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Description

Lorsque Jacob 'Dax' Daxton retourne chez lui après la guerre, il doit se livrer à une nouvelle bataille - celle pour trouver sa place dans le monde. L'homme qui se fraie normalement un chemin dégagé vers la victoire entouré de ses frères de combat est brusquement seul et perdu. Après avoir rencontré Beckett Ridge, un tatoueur barbu, le voyage de Dax commence sur un chemin inattendu.


Encore sous le choc des événements qui ont secoué ses convictions, Beck n’a jamais pris part à quelque chose de significatif. Maintenant, face à des responsabilités étrangères et intimidantes, l'esprit brisé de Dax répare Beck alors que ce dernier ne savait même pas qu'il était détruit. Alors qu'ils ont tous les deux du mal à trouver un équilibre, ils sont guéris par le réconfort qu'ils trouvent l'un dans l'autre. De l'autre côté du chaos, ils espèrent aller de l'avant.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 138
EAN13 9791094809259
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
Aller de l’avant
Copyright de l’édition française © 2016 Juno Publishing
Copyright de la première édition anglaise © 2015 Melissa Collins
 
Titre original : On solid ground
© 2015 Melissa Collins
Traduit de l’anglais par Delphine Desusclade
Relecture française par Valérie.Dubar et Jade Baiser
 
Conception graphique : © Francessca Webster
Tout droit réservé. Aucune partie de cet ebook ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
 
Première édition française : janvier 2016 © Juno Publishing
Première édition : janvier 2015 © Melissa Collins
ISBN : 979-10-94809-25-9
Édité en France métropolitaine
 
 
Avertissements
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
Dédié à la mémoire du sergent Titus R. Reynolds
et à ceux qui donnent leur vie afin que nous puissions vivre la nôtre.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
La voix de l'hôtesse de l'air nous interpelle à travers le fort volume du haut-parleur et, comme tout le monde dans l'avion, je replace ma tablette à la verticale. Les roues se posent sur la piste en secouant suffisamment l'avion pour me mettre mal à l'aise. Un mélange d'épuisement et d'anxiété se répand en moi tandis que j'attrape mon sac dans le compartiment du dessus. Alors que je le jette sur mon épaule, je regarde l'allée et remarque que personne ne bouge. Un vieux monsieur de la rangée voisine me salue, portant ses doigts crochus, usés et tremblants à son front.
— Merci de ton dévouement, mon garçon.
Sa voix est presque aussi tremblante que sa main, mais je devine, à la façon dont il fait claquer ses talons, redresse son dos et me regarde droit dans les yeux, qu'il a servi dans l'armée lui aussi. Mes yeux remontent jusqu'au chapeau usagé et troué qu'il porte.
— Marines. Seconde Guerre mondiale, répond-il à ma question silencieuse et je le salue à mon tour.
Mes cheveux coupés en brosse et mon tee-shirt camouflage ont dû me trahir.
Il tend la main, me permettant de sortir en premier alors que le reste des passagers reste à sa place. Une vague d'applaudissements bruyants m'accompagne tandis que je marche le long de l'allée centrale. Faisant mon possible pour le cacher, je grimace à la puissance du son.
Quel paumé ! Ma panique et ma haine envers moi-même sont bien cachées derrière mon sourire manifeste. Mais en vérité, chacun des sons qui devraient être un applaudissement inoffensif se répercute comme le tonnerre dans ma tête.
Comme les bombes et les fusillades.
La bile me monte à la gorge tandis que quelques passagers posent une main sur mon épaule en guise de remerciement pendant que je les dépasse. Le besoin de se retourner, d'attraper leurs bras et de les renverser au sol est présent, mais je le contrôle.
Tant bien que mal. Croyant que la partie la plus émouvante de ce retour était bouclée lorsque j'ai été démobilisé, je ne m'attendais pas du tout à ça. La première partie du trajet avait été la plus facile. Il y avait quelques autres troupes avec moi revenant de notre base après avoir été démobilisées et j'avais dormi durant presque tout le vol. Mais pour cette dernière étape, un vol court de deux heures pour l'aéroport de Colorado Springs, j'étais seul.
La sortie de l'avion n'est pas moins bruyante que celle de la cabine, et un étrange effet boule de neige se met en place. Je peux seulement supposer que la rumeur a circulé depuis l’avion qu'il y avait un soldat à bord. Une personne me salue et me félicite et j'ai l'impression que tout le monde prend sa suite. Une grosse célébration tapageuse s'organise dans le petit aéroport, juste pour moi.
