais il se montre beaucoup trop rapide ; un large sweat à capuche masque son visage. Je ne le connais pas, j’ignore qui il est, ce qu’il me veut, ou encore de quel côté il se trouve. Dois-je suivre sans condition celui qui vient de me soustraire à une mort certaine ? Peut-être pour m’y renvoyer de ses propres mains, mais m’opposer à lui serait pure folie. L’équation semble simple à résoudre, il porte une arme, moi non.
Il arrête sa course devant un container, fouille dans sa poche et en sort une clé. Tandis qu’il en ouvre les portes, je m’apprête à lui demander de décliner son identité lorsqu’il pose ses doigts sur mes lèvres et chuchote :
— Chuttt. Tu restes ici et pas de bruit jusqu’à mon retour.
L’inconnu me pousse à l’intérieur sans ménagement, puis claque la porte avant de m’enfermer à double tour.
Je me trouve maintenant dans l’obscurité et la confusion la plus totale. Tombés tous deux dans un sordide traquenard, mon coéquipier y a perdu la vie, j’ai failli y laisser la mienne voire même plus. Et maintenant que va-t-il advenir de moi ? C’était ça, ma fin ? Je ricane ; depuis l’enfance, j’ai un sacré ticket avec la mort. La voilà qui tente à nouveau de me séduire, caressant ma bouche du bout des phalanges pour m’intimer de me taire. Sans oublier de prévenir qu’elle reviendra me faucher le moment venu. Oui, c’était ça, ma fin. Recroquevillée dans le noir, au fond de cette boîte de fer pleine de poussière, comme un détenu à l’isolement. Silencieuse durant de longues minutes, les doigts sur ma bouche endolorie par cette étrange brûlure.
Mes neurones ne se reconnectent qu’au moment où des voix familières se font entendre.
— Agent Stevens ! Répondez, où êtes-vous ?
Ni une ni deux, je me lève, frappe contre la porte du container.
— Je suis là ! Ouvrez-moi !
— Elle est là ! Sécurisez les lieux, faites sauter la porte et prévenez Cruz que nous l’avons retrouvée !
La voix s’adresse alors à moi.
— Stevens ! Vous m’entendez ? Écartez-vous de la porte, OK ?
— OK !
Je me place sur le côté, au fond du container. Ils tirent à deux reprises sur la serrure qui cède facilement.
Aussitôt, la lumière qui filtrait au travers de la porte entrouverte m’aveugle ; je pensais n’y avoir passé que quelques minutes, mais la réalité était tout autre. J’ai dû m’assoupir durant des heures, et le jour vient de se lever.
Face à moi, le lieutenant Clifford et son regard inquiet.
— Ça va, Stevens ? Vous êtes blessée ?
— Non, plus de peur que de mal. Ça va.
— Claire ! s’écrie Eddie dans son dos, essoufflé par la course.
Je me précipite dans ses bras ; il me serre si fort que je peux ressentir à quel point il est bouleversé.
— J’ai eu la peur de ma vie, mon amour. J’ai bien cru que je t’avais perdue pour toujours, me chuchote-t-il au creux de l’oreille.
Je me fais violence pour endiguer le flux d’émotions qui me traverse. Pas devant mes collègues. Et encore moins devant le commissaire Williams qui m’observe au loin, accompagné de deux hommes que je ne connais pas.
— Barnes est..., hésite Eddie.
— Je sais.
Nous sommes alors interrompus par Clifford, Williams et les deux hommes qui viennent aux nouvelles.
— Agent Stevens, commence Clifford, nous vous transférons à l’hôpital le plus proche. Vous y serez placée en observation, sous protection, et interrogée afin de récolter assez d’éléments pour nous mettre aux trousses des enfoirés qui ont tué Barnes. Vous comprenez ?
Je n’apprécie pas sa façon de me prendre pour une idiote mais acquiesce sans contester.
— Après cela, vous prendrez quelques jours de repos.
Je n’en ai pas besoin. OK, je me sens fatiguée autant physiquement que mentalement, mais ce boulot, c’est un choix mûrement réfléchi que je n’abandonnerai pour rien au monde. Encore moins maintenant que Barnes l’a payé de sa vie.
Dans le véhicule de police qui nous escorte à l’hôpital, Eddie ne me lâche pas la main une seule fois durant tout le trajet.
— Ce soir, tu dors chez moi. Et les soirs suivants, aussi. En sortant de l’hôpital, j’irai te récupérer quelques affaires.
— Eh bien, il aura fallu tout cela pour que tu me proposes enfin d’emménager chez toi ? plaisanté-je.
Surpris que je puisse en rire après une nuit aussi atroce, il me répond d’un air gêné.
— Euh non... voyons princesse... tu peux rester autant de temps que tu le voudras.
Eddie n’a pas peur de grand-chose, sauf de la réaction de su madre si nous vivions ensemble sans être mariés. Et loin de moi l’intention de me marier à vingt-trois ans.
Une fois à l’hôpital, je passe une batterie d’examens qui confirment que je me porte comme un charme. Viennent ensuite les tests psychologiques ; le médecin a lu mon dossier et s’inquiète. Je lui rétorque que mon passé m’a rendue hermétique à la souffrance psychique.
Enfin, on vient m’interroger, établir des portraits-robots, obtenir plus d’informations sur mon geôlier.
Passé cet interminable défilé d’uniformes en tous genres, je repense à cette troublante confusion lorsqu’il a posé ses doigts sur mes lèvres, et me sens honteusement ridicule. Comment ai-je pu me comporter comme une jeune fille en fleur alors que je flirtais avec la mort ? Je m’apprête à m’auto flageller avec une bonne paire de claques quand on entre dans ma chambre.
Williams, Clifford, les deux hommes de tout à l’heure, et un nouveau, plus jeune. Plutôt mignon, d’ailleurs.
— Agent Stevens, débute Williams, vous avez fait preuve hier soir de courage et de sang-froid. Ce qui nous...

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