Ils romantisent ces scènes à la télévision, vous savez. Budweiser et Coca-Cola veulent vous faire croire que lorsqu'un soldat rentre chez lui, il se sent extatique d'être accueilli par des réjouissances générales. Et bien que ce soit un peu vrai, c'est surtout l'inverse.
Avoir tout ce monde bondissant autour de moi me rappelle la vie que j'ai sacrifiée à ces années consacrées à servir. Cela me rappelle la façon dont je n'ai aucun contrôle sur mon entourage, dont j'ai l'impression que jamais plus je ne le maîtriserai.
Si c'était à refaire ? Retourner en arrière et changer les quatre dernières années de ma vie ?
Non, je sais que je ne le ferais pas. Elles font ce que je suis. Et même s'il y a des jours où j'aurais préféré être à terre au lieu de mes camarades, je sais que je ne pourrais jamais revenir sur les décisions que j'ai prises.
Sauf celle-là.
Avec cette pensée en tête, j'aperçois ma mère au loin, tenant un panneau avec mon nom étalé dessus.
Bienvenue à la maison, Sergent Jacob 'Dax' Daxton. Nous t'aimons !
Un sourire fier fend le visage de ma mère tandis que les larmes coulent sur ses joues. Lâchant panneau et sac, elle se jette dans mes bras.
— Oh, Jake. Tu es rentré. Tu es enfin rentré.
Ses mots sont étouffés pendant qu'elle me serre dans ses bras. Papa s'approche derrière nous, donnant une tape sur mon épaule.
— Nous sommes fiers de toi, Fiston.
Soldat lui-même, ses paroles laissent passer moins de sentiments, mais je le vois dans ses yeux : l'émotion, la compréhension, et la solennité de la situation. Je tends une main vers lui tout en serrant Maman à mes côtés, il me surprend en me prenant dans ses bras.
— Ça fait du bien que tu sois là, dit-il d'un ton plus doux.
Après avoir cessé la brève accolade, Maman m'attrape les bras et ajoute :
— Pour de bon, cette fois. Tu rentres pour de bon cette fois.
Il y a un semblant de question dans ses mots, comme si elle n'arrivait pas à y croire.
— Oui, Maman. Pour de bon, je le lui assure tandis que Papa soulève le sac de mon épaule.
— Viens. Nous te ramenons à la maison, annonce fièrement Maman, enroulant son bras autour de ma taille.
Davantage d'acclamations reconnaissantes nous suivent tous les trois hors de l'aéroport, mais la colère, la tristesse et la dépression qui bouillonnent dans ma poitrine atténuent le bruit.
Sur le chemin du retour, les paroles de Maman se répètent à l'intérieur de ma tête dans un cercle vicieux.
Tu es rentré. Pour de bon.
Oui, pour de bon cette fois, mais pas pour le meilleur. Bizarrement, ces phrases ressemblent plus à une condamnation d'emprisonnement qu'à autre chose.
J'ai passé les quatre dernières années de ma vie dans l'armée, combattant dans cette guerre. Cela m'a défini en tant qu'homme, et maintenant, sans cela, je ne suis rien. Je me suis engagé afin d'échapper à la vérité, pour éviter d'avoir à faire partie de ce monde réel où j'avais l'impression de ne pas avoir ma place. Et maintenant, je suis là, à la quille, comme on dit entre soldats, et j'ai encore l'impression d'avoir une guerre à faire. Une que, finalement, j’espère gagner un jour, pour vivre heureux.
Le trajet de dix minutes depuis l'aéroport est une combinaison curieuse entre les pleurs de joie de ma mère et les questions de mon père auxquelles je n'ai pas vraiment envie de répondre. Heureusement, la plupart d'entre elles peuvent se contenter d’un oui ou d’un non, et je m'en sors presque sans dommages.
Lorsque nous entrons dans l'allée, je ne suis pas surpris de voir des banderoles et des ballons décorant le devant de la maison.
— Je t'avais dit que je n'avais pas besoin d'une grande fête de bienvenue, Maman, dis-je, prenant mon sac sur le siège arrière.
Enroulant son bras autour du mien, elle se met sur la pointe des pieds et me fait un petit bisou sur la joue.
— N'importe quoi. Tu es rentré. Nous allons fêter ça. C’est tout.
Elle parle de ce ton irrévocable et joyeux qui m'a manqué. D'accord. Peut-être que ce ne serait pas si mal de fêter ça.
C'est ce moment que mon grand frère Lance, et sa femme, Carmen, choisissent pour sortir sur le perron. Le fossé de cinq ans qui nous sépare nous a toujours tenus à des étapes très différentes de la vie. Il avait fini sa licence et il entrait en master alors que je sortais du lycée. Quand je m'étais engagé dans l'armée après ma première année universitaire, il demandait Carmen en mariage. Tandis que je rampais hors de l'épave qu'était alors devenu mon tank, frappé par une bombe posée en bord de route, sa femme accouchait.
Il est tout ce que je ne suis pas, et tout ce que je ne serai jamais.
Me saluant depuis le bas du perron, il tient un petit paquet dans ses bras.
— Salut, frangin. Je te présente ta nièce, chuchote-t-il en retirant la couverture rose de son visage. Elle s'appelle Isabel.
Ses paroles sont remplies de fierté, tout comme le sourire sur son visage.
— Isabel, voici ton oncle Jake, présente-t-il tandis que je pose mon sac au sol.
Doucement, il me donne Isabel et elle se tortille dans le mouvement.
— Salut, petite fille.
Je garde ma voix basse, passant mes doigts sur sa joue rebondie. Elle se débat un peu plus avant de pousser un fort geignement depuis sa petite bouche.
— Oh, attends. Je vais la prendre.
Carmen saisit Isabel, qui est maintenant en train de crier au meurtre.
— Elle doit avoir faim, explique Carmen, serrant le bébé contre elle.
Elle me tend sa main libre pour me saluer.
— Ça fait plaisir d'enfin te rencontrer, Jake.
Nous nous serrons la main rapidement et elle s'éloigne pour aller nourrir Isabel. Bien sûr, je n'ai pas pu être là à leur mariage. La guerre était l'option la plus souhaitable. Avoir ce que vous n'aurez jamais, regarder qui vous ne serez jamais parader devant vous, n'était pas vraiment ma vision d'une bonne journée.
Carmen et Isabel parties, nous restons tous les quatre sur le perron. Cela ne devrait pas sembler aussi guindé et gênant, mais ça l'est. Je suppose que c’est ce qui arrive quand on rassemble inopinément un groupe de personnes qui se connaissent à peine, bien qu'elles soient de la même famille.
C’est effrayant de constater la façon dont les personnes avec qui vous passez la majorité de votre vie en savent le moins sur vous.
C'est la raison pour laquelle les meilleurs amis ont été inventés, et le mien possède un timing impeccable, car juste au moment où Lance allait ouvrir la bouche pour entamer ce qui, j'en suis sûr, allait être une conversation forcée, Chloe arrive en dégringolant les escaliers.
S'écrasant sur moi, elle m'assomme presque, mais il faudrait qu'elle soit autre chose qu'une petite crevette de cinquante kilos pour y parvenir.
— Tu es rentré ! hurle-t-elle tandis que je la fais tourner dans mes bras.
Je la repose à terre et elle m'étudie, craignant que je sois juste une sorte de mirage.
Ses petites mains sont plantées profondément dans mes avant-bras comme si elle avait peur que je disparaisse sous ses yeux si elle me lâchait. Couvrant ses épaules de mon bras, je la tire vers moi.
— En effet. Mais qu'est-ce que tu fais là ?
La question me vaut une tape sur le dessus de la tête.
— Est-ce une façon de me dire bonjour ?
— Aïe !
Je fais semblant d'avoir mal, frottant l'endroit où elle vient de me frapper.
— Je savais que tu rentrais, alors je me suis arrangée pour passer le week-end ici. Ce n’est pas la Californie, mais je braverais le froid pour toi, explique Chloe comme nous contournons un côté de la maison pour aller dans le jardin à l'arrière.
— Eh bien, merci.
Elle m'observe suspicieusement devant la bizarrerie de mon ton, mais par chance, d'autres parents interrompent notre conversation. Alors qu'ils m'éloignent pour me réunir avec le reste de la famille, Chloe me jette un regard qui crie : nous en parlerons plus tard .
 
 
Durant les cinq années où j'ai connu Chloe, elle n'a jamais été que bonté et amour. On nous avait mis par paire lors d'une quelconque activité de groupe en première année d'université. Ne me sentant pas à ma place, gêné, j'étais réticent rien qu'à l'idée de participer, mais comme ça concernait tout le dortoir, j'étais plus ou moins obligé de m’y plier. Chloe m'avait choisi au milieu de la foule pour être avec elle et nous sommes devenus inséparables pour le reste de l'année.
Jusqu'à ce que je parte.
Mais même après m'être enrôlé, nous sommes restés en contact. Elle est la seule à savoir qui je suis vraiment. Malheureusement, je crois qu'elle me connaît sans doute bien mieux que moi-même.
Elle a aussi cette étrange capacité à discerner mes conneries. Et c'est exactement ce qu'elle fait lorsqu'elle m’interpelle au sujet de mon comportement étrange d'un peu plus tôt.
— Mec, c'était quoi ce 'eh bien, merci' que tu m'as sorti tout à l'heure ?
Chloe se glisse à côté de moi sur le sofa du salon une fois la fête terminée. Après s'être ouvert une canette de bière, elle m'en passe une autre, puis boit une longue gorgée de la sienne.
Je hausse les épaules, pas certain de vouloir aborder le sujet, mais s'il y a bien une personne qui arrivera à m'arracher la vérité, c'est Chloe.
— Dax, s'il te plaît, m'implore-t-elle en me donnant un coup de coude dans les côtes.
Personne ici ne m'appelle Dax. C'est un surnom que m'ont donné mes camarades. Une fois que j'en ai eu parlé à Chloe, elle s'y est accrochée et a refusé de le laisser tomber. Le fait qu'elle l'utilise maintenant signifie qu'elle est sérieuse, et qu'elle ne me lâchera pas avant que je m'explique.
— Personne ne sait ici, expliqué-je, gardant ma voix basse.
Mes parents sont allés se coucher une heure plus tôt, et tout le monde est déjà parti, mais j'éprouve tout de même le besoin de chuchoter.
Les yeux de Chloe s'écarquillent, la surprise couvrant son visage.
— Tu veux dire... ils ne savent pas que...
Je ne la laisse pas finir sa phrase.
— Non, ils ne savent pas que je suis gay.
Ma voix est à peine plus forte qu'un murmure. Descendre une bonne gorgée de bière m'étourdit. Je n'ai pas bu d'alcool depuis longtemps, et en ressentir les effets après seulement quelques gorgées me rappelle à quel point je déteste perdre le contrôle.
— Toujours pas ? Après toutes ces années ? Pourquoi ?
Ses questions ne sont ni des accusations ni des critiques. Elles ne sont faites que de pure inquiétude. C'est écrit sur son visage.
— Je le voulais, tu le sais. Mais je n’ai pas pu, surtout après ce qui s'est passé à l'école. Et après, je me suis engagé, en pensant que je pourrais éviter tout ça. Ça m'a fait un bien fou, hein ?
Je renifle avec sarcasme, avalant davantage de bière malgré le flou qui embrume mon esprit.
— Et maintenant, me revoilà, dans ce même endroit qui me rendait claustrophobe avant. Je ne peux pas passer le reste de ma vie dans le placard, mais j'ai l’impression que je ne sais même pas qui je suis. J'ai passé les cinq dernières années de ma vie à essayer de comprendre cela et ce que je veux, mais tout ce que cela a donné, c'est que j’atterris à nouveau dans cet endroit que je voulais fuir.
Sans parler du fait que je ne serai jamais à la hauteur de Lance et de sa petite famille parfaite. Ça semble évident, pour moi en tout cas.
Chloe pose une main sur mon genou et le presse doucement.
— Dax, il faut que tu fasses ce qui est le mieux pour toi. Tu n’es pas rentré depuis plus d’une journée. Tu devrais te donner du temps…
— Non.
La puissance de ma déclaration la fait sursauter. Et ça me surprend moi-même.
— Je ne peux pas faire ça, dis-je, ma voix à présent plus calme. Je n’ai pas besoin de temps. D'espace, j'ai besoin d'espace. J'ai besoin de faire le tri dans ma tête, de trouver qui je suis vraiment.
Les derniers mots sont empreints de tristesse.
Nous restons assis en silence durant quelques minutes, laissant le poids de mon côté tordu s'installer autour de nous, tandis que la vieille télévision diffuse les nouvelles du soir.
Lors d'une publicité, Chloe se tourne vers moi avec un air suffisant et affiche un sourire espiègle.
— Installe-toi chez moi, dit-elle, plus directe que jamais.
— Quoi ?
Je me retourne sur mon siège, abasourdi et pas certain de l'avoir correctement entendue.
— Tu as bien compris, crétin.
Son visage se plisse tandis qu'elle me claque le bras malicieusement. Pour une raison qui m'échappe alors, ses gestes ne me font pas sursauter. Je tente de me convaincre que la seule et unique raison qui semble valable est qu'elle me connaît. Le véritable moi, celui que j'ai trop longtemps essayé de cacher à ma famille, à moi-même. En repensant à ce qu'elle vient de me suggérer, je me rends compte que m'installer avec elle serait la meilleure opportunité possible pour un nouveau départ.
— Je ne sais pas.
L'incertitude pointe dans mes mots. Glisser ma main sur mes cheveux courts me rappelle la façon dont j'ai passé les quatre dernières années de ma vie en suivant les règles de quelqu'un d'autre. C'étaient des règles que j'acceptais volontairement, et quotidiennement – des règles que je ne suis pas sûr de savoir abandonner dès à présent.
Mais lorsque mes yeux tombent sur le grand portrait de famille qui est suspendu au-dessus de la cheminée – celui qui doit avoir à peu près quinze ans maintenant – je sais que je n'ai pas d’autre choix.
Les grands yeux marron de Chloe me fixent, d'un air de chien battu. Elle y ajoute une moue boudeuse pour faire bonne mesure et je ne parviens pas à étouffer un rire.
— Tu en fais trop.
Je frappe son bras et elle rit avec moi.
— Ça veut dire oui ? demande-t-elle avec espoir.
D'une dernière gorgée, je finis ma bière et la pose sur le coin de la table. Croisant mes bras derrière ma tête, je lui fais croire que je suis encore en train d'y réfléchir. Alors quand je dis 'Oui', elle ne peut que se jeter en arrière, frappant ses mains l'une contre l'autre comme une pom-pom girl excitée.
— Ça va être génial, Dax, je te le jure.
Ses mots sont précipités sous l'excitation qui la submerge.
— Chut.
Jetant rapidement mon pouce par-dessus mon épaule, je pointe l’escalier menant à la chambre de mes parents. Chloe met son doigt sur ses lèvres et se rassoit à côté de moi.
Durant l'heure qui suit, nous discutons des détails et établissons un programme.
— Qu'est-ce que vont en penser tes parents ? demande-t-elle d'un ton inquiet.
Je hausse les épaules et réponds honnêtement.
— Je ne sais pas. Mais je sais que j'ai besoin de ça. Je dois me trouver.
— Dax, assure-toi de bien leur expliquer tes raisons et ils ne discuteront pas ta décision.
Ses paroles m'aident à me détendre un peu, mais elles génèrent en moi une anxiété que je n'étais pas prêt à affronter.
Et si je n'aimais pas le moi que je trouverais ?

 

 
 
Le léger vrombissement de l'aiguille à tatouer vibre dans mes mains. Il y a un côté thérapeutique dans la création d'un tatouage. Le faible bourdonnement est abrutissant – presque. Peu de gens peuvent dire qu'ils aiment leur travail, mais moi, oui. J'aime ne pas savoir de quoi ma journée sera faite. Quelqu'un viendra-t-il me demander une pin-up sur son bras ? Ou un portrait de son enfant sur le dos ? Est-ce que ce sera quelque chose de simple que je peux expédier en vingt minutes, ou quelque chose de plus complexe qui me prendra plusieurs rendez-vous ?
Cependant, même moi je peux admettre qu'il y a des inconvénients à ce travail. Comme celle qui est assise dans ma chaise en ce moment. Peut-être qu'elle regrettera le joyeux dauphin qu'elle a littéralement tiré des planches de la devanture. Peut-être qu'un jour elle voudra quelque chose d'un peu plus mature et pas du tout cartoonesque. C'est un aspect de mon travail que je déteste. Cette partie où je dois me taire, et ne pas avouer que les planches qu'on met en vitrine avec des designs préconçus sont plutôt une blague qu'un support pour faire son choix.
Avec un dernier passage sur le tatouage nouvellement terminé, je nettoie l'excès d'encre. Et le voilà, sur l'épaule d'une étudiante en première année, un stupide, souriant, joyeux dauphin. Je me retiens en fait de rire avant de lui donner le miroir pour qu'elle puisse le voir.
— Ça vous plaît ?
Je retire les gants en latex et passe une main dans ma barbe noire.
Le visage de Piper se fend en un large sourire alors qu'elle incline le miroir pour regarder.
— J'adore, s'exclame-t-elle gaiement.
Son amie, Beth, prend quelques photos et couine tandis qu'elles examinent le stupide et joyeux dauphin. Pendant qu'elles s'occupent à envoyer des textos et poster des photos du nouveau tatouage partout, je nettoie mon poste et essuie le matériel pour la nuit.
Je passe aux soins habituels avec elle et couvre le tatouage avec un pansement. C'est un de ces jours où je dois me rappeler que c'est leur corps et pas le mien. De plus, je ne suis pas sûr que beaucoup de gens aimeraient avoir un corps comme le mien. De véritables manches de différentes couleurs et nuances couvrent mes bras. Il ne reste plus beaucoup de peau à tatouer sur le haut de mon dos et mon torse. Chacun a une signification particulière. Peut-être que le dauphin veut dire quelque chose pour elle dans un sens. Peut-être qu'elle est proche de Flipper ou un truc comme ça, et qui suis-je pour la juger ?
D'accord, bon, j'ai un peu jugé.
Je glousse légèrement à cette pensée tandis que je regarde les deux filles sortir de la boutique. Alors que la clochette au-dessus de la porte tinte à leur sortie, Ty, le copropriétaire du salon, me frappe l'épaule.
— Encore une lycéenne qui choisit sur le présentoir ?
Il rit en cliquant distraitement sur l'ordinateur, vérifiant ses rendez-vous du soir.
Secouant la tête, je m'appuie sur le dossier de ma chaise à côté de lui.
— Ouais, mais ça reste de l'argent.
Ty rit aussi.
— Bon sang, je suis complet ce soir, se vante-t-il, attrapant quelques formulaires de décharge dans le meuble à dossiers à côté de la réception.
— Tant mieux pour toi, mon vieux. J'ai fini pour ce soir. Je vais sortir d’ici, peut-être aller boire un coup au bar.
Lexie, la perceuse est aussi de service ce soir. Donc, même si Ty ne peut plus prendre personne avec son planning chargé, nous pouvons tout de même nous occuper des visites sans rendez-vous.
— On s'en grille une avant que tu partes ?
Ty prend ses cigarettes sous le comptoir et indique la porte d'un coup de tête.
— D’accord.
Je traverse la boutique, admirant le commerce que j'ai aidé à monter à partir de rien.
Nous nous posons sur le petit banc devant le magasin.
L'air de la mer nous submerge, à la fois frais et salé ; c'est parfait. En fait, tout ce qui a un rapport avec notre emplacement est parfait. Quand j'ai déménagé ici il y a trois ans, je n'aurais jamais songé que je resterais pour toujours à Long Beach. À présent, je ne peux pas m'imaginer hors de cette communauté. C'est branché et tendance, le lieu idéal pour un salon de tatouage qui déchire.
— Tout va bien avec Nikki ? demande Ty après avoir allumé son briquet, protégé par sa main.
Je hausse les épaules, allume le mien et m'adosse au siège.
— Elle va bien. Elle s'habitue.
Il a dû deviner que je n'avais pas envie d'en parler, car il ne demande plus rien. Au contraire, il revient à une conversation sur la boutique. Les fournitures qu'il faut commander, les machines à mettre à jour. Les choses du quotidien dont je n'ai pas envie de m'occuper pour le moment.
Ty se lève et éteint sa cigarette au moment où son premier rendez-vous arrive.
— Salut vous deux, lance-t-il à l'adresse de Freddie et Simone.
Ils sont amis depuis un moment, et des clients réguliers.
— On fait quoi aujourd'hui ? demande Ty tandis que Freddie déplie un petit papier qu'il a sorti de sa poche.
— Ça, explique Freddie en lui passant le papier sur lequel figure une minuscule empreinte de pied.
— Je pensais le faire ici, sur mon mollet.
Freddie se penche, dessinant un cercle imaginaire autour de la zone qu'il veut utiliser.
— Super. On s'y met, dit Ty en faisant entrer le couple dans la boutique.
Écrasant mon mégot sur le sol, je laisse la dernière bouffée de fumée s'échapper de ma bouche, formant des boucles aléatoires dans l'air. Je sais que je devrais arrêter ; c'est une mauvaise habitude, mais complètement addictive. Et franchement, avec la dose de stress que je subis, toute la merde avec Nikki, je ne peux pas en encaisser autant. Alors, arrêter n'est pas la priorité dans la liste des 'choses à faire la veille'.
Tournant le coin de la rue, je sors mes clés de ma poche. L'éclat du soleil derrière un bâtiment m'éblouit une seconde et les clés m'échappent des mains. Lorsque je m'agenouille pour les ramasser, quelqu'un s'écrase soudain sur moi.
— Bon sang !
Je hurle à l'adresse d'un sale gosse qui continue de rouler sur son skateboard.
Étalé sur les fesses, les gens me contournent d'un côté et de l'autre, comme si j'étais sur leur passage.
— Ça va, mec ? demande une voix rauque.
Le soleil est derrière lui et je ne peux pas voir clairement son visage. Il tend sa main pour m'aider à me relever. Lorsque ses doigts s'enroulent autour de ma main, la chaleur court sur mon corps. Ça pourrait être la chaleur de l'été précoce, mais je n'y crois pas vraiment. C'est la même sensation que lorsque je tiens l'aiguille de tatouage – bourdonnante d'excitation.
De retour sur mes pieds, j'époussette mes jambes.
— Merci. Je ne l’ai pas vu venir, ce gamin.
— Ouais, j'ai vu, dit-il, faisant nerveusement courir une main à travers ses cheveux blond pâle.
Ses yeux errent sur mon corps, de la tête aux pieds, puis remontent avant de s'arrêter sur mon bras et sur les tatouages le couvrant.
— Joli travail. Ça fait mal ?
— Nan, à peine une chatouille pour celui-là, plaisanté-je, pointant une forme complexe s'enroulant autour de mon biceps.
Nous rions ensemble en nous rendant compte que nous sommes encore debout au milieu d'un nombre important de passants, nous faisons un pas de côté pour nous placer hors du flot de gens autour de nous. Soulevant un peu ma manche, je lui montre un autre tatouage sur mon épaule.
— Celui-là m'a fait un mal de chien en cicatrisant. C'était impossible de bouger. On ne se rend pas compte à quel point on fait ça au quotidien, dis-je en levant et baissant mon bras.
Il se penche pour regarder de plus près le tatouage. Son visage est si proche de ma peau que je peux sentir la chaleur de son souffle sur mon bras. Tendant la main pour toucher le crâne qui se transforme en un visage féminin, il s'arrête avant de véritablement effleurer la peau.
— Désolé.
Il retire sa main.
— C'est un beau tatouage. En fait, j'allais justement m'en faire un, explique-t-il. Il paraît que le salon au coin de la rue est le meilleur de la ville, enfin d'après ce qu'on m'a dit.
Je sais qu'il parle de ma boutique et la fierté bouillonne dans ma poitrine en sachant que mon travail nous a construit une bonne réputation.
— En fait, c'est mon boulot. Je m'appelle Beckett, à propos.
— Dax, se présente-t-il, fourrant ses mains dans ses poches et se balançant sur ses talons. Donc vous faites des tatouages ?
Frottant ma barbe d'une main, je fais semblant de réfléchir avant de répondre :
— Ouais, je connais un ou deux trucs.
L'entrain remplit l'espace entre nous, et mes yeux me trompent peut-être, mais je suis presque sûr que ses joues se teintent d'un léger rose.
— Venez. Je vous conduis là-bas.
Je donne un coup de tête vers le bas de la rue et un petit sourire étire mes lèvres. Comme nous sommes tout près du coin, cela ne nous prend pas plus de deux minutes pour nous y rendre. Lui tenant la porte ouverte, je laisse Dax entrer dans la boutique le premier. Un geste courtois, pas du tout pour le mater.
Mais enfin, si j'ai l'occasion, autant regarder de tout mon soûl. Il est bien bâti, mais pas dans le sens trop gonflé. C'est plutôt qu'il prend grand soin de lui, sans en faire trop. Ses jambes sont longues et fines, mais très musclées. Je me demande de quoi elles auraient l'air autour de ma taille.
Chassant ces pensées, je lui emboîte le pas. Lexie s'avance au comptoir pour nous saluer. Quand elle remarque que c'est moi, elle me jette un regard perplexe.
— Je croyais que tu avais fini pour aujourd'hui ?
— C'est le cas. Enfin, c'était, mais plus maintenant.
Bredouiller mes propres mots me donne un peu l'impression d'être un imbécile.
— Dax, voici Lexie. C'est notre perceur.
— Enchantée, ronronne Lexie, tendant sa main vers Dax par-dessus l'accueil.
Ils se serrent la main, puis Lexie se penche sur le comptoir, pressant ses seins l'un contre l'autre. Je secoue la tête devant son exhibition et ne peux pas m'empêcher de rire lorsqu'elle demande à Dax s'il est intéressé par un apadravya.
Dax se gratte la tête tandis que son visage affiche une expression décontenancée.
— Eh bien, je ne peux pas dire que je sais ce que c'est.
À son aveu, Lexie se baisse derrière le comptoir et en ressort son classeur de photos de piercings. Roulant des yeux devant le flirt évident, je m'appuie contre le comptoir et regarde sans rien dire.
— Tenez. Je vais vous montrer.
Ses mots tombent de sa bouche comme du miel, tentant avec séduction de l'attirer dans quelque chose dont il ne sait clairement absolument rien.
Lorsqu'elle tourne une page avec quelques apa, les yeux de Dax s'écarquillent sous le choc, je crois. Ça pourrait être de l'intérêt, mais je pense que c’est surtout de la peur.
— Euh, non merci, s'étrangle-t-il, poussant le dossier vers Lexie. Je vais rester sur l'encre.
— Comme vous voulez, mais pour info, ça rend folles les femmes. Elles en voudront toujours plus.
Lexie lui fait un clin d’œil avant de ranger son précieux classeur. Elle doit feuilleter ce truc plusieurs fois par jour au moins.
Perverse.
Quoique je ne puisse pas dire que je n'en ai pas profité pour regarder ma dose, moi aussi.
Dax secoue la tête et lève ses mains pour faire semblant de se rendre.
— Vraiment, c'est bon. Merci.
Ricanant à l'échange dont je viens d'être témoin, je ramène Dax à mon atelier.
— Elle est inoffensive, je vous le jure. Un peu rentre dedans.
Dax rit en s'appuyant contre le mur.
— Un peu ? Vraiment ? plaisante-t-il avec ironie.
Secouant la tête, il croise ses bras sur son torse. Je ne peux pas m'empêcher de les admirer – forts et sculptés sans être ridicules.
— Bon…
Me raclant la gorge, je sors mon carnet de croquis. Lorsque je me retourne face à lui, je fais tout ce que je peux pour ne pas fixer encore ses bras, mais c'est vraiment impossible.
— Que pensiez-vous faire ?
Dax se décolle du mur et prend son portefeuille dans sa poche. Il en tire un papier qu'il déplie.
— Ça, dit-il, me donnant le design simple, mais audacieux.
Tournant le papier dans mes mains, je ne parviens pas à trouver dans quel sens la forme se met. Dax me le prend des mains et l'ajuste pour moi.
— C'est un nœud celte, explique-t-il en s'appuyant de nouveau sur le comptoir. En fait, c'est un symbole familial.
— Cool. Le vôtre ?
Dax ne sonne pas vraiment comme un nom irlandais, mais ça pourrait aussi bien être un surnom.
Du coin de l’œil, je le vois se raidir à ma question. Restant concentré sur le dessin, je laisse le petit malaise combler l'espace restreint de mon atelier.
Au moment où je conclus qu'il ne va rien dire, il s’éclaircit la gorge.
— Non, pas ma famille. Seulement une personne à qui je tenais beaucoup, c'est tout.
Son ton, la tristesse pesante enveloppant ses mots ont l'air de tout sauf de ce genre d'affirmation. Regardant le papier, je réalise que c'est une image qu'il a dû trouver sur internet.
Après une légère pause, il ajoute :
— Nous avons servi ensemble, à l'armée. Je m'en suis sorti. Pas lui.
Quelque chose change dans l'atmosphère. Dax semble un peu plus nerveux, pas calme et détendu comme lorsque nous parlions dans la rue. Peut-être qu'il hésite pour le tatouage – c'est loin d'être improbable. Les gens ont toujours des doutes lorsqu'il s'agit de quelque chose de permanent.
J'ajoute rapidement quelques éléments croqués à l'image sobre qu'il a en tête. Peut-être qu'une touche de personnalisation l'aidera à apaiser son esprit. Me déplaçant pour me tenir à côté de lui, je lui montre les ajouts. Nous nous appuyons tous deux contre le comptoir et il m'est impossible de ne pas remarquer les similitudes entre nos statures. Je n’ignore pas non plus son odeur et sa chaleur.
Tandis qu'il examine le design amélioré, je lui explique ce que j'aimerais faire en plus.
— Si vous me donnez quelques jours pour le travailler, je peux en faire quelque chose de vraiment bien. Ça ne sera pas le genre d'image qu'on peut trouver n'importe où. Et puis ça vous donnera le temps de réfléchir pour savoir si vous voulez vraiment quelque chose d'aussi indélébile ou pas.
— Ouais, acquiesce Dax, me rendant le dessin. Ça me semble une bonne idée. Merci beaucoup.
Un sourire flotte sur son visage. Il a l'air de vouloir dire quelque chose, mais avant qu’il puisse le faire, Lexie se précipite dans la pièce avec le téléphone dans la main.
— Beck, c'est Nikki !
Il y...

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